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roman graphique

  • Revue de presse BD (337)

     

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    Caricature par WANER (à lire aussi dans "Siné-Mensuel")

    + Le caricaturiste algérien Nime (Abdelhamid Amine) a été arrêté fin novembre par des policiers en civil dans les locaux de son agence de communication ; il semblerait qu'on lui reproche des caricatures irrévérencieuses publiées sur les réseaux sociaux dans le cadre des élections.

    La nouvelle a de quoi rendre nostalgiques les amateurs français de caricatures irrévérencieuses ; en effet en 2019 les politiciens sont les premiers à lire "Le Canard enchaîné". Les élites politiques françaises ne se sentent pas menacées dans l'immédiat, bien que les Gilets jaunes ont récemment fait souffler un vent de panique au sein de la "nomenklatura", mettant en relief l'absence d'indépendance de la presse et des médias français.

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    Edition allemande d'un album de Claude Serre.

     

    + Pour les cinquante ans des éditions Glénat, leur fondateur s'est fendu d'une interview à "Ouest-France" où il raconte comment il est devenu grâce à Wolinski l'éditeur des caricaturistes de "Charlie-Hebdo".

    Les caricatures thématiques de Claude Serre publiées en album cartonnèrent au début des années 70, permettant de lancer les éditions Glénat.

    Néanmoins on peut reprocher à cet éditeur d'avoir investi massivement comme TF1 dans la culture de masse japonaise, au contraire des éditeurs belges qui avaient auparavant su adapter intelligemment la culture américaine des "comics" au goût européen.

    Les bons chiffres des ventes et le snobisme (parler de "roman graphique" plutôt que de BD) dissimulent mal le déclin de la bande dessinée, visible dans la poursuite ad nauseam des aventures d'Astérix.

    + Il reste une dizaine de jours pour participer à L'increvable concours de fanzine organisé en marge du festival d'Angoulême chaque année depuis 1982, remporté l'année dernière par un fanzine libanais ("Samandal").

  • Revue de presse BD (307)

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    (Planche extraite de "L'Homme à la Fourrure", biographie de Sacher-Masoch citée par "Marianne"comme un exemple de BD "intello".)

    + "La BD est-elle devenue intello ?" : l'hebdo "Marianne" (22-28 février) consacre un long article à la mode des BD, pompeusement baptisées "romans graphiques", qui se multiplient en librairie et visent un public plus âgé que la bande dessinée dite "franco-belge".

    L'auteur de l'article, Thomas Rabino, cite le bédéaste américain Will Eisner : "Notre génération dessinait comme des dieux des histoires stupides, la nouvelle arrive avec des dessins nuls et des histoires incroyables." Mais cette description lapidaire ne correspond pas à l'évolution de la BD en Europe. Quel scénariste contemporain rivalise avec un Goscinny, un Hugo Pratt, un Fred, un Chaland... ?

    A l'inverse, on pourrait citer quelques bédéastes contemporains très doués pour le dessin, mais dont le propos est un peu vain, intellectuel au sens péjoratif.

    Et puis distinguer la forme du fond n'est guère utile s'agissant de la bande-dessinée, où forme et fond s'imbriquent comme dans les hiéroglyphes égyptiens.

    Plus certainement, c'est l'économie de la bande dessinée qui a changé au cours des dernières décennies ; la presse écrite sur laquelle reposait la BD franco-belge a perdu toute sa vitalité ; le dynamisme de la BD repose désormais sur une poignée de petits éditeurs indépendants dont les plus grosses maisons s'empressent de recopier les meilleures idées.

    + Le projet de construction européenne est présenté dans les médias audio-visuels sous l'angle culturelwebzine,zébra,bd,gratuit,fanzine,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,février,2019,marianne,catherine sauvat,anne simon,sacher-masoch,roman graphique,thomas rabino,will eisner,goscinny,pratt,riad sattouf,captain europe,super-héros,mythologie,cahiers,alain saint-ogan,hergé,franz masereel,martin de halleux,honoré,charlie-hebdo,école estienne,presse-citron,trophée afin de mieux convaincre une partie de l'électorat désabusé.

    La mise en service d'un "Captain Europe" pour séduire les plus jeunes électeurs indique clairement le modèle américain suivi.

