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baudelaire

  • Revue de presse BD (366)

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    Caricature signée Félix ("Charlie-Hebdo").

    + Philippe Lançon dans "Charlie-Hebdo" (15 Juillet) s'efforce de démontrer que le cinéma de Roman Polanski est "féministe"... comme 100% des pervers manipulateurs, vu qu'on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre.

    Qui sait quelle sorte de monstre peut se dissimuler derrière des propos "moralement corrects" ?

    D'une manière générale, le cinéma flatte et entretient le goût du public pour la violence et les spectacles macabres. La violence, dans le théâtre satirique de Shakespeare, n'a rien d'un spectacle, ni même d'un exutoire ; toutes les pièces "violentes" de Shakespeare recèlent une généalogie de la violence, invisible seulement pour le spectateur (passif).

    + "Ressentir le besoin de "faire du tourisme" est le symptôme d'un mal de vivre existentiel. Le désir d'ailleurs, c'est une thérapeutique sociale qui permet de tenir le coup." dit Rodolphe Christin, auteur du "Manuel de l'antitourisme" dans un entretien accordé au même "Charlie".

    La remarque annexe de R. Christin sur le manque d'indépendance de la sociologie et des sociologues est la plus intéressante.

    Non seulement le "tourisme de masse", mais aussi la "culture de masse" est un instrument de domination indispensable à la bourgeoisie et aux régimes totalitaires.

    Le totalitarisme peut se définir comme un "moyen politique", non comme une idéologie politique particulière, "fachiste", "communiste" ou "libérale".

    + Les chaînes "Youtube" de Dieudonné et Alain Soral ont été censurées par "Google", propriétaire de ce diffuseur de contenus audio-visuels.

    L'inquiétude des élites économiques occidentales vis-à-vis des "réseaux sociaux" et de Twitter rappelle la crainte des mêmes élites à la fin du XVIIIe siècle, lorsque les cafés parisiens, lieux de diffusion d'opinions politiquement incorrectes impossible à contrôler par la police, se multiplièrent.

    De là à dire que Dieudonné et A. Soral sont des "lumières", il y a un pas, mais du moins ont-ils su tirer profit comme Voltaire, ou plus récemment "Charlie-Hebdo", de l'extraordinaire publicité que la censure procure à leurs ouvrages.

    + Entre le vin et le haschisch, Baudelaire avait fait son choix apprend-on dans le "Canard enchaîné" (8 Juillet).

    En effet dans une petite brochure parue en 1851, Baudelaire célèbre le vin, "ses voluptés foudroyantes et ses enchantements énervants", trésor profondément "humain" et "social", tandis que le haschisch est "antisocial" et "isolant". Néanmoins, l'ivresse que la plante procure "est quelque chose d'indescriptible". C'est "une béatitude calme et immobile" (...) que les Orientaux appellent le "kief".

    La culture de masse produit les mêmes effets que le haschisch.

  • Revue de presse BD (348)

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    E. Delacroix caricaturé par son amie George Sand.

    + Catherine Meurisse (ex-"Charlie-Hebdo") a illustré la "causerie" que fit Alexandre Dumas en hommage au peintre Eugène Delacroix, un an après sa mort en août 1863.

    L'oeuvre de cet artiste ambitieux est cruciale pour comprendre la modernité artistique et son ambiguïté originelle. Non seulement Baudelaire, son contemporain et admirateur, s'est attaché à démontrer que Delacroix était le seul peintre capable de rivaliser avec l'art antique, en ouvrant une voie nouvelle, mais aussi les innovations techniques et les goûts de Delacroix préfigurent la plupart des courants artistiques surgis après lui : l'impressionnisme, l'abstraction...

    L'obsession de la composition musicale, en raison de l'idéal de perfection qu'elle contient, n'est qu'un des traits saillants de la modernité de Delacroix.

    Le "Journal" de Delacroix facilite l'accès à son oeuvre picturale ; on relève d'ailleurs que l'admiration d'A. Dumas pour Delacroix n'était pas réciproque ; le relativisme bourgeois n'avait pas encore donné sa pleine mesure (catastrophique).

