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wolinski

  • Revue de presse BD (232)

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    + En 1973, les élections inspiraient à Albert Dubout (1903-1976) le dessin ci-dessus paru dans "Satirix" (1973) ; il souligne ironiquement le paradoxe suivant : rituel républicain censé exalter les valeurs de ce régime, l'élection à la présidence de la République fait surtout apparaître les luttes intestines et la division qui règne entre Français, superficielle (l'argent est le dieu commun), en même temps qu'elle est susceptible de déboucher sur une fracture plus nette.

    + Dans les années 70 déjà, du temps de l'âge d'or de "Charlie-Hebdo", le dessinateur G. Wolinski exprimait son dégoût des partis politiques (5') et se disait seulement "gauchiste"... avant de se raviser et s'interroger si "gauchiste" a encore un sens ? L'exercice du pouvoir usa très vite l'utopie gauchiste ; à rebours de la propagande gauchiste, les humoristes de "Charlie-Hebdo" les plus sérieux ont d'ailleurs toujours exprimé le sentiment de défaite de "Mai 68" face aux valeurs bourgeoises dominantes. S'il y a bien un ingrédient indispensable au populisme, c'est l'optimisme.

    L'illusion entretenue par la droite pour sa part est celle de l'économie, souvent qualifiée de "science" pour dissimuler ce caractère illusoire, alors qu'un minimum d'honnêteté intellectuelle devrait conduire à requalifier l'économie de "science-fiction" et les économistes de romanciers.

    + "(...) On a été un peu pris de court par Trump, évidemment, mais il y a une ou deux pages où il est évoqué bien que ça ne rentre pas tout à fait dans le sujet: il faudrait faire une BD sur le populisme, on y mettrait Trump et Mélenchon." Ainsi se conclut l'entretien accordé par le dessinateur Terreur Graphique à "Bfm-TV", à propos de "La Communication politique", ouvrage en collaboration avec l'historien Christian Delporte.

    Contrairement à ce que suggère ce dessinateur (à "Libération", où il dessine un strip inspiré par Claire Bretécher), le populisme et la communication politique sont étroitement liés. Quel dictateur populiste n'est pas d'abord un communicant de génie ? Inventeur du suffrage universel pour mieux contourner les partis adverses, Louis-Napoléon Bonaparte persuada le monde paysan, à force d'inaugurer des églises, qu'il était le meilleur représentant de leurs idéaux et revendications (pour mieux mener la politique des milieux industriels et bancaires parisiens ensuite).

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    Tout au plus, les Etats-Unis n'ont fait que perfectionner un procédé où les caricaturistes et les dessinateurs ont d'ailleurs, hélas, eu leur part. Comme ils contribuent à la "communication scientifique", sujet qui mériterait un livre à part, car sous prétexte de vulgarisation scientifique, on a en réalité très souvent affaire à des livres ou des bandes-dessinées qui font l'apologie du concept frauduleux de "progrès technique".

    + La revue "Satirix" évoquée plus haut parut entre 1971 et 1976 et fut saisie et coulée par le ministère dewebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,avril,2017,actualité,élections,présidentielles,albert dubout,satirix,charlie-hebdo,wolinski,trump,mélenchon,terreur graphique,bfm-tv,libération,communication,christian delporte,louis-napoléon bonaparte l'Intérieur en 1973 ; elle reparaît à l'initiative de Lucien Grand-Jouan, et son numéro d'avril 2017 rend hommage à Marc-Edouard Nabe, qui très jeune plaça quelques dessins dans "Hara-Kiri", avant de soutenir le Pr Choron bien plus tard dans son conflit contre Philippe Val et la nouvelle équipe de "Charlie-Hebdo".

    M.-E. Nabe ne résiste à aucune provocation, surtout pas à celle de provoquer ceux qui font profession d'être des provocateurs, comme on peut voir dans cette vidéo où l'insolent Nabe n'hésite pas à chahuter le "grand" dessinateur Willem et sa femme, venus lui rendre visite dans sa boutique. Sa défense de l'écrivain et pamphlétaire Louis-Ferdinand Céline déclencha tôt la colère des censeurs contre Nabe, qui ne lui ont jamais pardonné cet écart.

