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  • Revue de presse BD (268)

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    + Tout ou presque oppose l'humour de Wolinski, prolixe, à celui de Bosc, muet. Dans ses Mémoires dessinés ("Le Bonheur est un métier"/Glénat), Georges Wolinski raconte pourtant son intérêt, voire son admiration pour Bosc, qu'il faillit embaucher à "Charlie-Hebdo".

    A la page 19, Wolinski reprend cette tarte à la crème du suicide, plus fréquent chez les humoristes en raison de leur "lucidité". Ce poncif repose sur quelques cas mémorables. Les caricaturistes de "Charlie-Hebdo" (Cabu, Wolinski, Honoré), eux, étaient bien partis pour fêter leur cent ans.

    D'ailleurs on sait que les cas de suicide sont nombreux parmi les lycéens ou les policiers, espèces qui ne brillent pas spécialement par leur humour ou leur esprit satirique, mais se contentent le plus souvent de blagues potaches.

    Remarquons en outre que l'optimisme est le carburant indispensable des idéologies modernes les plus meurtrières: optimisme des 7 vierges au paradis d'Allah, mais aussi optimisme des "lendemains qui chantent", optimisme du darwinisme social, optimisme de l'égalité entre les hommes et entre les peuples, optimisme de l'entrepreneur, etc.

    Le site internet dédié à Bosc reprend un échange de lettres entre les deux humoristes.

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    + Dans un entretien avec Tewfik Hakem diffusé par "France-Culture", Jean-Jacques Sempé dit son amour de la musique, sujet de nombre de ses dessins, et son horreur de la bande-dessinée.

    - La mort rôde toujours dans les chansons de Trenet.

    + Dans "Siné-Mensuel" de mars 2018, l'humoriste musulman Yassine Belattar, qui se produit dans des cabarets ou des théâtres, répond à la question : - Pourquoi refusez-vous de dire tout simplement "Je suis Charlie" ? Ce qui dans le contexte actuel prête à confusion...

    - Je n'ai pas l'impression que Charb ou les autres auraient voulu qu'on utilise un des moments les plus pénibles de l'histoire de notre pays pour le transformer en slogan, en image pieuse interdite de toute critique.

    Dans l'ensemble, Yassine Belattar fait des réponses très patriotiques, ce qui s'explique sans doute par son implication dans les campagnes électorales de F. Hollande et E. Macron.

    Avant que Philippe Val n'écrive un essai sur la grandeur de l'Occident, les dessinateurs de "Charlie-Hebdo" étaient peu, voire pas du tout nationalistes ; il faut dire que certains avaient participé aux guerres d'Algérie ou d'Indochine. Or la guerre soigne généralement du nationalisme, comme le cocufiage soigne de l'amour.

    + En marge du trophée "Presse-Citron" de la caricature amateur, organisé par les élèves de l'école Estienne, se déroulera à la BNF jeudi 22 mars une série de conférences sur le thème du rapport de la bande-dessinée avec la caricature ; il faut souligner que cette série de conférences aura lieu sous haute protection policière : ne s'agirait-il pas d'un traquenard afin de procéder à l'arrestation de quelques anarchistes ?

    Le rapport entre la BD et la caricature n'est pas apaisé mais conflictuel. La querelle entre Goscinny ("Pilote") et Cavanna ("Charlie-Hebdo") n'était pas une simple querelle de personnes. Auquel cas, Goscinny aurait mieux digéré des critiques qui visaient aussi le contenu "infantilisant" de "Pilote".

    Tandis que la caricature satirique s'efforce de dépasser le niveau du simple divertissement, la BD tend au contraire au pur divertissement (et se trouve ainsi peu à peu remplacée par de nouveaux modes de divertissement encore plus stupéfiants).

    Quelques contre-exemples confirment la règle : le magazine américain "Mad", qui parodiait les "comics" pour souligner leur stupidité ; on peut aussi mentionner quelques BD de Franquin, qui avait fini par être dégoûté par son métier de bédéaste ; et encore Goscinny lui-même quand il souligne certains aspects ridicules du chauvinisme français.

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    Max l'Explorateur, par Guy Bara.

    + Les strips de BD, surtout appréciés par le public germanique ou américain, sont à mi-chemin entre satire et BD. Ils permettent exprimer une forme d'humour qu'il est assez vain d'essayer de transposer au cinéma.