    - Jusqu'au 9 mars, "France Télévision" diffuse (en "replay") un documentaire de Laurence Thiriat sur la restauration des fresques de l'église Saint-Sulpice à Paris, illustrant des thèmes bibliques et peintes non sans mal par Delacroix à qui elles avaient été commandées. Ce documentaire souligne l'ambition d'un peintre avide de gloire et prêt à se battre comme un beau diable pour l'obtenir.

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    "L'Odyssée", par J.D.A Ingres, tenant d'une esthétique plus sculpturale que musicale.

    + Grand rival de Delacroix et représentant du "néo-clacissisme", J.A.D. Ingres enseignait à ses élèves une méthode pour dessiner le "drapé", cet élément décoratif apparemment aussi complexe que l'âme humaine.

    Jusqu'au 9 mars le musée des Beaux-Arts de Lyon consacre au "drapé", cet élément particulier, une exposition spéciale.

    Le goût du drapé est à la fois typiquement médiéval et en même temps très moderne, voire contemporain, comme cette exposition l'illustre.

  • Revue de presse BD (322)

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    Bucéphale dompté par Alexandre.

    + Moins célèbre que Géricault, le Baron Gros (1771-1835) fut lui aussi un exceptionnel dessinateur de chevaux, élève de J.-L. David. Du 28 juin au 30 septembre, le Louvre expose sa collection de dessins d'Antoine-Jean Gros.

    Qu'y a-t-il de plus difficile à dessiner que les chevaux ? Même pas le corps humain, répondent certains maîtres. Le cheval fascine, en particulier les femmes et les soldats, car il est symbole de puissance (l'équitation est un sport "sexiste", majoritairement pratiqué par des femmes)... du moins l'était-il jusqu'à l'apparition de l'automobile.

    L'écologie est à la mode, mais le dessin d'après nature a presque disparu au profit d'une conception mécaniste ou "perspectiviste" du dessin, beaucoup plus proche de la photographie, en réalité, capable de rendre le mouvement mais non la vie.

    Il arrive que dans le milieu de la bande dessinée, on ne sache pas faire la différence entre un bon dessinateur et quelqu'un qui a seulement un oeil photographique, dont le travail relève de la "performance". Reiser est ainsi bien meilleur dessinateur que Moebius, car Reiser simplifie tandis que Moebius complique.

    "Gros et Géricault, sans posséder la finesse, la délicatesse, la raison souveraine ou l'âpreté sévère de leurs devanciers, furent de généreux tempéraments." écrivait Baudelaire, inventeur de "l'art moderne".

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    Caricature par Joep Bertrams.

    + La décision du "New York Times", grand quotidien new-yorkais, de ne plus publier de dessins de presse après l'accusation d'antisémitisme visant plusieurs caricatures de B. Netanyahou (par Roar Hagen et Antonio Moreira Antunes) ne surprend personne, quoi que quelques-uns font semblant d'être surpris ("Le Monde"). L'antisémitisme n'est ici qu'un prétexte (ignoble).

    On sait très bien que la politisation extrême de la presse et son but publicitaire (mercantile) ont radicalement transformé la presse en quelques décennies, rendant les romans d'anticipation de Georges Orwell plus "actuels" que jamais.

    Donald Trump n'a pas tort de dire que les journaux publient des foutaises - il est mieux placé que quiconque pour le savoir. Sa stratégie politique peut d'ailleurs s'interpréter comme une tentative de reprendre les rênes de la politique en main, rênes qui ont complètement échappé à son prédécesseur et l'ont conduit à mille lieues de ses promesses de venir en aide aux communautés les plus démunies.

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    + Les auteurs de BD bénéficient depuis peu à Nantes de vastes locaux de travail et d'exposition, la Maison Fumetti ; du 13 au 16 Juin, la Maison Fumetti organise un festival de BD indépendante.

  • Revue de presse BD (294)

    + Manifestation de défiance vis-à-vis des élites politiques et morales, le mouvement des Gilets jaunes awebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,novembre,2018,#giletsjaunes,charlie-hebdo,félix quelques points communs avec l'élection de Donald Trump...

