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  • Revue de presse BD (307)

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    (Planche extraite de "L'Homme à la Fourrure", biographie de Sacher-Masoch citée par "Marianne"comme un exemple de BD "intello".)

    + "La BD est-elle devenue intello ?" : l'hebdo "Marianne" (22-28 février) consacre un long article à la mode des BD, pompeusement baptisées "romans graphiques", qui se multiplient en librairie et visent un public plus âgé que la bande dessinée dite "franco-belge".

    L'auteur de l'article, Thomas Rabino, cite le bédéaste américain Will Eisner : "Notre génération dessinait comme des dieux des histoires stupides, la nouvelle arrive avec des dessins nuls et des histoires incroyables." Mais cette description lapidaire ne correspond pas à l'évolution de la BD en Europe. Quel scénariste contemporain rivalise avec un Goscinny, un Hugo Pratt, un Fred, un Chaland... ?

    A l'inverse, on pourrait citer quelques bédéastes contemporains très doués pour le dessin, mais dont le propos est un peu vain, intellectuel au sens péjoratif.

    Et puis distinguer la forme du fond n'est guère utile s'agissant de la bande-dessinée, où forme et fond s'imbriquent comme dans les hiéroglyphes égyptiens.

    Plus certainement, c'est l'économie de la bande dessinée qui a changé au cours des dernières décennies ; la presse écrite sur laquelle reposait la BD franco-belge a perdu toute sa vitalité ; le dynamisme de la BD repose désormais sur une poignée de petits éditeurs indépendants dont les plus grosses maisons s'empressent de recopier les meilleures idées.

    + Le projet de construction européenne est présenté dans les médias audio-visuels sous l'angle culturelwebzine,zébra,bd,gratuit,fanzine,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,février,2019,marianne,catherine sauvat,anne simon,sacher-masoch,roman graphique,thomas rabino,will eisner,goscinny,pratt,riad sattouf,captain europe,super-héros,mythologie,cahiers,alain saint-ogan,hergé,franz masereel,martin de halleux,honoré,charlie-hebdo,école estienne,presse-citron,trophée afin de mieux convaincre une partie de l'électorat désabusé.

    La mise en service d'un "Captain Europe" pour séduire les plus jeunes électeurs indique clairement le modèle américain suivi.

    Les discours des derniers chefs d'Etat américains "face à la nation" empruntent largement au vocabulaire et aux symboles des "super-héros" ; ils ont encore en Europe une connotation puérile.

    Les Etats-Unis sont le plus souvent qualifiés en France de "démocratie-chrétienne". Les super-héros cependant soulignent un aspect commun avec la France, à savoir le caractère "technocratique" du régime, non seulement capitaliste ; l'analogie est entre les super-pouvoirs attribués aux super-héros et ceux attribués à la technologie, y compris au plan métaphysique ou religieux, car l'espoir de "sauver le monde" est un leitmotiv caractéristique des organisations technocratiques et des idéologies (élitistes) qui en découlent.

    Les spécialistes des super-héros précisent que leur succès public n'est jamais aussi grand que dans les périodes de crise, ce qui souligne encore l'étoffe religieuse des super-héros.

    Cette dimension religieuse de la technocratie, véhiculée notamment par la culture de masse, disqualifie l'aura "scientifique" souvent mis en avant. Elle disqualifie également la laïcité en tant que remède au fanatisme et au totalitarisme.

    Disqualifiés aussi les intellectuels qui présentent les super-héros comme une nouvelle mythologie comparable à la mythologie antique, grecque ou juive (biblique) ; la mythologie grecque reflète en effet une conscience nette de ce qui oppose la science à la technique.

    En d'autres termes, les Etats-Unis ont plus de deux millénaires de retard sur la Grèce antique sur le plan culturel ; le cinéma est un autre élément significatif de leur marche arrière vers le futur.

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    + Les "Cahiers de la Bande dessinée" (nouveaux) (n°6/janv-mars) publient une enquête sur Alain Saint-Ogan, auteur notamment de "Zig & Puce", dont le jeune Hergé imita le trait en le modernisant petit à petit au fil de sa carrière.

    Les "Cahiers" se penchent notamment sur la carrière conséquente de dessinateur de presse de St-Ogan. S'il ne fut pas un caricaturiste de premier plan, en revanche St-Ogan nourrissait une véritable passion pour la presse et les médias.