    Les discours des derniers chefs d'Etat américains "face à la nation" empruntent largement au vocabulaire et aux symboles des "super-héros" ; ils ont encore en Europe une connotation puérile.

    Les Etats-Unis sont le plus souvent qualifiés en France de "démocratie-chrétienne". Les super-héros cependant soulignent un aspect commun avec la France, à savoir le caractère "technocratique" du régime, non seulement capitaliste ; l'analogie est entre les super-pouvoirs attribués aux super-héros et ceux attribués à la technologie, y compris au plan métaphysique ou religieux, car l'espoir de "sauver le monde" est un leitmotiv caractéristique des organisations technocratiques et des idéologies (élitistes) qui en découlent.

    Les spécialistes des super-héros précisent que leur succès public n'est jamais aussi grand que dans les périodes de crise, ce qui souligne encore l'étoffe religieuse des super-héros.

    Cette dimension religieuse de la technocratie, véhiculée notamment par la culture de masse, disqualifie l'aura "scientifique" souvent mis en avant. Elle disqualifie également la laïcité en tant que remède au fanatisme et au totalitarisme.

    Disqualifiés aussi les intellectuels qui présentent les super-héros comme une nouvelle mythologie comparable à la mythologie antique, grecque ou juive (biblique) ; la mythologie grecque reflète en effet une conscience nette de ce qui oppose la science à la technique.

    En d'autres termes, les Etats-Unis ont plus de deux millénaires de retard sur la Grèce antique sur le plan culturel ; le cinéma est un autre élément significatif de leur marche arrière vers le futur.

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    + Les "Cahiers de la Bande dessinée" (nouveaux) (n°6/janv-mars) publient une enquête sur Alain Saint-Ogan, auteur notamment de "Zig & Puce", dont le jeune Hergé imita le trait en le modernisant petit à petit au fil de sa carrière.

    Les "Cahiers" se penchent notamment sur la carrière conséquente de dessinateur de presse de St-Ogan. S'il ne fut pas un caricaturiste de premier plan, en revanche St-Ogan nourrissait une véritable passion pour la presse et les médias.

    Par ailleurs les "Cahiers" consacrent un article illustré à Franz Masereel, artiste originaire des Flandres aux opinions pacifistes et communistes. Les éditions Martin de Halleux viennent de rééditer "Idée", bande-dessinée muette gravée sur bois par Masereel.

    + L'Ecole d'art Estienne (Paris, XIIIe) rend hommage au caricaturiste Honoré, assassiné en janvier 2015, à travers une exposition de ses dessins lors de la semaine du dessin de presse et du trophée "Presse-Citron" 2019  (-13 mars).

    Les caricatures de Honoré font un clin d'oeil appuyé à la gravure sur bois, se démarquant nettement du style moins "rétro" des confrères. Honoré faisait rarement la Une de "Charlie-Hebdo" comme ci-dessous (24/2/2010).

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  • Revue de presse BD (242)

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    Portrait d'A. Moore par Rebecca Clarke.

    + "De nos jours, il n’y a plus que des romans graphiques, des livres pour table à café. C’est l’une des raisons pour lesquelles je me retire de la bande-dessinée."

    Le scénariste de BD Alan Moore dénonce l'embourgeoisement de la BD dans une interview donnée au "Point" (25 août), hebdo prisé par les cadres commerciaux.

    "La bande-dessinée s'est embourgeoisée. Maintenant, on parle de roman graphique – une invention d'un département de marketing quelconque. La raison pour laquelle j'aimais les bandes-dessinées est qu'elles parlaient à tout le monde, par-delà les classes sociales. Elles ne remplissent plus cette fonction désormais."

    Il vaudrait mieux parler à propos du roman graphique d'intellectualisme, car de manière générale la BD est, comme le cinéma, un art bourgeois, produit par des magnats de la presse en conformité avec les intérêts de la bourgeoisie industrielle. Ce n'est qu'à titre exceptionnel que la BD échappe à ce cahier des charges : "Hara-Kiri" en France, les fanzines de R. Crumb aux Etats-Unis, etc.