    Le webzine BD-Zoom annonce la réédition prochaine en album chez Dupuis des strips de "Max l'Explorateur" par le dessinateur belge (d'origine lettone) Guy Bara.

    Ces strips furent publiés dès la fin des années 50 dans "France-Soir", puis dans le quotidien belge "Le Soir", jusqu'au début des années 90.

  • Revue de presse BD (256)

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    Extrait du recueil "Un certain climat".

    + Le dessinateur satirique René Pétillon a déclaré au magazine "Bretons" (août-sept. 2017) prendre bientôt sa retraite du "Canard enchaîné" ; à vrai dire il pourrait s'agir d'une "retraite de chanteur", avec de nombreux "come backs". Extraits de l'entretien accordé à cette publication identitaire où Pétillon a le culot de déclarer qu'il rêvait plutôt de travailler pour "Charlie-Hebdo".

    - Je n'ai pas candidaté [au "Canard"], ce sont eux qui sont venus me chercher. (...) Au tout début des années 1990, je commence à renouer avec le dessin d'actu dans VSD. C'est là que "Le Canard" me repère. Eric Emptaz, rédacteur en chef, me demande de le rejoindre. Il voulait un strip.

    - Nous sommes une dizaine de dessinateurs. Moi, je suis salarié. Mais nous ne le sommes pas tous. Cabu, par exemple, ne l'était pas. Quand vous l'êtes, vous réservez l'exclusivité de vos dessins politiques au Canard(...) Ils tiennent à l'exclusivité de la signature. Je le comprends tout à fait : en tant que salariés, nous sommes très bien payés et bénéficions de tous les avantages : intéressement, participation, etc. Il est logique qu'ils aient leurs exigences.

    - L'humour est incompatible avec le militantisme. Nous, dessinateurs de presse, sommes des tordus. Nous dessinons toujours contre. Le militantisme et l'engagement ont sans doute des vertus admirables. Mais il y a toujours, là-dedans, une dose de sectarisme et un certain caporalisme.(...)

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    Johnny Hallyday, un bel exemple de culture laïque (le chanteur sert ici de modèle au dessinateur Jijé).

    + De nombreux caricaturistes et titres de presse satiriques revendiquent les "valeurs républicaines laïques". A ce compte-là, on pourrait aussi bien créer une chaire pour enseigner la satire à la Sorbonne !

    La République française et la laïcité sont-elles particulièrement favorables à la caricature ? Pas plus que le régime de Louis XV, et probablement moins que le Royaume-Uni voisin où une poignée d'intellectuels imposera plus difficilement au reste du pays son opinion qu'il peut le faire en France, par le canal médiatique.

    A l'étranger, la prétention des Français à défendre la liberté d'expression mieux que quiconque prête d'ailleurs à sourire.

    La presse satirique a connu son âge d'or au XIXe siècle, sous le régime monarchique libéral de Louis-Philippe. Les profs laïcs eux-mêmes ont du mal à soutenir que le régime républicain est favorable à la caricature ; à mots couverts, D. Moncond'huy dans sa "Petite histoire de la caricature de presse en 40 images" (Folio) écrit le contraire : "Gageons que le recul relatif de la satire de presse, à sa manière, constituait un signe de l'affermissement de la République elle-même." Notons qu'il est nécessaire d'employer une litote pour dire que la République moderne est hostile à la caricature.

    Certains Français sont fascinés par le droit (les moins fascinés d'entre eux sont ceux qui connaissent le mieux l'appareil judiciaire et ses limites), mais c'est l'esprit le moins disposé à la satire qui assimile la réalité au droit, et le droit à la réalité. C'est là une tournure d'esprit équivalente au fanatisme religieux, qui attribue au fantasme une valeur supérieure à la vie.

    + Retour sur le SoBD (salon de la BD indépendante) qui s'est tenu le week-endwebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,décembre,2017,rené pétillon,canard enchaîné,bretons,éric emptaz,cabu,charlie-hebdo,johnny hallyday,laïcité,république,caricature,louis-philippe,moncond'huy,sobd,philippe simon,sylvain insergueix,libraire,papiers nickelés,case,strip,alain boillat,marine borel,raphaël oesterlé,françois revaz,in-folio,feuilleton,olivier tallec,toutenbd,duperré,sempé,voutch dernier à la Halles des Blancs-Manteaux (Paris 5e) : j'ai bien écouté les explications du libraire (spécialisé dans la BD) Sylvain Insergueix, et j'en déduis que le métier de libraire et les librairies n'ont désormais plus aucun intérêt, autre que commercial.

