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octobre

  • Revue de presse BD (289)

    + Le Pr Choron est à la presse française ce que la flibuste fut à la marine royale britannique.webzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande dessinée,actualité,revue,presse,octobre,2018,choron,charlie-hebdo,cavanna,gourio,philippon,caricature,charivari

    Son rôle à la manoeuvre du bateau pirate "Charlie-Hebdo" est souvent minoré.

    Georges Bernier alias "Pr Choron" est surtout connu pour avoir hissé le pavillon noir, sous la forme d'une retentissante "Une" de "Hara-Kiri" ("Drame à Colombey..."), visant moins, selon son auteur, un général de Gaulle hors de service qu'une presse française cire-pompe et rasoir. Mais son rôle ne se limite pas à ce pavé dans la mare...

    Lors d'une conférence donnée sur "Hara-Kiri", l'érudit Y. Frémion a comparé Charles Philippon (fondateur de la "Caricature" et du "Charivari" au XIXe siècle) à Cavanna & Choron réunis, soulignant que Cavanna et Choron forment une paire indissociable ; cependant la comparaison masque un contexte beaucoup moins favorable que la monarchie de Juillet à la publication de journaux indépendants satiriques.

    Or c'est là que le Pr Choron intervient, rendant possible ce qui était institutionnellement et politiquement impossible, grâce à un tempérament hors du commun.

    Les mémoires de Choron, "Vous me croirez si vous voulez", réédités sous la houlette de J.-M. Gourio et augmentés de quelques références utiles et photos, sont émaillés de révélations et d'anecdotes truculentes. On apprend ainsi que Cavanna obtenait de la publicité pour son journal sur "Europe 1" grâce à ses relations dans la franc-maçonnerie ; ou bien encore que le Pr Choron renfloua les caisses de "Charlie-Hebdo" en louant ses services sexuels à une vieille rombière fortunée en manque de chair fraîche (le scandale qui a secoué "Le Monde" il y a quelques années illustre que les journalistes peuvent pousser la putasserie encore plus loin, sans même se désaper).

    Mais ces mémoires ne sont pas seulement pittoresques. On pénètre grâce à leur auteur dans les coulisses de la presse et des médias. Les tentatives infructueuses du Pr Choron pour financer son journal subversif par la publicité sont à la fois cocasses et révélatrices des procédés de censure actuels. 

    Les histoires de piraterie se terminent mal en général ; on note que le Pr Choron estimait avoir échoué dans son entreprise de déstabilisation de la presse conformiste ; le prétexte de la pornographie fut utilisé à la fois pour réduire "Charlie-Hebdo" au silence et minimiser sa portée subversive.

     On peut se demander où le fils d'un couple de gardes-barrière, orphelin de père, a trouvé l'énergie -et surtout l'audace- nécessaires pour défier les élites politiques sur leur propre terrain ? Choron donne un début de réponse en commençant son récit : il explique qu'il se voyait mal mourir à petit feu sans faire de vagues, suivant le destin assigné aux personnes d'extraction modeste qu'il côtoyait dans son village de la Marne.

    Un bouquin à lire par tous ceux qui, de gauche ou de droite, gobent le slogan de "la France, pays de la liberté d'expression" (sur lequel les caricaturistes étrangers ne manquent pas d'ironiser).

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    + La bibliothèque du Musée Pompidou exposera bientôt Riad Sattouf et son oeuvre (14 novembre-11 mars) ; depuis le succès inattendu de "L'Arabe du Futur", publié par un éditeur inconnu (Allary), le bédéaste d'origine syrienne est devenu l'un des auteurs de BD les plus en vue, régulièrement invité sur les plateaux de télé afin de raconter son histoire, ce qu'il sait très bien faire.

    Bien qu'inattendu, le succès de Sattouf dont les ouvrages précédents n'avaient rencontré qu'un succès d'estime, est compréhensible ; sur un sujet -le monde arabo-musulman-, où les points de vue avisés sont rares et noyés dans la propagande de soi-disant experts, R. Sattouf fournit un éclairage plus cru et sans doute moins naïf qu'il n'a l'air.

    De cette façon R. Sattouf évite aussi le nombrilisme de certains auteurs de "romans graphiques", nombrilisme peu propice au succès populaire.

    Expliquer que la République française fut le modèle quasi-officiel des dictateurs arabes au sein desquelles il grandit est sans doute plus subversif que relayer les caricatures islamophobes d'un journal nationaliste danois.

