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baudelaire

  • Revue de presse BD (294)

    + Manifestation de défiance vis-à-vis des élites politiques et morales, le mouvement des Gilets jaunes awebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,novembre,2018,#giletsjaunes,charlie-hebdo,félix quelques points communs avec l'élection de Donald Trump...

    A propos des Gilets jaunes, l'hebdomadaire "Marianne" titre : "Cette France qui pue le diesel", soulignant ainsi le dégoût que les Gilets jaunes inspirent aux "bobos" - les mêmes qui se bouchent le nez en parlant de Donald Trump et son électorat.

    Les Gilets jaunes contribuent en effet comme Donald Trump au discrédit de la presse et des médias dans l'opinion publique. Lors de la campagne de Trump comme à l'occasion des manifestations des Gilets jaunes sur des lieux emblématiques de la société de consommation, les médias sont apparus assez clairement comme un rouage essentiel du gouvernement de la majorité des citoyens par une minorité d'entre eux (grâce au pouvoir des mots, et non des images comme on entend parfois).

    Il n'est pas certain qu'Emmanuel Macron aurait été élu sans l'appui des médias. La plupart des électeurs déçus d'E. Macron sont conscients du rôle prescripteur joué ici par la presse.

    Les médias prouvent simultanément que la démocratie existe et qu'elle n'existe pas. De même on pourrait prouver que la presse désinforme autant qu'elle informe. C'est exactement la même ambiguïté qui traverse la société de consommation, présentée comme un idéal de bonheur par une petite élite dirigeante, tandis que quelques esprits dissidents la dépeignent au contraire comme la formule de l'esclavage.

    - Deux pièges sont tendus aux Gilets jaunes : le premier piège est celui de la violence (quand elle n'existe pas, les médias l'inventent) ; le second piège est celui de l'espoir politique. Le capitalisme et la mondialisation qui en résulte apparaissent largement comme un "nouveau destin" à travers l'étude que Marx en a fait. Or le destin est, par définition, sans issue. Marx lui-même n'en propose quasiment pas (c'est le seul point où il se montre lyrique).

    Paradoxalement on peut tirer une conclusion bien plus individualiste que politique de la critique marxiste, d'autant plus que le citoyen-consommateur ne se connaît visiblement pas et qu'il est dépossédé de lui-même par les nouveaux instruments au service de la politique de consommation, dont les médias et l'argument culturel font partie, trahissant leur objectif démocratique déclaré.

    + "Charlie-Hebdo", après avoir soutenu le candidat E. Macron lors du scrutin présidentiel, en le présentant comme un rempart contre le fachisme, donne cette semaine un dessin de Une (par Félix, ci-dessus) à la fois plus nuancé et plus satirique.

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    + Le caricaturiste suisse francophone Chappatte, qui publie ses dessins dans la presse allemande et américaine, aime bien jouer avec les codes de l'idéologie française. Il l'avait fait après l'attaque contre la rédaction de "Charlie-Hebdo" en publiant un dessin où l'on voyait des islamistes radicaux approuver les paroles guerrière de la Marseillaise républicaine. Il récidive avec ce dessin (in : "Le Temps", 23 novembre) où il place un Sans-culotte à côté d'un Gilet jaune ("Insoumission française").

    La comparaison avec "Mai 68" paraît plus proportionnée.

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    + Il n'y a guère de personnalité plus identifiable au roman national français que Victor Hugo, dont la figure nous apparaît aujourd'hui comme lissée par des décennies de sermons scolaires.

    La bibliographie de V. Hugo montre un auteur pas ou peu satirique, contrairement à de grands noms de la littérature française tels que Rabelais, Molière ou Voltaire. De là vient peut-être qu'il est si consensuel ? C'est sans doute parmi les hommes de lettres que le consensus autour de Hugo est le moins large, certain lui faisant grief de son engagement politique (Musset), un autre lui reprochant son manque de profondeur en comparaison de Goethe ou Shakespeare (Baudelaire).

    Une exposition en cours à la maison de Victor Hugo (-6 janvier) rappelle qu'il fut beaucoup caricaturé dans la presse, l'accusation d'opportunisme politique revenant souvent. Le caricaturiste André Gill l'a représenté (ci-dessus) vêtu comme une sorte de mage inspiré d'une religion plus ou moins ésotérique, peut-être un mélange de catholicisme, d'anticléricalisme, de républicanisme et de tables tournantes typiquement français ?

  • Revue de presse BD (279)

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    Catherine Sinet caricaturée par Jiho.