    Comme on en a beaucoup trop fait dans la célébration hypocrite de "Charlie", Nabe en fait beaucoup trop dans le sens contraire, ressuscitant ainsi le principe "bête et méchant" de "Hara-Kiri" (il est sans doute outrancier de taxer Tignous de "racisme", qui ne dessinait pas seulement des mouches au-dessus de la tête des Arabes, selon l'accusation de Nabe, mais de tous les types qu'il détestait).

    + L'Enigmatique LB signale qu'en s'abonnant à l'INA, on peut avoir accès à tout un tas d'archives vidéos intéressantes, comme une interview de Reiser par Jacques Chancel (pourquoi Reiser n'a pas envie de changer l'esprit de ses dessins "bêtes et méchants" ; l'influence de Mac Luhan sur lui ; ses premiers dessins ; à 7'35" son album "Fantasmes" ; ce qu'il veut exprimer ; à 10'30" l'origine du journal "Hara-Kiri" ; à 14' l'influence de la bande dessinée sur l'éducation des enfants ; à 16'15" sa façon de dessiner ; à 20' l'architecture scandale de l'époque ; l'itinéraire de Sempé ; à 37' la concurrence entre dessinateurs et peintres ; à 38'30 sa difficulté à accepter de vieillir et de mourir, sa solitude synonyme de liberté ; son refus de pratiquer l'autocensure ; à 41'35" la leçon de "Charlie Hebdo" et de "Hara-Kiri" : rire de tout ; son éducation religieuse, son opinion sur l'Eglise ; à 46'20" comment naissent les idées de dessin ; à 48' son goût pour l'irrespect ; à 52' sur Sempé et Gébé, sur les femmes, sur le langage, sur les "gros mots " dits vulgaires.)

  • Revue de presse BD (192)

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    + Sur le thème du couple moderne, la dessinatrice belge Aurélie William-Levaux n'apporte sans doute pas une contribution décisive avec "Sisyphe, les joies du couple" (Atrabile). Il faut dire que W. Shakespeare a épuisé le thème de la manipulation amoureuse dans "Roméo & Juliette". Mais la manière d'Aurélie William-Levaux, transposant son dessin en broderies, confère à ses illustrations un je-ne-sais-quoi de sinistre ou de macabre, qui rend parfaitement le négatif des clichés sur le couple.

    + Le chanteur Renaud a choisi d'arborer sur son "perfecto" (blouson de motard) la pucelle (insigne métallique) de la préfecture de police de Paris, emblème plus original que la banale "croix de fer", médaille militaire du Reich allemand, prisée par les chanteurs de rock. On peut voir sur le blog de la préfecture de police que Renaud porte aussi l'insigne de l'ordre des Chevaliers du Saint-Esprit, un des ordres monarchiques les plus anciens, dissout depuis belle lurette (?). Renaud explique qu'il a changé et n'est plus un "bouffeur de flics" ; cependant quand il déclare que "la police a changé", on n'est pas obligé de croire le chanteur ; un petit conte humoristique d'Alphonse Allais, publié en 1902 ("La Science au service de la Police"), démontre au contraire la belle constance des méthodes de la préfecture de police en matière de répression à travers les âges.

    + Témoignage enregistré par Yassine (association Articho) de A. Baumann et X. Lambours, les deux photographes agréés par "Hara-Kiri", surnommés "mes deux couilles" par le Pr Choron, à l'occasion de la publication de "Dans le Ventre de Hara-Kiri". Ces deux photographes fournissaient des paquets de photos aux dessinateurs de "Charlie-Hebdo" et au Pr Choron qui les complétaient avec des légendes comiques. Baumann et Lambours ont également photographié Gébé, Choron, Cavanna, Reiser, Wolinski, sous toutes les coutures, organes génitaux compris.