    A propos des Gilets jaunes, l'hebdomadaire "Marianne" titre : "Cette France qui pue le diesel", soulignant ainsi le dégoût que les Gilets jaunes inspirent aux "bobos" - les mêmes qui se bouchent le nez en parlant de Donald Trump et son électorat.

    Les Gilets jaunes contribuent en effet comme Donald Trump au discrédit de la presse et des médias dans l'opinion publique. Lors de la campagne de Trump comme à l'occasion des manifestations des Gilets jaunes sur des lieux emblématiques de la société de consommation, les médias sont apparus assez clairement comme un rouage essentiel du gouvernement de la majorité des citoyens par une minorité d'entre eux (grâce au pouvoir des mots, et non des images comme on entend parfois).

    Il n'est pas certain qu'Emmanuel Macron aurait été élu sans l'appui des médias. La plupart des électeurs déçus d'E. Macron sont conscients du rôle prescripteur joué ici par la presse.

    Les médias prouvent simultanément que la démocratie existe et qu'elle n'existe pas. De même on pourrait prouver que la presse désinforme autant qu'elle informe. C'est exactement la même ambiguïté qui traverse la société de consommation, présentée comme un idéal de bonheur par une petite élite dirigeante, tandis que quelques esprits dissidents la dépeignent au contraire comme la formule de l'esclavage.

    - Deux pièges sont tendus aux Gilets jaunes : le premier piège est celui de la violence (quand elle n'existe pas, les médias l'inventent) ; le second piège est celui de l'espoir politique. Le capitalisme et la mondialisation qui en résulte apparaissent largement comme un "nouveau destin" à travers l'étude que Marx en a fait. Or le destin est, par définition, sans issue. Marx lui-même n'en propose quasiment pas (c'est le seul point où il se montre lyrique).

    Paradoxalement on peut tirer une conclusion bien plus individualiste que politique de la critique marxiste, d'autant plus que le citoyen-consommateur ne se connaît visiblement pas et qu'il est dépossédé de lui-même par les nouveaux instruments au service de la politique de consommation, dont les médias et l'argument culturel font partie, trahissant leur objectif démocratique déclaré.

    + "Charlie-Hebdo", après avoir soutenu le candidat E. Macron lors du scrutin présidentiel, en le présentant comme un rempart contre le fachisme, donne cette semaine un dessin de Une (par Félix, ci-dessus) à la fois plus nuancé et plus satirique.

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    + Le caricaturiste suisse francophone Chappatte, qui publie ses dessins dans la presse allemande et américaine, aime bien jouer avec les codes de l'idéologie française. Il l'avait fait après l'attaque contre la rédaction de "Charlie-Hebdo" en publiant un dessin où l'on voyait des islamistes radicaux approuver les paroles guerrière de la Marseillaise républicaine. Il récidive avec ce dessin (in : "Le Temps", 23 novembre) où il place un Sans-culotte à côté d'un Gilet jaune ("Insoumission française").

    La comparaison avec "Mai 68" paraît plus proportionnée.

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    + Il n'y a guère de personnalité plus identifiable au roman national français que Victor Hugo, dont la figure nous apparaît aujourd'hui comme lissée par des décennies de sermons scolaires.

    La bibliographie de V. Hugo montre un auteur pas ou peu satirique, contrairement à de grands noms de la littérature française tels que Rabelais, Molière ou Voltaire. De là vient peut-être qu'il est si consensuel ? C'est sans doute parmi les hommes de lettres que le consensus autour de Hugo est le moins large, certain lui faisant grief de son engagement politique (Musset), un autre lui reprochant son manque de profondeur en comparaison de Goethe ou Shakespeare (Baudelaire).

    Une exposition en cours à la maison de Victor Hugo (-6 janvier) rappelle qu'il fut beaucoup caricaturé dans la presse, l'accusation d'opportunisme politique revenant souvent. Le caricaturiste André Gill l'a représenté (ci-dessus) vêtu comme une sorte de mage inspiré d'une religion plus ou moins ésotérique, peut-être un mélange de catholicisme, d'anticléricalisme, de républicanisme et de tables tournantes typiquement français ?