    + Une partie de la presse satirique française vit sous perfusion de dons (des abonnés). Ironie du sort, le massacre des plus talentueux dessinateurs de "Charlie-Hebdo" a relancé ce titre à l'agonie, placé sous la protection du ministère de l'Intérieur.

    On apprend grâce à cette interview de sa directrice Catherine Sinet dans "L'Humanité", que "Siné Mensuel" survit aussi grâce aux dons des lecteurs (et quelques bonnes ventes au numéro) ; la directrice de "Siné Mensuel" estime à 70.000 euros le coût de fabrication de son mensuel. On regrette que les frais ne soient pas détaillés, pour connaître le coût de la distribution.

    La presse gratuite publicitaire, financée par des groupes industriels, reflète certainement mieux notre époque que les derniers titres de presse satirique, vestiges de l'âge d'or de la presse écrite.

    Autre fait significatif : la presse et les journalistes français furent systématiquement pris pour cible par les rénovateurs de la presse satirique et/ou indépendante dans les années 60 (Siné, Choron, Cavanna...) ; la culture libérale au contraire fait du journaliste un véritable héros, aux côtés du médecin ou du policier (Tintin, bien sûr, mais aussi Superman).

    + La récente disparition de Serge Dassault (né en 1925) n'est pas seulement cellewebzine,bd,zébra,gratuit,bande-dessinée,fanzine,actualité,revue,presse,hebdomadaire,mai,2018,siné-mensuel,charlie-hebdo,l'huma,catherine sinet,siné,satirique,antisémitisme,suddeutsche zeitung,bavarois,dieter hanitzsch,netanyahou,eurovision,chappatte,baudelaire,daumier,hogarth,proust,sainte-beuve,etunwan,thierry murat,bodoï,serge dassault,le figaro,mort d'un industriel de l'aéronautique militaire, mais aussi d'un patron de presse engagé. On imagine que les abonnés du "Figaro" et les nombreux journalistes employés par Dassault sont plongés dans l'affliction, à l'instar des pilotes de chasse.

    A la suite de son père Marcel, Serge comprenait la nécessité pour le président d'une multinationale d'entretenir quelques danseuses : "Le Figaro", mais aussi "Valeurs actuelles" (si l'on peut se permettre de parler ainsi des journaux et des journalistes). Sans le devoir de désinformation, l'histoire du capitalisme ne serait certes pas tout à fait la même.

    Sans sa légendaire franchise, Serge Dassault aurait été "de gauche", car l'argument de la paix est le dernier cri pour vendre des avions de chasse à des puissances étrangères ; c'est bien plus efficace que les vieilles techniques marketing de droite. Mais on ne peut pas avoir toutes les qualités, et Serge Dassault en avait déjà pas mal comme ça.

    + Face à l'accusation d'antisémitisme, le "Süddeutsche Zeitung", groswebzine,bd,zébra,gratuit,bande-dessinée,fanzine,actualité,revue,presse,hebdomadaire,mai,2018,siné-mensuel,charlie-hebdo,l'huma,catherine sinet,siné,satirique,antisémitisme,suddeutsche zeitung,bavarois,dieter hanitzsch,netanyahou,eurovision,chappatte,baudelaire,daumier,hogarth,proust,sainte-beuve,etunwan,thierry murat,bodoï,serge dassault,le figaro,mort, quotidien bavarois, n'a pas tardé à renvoyer son caricaturiste Dieter Hanitzsch (85 ans), auteur d'un dessin (ci-contre) montrant le Premier ministre B. Netanyahou dans la tenue de la gagnante israélienne du très médiatisé concours de l'Eurovision ; le Premier ministre tient un missile dans la main et déclamant le slogan nationaliste israélien : - L'année prochaine à Jérusalem !

    Contrairement à son rédacteur en chef, D. Hanitzsch a refusé de faire des excuses. Il a reçu le soutien du dessinateur Chappatte dans "Le Temps" (29 mai), qui invoque l'affront fait à la liberté d'expression et a interdit au "Süddeutsche Zeitung" de reproduire à l'avenir ses dessins.

    Comme l'intellectuel juif Hajo Meyer le déplorait, la définition de l'antisémite n'est plus désormais "celui qui hait les Juifs", mais "celui que les Juifs haïssent".

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    Jamais la critique d'art n'a eu un statut aussi élevé, au point que l'on ne peut concevoir l'art moderne sans cette dimension critique (rien n'est moins juste que d'associer l'art moderne à la "spontanéité") ; la critique d'art devient même oeuvre d'art à part entière, comme certains fameux poèmes de Baudelaire, bien entendu, mais aussi la prose critique de Sainte-Beuve, qui éclipse bien des littérateurs de son temps, ainsi que Proust dans le sillage de Baudelaire.