    Le "roman graphique" est une appellation qui contribue à la gentrification culturelle de la BD, opération à travers laquelle les élites bourgeoises s'efforcent de mettre en valeur leur patrimoine culturel. Sur ce point A. Moore n'a pas tort.

    + Les gouvernements changent, la démagogie continue ; la nouvelle ministre de la Culture Françoise Nyssen, à peine nommée, s'est empressée de faire l'apologie des jeux vidéos comme ses prédécesseurs ; il faut dire que l'industrie des jeux vidéos est des plus lucratives. Les bibliothèques municipales cèdent elles aussi à la mode qui consiste à installer des "postes de jeu" et organiser des tournois de jeux vidéos ; de l'adage ancien qui signale que les peuples intelligents sont difficiles à gouverner, on peut en forger un autre : "Les crétins décérébrés font les électeurs les plus dociles."

    Comme "dieu" sert à certains fanatiques à justifier tout et n'importe quoi, la "culture" est devenue un argument massue en Occident, une méthode pour étouffer l'esprit critique, au profit de la culture de masse. Le divorce est d'ailleurs consommé entre les élites contemporaines et les philosophes des Lumières qui fustigeaient les spectacles divertissants comme un frein à l'émancipation du peuple.

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    Strip extrait du blog de Xavier Gorce.

    + Le romancier naturaliste J.-K. Huysmans (1848-1907) ("Là-bas", "A Rebours"...), émule de Zola avant de se convertir au catholicisme, fut aussi critique d'art (Huysmans descendait d'une famille de peintres flamands).

    Dans "Certains", recueil de portraits d'artistes, Huysmans décrit le caricaturiste Forain : "(...) M. Forain a voulu faire ce que le Guys [Constantin], révélé par Baudelaire, avait fait pour son époque : peindre la femme où qu'elle s'affirme, dans les lieux où elle travaille (...).

    A coup sûr, personne n'a mieux que lui, dans d'inoubliables aquarelles, décrit la fille ; personne n'a mieux rendu les tépides amorces de ses yeux vides, l'embûche polie de son sourire, l'émoi parfumé de ses seins, le glorieux dodinage de son chignon trempé dans les eaux oxygénées et les potasses ; personne, enfin, n'a plus justement exprimé la délicieuse horreur de son masque rosse, ses élégances vengeresses des famines subies, ses dèches voilées sous la gaieté des falbalas et l'éclat des fards.

    En sus de ses qualités d'observation aiguë, de son dessin délibéré, rapide, concisant l'ensemble, avivant le soupçon, forant d'un trait jusqu'aux dessous, il a apporté, en art, la sagace ironie d'un Parisien narquois.

    C'est grâce, sans doute, à cette orientation d'un esprit net et blagueur, très élagué de toute chimère, qu'il dut d'avoir trouvé, pour les dessins des journaux où il logeait, d'audacieuses légendes, parfois cruelles, souvent même presque comminatoires pour les ridicules gredineries de ces temps fous."

    A l'instar de Baudelaire (et de nombreux romanciers du XIXe siècle), un des thèmes favoris de Huysmans est le satanisme ; il faut dire que le "grand Pan" est souvent tenu pour le dieu des artistes. Sur le sujet relativement confus du satanisme et de Huysmans, dont il est fin connaisseur, François Angelier (!) a donné une conférence assez claire à la librairie "Le Monte-en-l'air" - conférence enregistrée ici.

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    Petite danseuse et son souteneur, par Forain, qui mettait plus de satire et moins d'esthétique dans ses peintures que son ami E. Degas.

  • Rentrée littéraire

    La semaine de Zombi. Samedi : F. Beigbeder définit le genre de "l'autofiction" : "L'autofiction, c'est quand Madame Bovary devient l'auteur de "Madame Bovary" ; et on peut l'appliquer au "roman graphique" : "Le roman graphique, c'est quand Tintin devient auteur de bande-dessinée."

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  • Revue de presse (102)

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    + Ce dessin intitulé "Circuit politique" est signé Nabaloum Boureima, caricaturiste et auteur de BD africain (Burkina Faso). Tandis que les télévisions et la presse françaises véhiculent surtout des témoignages d'Africains qui se disent favorables à l'ingérence française ou occidentale en Afrique, le web permet de diffuser des dessins qui font entendre un son de cloche discordant. A noter que Nabaloum Boureima cherche un emploi dans la presse (écrire à Zébra qui transmettra).