    + Il apparaît d'autre part que la "reconnaissance de la BD" par les autorités culturelles est comparable au label rouge en charcuterie, puisque les auteurs de BD sont les derniers à en profiter, comme les cochons de leur label - sans compter les lecteurs, cinquième roue du carrosse, à qui on vend des livres comme on vend des petits pains.

    + Petit éditeur indépendant (éditions "Lapin") depuis quelques années, après avoir monté un site internet diffusant de la BD gratuitement, Philippe Simon a expliqué qu'il était plus habitué à gérer des dettes que des bénéfices. De plus, son domicile est encombré de cartons de livres ; malgré ces inconvénients, celui-ci a encouragé les passionnés à se lancer dans ce métier. Son catalogue compte désormais une centaine de titres.

    + Le prix "Papiers Nickelés" a été décerné au cours du SoBD à "Case, strip, action !", un copieux ouvrage qui étudie les feuilletons en BD parus dans les magazines pour la jeunesse de 1946 à 1959 (Alain Boillat, Marine Borel, Raphaël Oesterlé, Françoise Revaz (éd. In-Folio).

    + Olivier Tallec, formé à l'école Duperré, est illustrateur de livres pour enfants et publie aussi des dessins humoristiques.

    Sempé et Voutch sont ses références, ainsi que le "New-Yorker", et dans un entretien au site d'actu "Toutenbd" il explique sa méthode pour concevoir un gag.

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  • Revue de presse BD (245)

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    Caricature de Churchill/Goscinny (vers 1950)

    + Des esprits laïcs chagrins risquent de protester contre la prise en otage de René Goscinny par le musée d'art et d'histoire du judaïsme (Mahj)...

    Ce musée parisien expose le travail et la biographie du scénariste de "Lucky-Luke", "Astérix", "Iznogoud""Le Petit Nicolas" ("Goscinny, Au-delà du rire", jusqu'au 4 mars), 40 ans après sa mort, et publie un volumineux bouquin-panorama de l'oeuvre de Goscinny. Les préfaciers de cet ouvrage ont l'honnêteté de reconnaître que Goscinny n'a pas grand-chose à voir avec le judaïsme, comme beaucoup de juifs "laïcisés" soucieux d'intégration plus que de religion.

    En revanche les mêmes préfaciers ne peuvent s'empêcher de nous bassiner avec le concept de "judéité", de façon assez anachronique car le nationalisme israélien qui détermine aujourd'hui surtout l'identité juive n'avait pas la même force il y a cinquante ans. Les documents d'archives présentés montrent que Goscinny était d'une famille de Juifs ukrainiens, marquée par la diaspora puisqu'elle émigra en Argentine, plus accueillante que la Russie pour les Juifs.

    Au demeurant la littérature identitaire ne présente pas plus d'intérêt que la littérature régionaliste ou la littérature spécialisée.

    L'originalité du scénariste Goscinny tient à ce qu'il fut un exilé (accessoirement juif ukrainien), ce qui lui procurait un certain recul par rapport à la société et la culture françaises, à quoi tient son ironie. Le village gaulois fait penser au chauvinisme laïc, typiquement français, qui pousse les Français à croire qu'ils sont exceptionnels. Sur l'institution scolaire, véritable "vache sacrée" française, Goscinny porte aussi un regard légèrement ironique et décalé dans "Le Petit Nicolas".

    On découvre grâce au catalogue que Goscinny était un dessinateur plus doué que Uderzo ou Sempé, le catalogue reproduisant de bonnes caricatures (Churchill et Hitler) de sa main.

    + La ville de Montreuil a rebaptisé son centre d'art contemporain "Tignous" en webzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,septembre,2017,mahj,judaïsme,goscinny,sempé,uderzo,petit nicolas,judéité,argentine,astérix,iznogoud,churchill,caricature,hitler,tignous,montreuil,giemsi,sylvain priam,christiane taubira,minute,miègehommage au caricaturiste de "Charlie-Hebdo" assassiné, et décerné une bourse Tignous (dotée de 1000 euros) au dessinateur Sylvain Priam, originaire de Martinique (le 1er "prix Tignous" a été remis au caricaturiste Giemsi).