    Par ailleurs les "Cahiers" consacrent un article illustré à Franz Masereel, artiste originaire des Flandres aux opinions pacifistes et communistes. Les éditions Martin de Halleux viennent de rééditer "Idée", bande-dessinée muette gravée sur bois par Masereel.

    + L'Ecole d'art Estienne (Paris, XIIIe) rend hommage au caricaturiste Honoré, assassiné en janvier 2015, à travers une exposition de ses dessins lors de la semaine du dessin de presse et du trophée "Presse-Citron" 2019  (-13 mars).

    Les caricatures de Honoré font un clin d'oeil appuyé à la gravure sur bois, se démarquant nettement du style moins "rétro" des confrères. Honoré faisait rarement la Une de "Charlie-Hebdo" comme ci-dessous (24/2/2010).

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  • Revue de presse BD (268)

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    + Tout ou presque oppose l'humour de Wolinski, prolixe, à celui de Bosc, muet. Dans ses Mémoires dessinés ("Le Bonheur est un métier"/Glénat), Georges Wolinski raconte pourtant son intérêt, voire son admiration pour Bosc, qu'il faillit embaucher à "Charlie-Hebdo".

    A la page 19, Wolinski reprend cette tarte à la crème du suicide, plus fréquent chez les humoristes en raison de leur "lucidité". Ce poncif repose sur quelques cas mémorables. Les caricaturistes de "Charlie-Hebdo" (Cabu, Wolinski, Honoré), eux, étaient bien partis pour fêter leur cent ans.

    D'ailleurs on sait que les cas de suicide sont nombreux parmi les lycéens ou les policiers, espèces qui ne brillent pas spécialement par leur humour ou leur esprit satirique, mais se contentent le plus souvent de blagues potaches.

    Remarquons en outre que l'optimisme est le carburant indispensable des idéologies modernes les plus meurtrières: optimisme des 7 vierges au paradis d'Allah, mais aussi optimisme des "lendemains qui chantent", optimisme du darwinisme social, optimisme de l'égalité entre les hommes et entre les peuples, optimisme de l'entrepreneur, etc.

    Le site internet dédié à Bosc reprend un échange de lettres entre les deux humoristes.

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    + Dans un entretien avec Tewfik Hakem diffusé par "France-Culture", Jean-Jacques Sempé dit son amour de la musique, sujet de nombre de ses dessins, et son horreur de la bande-dessinée.

    - La mort rôde toujours dans les chansons de Trenet.

    + Dans "Siné-Mensuel" de mars 2018, l'humoriste musulman Yassine Belattar, qui se produit dans des cabarets ou des théâtres, répond à la question : - Pourquoi refusez-vous de dire tout simplement "Je suis Charlie" ? Ce qui dans le contexte actuel prête à confusion...

    - Je n'ai pas l'impression que Charb ou les autres auraient voulu qu'on utilise un des moments les plus pénibles de l'histoire de notre pays pour le transformer en slogan, en image pieuse interdite de toute critique.

    Dans l'ensemble, Yassine Belattar fait des réponses très patriotiques, ce qui s'explique sans doute par son implication dans les campagnes électorales de F. Hollande et E. Macron.

    Avant que Philippe Val n'écrive un essai sur la grandeur de l'Occident, les dessinateurs de "Charlie-Hebdo" étaient peu, voire pas du tout nationalistes ; il faut dire que certains avaient participé aux guerres d'Algérie ou d'Indochine. Or la guerre soigne généralement du nationalisme, comme le cocufiage soigne de l'amour.

    + En marge du trophée "Presse-Citron" de la caricature amateur, organisé par les élèves de l'école Estienne, se déroulera à la BNF jeudi 22 mars une série de conférences sur le thème du rapport de la bande-dessinée avec la caricature ; il faut souligner que cette série de conférences aura lieu sous haute protection policière : ne s'agirait-il pas d'un traquenard afin de procéder à l'arrestation de quelques anarchistes ?

    Le rapport entre la BD et la caricature n'est pas apaisé mais conflictuel. La querelle entre Goscinny ("Pilote") et Cavanna ("Charlie-Hebdo") n'était pas une simple querelle de personnes. Auquel cas, Goscinny aurait mieux digéré des critiques qui visaient aussi le contenu "infantilisant" de "Pilote".