    On aimerait bien connaître l'opinion de R. Sattouf sur le destin funeste de ces dictatures arabes, anéanties par la République française qu'elles admiraient ?

  • Revue de presse BD (288)

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    + "Les Droits de l'Homme sont les droits de l'Homme égoïste." Karl Marx (1843)

    Entre autres choses, l'historien communiste avait prévu les noyades de migrants par milliers aux porteswebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,octobre,2018,spirou,droits de l'homme,onu,karl marx,reiser,documentaire,blankenberge,ostende,banksy,sotheby's,londres,la chapelle,paris d'une Europe drapée dans la tartuferie humaniste.

    L'hebdomadaire "Spirou" s'efforce de raviver la flamme en publiant un n° spécial "Droits de l'Homme" en concertation avec l'ONU, institution dont le génocide au Rwanda restera (à jamais ?) comme le symbole de l'impuissance.

    Depuis son lancement, le magazine belge est un magazine de promotion de la culture bourgeoise belge, dont la fabrication semi-artisanale a permis d'éviter l'excessive fadeur des produits de très grande consommation (comme les mangas japonais ou les "comics" américains).

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    + Comme il y a un avant et un après Céline dans la littérature du XXe siècle, il y a un avant et un après Reiser (1941-1983), imité par la génération suivante des dessinateurs de presse comme un seul homme ou presque.

    Un documentaire tiré des archives de la télévision belge, en grande partie filmé sur la plage de Blankenberge (près d'Ostende) en 1976, dévoile en partie la technique, et donc le style de Reiser.

    La laideur de son dessin et de ses personnages n'est pas seulement un parti-pris comique: Reiser schématise pour souligner l'expression juste ; il ne corrige pas son dessin pour conserver la spontanéité du premier jet. Reiser est un peintre réaliste avant d'être un styliste.

    La civilisation des loisirs, illustrée ici par la station belge de Blankenberge mais répandue dans toute l'Europe, fait les frais de l'ironie du dessinateur satirique.

    + Banksy, auteur de graffitis plus ou moins subversifs peints sur les murs de grandes villes du monde entier, a tenté de détruire l'une de ses oeuvres qui venait d'être adjugée un peu moins d'un million d'euros à Londres ("La Fille au ballon").

    Soupçonné d'avoir voulu attirer l'attention sur lui par cette mise en scène, Banksy a ensuite cherché à prouver sa bonne foi en montrant qu'il était prévu que son dessin au pochoir soit entièrement détruit (et non en partie seulement).

    Il y a quelque temps, Banksy avait déjà organisé une distribution gratuite de ses oeuvres afin de court-circuiter les marchands d'art.

    Cette affaire illustre la capacité de la culture dominante à absorber les contre-cultures contestataires et les digérer.

    Peints par Banksy lors d'un récent séjour à Paris, "Porte de La Chapelle" où sont regroupés les migrants de sexe masculin, quelques graffitis dont le graffiti ci-dessous ont déjà été recouverts.

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  • Revue de presse BD (287)

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    Dessin de LB (à lire aussi dans "Siné-Mensuel".

    + L'hommage rendu par le président E. Macron à Charles Aznavour avait de quoi faire passer A. Malraux pour un poète minimaliste. Hélas on n'a pas vu -dignité de la fonction oblige-, le président pousser la chansonnette.

    Vu l'importance croissante des hommages nationaux dans l'emploi du temps du président (et le temps, c'est de l'argent), on pourrait peut-être confier ces hommages aux professionnels qui siègent à l'Académie française et qui ont déjà un pied dans la tombe ?

    - Le caricaturiste et bédéaste Pétillon a eu droit aussi à quelques hommages. Même les dessinateurswebzine,gratuit,zébra,bd,fanzine,bande dessinée,caricature,actualité,revue presse,hebdomadaire,octobre,2018,lb,macron,aznavour,malraux,académie française,pétillon,nono,télégramme,le drian,nicolas bourriaud,ai weiwei,riss,charlie-hebdo,caricaturiste,fantassin lepénistes se sont inclinés devant sa tombe ! Toutes les idéologies communieraient-elles dans la mort ?

    L'hommage de Nono dans "Le Télégramme" (quotidien breton) (1er oct.), n'est pas beaucoup moins absurde. Il fournit le mode d'emploi de l'éloge funèbre dessiné :

    - au passage, Nono en profite pour s'incliner devant un vivant, le ministre Le Drian, promu ici emblème de la Bretagne (à moins qu'il ne fût collectionneur des dédicaces de Pétillon ?).