    L'ex-Garde des Sceaux Christiane Taubira a remis au lauréat sa bourse. En 2013 le parti politique guyanais de Christiane Taubira avait porté plainte contre un dessin de Miège, dessinateur de l'hebdomadaire d'extrême-droite "Minute", jugé raciste et insultant vis-à-vis de C. Taubira. Saisi également d'une plainte en métropole, le parquet avait requis une lourde amende contre l'hebdo (confirmée en appel).

    C. Taubira est le symbole de la politique "progressiste" des gouvernements Ayrault et Valls. Mais, du point de vue satirique, elle représente une certaine forme de "politiquement correct"... dont le moins que l'on peut dire est que ses résultats en termes de lutte contre le racisme et les inégalités se font attendre. Comment croire que la fraternité peut résulter de dispositions légales ?

    Redisons-le : le dynamisme de la presse satirique en France a toujours été lié à la capacité de petits entrepreneurs de presse satirique de prendre leur distance avec les représentants du pouvoir politique et leurs idéologies, qui revêtent tantôt un caractère démagogique, tantôt stratégique voire machiavélique.

    (Ci-contre illu. de Sylvain Priam représentant une sorte de paysage oecuménique. C'est probablement fortuit si le Manneken Pis urine sur Marianne...)

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    Dessin de Vuillemin illustrant le processus créatif.

    + Ceux qui ont raté l'expo. Vuillemin ("L'Echo des Savanes") à la galerie Huberty Breyne pourront se rattraper en lisant l'interview qu'il donna à cette occasion, où il explique notamment dans quelles conditions il a accepté de collaborer à "Charlie-Hebdo".

    L'affirmation selon laquelle "Vuillemin s'inscrit dans la droite ligne de Reiser" nous semble on ne peut plus superficielle. La ligne de Reiser n'est en effet pas moins claire que celle de Hergé, dans la mesure où le dessin de Reiser est une épure qui va à l'essentiel. Reiser a donné à "Charlie-Hebdo" quelques-unes de ses meilleures Unes grâce à cette ligne sans détours.

    Le style de Vuillemin, en comparaison, est baroque et surchargé, à la limite "sulpicien". Le vomi, le caca et les capotes usagées deviennent presque des objets esthétiques sous le crayon de Vuillemin, tandis qu'il y a beaucoup plus de noirceur et de franchise réalistes dans les bandes de Reiser.

    Quant à l'humour, Reiser n'avait pas son pareil pour appuyer là où ça fait mal ; les Unes de Vuillemin sont, pour l'instant, plus anecdotiques.

  • Revue de presse BD (232)

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    + En 1973, les élections inspiraient à Albert Dubout (1903-1976) le dessin ci-dessus paru dans "Satirix" (1973) ; il souligne ironiquement le paradoxe suivant : rituel républicain censé exalter les valeurs de ce régime, l'élection à la présidence de la République fait surtout apparaître les luttes intestines et la division qui règne entre Français, superficielle (l'argent est le dieu commun), en même temps qu'elle est susceptible de déboucher sur une fracture plus nette.

    + Dans les années 70 déjà, du temps de l'âge d'or de "Charlie-Hebdo", le dessinateur G. Wolinski exprimait son dégoût des partis politiques (5') et se disait seulement "gauchiste"... avant de se raviser et s'interroger si "gauchiste" a encore un sens ? L'exercice du pouvoir usa très vite l'utopie gauchiste ; à rebours de la propagande gauchiste, les humoristes de "Charlie-Hebdo" les plus sérieux ont d'ailleurs toujours exprimé le sentiment de défaite de "Mai 68" face aux valeurs bourgeoises dominantes. S'il y a bien un ingrédient indispensable au populisme, c'est l'optimisme.

    L'illusion entretenue par la droite pour sa part est celle de l'économie, souvent qualifiée de "science" pour dissimuler ce caractère illusoire, alors qu'un minimum d'honnêteté intellectuelle devrait conduire à requalifier l'économie de "science-fiction" et les économistes de romanciers.