    + Les bibliothèques municipales de Paris diffusent des statistiques sur les emprunts de livres et album de bande-dessinée. De fait la culture est une notion statistique. On peut noter qu'une erreur s'est glissée dans le classement, puisque les albums de Tintin ont été rangés au rayon "BD adulte".

    + Dans le webzine Slate, une petite histoire du Festival de Cannes en images... dessinées.

    + L'abstentionisme électoral ou le scepticisme vis-à-vis de la politique a cours au Danemark comme en France. D'où l'idée qui a germé dans la tête de publicitaires de convaincre les jeunes Danois que voter, c'est cool, à l'aide d'un petit dessin-animé plein de filles à poil. Il est vrai que l'urne a un petit côté macabre de masochisme sexuel. En France, on aurait aussi bien pu charger DSK de ranimer la flamme.

    + La bande-dessinée est de plus en plus souvent le sujet de thèses universitaires, comme celle de Fred Paltani-Sargologos, intitulée peu sobrement : "Le roman graphique, une bande-dessinée prescriptrice de légitimation culturelle" (Université Lumière Lyon 2). Venant de l'université, on est plus habitué à des ouvrages de style académique qu'à des propos vraiment sérieux, et l'histoire de l'art pâtit de la tournure d'esprit scolastique.

    Cette thèse évite soigneusement le vrai sujet, à savoir le procédé de récupération par les élites de la culture populaire ou, plus récemment, de la contre-culture. L'approche stylistique est préférée à l'histoire, qui permettrait pourtant mieux d'éclairer ce phénomène. En lieu et place de l'histoire de l'art, on a une histoire des styles successifs, la moins éclairante sur les raisons véritables de l'évolution de l'art, bien qu'une étude sur la bande-dessinée peut difficilement se passer de les étudier. Le terme même de "roman graphique" est d'abord une étiquette commerciale américaine, qui traduit surtout une segmentation du marché, et quelquefois le snobisme ou l'intellectualisme de certains lecteurs ou auteurs de bande-dessinée.

    + Le dessin de la semaine est un éclair, dessiné par Thierry Mugler. Il n'est pas sans rappeler cette prémonition du poète surréaliste (tendance cynique) Salvador Dali : "La beauté sera comestible ou ne sera pas."

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  • Paris, le Retour**

    Je dois dire que je ne gobe pas beaucoup la culture japonaise, un peu trop pédophile àfanzine,gratuit,zébra,webzine,bande-dessinée,critique,kritik,jean-paul nishi,paris,québec,manga,sushi,one piece,nippon,japon,france,anglais,culture,roman graphique mon goût. Je lis donc rarement des mangas, juste un coup d’œil sur certains phénomènes de société comme l’inévitable «One Piece», déjà écoulé à plusieurs centaines de millions d’exemplaires rien qu’au Japon. D’ailleurs le libraire spécialisé de mon quartier ne désemplit pas, et même les bibliothèques municipales s’y sont mises.

    Le roman graphique de Jean-Paul Nishi, « Paris, le retour », échappe quelque peu à la loi du genre nippon, puisqu’il s’agit pour cet auteur de mangas ayant séjourné à Paris de rapporter à ses compatriotes quelques détails croustillants sur les mœurs françaises, en soulignant bien sûr les différences. Sa BD a ensuite été traduite en français.

    Ce type de témoignage sur la France par des étrangers est régulièrement publié. Le point de vue extérieur permet aux étrangers de voir des choses que nous ne voyons pas, ou de dire des choses qu’il n’est pas permis de dire par chez nous. Je me souviens d’un couple de Québécois, ayant séjourné pendant un an ou deux en France, avant de rédiger un tel rapport, confirmant ou infirmant tel ou tel préjugé. Infirmant par exemple l’idée que les Français se mettent plus souvent en grèves que d’autres peuples, cette impression fausse venant du fait que les grévistes vont se montrer à la capitale la plupart du temps, ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays moins centralisés. Mais, dans l’ensemble, ces Québécois étaient un peu trop gentils. Ils étaient sans doute tombés amoureux de la France, à moins qu’ils n’aient cédé aux consignes de modération de leur éditeur (les éditeurs sont aujourd’hui les principaux acteurs de la censure).