    + L'Enigmatique LB, contributeur régulier du fanzine Zébra, a donné une interview au magazine spécialisé dans le graphisme "Etapes", après sa victoire au trophée "Presse-Citron" 2016.

    + On ne pense pas forcément au métro parisien pour s'exercer à dessiner ; certains en profitent pourtant pour croquer les passagers qui prennent la pose gratuitement dans un décors intestinal évocateur de la condition humaine moderne. Qu'ils soient novices ou plus talentueux, comme Laurent Bailly (ci-dessous), la RATP leur rend hommage dans une exposition au siège social (jusqu'à fin septembre).

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  • Revue de presse BD (189)

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    Siné vu par le dessinateur de presse Gab.

    + La mort a choisi le jour de l'Ascension (jeudi 5 mai) pour emporter Maurice Sinet, alias Bob Siné, alias Siné. Pied de nez du destin ? A sa manière, parti le même jour, Jésus-Christ était une sorte d'anticlérical et d'anarchiste (honni par Nietzsche pour ce motif).

    Au cours des dernières années qui ont précédé sa mort à l'âge de 87 ans (à l'hôpital Bichat), le dessinateur et chroniqueur satirique n'a pas été ménagé : en effet, outre la maladie, celui-ci a connu une rupture difficile avec une partie de l'équipe de "Charlie-Hebdo", qui s'est séparée de Siné à l'occasion d'un retentissant et ubuesque procès pour... antisémitisme ; cela ne l'a pas empêché ensuite d'éprouver de la douleur lors de l'assassinat des caricaturistes de "Charlie-Hebdo" qui s'étaient rangés du côté de Philippe Val ; enfin, le spectacle actuel d'une France quadrillée par l'armée et la police, sous prétexte de renforcer la sécurité, devait être désespérant pour un ancien soixante-huitard. En dépit de ces claques successives, Siné tenait à faire bonne figure et affichait crânement sa joie de vivre.

    On peut sans hésiter ranger Siné parmi les derniers auteurs satiriques de ce pays, en compagnie du Pr Choron, de Cabu et quelques autres. Le dessin minimaliste de Siné était particulièrement percutant ; les meilleures affiches de Mai 68 s'inspirent de son style et le dessinateur a continué de dessiner les "unes" de "Siné-Mensuel" jusqu'à son dernier souffle. La qualification "d'anarchiste" est plus contestable : non seulement Siné avait foi dans la politique, à travers l'idéal révolutionnaire, mais il reprochait à l'équipe de "Hara-Kiri" de n'être pas assez impliquée dans le combat politique. Des années plus tard, Siné a regretté son engagement en faveur de la révolution cubaine, qui le rapprocha d'un régime brutal et tortionnaire, loin de la pure utopie socialiste.

    + Petit inventaire de la carrière anticarriériste de Siné, par l'un des ses admirateurs.

    + A mi-chemin entre Arthur Rimbaud et Tintin, le Petit Prince de Saint-Exupéry fête ses soixante-dix ans. Pour l'anecdote, on apprend à cette occasion que le polémiste Jean-Edern Hallier aurait pu servir de modèle à une sculpture de Consuelo de Saint-Exupéry, épouse du conteur, reproduite fidèlement par celui-ci pour illustrer son conte.

    Le rapprochement est plutôt amusant entre le Petit Prince, exemple un peu niais donné à la jeunesse, et le fantasque Jean-Edern Hallier, peu avare d'insultes aux chefs de l'Etat successifs, Giscard d'Estaing sa bête noire, puis F. Mitterrand par dépit. Edern-Hallier fonda "L'Idiot international" avec l'argent de Sylvina Boissonnas, riche héritière d'une famille d'industriels alsaciens.

    + Devancée par Luz chez Futuropolis, c'est au tour de la dessinatrice Catherine Meurisse, de publier chez Dargaud "La Légèreté", un album dédié à la manière dont Catherine a "encaissé" l'attentat contre sa rédaction et la mort violente de ses consoeurs et confrères. En retard comme Luz à la réunion de rédaction, Catherine Meurisse avait ainsi évité le massacre ; le professionnalisme ne paie pas toujours.