    - Dieu est aussi représenté, en hommage aux lecteurs démocrates-chrétiens du "Télégramme" - à moins qu'il ne s'agisse du "grand architecte" de Voltaire ?

    + Nicolas Bourriaud écrit dans le magazine "Beaux-Arts" (oct. 2018), après avoir longuement éreinté l'artiste chinois Ai Weiwei, qualifié entre autres "d'artiste pulsionnel qu'attendait Facebook" :

    - L'incapacité des médias à abriter en leur sein la moindre réflexion critique sur l'art, au profit de l'enregistrement pavlovien des étiquettes de prix et du nombre de followers agrippés aux artistes ne pourra que fabriquer des Ai Weiwei à la chaîne : la grande imposture de l'art contemporain (...) c'est avant tout celle de ses commentateurs.

    Si l'implication des médias dans la propagande capitaliste, directe ou indirecte (publicité), est une évidence, encore faut-il mentionner que la critique a été évincée aussi au sein des institutions scolaires publiques. Cela s'explique par la fonction religieuse accrue de l'art moderne. Cet aspect religieux est si net que même la caricature et la satire sont récupérés par le discours officiel et les caricaturistes bombardés "fantassins de la démocratie", la métaphore militaire faisant écho au commando armé qui s'attaqua à "Charlie-Hebdo"

    + Toujours dans "Beaux-Arts" de ce mois-ci, un article consacré au caricaturiste Félix Tournachon (1820-1910), alias Nadar, plus connu comme photographe-portraitiste.webzine,gratuit,zébra,bd,fanzine,bande dessinée,caricature,actualité,revue presse,hebdomadaire,octobre,2018,lb,macron,aznavour,malraux,académie française,pétillon,nono,télégramme,le drian,nicolas bourriaud,ai weiwei,riss,charlie-hebdo,caricaturiste,fantassin,nadar,félix tournachon,bnf,offenbach

    L'article nous apprend que Nadar n'est pas un mais plusieurs ; en effet son frère cadet Adrien le précéda dans la branche photographique et son fils Paul le suivit. Quelques photographies d'Adrien furent attribuées par erreur à Félix, qui en définitive concentre toute la gloire sur son prénom.

    Félix et Adrien, bourgeois lyonnais montés à Paris se disputèrent même au tribunal la propriété intellectuelle du pseudonyme "Nadar", abréviation de l'argotique "Tournadar" d'abord utilisé par Félix.

    (Expo. à la BNF du 16 oct. au 3 févr.)

    (Ci-contre : le compositeur Offenbach caricaturé par Nadar.)

  • Fanzine n°64 - octobre 2018

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    Le dernier fanzine Zébra BD & Caricature vient tout juste de paraître ! Avec des caricatures d'Adéka, l'Enigmatique LB, Zombi, et une revue de presse illustrée.

    Pour s'abonner à ce mensuel (25 euros/an-10 n° franco de port), écrire à zebralefanzine@gmail.com

    (Dessin de "Une" par Zombi) 

  • Revue de presse BD (286)

    + Un cancer a emporté René Pétillon à l'âge de 72 ans. Caricaturiste au "Canard Enchaîné" depuis 1992, webzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,octobre,2018,caricaturiste,pétillon,mort,siné,cabu,canard enchaîné,jack palmerPétillon avait brièvement prêté main-forte à la rédaction de "Charlie-Hebdo" décimée.

    Le carton de "L'Enquête corse" (2009), BD adaptée-édulcorée au cinéma, mettant en scène un enquêteur de police plus vrai que nature -Jack Palmer-, l'avait fait connaître d'un public plus large.

    Les premières caricatures de Pétillon furent publiées dans "L'Enragé" de Siné : une façon pour le jeune dessinateur de jeter aux orties son éducation religieuse et les convictions gaullistes de ses parents. Néanmoins Pétillon représentait, comme "Le Canard", une satire plus républicaine et moins anarchiste que "Charlie-Hebdo". A l'instar de Cabu, Pétillon était conscient de l'embourgeoisement du "Canard".

    On note que les dernières recrues du "Canard enchaîné", qui vient de perdre un deuxième pilier après Cabu, dessinent comme Pétillon et font preuve d'un humour basé sur les traits d'esprit plutôt que sur le dessin. A suivre de trop près les péripéties de la vie politique française, de plus en plus anecdotiques, la satire perd en force. 

    + "Nous avons besoin de rire de la mort." Les fondateurs britanniques du site "The Reaper" (La Faucheuse), Gary Mead, Jérémy Banx et Rory Pickering rappellent ici que l'humour est le propre de l'homme.