    Il ne faut pas oublier le genre parodique, dont Baudelaire fait la promotion à travers Daumier ou Hogarth. L'effort contemporain stérile pour encenser le "9e Art" (expression initialement parodique), répond en grande partie à ce besoin critique, bien que d'une façon qui frise parfois le ridicule. Devenue un art, la critique s'expose aussi à l'académisme.

    Notons que la publication de critiques de bandes dessinées sur des blogs permet aux auteurs critiqués de défendre leur travail, comme Thierry Murat, auteur d'"Etunwan" (Futuropolis), ne se prive pas ici.

    (Ci-contre : silhouette de Baudelaire par Manet).

  • Revue de presse BD (278)

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    Baudelaire par lui-même.

    + Baudelaire aurait-il fait l'apologie de la bande dessinée ? "L'Oeil de Baudelaire" (2016) fait l'objet d'une recension récente dans le webzine Zébra.

    + Un scandale secoue Presstalis, entreprise détentrice du quasi-monopole dewebzine,zébra,gratuit,fanzine,bd,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,mai,2018,presstalis,scandale,anne-marie couderc,mai 68,siné,enragé,autoportrait,baudelaire,andersen,découpage,silhouette,conte,charles dickens,frédéric hojlo,actuabd la distribution des journaux en France. Une enquête comptable vient en effet d'épingler le gaspillage du prestataire de service sous la direction de son ex-PDG Anne-Marie Couderc (mutée à "Air-France").

    Des notes de frais pharaoniques ont en effet été retrouvées - plusieurs centaines de véhicules de fonction ont, par exemple, été mis à la disposition du personnel de Presstalis. Précisons que, sans subventions publiques, Presstalis aurait mis la clef sous la porte depuis longtemps.

    Mais le véritable scandale est ailleurs, dans une organisation de la presse française qui permet à ses actionnaires privés et publics la censure sur de nombreux sujets brûlants.

    Tandis que 99% des éditorialistes professent des idées libérales, leur activité commerciale échappe complètement aux règles de la concurrence. La presse gratuite publicitaire, non seulement traduit la véritable nature du journalisme aujourd'hui, mais elle est l'aboutissement d'une politique concertée... que les slogans libertaires de "Mai 68" n'ont pas fait dévier d'un iota.

    + Le débat autour des "fake-news" est l'occasion de remettre au goût du jour plusieurs observations de Georges Orwell à propos de la culture totalitaire. En effet ce dernier fait de la quête de pouvoir illimitée le moteur du totalitarisme. Or la diffusion de rumeurs ou "fake news" a bien pour principale cause le détournement ou le trucage de l'information à des fins politiques. Les exemples abondent, anciens et beaucoup plus récents. La guerre des mots n'est sans doute pas un phénomène nouveau, mais celle-ci n'a jamais été aussi intense.

    Dans la culture totalitaire, le mot l'emporte sur la réalité qui se cache derrière.

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    Le problème des "fake-news" et du complotisme est un problème secondaire à celui de la culture de masse. Autrement dit, on ne peut pas lutter sérieusement contre le complotisme sans lutter d'abord contre la culture de masse ; celle-ci a pour effet d'entretenir la crédulité des plus jeunes, leur goût sans limite pour le divertissement.

    + Un ouvrage ("Contes découpés", ed. Ion) permet de découvrir un autre facette du talentueux conteur danois Hans Christian Andersen (1805-1875) ; connu dans le monde entier pour ses contes ("Le Vilain petit canard", "La Petite fille aux allumettes", "Les Habits neufs de l'Empereur"...), Andersen l'est moins pour ses papiers découpés, qui révèlent un don pour les arts plastiques ; ces découpages plus ou moins minutieux n'étaient pas faits pour illustrer les récits féériques d'Andersen, mais racontent chacun une petite histoire.

    Le fils de Charles Dickens en a collectionné plusieurs milliers. Un article de Frédéric Hojlo dans "Actuabd" donne plus de détails.

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    Silhouette découpée par Hans Christian Andersen.