  • Revue de presse BD (279)

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    Catherine Sinet caricaturée par Jiho.

    + Une partie de la presse satirique française vit sous perfusion de dons (des abonnés). Ironie du sort, le massacre des plus talentueux dessinateurs de "Charlie-Hebdo" a relancé ce titre à l'agonie, placé sous la protection du ministère de l'Intérieur.

    On apprend grâce à cette interview de sa directrice Catherine Sinet dans "L'Humanité", que "Siné Mensuel" survit aussi grâce aux dons des lecteurs (et quelques bonnes ventes au numéro) ; la directrice de "Siné Mensuel" estime à 70.000 euros le coût de fabrication de son mensuel. On regrette que les frais ne soient pas détaillés, pour connaître le coût de la distribution.

    La presse gratuite publicitaire, financée par des groupes industriels, reflète certainement mieux notre époque que les derniers titres de presse satirique, vestiges de l'âge d'or de la presse écrite.

    Autre fait significatif : la presse et les journalistes français furent systématiquement pris pour cible par les rénovateurs de la presse satirique et/ou indépendante dans les années 60 (Siné, Choron, Cavanna...) ; la culture libérale au contraire fait du journaliste un véritable héros, aux côtés du médecin ou du policier (Tintin, bien sûr, mais aussi Superman).

    + La récente disparition de Serge Dassault (né en 1925) n'est pas seulement cellewebzine,bd,zébra,gratuit,bande-dessinée,fanzine,actualité,revue,presse,hebdomadaire,mai,2018,siné-mensuel,charlie-hebdo,l'huma,catherine sinet,siné,satirique,antisémitisme,suddeutsche zeitung,bavarois,dieter hanitzsch,netanyahou,eurovision,chappatte,baudelaire,daumier,hogarth,proust,sainte-beuve,etunwan,thierry murat,bodoï,serge dassault,le figaro,mort d'un industriel de l'aéronautique militaire, mais aussi d'un patron de presse engagé. On imagine que les abonnés du "Figaro" et les nombreux journalistes employés par Dassault sont plongés dans l'affliction, à l'instar des pilotes de chasse.

    A la suite de son père Marcel, Serge comprenait la nécessité pour le président d'une multinationale d'entretenir quelques danseuses : "Le Figaro", mais aussi "Valeurs actuelles" (si l'on peut se permettre de parler ainsi des journaux et des journalistes). Sans le devoir de désinformation, l'histoire du capitalisme ne serait certes pas tout à fait la même.

    Sans sa légendaire franchise, Serge Dassault aurait été "de gauche", car l'argument de la paix est le dernier cri pour vendre des avions de chasse à des puissances étrangères ; c'est bien plus efficace que les vieilles techniques marketing de droite. Mais on ne peut pas avoir toutes les qualités, et Serge Dassault en avait déjà pas mal comme ça.

    + Face à l'accusation d'antisémitisme, le "Süddeutsche Zeitung", groswebzine,bd,zébra,gratuit,bande-dessinée,fanzine,actualité,revue,presse,hebdomadaire,mai,2018,siné-mensuel,charlie-hebdo,l'huma,catherine sinet,siné,satirique,antisémitisme,suddeutsche zeitung,bavarois,dieter hanitzsch,netanyahou,eurovision,chappatte,baudelaire,daumier,hogarth,proust,sainte-beuve,etunwan,thierry murat,bodoï,serge dassault,le figaro,mort, quotidien bavarois, n'a pas tardé à renvoyer son caricaturiste Dieter Hanitzsch (85 ans), auteur d'un dessin (ci-contre) montrant le Premier ministre B. Netanyahou dans la tenue de la gagnante israélienne du très médiatisé concours de l'Eurovision ; le Premier ministre tient un missile dans la main et déclamant le slogan nationaliste israélien : - L'année prochaine à Jérusalem !