    Tandis que la caricature satirique s'efforce de dépasser le niveau du simple divertissement, la BD tend au contraire au pur divertissement (et se trouve ainsi peu à peu remplacée par de nouveaux modes de divertissement encore plus stupéfiants).

    Quelques contre-exemples confirment la règle : le magazine américain "Mad", qui parodiait les "comics" pour souligner leur stupidité ; on peut aussi mentionner quelques BD de Franquin, qui avait fini par être dégoûté par son métier de bédéaste ; et encore Goscinny lui-même quand il souligne certains aspects ridicules du chauvinisme français.

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    Max l'Explorateur, par Guy Bara.

    + Les strips de BD, surtout appréciés par le public germanique ou américain, sont à mi-chemin entre satire et BD. Ils permettent exprimer une forme d'humour qu'il est assez vain d'essayer de transposer au cinéma.

    Le webzine BD-Zoom annonce la réédition prochaine en album chez Dupuis des strips de "Max l'Explorateur" par le dessinateur belge (d'origine lettone) Guy Bara.

    Ces strips furent publiés dès la fin des années 50 dans "France-Soir", puis dans le quotidien belge "Le Soir", jusqu'au début des années 90.

  • Revue de presse BD (245)

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    Caricature de Churchill/Goscinny (vers 1950)

    + Des esprits laïcs chagrins risquent de protester contre la prise en otage de René Goscinny par le musée d'art et d'histoire du judaïsme (Mahj)...

    Ce musée parisien expose le travail et la biographie du scénariste de "Lucky-Luke", "Astérix", "Iznogoud""Le Petit Nicolas" ("Goscinny, Au-delà du rire", jusqu'au 4 mars), 40 ans après sa mort, et publie un volumineux bouquin-panorama de l'oeuvre de Goscinny. Les préfaciers de cet ouvrage ont l'honnêteté de reconnaître que Goscinny n'a pas grand-chose à voir avec le judaïsme, comme beaucoup de juifs "laïcisés" soucieux d'intégration plus que de religion.

    En revanche les mêmes préfaciers ne peuvent s'empêcher de nous bassiner avec le concept de "judéité", de façon assez anachronique car le nationalisme israélien qui détermine aujourd'hui surtout l'identité juive n'avait pas la même force il y a cinquante ans. Les documents d'archives présentés montrent que Goscinny était d'une famille de Juifs ukrainiens, marquée par la diaspora puisqu'elle émigra en Argentine, plus accueillante que la Russie pour les Juifs.

    Au demeurant la littérature identitaire ne présente pas plus d'intérêt que la littérature régionaliste ou la littérature spécialisée.

    L'originalité du scénariste Goscinny tient à ce qu'il fut un exilé (accessoirement juif ukrainien), ce qui lui procurait un certain recul par rapport à la société et la culture françaises, à quoi tient son ironie. Le village gaulois fait penser au chauvinisme laïc, typiquement français, qui pousse les Français à croire qu'ils sont exceptionnels. Sur l'institution scolaire, véritable "vache sacrée" française, Goscinny porte aussi un regard légèrement ironique et décalé dans "Le Petit Nicolas".

    On découvre grâce au catalogue que Goscinny était un dessinateur plus doué que Uderzo ou Sempé, le catalogue reproduisant de bonnes caricatures (Churchill et Hitler) de sa main.

    + La ville de Montreuil a rebaptisé son centre d'art contemporain "Tignous" en webzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,septembre,2017,mahj,judaïsme,goscinny,sempé,uderzo,petit nicolas,judéité,argentine,astérix,iznogoud,churchill,caricature,hitler,tignous,montreuil,giemsi,sylvain priam,christiane taubira,minute,miègehommage au caricaturiste de "Charlie-Hebdo" assassiné, et décerné une bourse Tignous (dotée de 1000 euros) au dessinateur Sylvain Priam, originaire de Martinique (le 1er "prix Tignous" a été remis au caricaturiste Giemsi).