    Peu de temps avant le drame, en décembre 2014, C. Meurisse avait déclaré au magazine de BD "Casemate" : - Traiter [dans "Charlie-Hebdo"] les sujets avec gaieté me sauve. Le propos de "La Légèreté" est plus confus. On devine qu'il est plus difficile de traiter avec gaieté le sujet d'une violence qui nous touche directement. L'humour exige du recul. La religion est bien souvent la dernière défense de ceux qui éprouvent directement telle ou telle forme de violence ; d'où le ton un peu religieux et mystique de Catherine pour parler de "La Légèreté".

    + Dans le nouveau webzine "Marsam Graphics", Elric fait remarquer, dessins à l'appui, la ressemblance entre le style de Hergé et une BD japonaise parue peu de temps auparavant, "Shouchan no Bouken" (1924), par le dessinateur Katsuichi Kabashima ; à cette ressemblance avec le style épuré de Hergé, il faut ajouter que le jeune garçon, héros de la série, est accompagné par un écureuil, comme le sera Spirou, créé par le Français Rob-Vel. L'affaire se corse, puisque la bande-dessinée japonaise a été imaginée à partir d'une autre série populaire en Grande-Bretagne, "Pip, Squeak & Wilfred". Elric fait aussi remarquer l'influence que le style de Forton ("Les Pieds Nickelés") semble avoir exercée sur le dessinateur japonais.

    Ce rapprochement est le prétexte à un article sur l'influence réciproque de la culture japonaise et de la culture européenne, britannique en particulier. La célèbre revue humoristique anglaise "Punch" a même été exportée par un dessinateur au Japon, où l'on était peu habitué à voir les représentants du pouvoir brocardés dans la presse. 

    Cet article, abondamment illustré, est un peu une façon de démontrer que l'originalité, en art, n'est qu'une illusion.

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    Couverture d'un des albums de la série "Shouchan no Bouken", par Katsuichi Kabachima.

  • Revue de presse BD (178)

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    Dessin de Damien Glez paru dans le "Journal du Jeudi" (Ouagadougou).

    + L'entreprise actuelle de réhabilitation de "Tintin" passe par plusieurs canaux. De manière significative, on voit quelques intellectuels tenter de faire passer l'oeuvre de Hergé pour ce qu'elle n'est pas, à savoir une oeuvre d'art "populaire" ou une mythologie.

    Le populisme et la culture de masse ont rendu difficile la définition de "l'art populaire". On peut exclure "Tintin" de l'art populaire, dans la mesure où il émane de la bourgeoisie belge, et tient un discours pédagogique, fait pour persuader les enfants des bienfaits de la civilisation belge. Hergé s'est approprié peu à peu "Tintin", au fil des albums ; la série vire à l'auto-justification assez creuse, dès lors que Hergé finit par se lasser des valeurs de son milieu, sans toutefois parvenir à se débarrasser de "Tintin" (comme Franquin s'était débarrassé de "Spirou").

    Il est inexact de dire que "Tintin" est une littérature dépourvue de caractère sexuel, comme probablement toute littérature "de genre", en particulier celle destinée aux enfants ; la sexualité, dans "Tintin", est sublimée, ainsi qu'elle l'est dans la littérature ou l'art puritain. La littérature libertine, à caractère explicitement sexuel, a d'une certaine façon plus de recul sur la sexualité que la littérature de Hergé ou la Comtesse de Ségur, son équivalent pour les petites filles. A contrario la culture populaire tourne habituellement le motif sexuel en dérision.

    Amaury Hauchard a rédigé récemment dans "Le Monde" un article sur la réception de "Tintin" au Congo. Celui-là s'avère ambigu puisqu'il montre que les Congolais-Zaïrois, en général, apprécient les aventures de "Tintin au Congo" et n'y voient pas le racisme fustigé par certains ; mais, dans le même temps, l'article explique que "Tintin" a été propagé par le régime dictatorial du maréchal Mobutu. La culture occidentale est donc véhiculée par la dictature au Zaïre et en Afrique ; Riad Sattouf explique même dans "L'Arabe du Futur" (avec un culot invraisemblable), que c'est le cas des valeurs laïques et républicaines.