    Contrairement à son rédacteur en chef, D. Hanitzsch a refusé de faire des excuses. Il a reçu le soutien du dessinateur Chappatte dans "Le Temps" (29 mai), qui invoque l'affront fait à la liberté d'expression et a interdit au "Süddeutsche Zeitung" de reproduire à l'avenir ses dessins.

    Comme l'intellectuel juif Hajo Meyer le déplorait, la définition de l'antisémite n'est plus désormais "celui qui hait les Juifs", mais "celui que les Juifs haïssent".

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    Jamais la critique d'art n'a eu un statut aussi élevé, au point que l'on ne peut concevoir l'art moderne sans cette dimension critique (rien n'est moins juste que d'associer l'art moderne à la "spontanéité") ; la critique d'art devient même oeuvre d'art à part entière, comme certains fameux poèmes de Baudelaire, bien entendu, mais aussi la prose critique de Sainte-Beuve, qui éclipse bien des littérateurs de son temps, ainsi que Proust dans le sillage de Baudelaire.

    Il ne faut pas oublier le genre parodique, dont Baudelaire fait la promotion à travers Daumier ou Hogarth. L'effort contemporain stérile pour encenser le "9e Art" (expression initialement parodique), répond en grande partie à ce besoin critique, bien que d'une façon qui frise parfois le ridicule. Devenue un art, la critique s'expose aussi à l'académisme.

    Notons que la publication de critiques de bandes dessinées sur des blogs permet aux auteurs critiqués de défendre leur travail, comme Thierry Murat, auteur d'"Etunwan" (Futuropolis), ne se prive pas ici.

    (Ci-contre : silhouette de Baudelaire par Manet).

  • Revue de presse BD (278)

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    Baudelaire par lui-même.

    + Baudelaire aurait-il fait l'apologie de la bande dessinée ? "L'Oeil de Baudelaire" (2016) fait l'objet d'une recension récente dans le webzine Zébra.

    + Un scandale secoue Presstalis, entreprise détentrice du quasi-monopole dewebzine,zébra,gratuit,fanzine,bd,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,mai,2018,presstalis,scandale,anne-marie couderc,mai 68,siné,enragé,autoportrait,baudelaire,andersen,découpage,silhouette,conte,charles dickens,frédéric hojlo,actuabd la distribution des journaux en France. Une enquête comptable vient en effet d'épingler le gaspillage du prestataire de service sous la direction de son ex-PDG Anne-Marie Couderc (mutée à "Air-France").

    Des notes de frais pharaoniques ont en effet été retrouvées - plusieurs centaines de véhicules de fonction ont, par exemple, été mis à la disposition du personnel de Presstalis. Précisons que, sans subventions publiques, Presstalis aurait mis la clef sous la porte depuis longtemps.

    Mais le véritable scandale est ailleurs, dans une organisation de la presse française qui permet à ses actionnaires privés et publics la censure sur de nombreux sujets brûlants.

    Tandis que 99% des éditorialistes professent des idées libérales, leur activité commerciale échappe complètement aux règles de la concurrence. La presse gratuite publicitaire, non seulement traduit la véritable nature du journalisme aujourd'hui, mais elle est l'aboutissement d'une politique concertée... que les slogans libertaires de "Mai 68" n'ont pas fait dévier d'un iota.

    + Le débat autour des "fake-news" est l'occasion de remettre au goût du jour plusieurs observations de Georges Orwell à propos de la culture totalitaire. En effet ce dernier fait de la quête de pouvoir illimitée le moteur du totalitarisme. Or la diffusion de rumeurs ou "fake news" a bien pour principale cause le détournement ou le trucage de l'information à des fins politiques. Les exemples abondent, anciens et beaucoup plus récents. La guerre des mots n'est sans doute pas un phénomène nouveau, mais celle-ci n'a jamais été aussi intense.

    Dans la culture totalitaire, le mot l'emporte sur la réalité qui se cache derrière.

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    Le problème des "fake-news" et du complotisme est un problème secondaire à celui de la culture de masse. Autrement dit, on ne peut pas lutter sérieusement contre le complotisme sans lutter d'abord contre la culture de masse ; celle-ci a pour effet d'entretenir la crédulité des plus jeunes, leur goût sans limite pour le divertissement.