    - Rappel d'autant plus utile que la société totalitaire, qui repose sur l'intelligence artificielle, tend à exclure l'humour et la satire, dans lesquels elle dénonce une dérive individualiste.

    Le dessin ci-dessous est issu d'une sélection de dessins de Victor Bogorad sur le thème de la mort, publiée par "The Reaper".

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    + Les CROUS, organismes publics d'aide matérielle aux étudiants, organisent un concours de BD doté de 3500 euros sur le thème de la "révolution".

    On peut voir les travaux primés l'année dernière (sur le thème aussi "bateau" de "la rue") sur le site des CROUS, dont la planche ci-dessous d'Adrien Yeung.

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  • Et 1917 devient Révolution***

    Au préalable, rappelons que le tribut le plus lourd payé à la révolution bolchevique fut versé par le peuple. Lawebzine,bd,gratuit,zébra,fanzine,bande-dessinée,critique,kritik,révolution,russe,1917,octobre,commémoration,sabine dullin,el lissitzky,marc ferro,alain blum,le fouet,bitch,novy satirikon,chtyk,bolchevik,koulak,kérenski,lénine,trotski révolution russe n'a pas laissé seulement une trace sanglante derrière elle parce que les aristocrates et une bonne partie des "koulaks" russes furent massacrés, mais parce que des dizaines de millions de Russes appartenant aux couches populaires furent aussi sacrifiés sur l'autel du Progrès.

    Le régime quasi-dictatorial de Poutine et ses prédécesseurs tient aussi au souvenir cuisant dans la population de gigantesques massacres commis au nom de la démocratie et du peuple.

    La commémoration d'un tel événement est néanmoins justifiée, car la Révolution de 1917 est l'un des événements politiques majeurs du XXe siècle. L'Histoire, quant à elle, commence au stade où l'on tente d'élucider le sens de cet événement, ce que la propagande politique rend difficile; la révolution russe a en effet été tantôt récupérée, tantôt utilisée comme un repoussoir, de sorte qu'elle est surtout connue à travers la propagande, cela d'autant plus que les archives soviétiques sont longtemps restées scellées.

    "Et 1917 devient Révolution", ouvrage commémoratif paru à l'occasion du centenaire de la Révolution, a plusieurs mérites :

    - Il est découpé en une cinquantaine de courts chapitres (sommaire détaillé ici), ce qui permet d'aborder la Révolution russe, monumentale et un peu intimidante, sous des angles variés. Ainsi un chapitre consacré à un officier français catholique, qui déserta l'armée française pour se joindre, enthousiaste, aux bolcheviks, avant de déchanter et rentrer au pays, nous éclaire sur la dimension religieuse de la Révolution (déjà soulignée par Baudelaire dans un autre contexte).

    Plusieurs chapitres permettent aux lecteurs de découvrir les principaux acteurs des événements de 1917: Kérenski, Lénine, Trotski, ou le général contre-révolutionnaire Kornilov ; mais aussi les différents rouages de l'engrenage révolutionnaire: la défaite de l'armée russe face aux troupes allemandes, la prise "mythique" du Palais d'hiver. Certains aspects secondaires sont aussi évoqués, comme des événements frontaliers (indépendance de l'Ukraine ou de la Finlande), l'exil des aristocrates ou la propagande politique.

    - De plus l'iconographie est abondante et les reproductions de bonne qualité: de nombreux documents d'époque -affiches, caricatures, photographies, journaux, sont reproduits. A travers un chapitre dédié aux revues satiriques russes de 1917, on découvre le talent des caricaturistes russes d'alors. La propagande communiste a requis aussi le talent de dessinateurs et d'artistes-affichistes.

    On s'attardera ici sur les deux chapitres consacrés à la caricature et les chapitres consacrés à la propagande.

    - Les revues satiriques furent de courte durée, coincées entre la censure tsariste et celle du nouveau pouvoirwebzine,bd,gratuit,zébra,fanzine,bande-dessinée,critique,kritik,révolution,russe,1917,octobre,commémoration,sabine dullin,el lissitzky,marc ferro,alain blum,le fouet,bitch,novy satirikon,chtyk,bolchevik,koulak,kérenski,lénine,trotski bolchevik qui s'empressa de museler ces publications peu favorables aux bolcheviks. La censure tsariste s'était relâchée un peu depuis la révolution de 1905, permettant à quelques titres d'éclore : "La Baïonnette" (Chtyk), "Le Nouveau Satiricon" (Novy Satirikon), "Le Fouet" (Bitch). En 1918, presque tous ces titres sont déjà interdits et un organe officiel de censure sera mis en place en 1922.