    L'angle du "racisme", c'est-à-dire de la moraline judéo-chrétienne, est sans doute le pire angle pour critiquer Tintin. Celui-ci occulte que la propagande coloniale, à laquelle "Tintin" participa, présente aussi les populations indigènes colonisées sous un jour favorable, et non seulement péjoratif, afin de mieux convaincre des bienfaits de la colonisation. L'éloge des troupes coloniales composées d'indigènes est parfaitement antiraciste, mais c'est une façon de prolonger sournoisement la propagande colonialiste.

    + On relie un peu vite l'attentat contre "Charlie-Hebdo" en 2015, à la seule "Une" du n°712 de cet hebdomadaire mettant en scène Mahomet, dessinée par Cabu et pensée par Philippe Val. Neuf ans séparent ces deux événements. On peut penser que la répétition des charges de "Charlie-Hebdo" contre les "intégristes musulmans", qui ne furent pas toutes humoristiques, a joué un rôle dans la décision de prendre l'hebdomadaire satirique pour cible.

    Quoi qu'il en soit, le reportage intitulé "Charlie 712, histoire d'une couverture", où la rédaction du journal finit de composer le désormais fameux n°712, fourmille de détails intéressants ; en effet on y apprend pelle-mêle : - que Luz fut réticent à rebondir sur les caricatures du prophète publiées par la presse danoise ; - que Charb était absent (en vacances) lors de l'élaboration de ce n° crucial ; - que Philippe Val se croit "chimiquement pur" (sic) sur le plan éthique (ce qui n'est pas loin d'une forme de fondamentalisme religieux), et investi d'une mission assez nébuleuse, distincte de la satire ; - que Caroline Fourest faisait office d'experte sur les questions religieuses auprès de "Charlie-Hebdo", à peu près la seule femme à prendre la parole dans ce milieu viril ; - que le risque de représailles violentes fut évoqué, certes avec ironie, mais évoqué tout de même ; - que le soutien du ministre de l'Intérieur N. Sarkozy aux caricaturistes ne dérange pas plus que ça des dessinateurs en principe dévoués à faire entendre une voix discordante des rengaines politiques ; - que Wolinski était plus drôle dans la vie que dans ses dessins, et Cabu l'inverse.

    Avec le recul, ce reportage fait paraître le "Charlie-Hebdo" de P. Val une sorte de troufion innocent, la fleur au fusil, embringué dans une guerre à l'échelle mondiale entre l'Occident et ceux qui le haïssent, et dépassé par le choc des propagandes croisées. Ce n'est sans doute pas la première fois qu'un humoriste se retrouve transformé en soldat de première ligne, comme pris dans l'angle mort de son esprit satirique. A aucun moment, ni Philippe Val ni ses dessinateurs ne semblent s'apercevoir du ridicule de cette prétention à la "pureté éthique".

    + L'école Estienne (Paris XIIIe) et la BNF organisent cette année encore le "trophée "Presse Citron" du dessin de presse. Il est possible de concourir jusqu'au 15 mars dans deux catégories, "étudiants" et "professionnels", en envoyant quelques dessins aux organisateurs. Le trophée avait été remis l'année dernière en présence de nombreux dessinateurs de presse réunis sous protection policière.

    Il n'est pas inutile de rappeler ici que les industriels et patrons français s'efforcent d'étouffer la caricature et le dessin de presse depuis la Libération ; ceux-ci doivent en effet surtout leur persistance à de rares titres de presse indépendants, puisque la plupart des titres de la presse française relèvent de la double tutelle de l'Etat et de quelques industriels. Comme le déclin du dessin de presse et de la presse française coïncident, on comprend qu'il ne s'agit pas d'un "effet de mode" comme certains font croire, mais d'une volonté de censure sournoise et efficace.