    + Un ouvrage ("Contes découpés", ed. Ion) permet de découvrir un autre facette du talentueux conteur danois Hans Christian Andersen (1805-1875) ; connu dans le monde entier pour ses contes ("Le Vilain petit canard", "La Petite fille aux allumettes", "Les Habits neufs de l'Empereur"...), Andersen l'est moins pour ses papiers découpés, qui révèlent un don pour les arts plastiques ; ces découpages plus ou moins minutieux n'étaient pas faits pour illustrer les récits féériques d'Andersen, mais racontent chacun une petite histoire.

    Le fils de Charles Dickens en a collectionné plusieurs milliers. Un article de Frédéric Hojlo dans "Actuabd" donne plus de détails.

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    Silhouette découpée par Hans Christian Andersen.

  • L'Oeil de Baudelaire***

    Baudelaire, critique d'art avisé et influent, aurait-il fait l'apologie de la bande dessinée ?webzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,caricature,critique,oeil,baudelaire,musée,vie romantique,delacroix,robert kopp,constantin guys,daumier,eugène sue,dumas,colporteur,salon,jean clair

    On peut fournir quelques éléments de réponse à partir des documents proposés par "L'Oeil de Baudelaire" et présentés par quelques spécialistes de ce poète (Robert Kopp en tête), qui fut d'abord un critique d'art avant d'être l'auteur des "Fleurs du Mal", recueil auquel il doit sa notoriété.

    Et Baudelaire n'est pas le moindre des critiques d'art ! D'abord il sait de quoi il parle, ce qui tranche avec le dilettantisme habituel des littérateurs français ; ensuite il invente "l'art moderne", avec la connivence tout de même du peintre Delacroix (et de quelques autres).

    En dehors du cadre tracé par Baudelaire, l'art moderne serait en effet seulement "contemporain"; ou encore ce serait l'art bourgeois (dans lequel la bourgeoisie croit bon d'investir ses deniers), c'est-à-dire une idée de l'art où l'argument économique l'emporte sur l'estimation critique.

    Or il y a un aspect de la bourgeoisie qui représente aux yeux de Baudelaire une menace pour l'art, c'est l'industrialisation. Pour sa part Delacroix parle de "littérature industrielle" pour désigner la mauvaise littérature de feuilletonistes tels qu'Eugène Sue ou (son ami) Alexandre Dumas - on ne parlera que plus tard de "culture de masse".

    Dans la mesure où elle représente l'art le plus mécanique et industriel, après s'y être intéressé de près, Baudelaire et Delacroix vont dénigrer la photographie.

    Il convient sans doute de dire deux mots de la personnalité et des convictions de Baudelaire, qui déterminent en partie sa conception de l'art moderne. Baudelaire est assez inclassable politiquement, du moins sur la base de la nomenclature actuelle gauche/droite. C'est un révolutionnaire repenti, qui considérait son élan révolutionnaire a posteriori comme un geste immature. Il se veut catholique, mais le catholicisme de Baudelaire est d'un genre particulier : non seulement Baudelaire croit au diable, mais consomme de surcroît du haschisch et vit en concubinage avec une prostituée. Un psychanalyste expliquerait sans doute sa misogynie invétérée par le rapport conflictuel avec sa mère.

    A noter qu'une bande-dessinée parue récemment s'est amusée à peindre Baudelaire en précurseur du mouvement "punk".

    Plus nettement, le poète est hostile à la philosophie des Lumières, honorée par la bourgeoisie et responsable à ses yeux d'un art sans imagination, imitant platement la nature. Les philosophes des Lumières sont accusés de paganisme, et d'avoir purgé l'art de la notion de péché originel, qui seule permet à ses yeux de rendre compte de la condition humaine.