    La qualité de ces titres de presse est d'autant plus surprenante que la censure ne cessa vraiment que pendant quelques mois de transition entre les deux régimes dictatoriaux.

    - Un autre chapitre se penche de plus près sur le contenu des caricatures. La crise est générale en Russie: militaire d'abord, mais aussi politique, économique et morale. Les caricatures visent tous ceux qui sont jugés responsables de cette crise : le pouvoir monarchique, le clergé orthodoxe, la bourgeoisie soupçonnée de vouloir détourner la révolution de son but, mais aussi les bolcheviks accusés de contribuer au chaos et de céder face à l'Allemagne.

    Les caricatures antirévolutionnaires sont peut-être les plus originales car elles soulignent les divisions au sein du peuple et l'incapacité à surmonter ces divisions au nom de la démocratie (cf. caricature ci-contre de Re-Mi, parue dans le "Novy Satirikon", raillant les divisions à l'intérieur du peuple).

    - D'autres chapitres évoquent au contraire le rôle de la propagande et des artistes "enrôlés" par la révolution bolchevique. Il faut exalter les figures emblématiques de la révolution -l'ouvrier, le soldat de l'armée rouge-, mais aussi rendre les "lendemains qui chantent" plus concrets et désirables.

    - Dans le chapitre "L'invention des Rouges et des Blancs", Sabine Dullin commente une affiche abstraite d'El Lissitzky : "Battez les blancs avec le coin rouge" (1920). La signalétique géométrique et tricolore simpliste de cette affiche destinée à "guider" les soldats de l'armée rouge est un exemple intéressant de l'implication de l'art abstrait avant-gardiste dans la propagande militaire. La couleur sert à résumer l'idéologie, comme dans les emblèmes nationaux.

    Le terme "d'avant-garde" lui-même a une connotation guerrière.

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    Affiche de propagande par El Lissitsky.

    Cette peinture de la Révolution de 1917 par "touches légères" n'est pas sans défaut, mais du moins s'agit-il d'une description large, qui décrit et illustre des points de vue variés.

    La question historique à proprement parler, du sens de la Révolution, est laissée pendante. L'historien Marc Ferro se contente d'observer que les Russes ont en 2017 une meilleure opinion de Staline, qui incarne à leurs yeux un pouvoir stable et fort, contrairement à Lénine ou Gorbatchev, dont les noms riment avec chaos et crise.

    Cet historien indique aussi que l'aura de la Révolution russe persiste dans le monde cent ans plus tard, révolution qui selon lui "renia sa doctrine et ses promesses au nom de la nécessité".

    "Et 1917 devient Révolution", ouvrage collectif sous la direction de Carole Ajam, Alain Blum, Sophie Coeuré, Sabine Dullin. Eds Seuil/BDIC, 2017.

  • Revue de presse BD (249)

    webzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,caricature,actualité,revue,presse,hebdomadaire,octobre,2017,guillaume doisy,drumont,antisémitisme,nazisme,antidreyfusard,communisme,dreyfus,judas,harvey kurtzman,mad,hara-kiri,bd-zoom,wombat,trump

    + BD-Zoom signale la publication d'un album d'Harvey Kurtzman (1924-1993) (aux éds Wombat), cofondateur de la revue satirique américaine "Mad", qui exerça une certaine influence sur les humoristes français ("Fluide-Glacial", "Pilote"...).

    L'auteur de l'article mentionne au passage le lancement par Kurtzman d'un (éphémère) magazine baptisé... "Trump", et financé par le patron de presse pornographique Hugh Hefner ("Play-Boy").

    Commentant l'article de Franck Guigue, un lecteur de BD-Zoom fait remarquer la difficulté de traduire l'humour d'Harvey Kurtzman en français.

    + Une récente dépêche AFP mentionnant la hausse des profits des éditeurs de BD au cours de la décennie écoulée a déclenché le mécontentement d'une partie des auteurs, dont le nombre s'est multiplié et les revenus sont, en moyenne, très bas (inférieurs au smic dans plus de 50% des cas).

    L'industrialisation de la production est en cause ici ; elle ne date pas d'aujourd'hui et l'on peut s'étonner que ses conséquences suscitent la désapprobation d'une corporation restée globalement muette et passive devant ses causes. Toute la question est de savoir si la production et le marketing finiront par nuire aux éditeurs eux-mêmes.