    + Le site "Iconovox" propose le téléchargement gratuit du "Pire de l'année 2015" en caricatures, à savoir les meilleures caricatures de Cambon, Soulcié, Berth, Deligne... pour ne citer que quelques-uns des "poulains" de François Forcadell.

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    Dessin de Michel Cambon (pour Urtikan.net)

  • Revue de presse BD (168)

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    + Il ne s'agit pas de militer ici pour l'abstentionnisme en cette période de scrutin régional, mais plutôt de mesurer l'évolution de "Charlie-Hebdo", moins militant et moins proche du pouvoir dans sa version "canal historique", comme témoigne la "Une" ci-dessus, signée Wolinski (on en trouvera d'autres signées Reiser). On a tort d'imputer au seul Philippe Val le changement de cap opéré par l'hebdomadaire lors de sa refondation en 1992. Il s'agit d'un mouvement plus profond, qui a d'ailleurs permis à l'islam et au FN, dans des milieux différents, d'incarner une forme de contre-culture, comme "Hara-Kiri" autrefois.

    + Le site "La Quadrature du Net" reproche au gouvernement d'avoir prorogé l'état d'urgence sans raison valable, et d'avoir profité ainsi de l'aubaine des attentats ; de fait, on n'interdit pas la circulation automobile sous prétexte qu'elle fait des milliers de morts par an. "La Quadrature du Net" fait aussi le bilan du renforcement des prérogatives accordées à la police sans contrôle judiciaire, à l'occasion de la nouvelle loi sur l'état d'urgence... votée en état d'urgence (le 19 novembre). Les principaux membres du gouvernement et des partis d'opposition ratent rarement une occasion, à la suite d'un attentat, de mettre en cause l'internet.

    + L'ancien ministre du gouvernement Sarkozy et député Laurent Wauquiez a récemment avoué publiquement sa... bédéphilie. Les aventures de Blueberry et les BD de Bilal seraient ses préférées. Faut-il faire un rapprochement, certain psychanalyste a fait la comparaison entre la lecture de bandes-dessinées et la masturbation chez l'adolescent de sexe masculin ?

    Certains prétendent que la BD a acquis le statut d'art, avançant comme preuve les records atteints dans les ventes aux enchères par des planches originales. Mais cela revient à réduire l'art au côté "bling-bling" des salles de vente. Bien que la BD soit le sujet de thèses universitaires de plus en plus souvent, voire enseignée en fac, on s'interroge rarement sur ce qui, dans la BD, appartient au domaine de la culture de masse, et ce qui au contraire y échappe. Le plus souvent c'est l'étude stylistique qui est préférée, c'est-à-dire un angle technique assez creux.

    + Certains voudraient opposer à l'islam la laïcité ; c'est sans doute voué à l'échec. Non seulement parce que, en matière de laïcité, chacun voit midi à sa porte, mais aussi parce que la culture laïque républicaine a joué un rôle important afin de légitimer les guerres coloniales.

    Au demeurant l'art et la culture ont une dimension religieuse éminente ; on peut même dire qu'à travers la culture dominante et la contre-culture, ce sont deux conceptions religieuses de l'art qui s'affrontent. Prenons, par exemple, le fameux tableau de Delacroix représentant la "Liberté guidant le peuple" : son symbolisme est on ne peut plus mystique ou religieux, et son interprétation relève le plus souvent de la catéchèse naïve, occultant des pans entiers de l'évolution politique de la France depuis l'Ancien Régime. La révolte parisienne des "Trois Glorieuses", dont Delacroix part pour peindre son allégorie, contribua à renverser une monarchie, certes, mais cela au profit d'une autre monarchie. La République n'est pas moins vierge que la monarchie d'actions répressives contre le peuple et les ouvriers. On voudrait faire croire que la République moderne descend directement de la philosophie des Lumières, mais elle découle beaucoup plus probablement de l'Empire napoléonien, le plus restrictif en matière de libertés publiques. Pour finir, l'incarnation de la liberté par une femme à demi-nue est une mythologie pour le moins rocambolesque. Cette femme est la même que l'on retrouve sur les pièces de monnaie française, "semeuse" représentant la fécondité. On voudrait poser l'équation de la liberté et de l'argent, on ne s'y prendrait pas autrement. D'ailleurs Delacroix n'était pas dupe de ces symboles, qui vitupérait son époque en parlant de "régime d'agioteurs" et de "panhypocrisiade universelle".