    + "(...) On a été un peu pris de court par Trump, évidemment, mais il y a une ou deux pages où il est évoqué bien que ça ne rentre pas tout à fait dans le sujet: il faudrait faire une BD sur le populisme, on y mettrait Trump et Mélenchon." Ainsi se conclut l'entretien accordé par le dessinateur Terreur Graphique à "Bfm-TV", à propos de "La Communication politique", ouvrage en collaboration avec l'historien Christian Delporte.

    Contrairement à ce que suggère ce dessinateur (à "Libération", où il dessine un strip inspiré par Claire Bretécher), le populisme et la communication politique sont étroitement liés. Quel dictateur populiste n'est pas d'abord un communicant de génie ? Inventeur du suffrage universel pour mieux contourner les partis adverses, Louis-Napoléon Bonaparte persuada le monde paysan, à force d'inaugurer des églises, qu'il était le meilleur représentant de leurs idéaux et revendications (pour mieux mener la politique des milieux industriels et bancaires parisiens ensuite).

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    Tout au plus, les Etats-Unis n'ont fait que perfectionner un procédé où les caricaturistes et les dessinateurs ont d'ailleurs, hélas, eu leur part. Comme ils contribuent à la "communication scientifique", sujet qui mériterait un livre à part, car sous prétexte de vulgarisation scientifique, on a en réalité très souvent affaire à des livres ou des bandes-dessinées qui font l'apologie du concept frauduleux de "progrès technique".

    + La revue "Satirix" évoquée plus haut parut entre 1971 et 1976 et fut saisie et coulée par le ministère dewebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,avril,2017,actualité,élections,présidentielles,albert dubout,satirix,charlie-hebdo,wolinski,trump,mélenchon,terreur graphique,bfm-tv,libération,communication,christian delporte,louis-napoléon bonaparte l'Intérieur en 1973 ; elle reparaît à l'initiative de Lucien Grand-Jouan, et son numéro d'avril 2017 rend hommage à Marc-Edouard Nabe, qui très jeune plaça quelques dessins dans "Hara-Kiri", avant de soutenir le Pr Choron bien plus tard dans son conflit contre Philippe Val et la nouvelle équipe de "Charlie-Hebdo".

    M.-E. Nabe ne résiste à aucune provocation, surtout pas à celle de provoquer ceux qui font profession d'être des provocateurs, comme on peut voir dans cette vidéo où l'insolent Nabe n'hésite pas à chahuter le "grand" dessinateur Willem et sa femme, venus lui rendre visite dans sa boutique. Sa défense de l'écrivain et pamphlétaire Louis-Ferdinand Céline déclencha tôt la colère des censeurs contre Nabe, qui ne lui ont jamais pardonné cet écart.

    Comme on en a beaucoup trop fait dans la célébration hypocrite de "Charlie", Nabe en fait beaucoup trop dans le sens contraire, ressuscitant ainsi le principe "bête et méchant" de "Hara-Kiri" (il est sans doute outrancier de taxer Tignous de "racisme", qui ne dessinait pas seulement des mouches au-dessus de la tête des Arabes, selon l'accusation de Nabe, mais de tous les types qu'il détestait).

    + L'Enigmatique LB signale qu'en s'abonnant à l'INA, on peut avoir accès à tout un tas d'archives vidéos intéressantes, comme une interview de Reiser par Jacques Chancel (pourquoi Reiser n'a pas envie de changer l'esprit de ses dessins "bêtes et méchants" ; l'influence de Mac Luhan sur lui ; ses premiers dessins ; à 7'35" son album "Fantasmes" ; ce qu'il veut exprimer ; à 10'30" l'origine du journal "Hara-Kiri" ; à 14' l'influence de la bande dessinée sur l'éducation des enfants ; à 16'15" sa façon de dessiner ; à 20' l'architecture scandale de l'époque ; l'itinéraire de Sempé ; à 37' la concurrence entre dessinateurs et peintres ; à 38'30 sa difficulté à accepter de vieillir et de mourir, sa solitude synonyme de liberté ; son refus de pratiquer l'autocensure ; à 41'35" la leçon de "Charlie Hebdo" et de "Hara-Kiri" : rire de tout ; son éducation religieuse, son opinion sur l'Eglise ; à 46'20" comment naissent les idées de dessin ; à 48' son goût pour l'irrespect ; à 52' sur Sempé et Gébé, sur les femmes, sur le langage, sur les "gros mots " dits vulgaires.)