  • L'Oeil de Baudelaire***

    Baudelaire, critique d'art avisé et influent, aurait-il fait l'apologie de la bande dessinée ?webzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,caricature,critique,oeil,baudelaire,musée,vie romantique,delacroix,robert kopp,constantin guys,daumier,eugène sue,dumas,colporteur,salon,jean clair

    On peut fournir quelques éléments de réponse à partir des documents proposés par "L'Oeil de Baudelaire" et présentés par quelques spécialistes de ce poète (Robert Kopp en tête), qui fut d'abord un critique d'art avant d'être l'auteur des "Fleurs du Mal", recueil auquel il doit sa notoriété.

    Et Baudelaire n'est pas le moindre des critiques d'art ! D'abord il sait de quoi il parle, ce qui tranche avec le dilettantisme habituel des littérateurs français ; ensuite il invente "l'art moderne", avec la connivence tout de même du peintre Delacroix (et de quelques autres).

    En dehors du cadre tracé par Baudelaire, l'art moderne serait en effet seulement "contemporain"; ou encore ce serait l'art bourgeois (dans lequel la bourgeoisie croit bon d'investir ses deniers), c'est-à-dire une idée de l'art où l'argument économique l'emporte sur l'estimation critique.

    Or il y a un aspect de la bourgeoisie qui représente aux yeux de Baudelaire une menace pour l'art, c'est l'industrialisation. Pour sa part Delacroix parle de "littérature industrielle" pour désigner la mauvaise littérature de feuilletonistes tels qu'Eugène Sue ou (son ami) Alexandre Dumas - on ne parlera que plus tard de "culture de masse".

    Dans la mesure où elle représente l'art le plus mécanique et industriel, après s'y être intéressé de près, Baudelaire et Delacroix vont dénigrer la photographie.

    Il convient sans doute de dire deux mots de la personnalité et des convictions de Baudelaire, qui déterminent en partie sa conception de l'art moderne. Baudelaire est assez inclassable politiquement, du moins sur la base de la nomenclature actuelle gauche/droite. C'est un révolutionnaire repenti, qui considérait son élan révolutionnaire a posteriori comme un geste immature. Il se veut catholique, mais le catholicisme de Baudelaire est d'un genre particulier : non seulement Baudelaire croit au diable, mais consomme de surcroît du haschisch et vit en concubinage avec une prostituée. Un psychanalyste expliquerait sans doute sa misogynie invétérée par le rapport conflictuel avec sa mère.

    A noter qu'une bande-dessinée parue récemment s'est amusée à peindre Baudelaire en précurseur du mouvement "punk".

    Plus nettement, le poète est hostile à la philosophie des Lumières, honorée par la bourgeoisie et responsable à ses yeux d'un art sans imagination, imitant platement la nature. Les philosophes des Lumières sont accusés de paganisme, et d'avoir purgé l'art de la notion de péché originel, qui seule permet à ses yeux de rendre compte de la condition humaine.

    L'art moderne doit donc selon Baudelaire être porteur d'un message, ou au moins d'un questionnement métaphysique, non seulement incliner le spectateur au bonheur et chantant les louanges de la nature. L'oeil de Baudelaire est d'ailleurs assez exercé pour porter des jugements contrastés et ne pas condamner en bloc l'art néo-classique de David ou d'Ingres, accordant par exemple à ces derniers d'être des portraitistes d'exception.

    Le mérite exceptionnel accordé par Baudelaire à Delacroix, qu'il placera parmi les "phares" de la peinture occidentale aux côtés de signatures prestigieuses, est de ne pas se contenter d'exécuter son art en se laissant guider par la nature, mais d'y ajouter la réflexion.

    Il n'est pas anodin que le "peintre de la vie moderne" idéal, retenu par Baudelaire pour incarner sa doctrine de l'art moderne, soit un auteur de reportages dessinés, pratiquement autodidacte : Constantin Guys. Ce dernier mieux que d'autres a fait l'effort de traduire la vie moderne en images.

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    Esquisse représentant de jeunes colporteurs de journaux, par Constantin Guys.

    En propulsant le caricaturiste Daumier au premier rang des artistes qui méritent que l'on s'y attarde, pratiquement au même niveau que Delacroix ou Ingres, Baudelaire n'hésite pas à se montrer iconoclaste en matière de critique d'art, tout en dévoilant son penchant pour la satire (comparant Daumier à Molière et Balzac).

    Baudelaire fait fi des anciennes catégories et se passionne pour les nouvelles techniques de diffusion de l'art (l'estampe); ce faisant, il contribue à la fusion des arts -de la poésie et de la peinture-, tandis que la peinture de Delacroix lorgne vers la musique.

    L'ouvrage publié par le Musée de la Vie romantique regroupe en différents thèmes les critiques de Baudelaire et les illustre à l'aide des artistes que Baudelaire sut distinguer mieux que d'autres, grâce à ses talents de poète et une passion sincère pour l'art.