    + Le webzine Zébra se décline cette année en un petit mensuel de 4 p., auquel il est possible de s'abonner en écrivant à zebralefanzine@gmail.com, ou bien de lire gratuitement sur le site de partage de fichiers issuu.com. Le n° de décembre vient de paraître.

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  • Revue de presse BD (161)

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    + Un architecte en chef des monuments historiques, Philippe Villeneuve, a pris l'étonnante initiative d'orner la Tour de La Lanterne à La Rochelle de deux gargouilles à l'effigie de Cabu et Wolinski lors des travaux de rénovation ; deux femmes nues encadrant le faciès grimaçant de Wolinski est censé souligner la ressemblance. Pourtant on avait cru comprendre d'après Cabu que le diable, c'était Sarkozy ou Le Pen !?

    + Plus vivant Wolinski, ainsi que les piliers de "Charlie-Hebdo-Hara-Kiri", Cavanna et Choron, dans cette archive filmée datant de 1972. Wolinski et Cavanna expliquent ce qui différencie leur art du militantisme. En vieillissant, "Charlie-Hebdo" deviendra de plus en plus militant.

    De plus on peut voir une altercation entre Choron et Siné, ce dernier reprochant à "Hara-Kiri" de ne pas se mêler de politique. - Les gauchistes sont des fumiers ! suggère Choron pour légender un dessin ; - Ne compte pas sur moi pour écrire un truc pareil ! réplique Siné. La subversion de la subversion par la gauche, jusqu'à en faire un code vestimentaire bobo imposé par la gauche à la droite.

    + Interwievé par le site "Actuabd" pour sa BD sur L.-F. Céline (avec les frères Brizzi, chez Futuropolis), l'acteur Christophe Malavoy donne les raisons qui l'ont poussé à adapter son idée en BD plutôt qu'au cinéma :

    - Ce film que vous vouliez réaliser est tombé à l'eau ?

    Cette production cinématographique est un gros investissement sur un sujet qui demeure délicat pour beaucoup." Autrement dit, la censure n'est pas aussi stricte en BD qu'elle l'est au cinéma.

    + La revue "Saison", produite par le site belge "Grandpapier" livre son dernier opus n°6 (faute de temps, les rédacteurs ont décidé de jeter l'éponge) ; "Saison" sélectionne les meilleurs chapitres de BD publiés gratuitement sur le site "Grandpapier". On peut lire par exemple "Les Portes de l'Enfer", par Helkarava, une sorte de version "hipster" de "L'Enfer" de Dante.

     

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    Planche extraite de "Les Portes de l'Enfer" par Helkarava (Saison n°6)

  • Revue de presse BD (134)

    Extraits de la revue de presse publiée dans l'hebdo Zébra.

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    + Terreur Graphique et Hervé Bourhis ont récemment publié chez Dargaud "Le Petit Livre de la BD". Les auteurs ont fait le choix de l'anecdote, compilant année après année un tas de faits, d'albums et de dates marquantes, illustrées sous forme de vignettes. Ils ont aussi dessiné ou fait dessiner quantité de pastiches de couvertures d'albums. Elouarn, qui tient lui même un blog abondamment illustré dédié aux clins d'oeil que se font entre eux les auteurs de BD dans leurs albums, répercute une petite info concernant G. Wolinski, membre quand il avait dix ans du club des lecteurs de "Coq-Hardi", en même temps que Jacques Chirac.