    Quant aux éditeurs et aux auteurs les plus indépendants, ils auraient peut-être plus à gagner qu'à perdre dans la faillite de cette petite industrie du divertissement (faillite ou absorption par l'industrie du divertissement).

    On discerne ici également l'arnaque de la reconnaissance par les pouvoirs publics de la BD comme "un art à part entière" (à coup de médailles et de discours creux). Cet argument essentiellement commercial a l'inconvénient d'unifier artificiellement des pratiques parfois aux antipodes. Cette opération de "gentrification" de la BD rappelle l'histoire plus ancienne du droit de la propriété intellectuelle, systématiquement présenté comme une avancée et un progrès pour les auteurs, mais dans lequel les moins naïfs d'entre eux ont souligné un gain pour les éditeurs, principalement.

    + Guillaume Doisy ("Caricatures & Caricature") aborde le problème de lawebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,caricature,actualité,revue,presse,hebdomadaire,octobre,2017,guillaume doisy,drumont,antisémitisme,nazisme,antidreyfusard,communisme,dreyfus,judas,harvey kurtzman,mad,hara-kiri,bd-zoom,wombat,trump caricature et de l'antisémitisme dans un long article truffé de références portant sur la presse illustrée de la fin du XIXe siècle. L'auteur pose la question de savoir si la caricature fut une figure majeure du discours antisémite ? Son étude est focalisée sur la gazette "La Libre Parole illustrée" du pamphlétaire antisémite Edouard Drumont.

    Comme la caricature a servi au cours des derniers siècles à la promotion des idéologies occidentales les plus sinistres et meurtrières (nationalisme, communisme, nazisme, etc.), la question posée par G. Doisy revient à se demander s'il y a un lien spécial entre l'antisémitisme et la caricature. G. Doisy conclut que "S’il ne faut pas minorer l’extrême violence de certaines caricatures diffusées par "La Libre parole illustrée", il faut souligner néanmoins leur rareté."

    Précis et bien documenté, l'article entretient néanmoins le préjugé qu'il y a, entre le discours antisémite et le massacre des Juifs au cours de la seconde guerre mondiale, un lien de cause à effet. L'étude historique approfondie de cette période consiste en effet à élucider la ou les causes véritables du conflit ayant entraîné les massacres, par-delà le(s) prétexte(s) invoqué(s) par les élites politiques pour mobiliser les masses.

    En se limitant au prétexte, on déduirait que la haine du riche, sur quoi repose largement la démagogie communiste, est la principale cause des massacres perpétrés par le régime soviétique (on passerait ainsi complètement à côté du mobile nationaliste très puissant, sous-jacent au communisme d'Etat...).

    Une autre source de confusion consiste à présenter l'antisémitisme comme une sorte de "golem" puissant et unifié, alors même que l'antisémitisme se présente plutôt comme une nébuleuse idéologique, dont certaines tendances se combattent parfois entre elles. On mesure par exemple l'écart entre l'antisémitisme contemporain de l'affaire Dreyfus et l'antisémitisme plus tardif du régime nazi au fait que, du point de vue antidreyfusard, "Juif" et "Allemand" sont quasiment synonymes.

    Il est assez évident que l'émergence récente du nationalisme juif a nettement modifié la perspective de l'antisémitisme, mais aussi de ses détracteurs, qui ont tendance à minimiser dangereusement l'importance du mobile nationaliste sous-jacent, auquel l'antisémitisme fournit un argument démagogique supplémentaire, populiste ou moderniste (dans le cas de l'antisémitisme nazi, appuyé sur un darwinisme racial pseudo-scientifique).

    En affirmant que "(...) la caricature politique en cette fin de XIXe siècle fait généralement preuve d’une violence extrême, intégrée dans les mentalités collectives", G. Doisy ne fait que répéter le poncif qui assimile l'outrance de la caricature à la violence, poncif véhiculé afin de stigmatiser un genre populaire et incriminer a posteriori le "populisme". Si l'on songe aux manifestations à la fois les plus extrêmes et les plus modernes de la violence, on constate qu'elles sont souvent conçues et élaborées dans des ambiances feutrées, avec beaucoup de précautions de langage. Le "politiquement correct", en traquant la violence des mots, n'a pas effectivement aboli la violence.

    (Ci-dessus : portrait d'E. Drumont en "Une" de "La Libre Parole illustrée" en guise d'autopromotion - l'hebdo se vante ici d'avoir épinglé le traître Dreyfus huit ans à l'avance.)