    L'ex-Garde des Sceaux Christiane Taubira a remis au lauréat sa bourse. En 2013 le parti politique guyanais de Christiane Taubira avait porté plainte contre un dessin de Miège, dessinateur de l'hebdomadaire d'extrême-droite "Minute", jugé raciste et insultant vis-à-vis de C. Taubira. Saisi également d'une plainte en métropole, le parquet avait requis une lourde amende contre l'hebdo (confirmée en appel).

    C. Taubira est le symbole de la politique "progressiste" des gouvernements Ayrault et Valls. Mais, du point de vue satirique, elle représente une certaine forme de "politiquement correct"... dont le moins que l'on peut dire est que ses résultats en termes de lutte contre le racisme et les inégalités se font attendre. Comment croire que la fraternité peut résulter de dispositions légales ?

    Redisons-le : le dynamisme de la presse satirique en France a toujours été lié à la capacité de petits entrepreneurs de presse satirique de prendre leur distance avec les représentants du pouvoir politique et leurs idéologies, qui revêtent tantôt un caractère démagogique, tantôt stratégique voire machiavélique.

    (Ci-contre illu. de Sylvain Priam représentant une sorte de paysage oecuménique. C'est probablement fortuit si le Manneken Pis urine sur Marianne...)

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    Dessin de Vuillemin illustrant le processus créatif.

    + Ceux qui ont raté l'expo. Vuillemin ("L'Echo des Savanes") à la galerie Huberty Breyne pourront se rattraper en lisant l'interview qu'il donna à cette occasion, où il explique notamment dans quelles conditions il a accepté de collaborer à "Charlie-Hebdo".

    L'affirmation selon laquelle "Vuillemin s'inscrit dans la droite ligne de Reiser" nous semble on ne peut plus superficielle. La ligne de Reiser n'est en effet pas moins claire que celle de Hergé, dans la mesure où le dessin de Reiser est une épure qui va à l'essentiel. Reiser a donné à "Charlie-Hebdo" quelques-unes de ses meilleures Unes grâce à cette ligne sans détours.

    Le style de Vuillemin, en comparaison, est baroque et surchargé, à la limite "sulpicien". Le vomi, le caca et les capotes usagées deviennent presque des objets esthétiques sous le crayon de Vuillemin, tandis qu'il y a beaucoup plus de noirceur et de franchise réalistes dans les bandes de Reiser.

    Quant à l'humour, Reiser n'avait pas son pareil pour appuyer là où ça fait mal ; les Unes de Vuillemin sont, pour l'instant, plus anecdotiques.

  • Revue de presse BD (239)

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    Fanzine Schtroumpf, mars 1978, illustration de couverture par F'murr.

    + L'éditeur Vincent Bernière (Delcourt) a racheté "Les Cahiers de la BD" à son propriétaire Glénat ; tout du moins il a racheté le titre, puisqu'il y a belle lurette que cette publication ne paraît plus. Les amateurs de BD connaissent bien "Les Cahiers de la BD", fanzine qui parut d'abord sous le titre un peu moins snob "Schtroumpf", à l'initiative du (très) jeune Jacques Glénat.

    Si le magazine n'a jamais réussi à toucher un public assez large et fini par péricliter, en revanche J. Glénat a fondé une maison d'édition de BD florissante.

    Depuis les années 70-80, la BD a beaucoup changé ; en devenant un art, elle a perdu une partie de son charme "underground" ou artisanal, suivant le type de production. "Schtroumpf" publiait notamment de longues interviews des auteurs de BD, que l'on peut trouver désormais sur internet.

    En mars 1978 (n°17), "Schtroumpf" interviewe F'murr ("Le Génie des Alpages") :

    -Cervantès n'a certainement pas eu conscience de ce qu'il venait de faire en créant Don Quichotte. Son propos était de ridiculiser les romans de chevalerie, et en fait il a créé un mythe. J'aimerais qu'il existe une chose semblable dans la bande-dessinée.

    - Il y a Tintin...

    - Non. Tintin n'est pas un mythe pour la bonne raison qu'il ne véhicule rien du tout. Il est totalement neutre. On pourrait à la rigueur parler des personnages américains style Superman, mais ce sont des ressucés de personnages mythologiques anciens et en plus minables. Un mythe doit correspondre à quelque chose, dans l'inconscient du lecteur. (...)