    + Le fanzine "Dérive urbaine" a remporté le prix du fanzine décerné par le festival d'Angoulême. Il a été choisi parmi une sélection de trente fanzines en provenance du monde entier. Pour la troisième année consécutive, "Zébra" participait à ce concours unique en son genre, organisé par Philippe Morin, vainqueur il y a plus de trente ans avec son fanzine PLG du premier concours.

    + Est-il permis de se moquer de la Shoah comme du prophète Mahomet dans les pays occidentaux ? Afin de démontrer qu'il n'y a pas deux poids, deux mesures, D. Pasamonik (Actuabd) publie un article sur les dessins humoristiques concernant la Shoah publiés par "Hara-Kiri" et "Charlie-Hebdo". Mais certains commentateurs de cet article font observer à juste titre que les dessins ne portent pas atteinte à la dignité de la Shoah, mais se moquent de ceux qui ont tenté d'en tirer un profit commercial. De même le dessin signé Cabu en "Une" de Charlie se moquait de certains mahométans, plutôt qu'il ne visait directement le prophète comme les caricatures militantes danoises.

    Au-delà de la question de l'équité entre l'éthique de la Shoah et le Coran, on peut d'ailleurs se demander si la loi Gayssot est vraiment dans l'intérêt des Juifs, qu'ils soient descendants ou non de déportés ?

    Dans son édition du 15 janvier, à la question : "Pourquoi la loi française traite Dieudonné et Charlie-Hebdo différemment ?", le "New Yorker" répond que la liberté d'expression anticléricale est mieux protégée en France. Il ajoute : "Les médias [français] modernes ou plus traditionnels sont majoritairement non-musulmans. Des programmes de radio et de télé entiers débattent quotidiennement des mérites et des inconvénients de l'islam en France, sans faire beaucoup d'efforts pour inclure dans ces débats le point de vue de membres de la communauté musulmane. (...) Dans ce contexte, la surveillance étroite des provocations obscènes de Dieudonné paraît extrêmement arbitraire et disproportionnée ; elle le sert, hélas, bien plus qu'elle ne le dessert."

    + Quand un tas d'officiels, dont un ministre de l'Intérieur, défile en tête d'un cortège célébrant la liberté d'expression, il y a de quoi se pincer pour vérifier qu'on ne rêve pas. Plus d'un lecteur d'Orwell, d'Hannah Arendt, Simone Weil ou encore Bernanos, a dû écarquiller les yeux. "Nous disposons de moins de moyens pour décrédibiliser la presse qu'il n'en existait dans la société française en 43 ou 44, c'est évident. Donc il est d'autant plus important d'essayer d'expliquer pourquoi la presse est comme elle est." dit Raymond Aubrac dans un entretien avec Mathias Reymond et Pierre Carles (2007) pour l'Acrimed (action-critique-médias). Dans un numéro spécial publié il y a une dizaine d'années par une ligue antipub, l'ancien résistant communiste faisait en outre son "mea culpa", reconnaissant que le PCF, en faisant interdire de très nombreux journaux à la Libération, a involontairement favorisé la mainmise du monopole de l'industrie et des banques sur la presse.

    + Le documentaire sur "Pif-Gadget" (G. Podrovnik), diffusé par la chaîne "Arte", peut être regardé en ligne. Il est à la fois consternant et cocasse. Consternant par l'étalage d'une nostalgie de la culture communiste : que penser de soi-disant antifachistes qui continuent d'ignorer que les massacres perpétrés par le régime soviétique ne sont pas moins étendus que les crimes nazis ? Cocasse, parce que la contribution de la propagande communiste à la culture de masse ressort assez clairement dans ce documentaire, en dépit de sa tentative de démontrer que "Rahan" est un super-héros humaniste. Ce qui ressort au contraire, c'est que la différence entre "Pif" et le "Journal de Mickey" est à peu près inexistante. Comble de l'ironie, on apprend que le marketing autour du fameux gadget distribué avec cette publication, qui lui permit d'atteindre un tirage exceptionnel de 500.000 ex. par semaine, fut inventé par le fils d'un "Russe blanc", aventurier au demeurant peu scrupuleux.