    L'art moderne doit donc selon Baudelaire être porteur d'un message, ou au moins d'un questionnement métaphysique, non seulement incliner le spectateur au bonheur et chantant les louanges de la nature. L'oeil de Baudelaire est d'ailleurs assez exercé pour porter des jugements contrastés et ne pas condamner en bloc l'art néo-classique de David ou d'Ingres, accordant par exemple à ces derniers d'être des portraitistes d'exception.

    Le mérite exceptionnel accordé par Baudelaire à Delacroix, qu'il placera parmi les "phares" de la peinture occidentale aux côtés de signatures prestigieuses, est de ne pas se contenter d'exécuter son art en se laissant guider par la nature, mais d'y ajouter la réflexion.

    Il n'est pas anodin que le "peintre de la vie moderne" idéal, retenu par Baudelaire pour incarner sa doctrine de l'art moderne, soit un auteur de reportages dessinés, pratiquement autodidacte : Constantin Guys. Ce dernier mieux que d'autres a fait l'effort de traduire la vie moderne en images.

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    Esquisse représentant de jeunes colporteurs de journaux, par Constantin Guys.

    En propulsant le caricaturiste Daumier au premier rang des artistes qui méritent que l'on s'y attarde, pratiquement au même niveau que Delacroix ou Ingres, Baudelaire n'hésite pas à se montrer iconoclaste en matière de critique d'art, tout en dévoilant son penchant pour la satire (comparant Daumier à Molière et Balzac).

    Baudelaire fait fi des anciennes catégories et se passionne pour les nouvelles techniques de diffusion de l'art (l'estampe); ce faisant, il contribue à la fusion des arts -de la poésie et de la peinture-, tandis que la peinture de Delacroix lorgne vers la musique.

    L'ouvrage publié par le Musée de la Vie romantique regroupe en différents thèmes les critiques de Baudelaire et les illustre à l'aide des artistes que Baudelaire sut distinguer mieux que d'autres, grâce à ses talents de poète et une passion sincère pour l'art.

    On peut désormais répondre à la question posée en préambule : qu'est-ce que Baudelaire aurait pensé de la bande-dessinée ? On voit que Baudelaire définit l'artiste moderne au-delà de la capacité à maîtriser une technique, et indépendamment d'une hiérarchie entre les arts. La question de savoir si la bande-dessinée est un art ne nous ramène pas au XIXe siècle mais plutôt au moyen-âge, tant elle est théorique.

    On constate aussi que Baudelaire juge au cas par cas ; on pourrait dire qu'il a des "coups de coeur", si ses jugements n'étaient pas toujours étayés. Sa pratique régulière du dessin semble destinée à raffermir son jugement.

    Cet attitude individualiste fait écho aux convictions antisociales de Baudelaire, particulièrement remonté contre une société bourgeoise qu'il accuse de tendre inexorablement vers l'uniformité.

    A noter que pour Baudelaire la satire n'est pas destinée à faire rire ; dans un paragraphe assez célèbre il vilipendait ainsi le rire : "(...) Le rire, disent les physiologistes, vient de la supériorité. Je ne serais pas étonné que devant cette découverte le physiologiste se fût mis à rire en pensant à sa propre supériorité. Aussi, il fallait dire : Le rire vient de l'idée de sa propre supériorité. Idée satanique s'il en fut jamais ! Orgueil et aberration ! Or, il est notoire que tous les fous des hôpitaux ont l'idée de leur propre supériorité développée outre mesure. Je ne connais guère de fous d'humilité. Remarquez que le rire est une des expressions les plus fréquentes et les plus nombreuses de la folie. (...)

    J'ai dit qu'il y avait symptôme de faiblesse dans le rire ; et, en effet, quel signe plus marquant de débilité qu'une convulsion nerveuse, un spasme involontaire comparable à l'éternuement, et causé par la vue du malheur d'autrui ? Ce malheur est presque toujours une faiblesse d'esprit. Est-il un phénomène plus déplorable que la faiblesse se réjouissant de la faiblesse ? (...)" 

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    Daumier caricature les "amateurs classiques convaincus que l'art est perdu en France" (au Salon).

    L'Oeil de Baudelaire, ouvrage collectif, éd. Musée de la Vie Romantique, 2016.