    + A partir de la fin septembre, le musée d'art et d'histoire du judaïsme rendra hommage à René Goscinny, 40 ans après sa disparition (1977), à travers l'expo. de nombreuses planches et scénarios originaux, ainsi que des documents d'archives entre les mains des ayant-droit ; R. Goscinny avait en effet entamé une carrière de dessinateur de BD, avant d'y renoncer pour se consacrer webzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,juin,2017,actualité,schtroumpf,jacques glénat,cahiers bd,vincent bernière,f'murr,cervantès,mythe,tintin,gotlib,jijé,mouminoux,goscinny,judaïsme,mark twain,petit nicolas,satirique,jérôme jouvray,lyon-bd,séquentiel,waner,siné-mensuel,dessins originaux,square georges brassensexclusivement au scénario.

    Si des témoignages concordants (Gotlib, Jijé, Mouminoux) font état d'une personnalité complexée et susceptible, il n'est pas moins vrai que R. Goscinny fait partie des auteurs qui ont contribué à tirer la BD vers le haut. En raison de son succès, on mentionne toujours "Astérix et Obélix" en premier lieu, mais Goscinny a sans doute fait preuve d'un humour plus subtil dans quelques "Lucky-Luke" (satire de l'époque de la colonisation de l'Amérique parfois inspirée de Mark Twain), et surtout dans "Le Petit Nicolas" où il fait preuve d'un certain talent littéraire et satirique.

    Voir R. Goscinny rattaché au judaïsme peut surprendre, car on ne retrouve nulle part mention dans son oeuvre du discours identitaire juif à la mode aujourd'hui (discours débile puisque en contradiction avec la Bible - autant se réclamer du veau d'or directement).

    (Ci-contre caricature de Goscinny par Jean Ache.)

    + Le festival Lyon-BD, qui a lieu ce week-end, expose le bédéaste Jérôme Jouvray dans le parking de la Place de la République. L'auteur dispense des conseils sur la manière de fabriquer une BD. Le choix d'un parking souterrain est sans doute fait pour rappeler les origines ténébreuses de la BD, et qu'elle est un art "séquentiel" parallèle à l'automobilisme.

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    Dessin humoristique de J. Jouvray en hommage à "Charlie-Hebdo"

    + Rappel : Waner et quelques-uns de ses confrères de "Siné-Mensuel" mettront en vente leurs dessins originaux au marché du livre ancien, square G. Brassens (Paris 15e) le week-end prochain (17-18 juin).

  • Revue de presse BD (206)

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    + L'actualité et ses drames inspirent parfois les auteurs de BD. Le jeune dessinateur italien Armando Genco nous a demandé de publier dans "Zébra" la traduction d'une BD qui dépeint le sort des migrants qui tentent de s'introduire en Europe dans des conditions dantesques.

    + Même si certains soulignent son côté industriel, la bande-dessinée conserve un côté artisanal démodé (l'art moderne ne doit pas sentir l'huile de coude, mais le parfum de la philosophie). Ainsi le dessinateur de la série à succès "Thorgal", Rosinski, travaille depuis quelques années avec son fils Piotr, dont le rôle consiste à faire tampon entre son père et le scénariste avec qui il travaille.

    Artisan accompli, Rosinski est en mesure de poser des conditions et de refuser des scénarios qui lui déplaisent : "Je n'aime pas dessiner la violence et les scènes de sexe. Dans l'album précédent, j'ai refusé les scènes érotiques. C'est mieux quand ce n'est pas montré. Concernant la violence, je déteste quand on place des ralentis dans un film... je n'arrive pas à comprendre qu'un spectateur puisse se délecte de telles scènes (...)" (interview "dBD" novembre 2016)

    + François Forcadell cite une interview de l'éditeur Frédéric Pajak ("Les Cahiers dessinés"), qui déclare à propos des dessinateurs de presse : « Aujourd’hui, la plupart d’entre eux se contentent de faire des petites blagues, en caricaturant à la va-vite tel ou tel homme politique. Ils ne dessinent plus : ils font des crobards. Ils sont souvent incultes, comme leurs rédacteurs en chef, et n’ont plus aucun sens de l’histoire : ils réagissent à l’actualité, ne s’émeuvent que dans l’urgence. Le dessin de presse devrait s’inspirer de Goya, de George Grosz ou de Saul Steinberg. »

    Baudelaire, en son temps, se plaignait déjà de l'inculture des peintres contemporains exposés aux Salons. Cela dit, Baudelaire savait un peu dessiner et caricaturer, lui. En parlant de Goya, c'est plutôt le dessinateur espagnol qui s'est inspiré des dessinateurs de presse anglais, non l'inverse.