  • Revue de presse BD (181)

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    + Tintin peut passer pour un précurseur de la "théorie du genre", quasiment une théorie de l'adolescence ou de l'indécision sexuelle. L'illustration ci-dessus, signée Hergé, est elle aussi pleine d'ambiguïté, traduisant la crainte des femmes, mêlée de respect pour leurs revendications spécifiques.

    + Le dessinateur Willem vient de vendre à la bibliothèque nationale de France les 20.000 dessins originaux qu'il détenait, soit la plus grande part de son oeuvre : "J'ai essayé d'en vendre à une époque, mais on ne vous achète que les dix meilleurs, et les autres vous restent sur les bras (...)." ("Le Monde", 27 février). Le dessinateur batave (Holtrop de son vrai nom), désormais installé à Groix en Bretagne, continuera d'enrichir le fonds Willem de la BNF "tant qu'il ne sera pas gaga. Jusqu'à 100 ans s'il le faut, en tout cas jusqu'à ce que ma femme estime que mes dessins ne valent plus rien."

    Willem explique que sa méconnaissance de la langue française l'a forcé à rendre son dessin le plus explicite. Frédéric Potet, du "Monde", le range aux côtés des dessinateurs qui "actionnent une mécanique humoristique basée sur le dessin : Vallotton, Jossot, Chaval, Bosc, Topor, Ungerer et autres Sempé." Que les termes de "mécanique" et celui "d'humour" vont mal ensemble ! La notion de mécanique s'applique mieux à l'art dit "abstrait". Du reste, l'humour de Sempé tient largement aux légendes de ses dessins. L'ironie individualiste de Jossot ou Vallotton est assez éloignée de Willem. La faiblesse de Willem tient à ce qu'il hésite entre le genre de Cabu et celui de Chaval ou Bosc ; l'acclimatation du Batave à l'humour français n'est pas entièrement convaincante.

    Le caricaturiste, qui dit s'être toujours refusé à caricaturer Mahomet pour ne pas risquer de vexer l'épicier arabe du coin [?], s'accommode bien de la menace terroriste qui pèse sur lui. L'alcool, la drogue et les accidents de la route font, il est vrai, mille fois plus de victimes en Bretagne que l'islam.

    + Le chanteur Renaud, que l'on ne présente plus, va disperser une partie de sa collection de BD, dont quelques albums rares de "Tintin" qui seront vendus aux enchères prochainement. Par ailleurs on annonce la reprise par Renaud de son activité de chroniqueur à "Charlie-Hebdo". De 1992 à 96, il fut employé par l'hebdomadaire dirigé par Philippe Val, lui aussi chansonnier. Mais le ton familier de star proche du peuple employé par Renaud n'a peut-être pas bien vieilli.

    + Sale coup pour un dessinateur de BD, Eric Hübsch, qui s'est fait dérober vingt planches originales de son album "Topaze" (adaptation de M. Pagnol) pendant le festival d'Angoulême. Le dessinateur a laissé quinze jours au voleur pour restituer le produit de son larcin avant de déposer plainte.

    + Les éditeurs de BD, petits et gros, menacent de boycotter le prochain festival d'Angoulême (FIBD), vitrine de cette petite industrie et outil de promotion de cette ville naguère déclarée en faillite à cause des dépenses somptuaires de son député-maire (J.-M. Boucheron). Ces éditeurs ont exigé d'être reçu par la nouvelle ministre de la Culture Audrey Azoulay. Comme les producteurs de lait bretons, les producteurs de BD risquent de connaître le marasme en raison d'une surproduction qu'ils ont eux-mêmes organisée, en espérant de lucratives retombées. Contrairement à ce que l'on peut lire ici ou là, la preuve n'est pas faite des "retombées positives" de ce festival pour la ville d'Angoulême, pas plus que la preuve de ses retombées positives pour la BD.