    On peut désormais répondre à la question posée en préambule : qu'est-ce que Baudelaire aurait pensé de la bande-dessinée ? On voit que Baudelaire définit l'artiste moderne au-delà de la capacité à maîtriser une technique, et indépendamment d'une hiérarchie entre les arts. La question de savoir si la bande-dessinée est un art ne nous ramène pas au XIXe siècle mais plutôt au moyen-âge, tant elle est théorique.

    On constate aussi que Baudelaire juge au cas par cas ; on pourrait dire qu'il a des "coups de coeur", si ses jugements n'étaient pas toujours étayés. Sa pratique régulière du dessin semble destinée à raffermir son jugement.

    Cet attitude individualiste fait écho aux convictions antisociales de Baudelaire, particulièrement remonté contre une société bourgeoise qu'il accuse de tendre inexorablement vers l'uniformité.

    A noter que pour Baudelaire la satire n'est pas destinée à faire rire ; dans un paragraphe assez célèbre il vilipendait ainsi le rire : "(...) Le rire, disent les physiologistes, vient de la supériorité. Je ne serais pas étonné que devant cette découverte le physiologiste se fût mis à rire en pensant à sa propre supériorité. Aussi, il fallait dire : Le rire vient de l'idée de sa propre supériorité. Idée satanique s'il en fut jamais ! Orgueil et aberration ! Or, il est notoire que tous les fous des hôpitaux ont l'idée de leur propre supériorité développée outre mesure. Je ne connais guère de fous d'humilité. Remarquez que le rire est une des expressions les plus fréquentes et les plus nombreuses de la folie. (...)

    J'ai dit qu'il y avait symptôme de faiblesse dans le rire ; et, en effet, quel signe plus marquant de débilité qu'une convulsion nerveuse, un spasme involontaire comparable à l'éternuement, et causé par la vue du malheur d'autrui ? Ce malheur est presque toujours une faiblesse d'esprit. Est-il un phénomène plus déplorable que la faiblesse se réjouissant de la faiblesse ? (...)" 

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    Daumier caricature les "amateurs classiques convaincus que l'art est perdu en France" (au Salon).

    L'Oeil de Baudelaire, ouvrage collectif, éd. Musée de la Vie Romantique, 2016.

  • Revue de presse BD (242)

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    Portrait d'A. Moore par Rebecca Clarke.

    + "De nos jours, il n’y a plus que des romans graphiques, des livres pour table à café. C’est l’une des raisons pour lesquelles je me retire de la bande-dessinée."

    Le scénariste de BD Alan Moore dénonce l'embourgeoisement de la BD dans une interview donnée au "Point" (25 août), hebdo prisé par les cadres commerciaux.

    "La bande-dessinée s'est embourgeoisée. Maintenant, on parle de roman graphique – une invention d'un département de marketing quelconque. La raison pour laquelle j'aimais les bandes-dessinées est qu'elles parlaient à tout le monde, par-delà les classes sociales. Elles ne remplissent plus cette fonction désormais."

    Il vaudrait mieux parler à propos du roman graphique d'intellectualisme, car de manière générale la BD est, comme le cinéma, un art bourgeois, produit par des magnats de la presse en conformité avec les intérêts de la bourgeoisie industrielle. Ce n'est qu'à titre exceptionnel que la BD échappe à ce cahier des charges : "Hara-Kiri" en France, les fanzines de R. Crumb aux Etats-Unis, etc.

    Le "roman graphique" est une appellation qui contribue à la gentrification culturelle de la BD, opération à travers laquelle les élites bourgeoises s'efforcent de mettre en valeur leur patrimoine culturel. Sur ce point A. Moore n'a pas tort.

    + Les gouvernements changent, la démagogie continue ; la nouvelle ministre de la Culture Françoise Nyssen, à peine nommée, s'est empressée de faire l'apologie des jeux vidéos comme ses prédécesseurs ; il faut dire que l'industrie des jeux vidéos est des plus lucratives. Les bibliothèques municipales cèdent elles aussi à la mode qui consiste à installer des "postes de jeu" et organiser des tournois de jeux vidéos ; de l'adage ancien qui signale que les peuples intelligents sont difficiles à gouverner, on peut en forger un autre : "Les crétins décérébrés font les électeurs les plus dociles."