    Plus précisément que Pajak, dont on aimerait bien savoir ce qu'il entend par "sens de l'histoire" (Pajak se réclame par ailleurs de Nietzsche, qui nie farouchement que l'histoire ait un quelconque sens), mentionnons deux fléaux convergents : le militantisme croissant des dessinateurs de presse, c'est-à-dire leur obéissance à la ligne politique d'un parti. L'originalité de "Charlie-Hebdo" fut de n'être pas un "journal engagé", quand toute la presse française était mise au service des partis et des industriels les soutenant.

    Deuxièmement, l'américanisation du dessin de presse ; aux Etats-Unis, les "editorial cartoonists" illustrent, expliquent la vie des partis politiques à l'aide de dessins auxquels seuls ceux qui suivent l'actualité politique de près trouvent de l'intérêt. Tandis que la caricature est plus artistique en France, elle est plus (trop) journalistique aux Etats-Unis.

    + "La Terre promise", dernier album de "Lucky-Luke", paraîtra bientôt. Après Daniel Pennac et Laurent Gerra, c'est le caricaturiste Jul qui a été choisi pour remplacer Goscinny. Dans cet album, Lucky-Luke rencontre une famille de colons juifs venus de Pologne ; Jul s'étonne que Goscinny n'y ait pas pensé, étant lui-même d'origine juive. Mais les minorités religieuses ou ethniques sont souvent, dans les albums de Lucky-Luke, prétexte à des blagues jugées parfois douteuses ; les Chinois exercent ainsi systématiquement le métier de blanchisseur.

    Par ailleurs Jul oublie que se revendiquer Juif n'a pas toujours été à la mode parmi les Juifs (non pratiquants), et que beaucoup de Juifs, pour des raisons qui n'ont pas forcément trait aux persécutions subies par cette communauté, rejetèrent leur "identité juive". N'est Juif, écrivait à juste titre Sigmund Freud, que celui qui suit Moïse et sa Loi (ce médecin allemand s'excluait ainsi lui-même de la communauté juive, estimant que Moïse et ses adeptes n'étaient qu'une bande de voyous anarchistes).

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  • Revue de presse BD (204)

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    + Difficile d'échapper à Tintin en ce moment ; quelques dessins originaux de Hergé datant des années 1940 -des cartes de voeux- ont été mis en vente aux enchères. La carte ci-dessus montrant Tintin se rendant à la messe de minuit est un des rares exemples où Tintin "assume son catholicisme". On sait que Hergé reçut une éducation catholique, avant de travailler au "XXe Siècle" sous les ordres de l'abbé Wallez, ecclésiastique féru des méthodes modernes de propagande ; cependant Hergé s'éloigna peu à peu au cours de sa carrière des principes qu'on lui avait inculqués dans sa jeunesse. Par ailleurs on sait l'influence sur Hergé du scoutisme, qui enseigne à ses jeunes adeptes le respect de la nature.

    Les influences diverses et contradictions de Hergé ont déteint sur ses BD.

    + Classé parmi les auteurs dessinant "à la manière de Hergé", le scénariste et dessinateur de BD Ted Benoît est décédé fin septembre. Ted Benoît (Thierry Benoît à l'état civil) était peu connu du grand public, travaillant surtout pour la publicité, avant de reprendre en 1996 la série à succès "Blake et Mortimer" créée par Edgar Jacobs. Pour justifier cette reprise, T. Benoît affirmait : "Contrairement à Hergé, dont l'oeuvre est une “comédie humaine” très personnelle qui, sans lui, n'aurait aucun sens, Jacobs appartient à la grande tradition feuilletonesque. (...)"

    C'est inexact ; Hergé s'est efforcé de faire passer "Tintin" pour une oeuvre "personnelle", mais on sait grâce aux témoignages de proches collaborateurs que Hergé a subi diverses influences très nettes, tant sur le plan du dessin que du scénario. Hergé a beaucoup travaillé à polir ses BD, les redessinant méticuleusement, ce qui donne une impression d'homogénéité trompeuse.