    + Le site Artsy.com, dédié au business de l'art, publie une étude sur le "Marché de l'art en 2015" ; les statisticiens sont les thuriféraires de la culture bourgeoise. Il apparaît que le marché de l'art a stagné en 2015 ; que Picasso a été d'un meilleur rapport cette année-là que Warhol, et autres points de repères aussi subjectifs. On constate que jamais la définition de l'art n'a autant compté que depuis qu'il est devenu chose indéfinissable. Qu'est-ce qui distingue un fusil d'assaut ou un éclair au chocolat d'une toile de Warhol ? Cet artiste ne suggère-t-il pas qu'il n'y en a plus ? Ainsi l'arbitraire devient la norme sous couvert de rapports techniques.

    + On annonce la sortie prochaine en librairie d'un nouveau "mook" (mi-book, mi-magazine), suivant une formule à la mode. Baptisé "Pandora", ce mook dont Benoît Mouchart sera le rédac-chef proposera de courts chapitres de bande-dessinée, par des signatures réputées dans le domaine de la "BD pour adultes". Le titre serait une allusion au prénom d'une adolescente qui allume Corto Maltese ("La Ballade de la Mer salée") ; Hugo Pratt, tentant d'introduire la mythologie dans la bande-dessinée (Corto Maltese peut passer pour un ersatz d'Ulysse, ou plutôt Jason), sachant le symbolisme négatif de Pandora, montrait son héros échapper à cette jeune femme-piège pour poursuivre ses aventures. Chez Homère la femme, ou plus exactement la sexualité, est caractéristique de la passivité.

    + L'université de Yale à New Haven dans le Connecticut dispose d'une collection de dessins numérisés, dont une partie sont "tombés dans le domaine public", selon l'expression consacrée ; cette université met à la disposition des internautes de bonnes versions numérisées de ces images. Parmi les caricatures (environ 80) se trouve la série de peintres français (Picasso, Picabia, Laurencin, Matisse, Gleizes...) caricaturés par le caricaturiste mexicain Georges de Zayas.

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    Caricature de Picabia par G. de Zayas (image libre de droits)

  • Afourismes****

    Emmanuel Mané-Katz -dit «Morez»- a connu son heure de gloire dans l’après-guerre, quand les pluswebzine,bd,gratuit,fanzine,bande-dessinée,zébra,kritik,critique,afourisme,morez,cherche-midi,krokodil,aphorisme,punch,emmanuel mané-katz,alphonse allais,viagra,peintre,chat-noir,maroquinier,sempé célèbres titres de la presse magazine publiaient encore plusieurs pleines pages de dessins humoristiques.

    Morez collabora à des titres aussi différents que «Krokodil», journal humoristique soviétique, «Lui», «Paris-Match», «Le Pèlerin», «Punch». Il est vrai que les humoristes s’encombrent rarement d’idéologie.

    Prolifique, Morez a donc rarement été publié sous forme de recueil. «Afourismes», au «Cherche-midi», comble cette lacune. S’il n’est pas aussi subversif qu’Alphonse Allais, dynamiteur subtil de cette religion de l’homme moderne qu’est le « progrès », reculant à mesure qu’on s’approche de lui, Morez polit des aphorismes ou des bons mots, et les intercale entre ses dessins, évocateurs des saillies du maître normand. Voyez plutôt :

    « Le maroquinier a licencié l’apprenti, il l’a surpris la main dans le sac. » ;

    « Elle ne va plus à la selle quand elle monte à cheval. » ;

    « Un type trop « raide » pour se payer une boîte de viagra » ;

    « Ils s’entendent à merveille : il est peintre, sa femme est cadre. » ; ces facéties nous rappellent que l’art populaire a toujours comporté une part de raillerie ou de désinvolture vis-à-vis du langage, sacré en revanche du point de vue de l’élite et de ses rhéteurs.

    Morez a aussi en commun avec certains artistes du «Chat Noir» une opportune reconversion de peintre en dessinateur humoristique, en des temps où la peinture de chevalet ne sert plus guère qu’à épater le chaland ou à l’art-thérapie.

    Comme il ne traînait pas de «Paris-Match», de «Lui» ou de «Pèlerin» dans le grenier de mon grand-père, qui préférait les quotidiens plus adéquats pour allumer le feu ou dégraisser la vaisselle, je dois avouer que Morez (nonagénaire) est pour moi une heureuse découverte. Son trait évoque un peu celui de Sempé, en plus franc.

     

    Afourisme, Morez, éd. du Cherche-midi, nov. 2013.