    Comme "dieu" sert à certains fanatiques à justifier tout et n'importe quoi, la "culture" est devenue un argument massue en Occident, une méthode pour étouffer l'esprit critique, au profit de la culture de masse. Le divorce est d'ailleurs consommé entre les élites contemporaines et les philosophes des Lumières qui fustigeaient les spectacles divertissants comme un frein à l'émancipation du peuple.

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    Strip extrait du blog de Xavier Gorce.

    + Le romancier naturaliste J.-K. Huysmans (1848-1907) ("Là-bas", "A Rebours"...), émule de Zola avant de se convertir au catholicisme, fut aussi critique d'art (Huysmans descendait d'une famille de peintres flamands).

    Dans "Certains", recueil de portraits d'artistes, Huysmans décrit le caricaturiste Forain : "(...) M. Forain a voulu faire ce que le Guys [Constantin], révélé par Baudelaire, avait fait pour son époque : peindre la femme où qu'elle s'affirme, dans les lieux où elle travaille (...).

    A coup sûr, personne n'a mieux que lui, dans d'inoubliables aquarelles, décrit la fille ; personne n'a mieux rendu les tépides amorces de ses yeux vides, l'embûche polie de son sourire, l'émoi parfumé de ses seins, le glorieux dodinage de son chignon trempé dans les eaux oxygénées et les potasses ; personne, enfin, n'a plus justement exprimé la délicieuse horreur de son masque rosse, ses élégances vengeresses des famines subies, ses dèches voilées sous la gaieté des falbalas et l'éclat des fards.

    En sus de ses qualités d'observation aiguë, de son dessin délibéré, rapide, concisant l'ensemble, avivant le soupçon, forant d'un trait jusqu'aux dessous, il a apporté, en art, la sagace ironie d'un Parisien narquois.

    C'est grâce, sans doute, à cette orientation d'un esprit net et blagueur, très élagué de toute chimère, qu'il dut d'avoir trouvé, pour les dessins des journaux où il logeait, d'audacieuses légendes, parfois cruelles, souvent même presque comminatoires pour les ridicules gredineries de ces temps fous."

    A l'instar de Baudelaire (et de nombreux romanciers du XIXe siècle), un des thèmes favoris de Huysmans est le satanisme ; il faut dire que le "grand Pan" est souvent tenu pour le dieu des artistes. Sur le sujet relativement confus du satanisme et de Huysmans, dont il est fin connaisseur, François Angelier (!) a donné une conférence assez claire à la librairie "Le Monte-en-l'air" - conférence enregistrée ici.

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    Petite danseuse et son souteneur, par Forain, qui mettait plus de satire et moins d'esthétique dans ses peintures que son ami E. Degas.

  • Henry de Groux - Journal***

    Les trompettes de la renommée sont parfois bien mal embouchées... Pourquoi Van Gogh, Cézanne, Gauguin,webzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,critique,kritik,henry de groux,journal,inha,kimé,léon bloy,delacroix,géricault,baudelaire,beethoven,14-18,soldat,catholique sont-ils célébrés dans le monde entier, tandis que Henry de Groux (1866-1930) demeure inconnu ou presque ? Il y a pourtant dans l'oeuvre et l'existence chaotique du peintre bruxellois tous les ingrédients pour fasciner le public...

    A l'instar de Nietzsche, de Groux serait-il trop sulfureux pour notre époque ? C'est peut-être une explication... Plus sûrement, la complexité assumée de de Groux, le caractère inclassable de son oeuvre, déroutent les fabricants d'étiquettes que l'on appose sous les tableaux pour permettre au public et aux étudiants de les digérer plus facilement. L'étiquette "symboliste", qu'on colle parfois à de Groux, ne souligne qu'un aspect de sa peinture.

    Le volumineux Journal que de Groux a laissé derrière lui dévoile une personnalité aux nombreuses facettes. Doublement attiré par la rédemption, d'une part, et par Satan d'autre part (le dieu des artistes), on pourrait qualifier ce peintre épris d'imagination de "baudelairien".

    Ce travail opiniâtre de consignation des faits intimes, sentiments, cauchemars, observations critiques, laissait son auteur lui-même sceptique quant à sa valeur. Dans le meilleur des cas, celui-ci y voit le témoignage sincère, le tableau de la tempête intérieure qui agite l'artiste moderne ; sans doute est-ce la meilleure raison de lire de Groux, tant il est vrai que l'art moderne -les musées sont trompeurs à cet égard- a comme les icebergs une importante partie immergée, dissimulée à la vue du simple spectateur.