    + Le dessinateur Charlie Schlingo était aux antipodes de Hergé, du moins pour ce qui est de la notoriété. Ironiquement, Frédéric Potet, le spécialiste de la BD au "Monde" parle de "ligne crade" pour qualifier le style de Schlingo. C'est un peu exagéré, car Schlingo était aussi très influencé par le savoir-faire américain en matière de BD.

    + Dans une interview donnée mi-septembre à Médiapart, la caricaturiste Coco affirme ne pas avoir changé sa manière de dessiner depuis le massacre de ses confrères de "Charlie-Hebdo". On lit dans cette interview une pique contre Plantu, ainsi que quelques déclarations un peu chauvines : "Je crois que beaucoup de pays nous envient la laïcité" (rien ne prouve que l'on comprend à l'étranger ce que certains Français appellent "laïcité", thème de longs prêches aussi ennuyeux qu'édifiants).

    Mais la remarque la plus intéressante est le point de vue de Coco selon lequel la caricature ne doit pas dépasser les limites assignées par la loi (et par conséquent la police, en charge de l'exécution des lois). Les caricaturistes seraient donc, en France, les seules personnes respectueuses des lois ? Que penserait-on d'un caricaturiste britannique qui dirait : - Je suis prêt à me moquer de tout, sauf de la reine. Ou encore d'un caricaturiste marocain qui dirait : - On peut rire de tout... dans les limites assignées par la charia.

    + La "Une" de "Libération" aujourd'hui nous montre l'ex-président et actuel candidat N. Sarkozy dans le costume d'Astérix, le personnage de Goscinny et Uderzo, escorté d'Eric Zemmour en Idéfix. R. Goscinny avait un certain nombre de points communs avec N. Sarkozy ; on se souvient d'ailleurs que Anne Goscinny a fait récemment partie d'un comité de soutien au président déchu. Jean-Marie Le Pen est surnommé dans son camp "le menhir", ce qui rappelle un autre personnage d'Uderzo.

    "Libération" titre sur l'effort de la droite pour "refaire l'histoire". Mais la droite et Eric Zemmour ne font en cela qu'imiter les idéologues de gauche, qui ont produit et continuent de produire leur propre version du roman national. Que l'on songe, par exemple, à l'extraordinaire opération de blanchiment du terrorisme révolutionnaire par les intellectuels de gauche au cours de la seconde moitié du XXe siècle : cette entreprise négationniste était indispensable pour fonder la mythomanie du "progrès social". Un autre moyen de mesurer à quel point la gauche baigne dans la fiction, c'est de mesurer la distance qui la sépare de Marx (conscient dès le début de l'hypocrisie des "Droits de l'Homme").

    La question est de savoir pourquoi la droite éprouve actuellement à son tour le besoin de produire une version cultuelle de l'histoire de France, au niveau de la bande-dessinée pour les gosses ? La réponse est simple : parce que la gauche se ramène désormais à un point de vue intellectuel et élitiste. Les élites intellectuelles sont fascinées par des fictions et des mécanismes encore plus abstraits, telles que les institutions technocratiques européennes, qui fonctionneraient parfaitement bien si l'homme était un robot.

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  • Revue de presse BD (171)

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    Un des plus vieux croquis répertoriés de Walt Disney (1918), vendu récemment aux enchères à New York

    + Visible jusqu'à dimanche prochain sur "Arte-replay", un long documentaire (plus de 3 heures) en deux volets consacré à Walter Elias Disney qui, nous dit le reportage, "transforma le dessin-animé en art". La formule est un peu pompeuse et ne veut pas dire grand-chose. Le documentaire n'est pas assez critique, mais comporte de nombreuses images d'archives et brosse un portrait assez fouillé de ce personnage hors du commun, "self made man" américain sorti apparemment de nulle part. On sait les points communs entre le cinéma d'animation et la BD franco-belge, cette dernière étant un cinéma d'animation "bon marché", du moins à ses débuts. Walt Disney et le Belge Hergé ont d'ailleurs quelques points de ressemblance, dont la soif de reconnaissance et une enfance un peu triste. On aurait aimé un propos plus critique, non pas tant à propos de Walt Disney que de son art emblématique de l'Amérique de la première moitié du XXe siècle ou de la culture de masse. L'usage politique du rêve et du divertissement demeure en effet un sujet d'actualité.