    Plus récemment, une citoyenne britannique ayant épousé un Français a rédigé aussi ce type d’ouvrage, un peu plus pointu. On y apprend, par exemple, que les mœurs sexuelles de la bourgeoisie parisienne ont de quoi choquer une bourgeoise anglaise ; mais pas seulement, puisque le bouquin contient aussi quelques critiques pertinentes sur notre système scolaire de « bêtes à concours » et son bourrage de crâne intellectuel, qui laisse notre Anglaise un peu interloquée. Celle-ci est en particulier stupéfaite qu’on puisse avoir atteint le sommet de la hiérarchie intellectuelle en France autour de vingt-deux, vingt-trois ans, sous prétexte d’une agrégation quelconque. C’est un phénomène typiquement républicain, qui consiste à calquer les écoles et études prestigieuses, quel que soit leur objet, sur le modèle de Saint-Cyr. Pour ma part j’ai même fréquenté des étrangers issus de l’ancien bloc soviétique qui jugeaient le système français un peu trop austère.

    Bien que son dessin soit d’une froideur numérique assez glaciale, Jean-Paul Nishi parvient en quelques anecdotes assez linéaires et pas trop pesantes à exhiber ce qu’il y a de surprenant, de choquant ou d’amusant dans les mœurs françaises vues du Japon. Au passage on apprend bien sûr des tas de choses sur les Japonais, mais pour la plupart assez connues : redoutables hygiénistes, d’une politesse assimilable en France à l’hypocrisie, un sens du devoir plus développé que les Allemands, etc. (...)

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  • Economie & BD

    La surproduction de bandes-dessinées, phénomène annonciateur d'un krach du marché, nous vaut depuis quelques années une pratique assez cocasse: la fabrication de bandes-annonces, afin de rendre tel ou tel album plus concurrentiel sur le marché.

    En même temps qu'on proclame que la BD n'est pas seulement faite pour les petits garçons, on fait exactement l'inverse, en optant pour des solutions encore plus infantiles et régressives que celles des années 50, quand les auteurs de BD franco-belge ne songeaient pas à faire du "roman graphique". On témoigne ainsi d'une croyance ridicule : celle qui consiste à penser que l'art le plus élevé s'adresse aux adultes.

    Ce préjugé n'a pas d'autre fondement que l'opinion du maître ou de la maîtresse d'école sur l'art, confondu avec une activité pédagogique. C'est ce qui explique que, des Etats-Unis, où le respect des institutions est grand, proportionnellement inverse à celui constatable en France, de plus en plus de BD sont importées, qui ressemblent à des traités de mathématiques ou des croûtes de Vasarely. Des BD qui croient nous impressionner en faisant de la BD dans des carrés magiques, au lieu de la faire dans des cases.

    Le danger ou l'inconvénient de cette mode du sérieux, chiant ou pédagogique, c'est qu'elle laisse entièrement le champ libre au marché de se développer comme il l'entend.

    Bien qu'ils vont au krach sans le savoir, et sont donc moins pragmatiques que le boulanger du coin de la rue, les acteurs économiques de la BD demeurent plus pragmatiques que ceux qui croient faire "de l'art pour l'art", et dont le bras de fer est perdu d'avance.

    On se demande parfois pourquoi des auteurs de BD dite "indépendante" en trahissent l'esprit pour signer des contrats chez des producteurs de BD en gros ? Principalement parce que la BD indépendante tourne en rond: c'est une motivation et non un but, un état d'esprit qui vaut pour lui-même. C'est bien beau de jouer au samouraï, mais ça n'a aucun sens au milieu des AK-47.

    Ceux qui fabriquent des bandes-annonces ne peuvent même pas faire comme Frédéric Jannin avec "Froud et Stouf", cette pub pour le festival d'Angoulême : un vrai dessin-animé ; car ce serait courir le risque d'offrir, pour que dalle, mieux que ce qui se cache sous des couvertures rutilantes et onéreuses.

    Zombi & Bizette