    La confrontation avec Van Gogh est particulièrement éclairante ; de Groux a émis un jugement très sévère sur la peinture de son confrère, sans mépriser pour autant l'homme comme il méprisait franchement Cézanne ou Apollinaire, qu'il accuse de divers trucages artistiques. De Groux se fit même virer de son groupe d'artistes (les XX), pour avoir refusé d'être exposé en même temps que Van Gogh.

    "De toutes les peintures que j'ai pu voir du peintre hollandais, têtes ou paysages, je ne m'en rappelle pas une qui brillât par des qualités vraiment picturales que l'on pût sincèrement estimer remarquables. Elles ne se signalent que par la même facture exaspérée et maladroite. Un seul morceau représentant des harengs sur un plat de faïence ou de grès, m'a séduit par une chaleur de ton et une certaine verve de facture vraiment assez heureuse, assez rare dans sa production. C'est tout.", note de Groux dans son Journal en 1893.

    De Groux voyait dans le travail de Van Gogh l'oeuvre d'un aliéné, et non d'un artiste en pleine possession de ses moyens ; cependant, de Groux fut interné lui aussi dans un hôpital psychiatrique à Florence, après avoir effrayé sa maîtresse ; il s'en évadera dans des conditions rocambolesques. De Groux consigne d'ailleurs dans son Journal une insomnie aggravée, causée par des cauchemars violents qu'il redoute d'affronter. Mais surtout, de Groux fut assailli comme Van Gogh par des considérations d'ordre métaphysique, interférant dans son existence. Si Van Gogh est maladroit, et touchant par cette maladresse, on ne peut pas dire que de Groux soit très habile non plus.

    La foi n'est pas héréditaire chez de Groux comme elle est chez Van Gogh (fils et petit-fils de pasteur) ; elle s'incarne dans un ami très proche, Léon Bloy (compagnon d'infortune, par qui il fut hébergé et qu'il hébergea quand ils furent, chacun leur tour, dans le besoin), polémiste catholique et anarchiste (!?) ("L'argent est le sang des pauvres.").

    En même temps qu'il est attaché à son ami Bloy, impressionné par sa foi intransigeante, qui tranche à ses yeux singulièrement avec le mode de vie bourgeois, de Groux demeure athée en secret, pour éviter d'être sermonné par son ami. Il confie dans son Journal qu'il se sent proche des peintres Delacroix ou Ingres qui, bien qu'ils honorèrent de nombreuses commandes religieuses, restèrent athées ou "rationalistes". Du catholicisme, de Groux n'admire que les ouvrages d'art, dont son ami Bloy se méfie au contraire.

    Une rupture durable interviendra entre les deux amis, dont l'affaire Dreyfus, et Zola en particulier, sont le facteur déclencheur. Tandis que de Groux ira jusqu'à défendre Zola physiquement, Bloy vitupère au contraire le défenseur du capitaine Dreyfus, l'accusant d'être un imposteur, un bourgeois retranché dans une villa cossue (sous-entendu : un faux messie). De Groux finira par rompre avec Bloy, effrayé de surcroît par l'épouse danoise du polémiste.

    De Groux sacrifia sa carrière à une incessante remise en question, tant spirituelle qu'artistique, ôwebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,critique,kritik,henry de groux,journal,inha,kimé,léon bloy,delacroix,géricault,baudelaire,beethoven,14-18,soldat,catholique combien éprouvante. En cela, de Groux est bien plus moderne que bien des modernes. Alors qu'il est déjà avancé en âge et dans la maîtrise de son art, sans doute mû par son enthousiasme pour les compositeurs modernes, Wagner en tout premier lieu, de Groux croit déceler en lui une vocation impossible de compositeur. Cette "découverte" le bouleverse.

    Les éditeurs et commentateurs de ce Journal en ont facilité la lecture en classant les notes de de Groux par thèmes (l'art, la vie, l'époque...) et en proposant un index des noms propres.

    Leur commentaire fait parfois croire que de Groux avait des goûts "classiques", ce qui est inexact. De Groux admire Géricault, et surtout Delacroix ; or ce dernier n'a rien d'un peintre "classique" ; son Journal indique au contraire que l'oeuvre de Delacroix contient toutes les clefs de l'art moderne, la volonté de fusion avec la musique tout d'abord. C'est d'ailleurs peut-être sur ce point que la connivence entre de Groux et Bloy s'établit ; et si le fanatisme catholique de Bloy et le fanatisme artistique de de Groux, dont l'absolu est musical, n'étaient que deux facettes d'une même religion.