    + Signalons le décès de Jacques Rampal (19 décembre), qui collabora pendant de longues années au journal "Pilote" et publia avec le dessinateur Jean-Claude Morchoisne et Jean Mulatier une série de portraits-charges d'hommes politiques, transformés en animaux, qui fut un succès de librairie ("Ces Animaux qui nous gouvernent", 1984).

    + "Presse-Océan" annonce que la ville de Nantes va se doter d'une maison de la bande-dessinée en 2016, la "maison Fumetti", vaste de 600 m2 et qui sera dirigée par Gwen de Bonneval, Cyril Pedrosa et Tangui Jossic, auteurs de BD. "Fumetti" est le mot pour dire "bandes-dessinées" en... italien ; c'est sans doute pour faire "style".

    + La querelle qui divise la gauche à propos de l'islam et de "Charlie-Hebdo" n'aura connu qu'une courte trêve après l'attentat contre l'hebdomadaire. Cela prouve que l'idéologie, comme la religion, crée un sentiment d'unité superficiel. La militante féministe Caroline Fourest a pris part récemment aux hostilités, rédigeant une tribune dans le magazine "Transfuge" (11 Novembre). Sa prise de position en faveur de Philippe Val a le mérite d'être claire. "(...) Ma bande à moi, celle que j'admirais, venait de la "Grosse Bertha". Les éditos fracassants de Val ; Cabu, notre maître à tous. Et cette ribambelle de dessinateurs, furieusement doués, qu'ils ont mis sur orbite : Charb, Luz, Riss, Tignous, Honoré..."

    Et C. Fourest de qualifier au passage "l'autre "Charlie", l'ancienne version lancée par Cavanna et Choron, de "journal potache, vaguement anar". C. Fourest est libre de préférer Luz, Charb et Riss à Reiser ; d'autres ont témoigné dans le sens contraire, comme Willem. Cabu, dont on peut croire l'avis sérieux, s'est toujours prudemment gardé d'un jugement artistique.

    La militante dit ailleurs : "(...) On se moquait des garçons et de leurs dessins sexistes. Ils le prenaient bien, surtout Tignous, avec des airs d'ourson dépité. (...) Des années plus tard, les voilà convertis aux FEMEN. Quel trajet."

    A juste titre, Caroline Fourest explique dans sa tribune que l'humour permet souvent de surmonter les divisions idéologiques ; en revanche, elle n'a jamais parue plus disposée à plaisanter sur le sujet du féminisme, qui semble lui tenir à coeur au moins autant qu'à raison, que certains musulmans ne semblent disposés à entendre les plaisanteries des Occidentaux concernant Allah. L'humour des sectateurs des valeurs républicaines (parmi lesquelles "l'égalité" paraît aussi improbable que certains principes religieux), est une notion aussi incertaine que l'humour du pape ou de la Reine d'Angleterre. Si C. Fourest prenait la peine de se renseigner sur la presse satirique française, elle pourrait constater que très rares sont les humoristes ou les titres de presse qui ont mis en avant de telles "valeurs républicaines".

    + Le festival d'Angoulême qui se tiendra fin janvier a décidé d'accorder cette année en l'exposant une place d'honneur à Morris et son célèbre "Lucky-Luke", produit largement de conserve avec Goscinny. Les deux auteurs avaient réussi dans quelques albums de la série à faire passer un peu de l'esprit de la conquête de l'Ouest et des pionniers, en y ajoutant une note d'humour.

    Paradoxalement, "Lucky-Luke" est plus réaliste que de nombreux westerns, Goscinny ayant eu la bonne idée de s'inspirer du témoignage d'un authentique pionnier, Mark Twain. On attribue à Morris l'invention de l'expression "Neuvième art", mais Morris a toujours tenu, comme Goscinny du reste, à se démarquer d'un certain intellectualisme : "Non, nous qui les créons, les BD, nous ne prenons pas très au sérieux toute cette très pompeuse littérature." ("Giff Wiff", 1965) - sage méfiance des cacouacs, d'ailleurs, car l'académisme n'est jamais très loin de l'intellectualisme.