    Le reproche adressé par de Groux à un certain nombre de ses contemporains n'est pas d'être trop modernes, mais de n'être pas assez "artistes", ce qui est bien différent. La conception de l'art de de Groux, à l'instar de celle de Baudelaire ou Nietzsche, implique une profonde aversion pour la démocratie.

    *Ci-dessus, portrait de Beethoven par H. de Groux.

    Henry de Groux (1866-1930) - Journal, éds Kimé/Institut national d'histoire de l'art, 2007.

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    Soldats de 14-18 équipés de masques à gaz, dessinés sur le vif par de Groux.

  • Revue de presse BD (207)

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    Portrait G. Brassens par Zombi

    - Le magazine "L'Eléphant", dédié à la "culture générale", propose dans son dernier numéro un dossier sur Georges Brassens (1921-1981) ; sa biographe Clémentine Deroudille, auteur en 2011 de "Brassens, le libertaire de la chanson", y est interviewée :

    - Brassens entretient aussi un rapport très ambigu à la religion et à la foi catholique... - Un rapport plus qu'ambigu, même ! Il n'en parlait jamais, sauf qu'on a retrouvé des notes, des crucifix, la Bible, dont il connaissait des passages par coeur. Il se disait anticlérical, mais il avait les Evangiles sous l'oreiller. Il y a plein de choses très contradictoires.

    Contradictoire ? Voire... L'anticléricalisme du Christ ne le conduisit-il pas à être jugé et condamné à mort par le clergé de son temps ? Le philosophe réac Nietzsche vitupérait d'ailleurs l'anarchie et le christianisme en même temps : "L'anarchiste et le chrétien ont une seule et même origine."

    - A l'occasion d'une expo autour de Dali (à l'Espace Dali), le magazine "Beaux-Arts" (novembre 2016) a interviewé Joann Sfar, qualifié de "très prolifique auteur de bande-dessinée".

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    J. Sfar est aussi très bavard ; on apprend pêle-mêle dans cette interview que cet auteur de BD fut "réac" à ses débuts, préférant le dessin figuratif à la peinture abstraite (la peinture de Dali prouve que cette opposition n'a pas beaucoup de sens) ; Sfar raconte qu'il aime non seulement Dali, mais aussi Chagall et Wim Delvoye ; en revanche, il trouve Bonnard morbide ; il écoute Franck Zappa en dessinant ; il vient d'accepter d'être prof aux Beaux-Arts de Paris (Ensba).

    Le même numéro de "Beaux-Arts" s'interroge sur l'opportunité de réhabiliter le peintre Bernard Buffet (1928-1999), actuellement exposé au Musée d'art moderne. Parfois qualifié de "kitsch" ou d'artiste mondain, Bernard Buffet était moins apprécié en France qu'au Japon. Salvador Dali le surnomma surnommé "Bernard Buffet froid" ; comme Dali lui-même a souhaité que son corps soit congelé après sa mort, on peut se demander si l'art contemporain n'est pas un cortège de cadavres exquis ?

    + Le musée Jacquemart-André propose une exposition intitulée "Rembrandt intime" (jusqu'au mois de janvier), autour de trois tableaux de la collection de ce musée parisien (VIIIe), augmentée de nombreux prêts. Ce titre est un poncif, car la peinture des peintres du Nord de l'Europe est la plupart du temps plus "intimiste" que celle des peintres méridionaux (soumis à des contraintes climatiques différentes). Les commissaires de l'expo ont souhaité mettre en lumière les différents procédés techniques du peintre.

    La peinture de Rembrandt est exemplaire de l'idéal moderne dans la mesure où le peintre, sa biographie, son itinéraire personnel, passent avant son art. Ainsi, le critère ancien de la beauté ne compte guère dans l'oeuvre de Rembrandt, agité par des préoccupations plus littéraires. C'est peut-être parce que Rembrandt pose un regard clinique sur les corps de ses modèles que Baudelaire a comparé son art à "un triste hôpital rempli de murmures" ?

    L'historien d'art Jan Blanc a rédigé il y a quelques années un ouvrage didactique très clair ("Dans l'atelier de Rembrandt", Citadelles & Mazenod) qui permet de comprendre la technique de Rembrandt et de se familiariser avec les méthodes en vigueur dans sa petite académie (source de revenus non négligeable).

    + Le chanteur-compositeur américain Bob Dylan s'est vu décerner le prix Nobel de littérature en Suède, ce qui a déclenché des concerts d'approbation, quelques sifflets, et l'indifférence du principal intéressé. Ce prix littéraire est surtout connu en France pour avoir été refusé par Jean-Paul Sartre.

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    (Dessin de Micaël)