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KRITIK

  • Micaël : Entrée, plat, dessert****

    Excellent assortiment de gags, répartis en "Entrée, plat, dessert". Ils composent un nouvelle anthologie dewebzine,bd,gratuit,fanzine,zébra,bande-dessinée,kritik,critique,micaël,cahiers dessinés,siné-mensuel,frédéric schiffter,moraliste,chamfort dessins de Micaël, dessinateur franco-argentin, publiée par les "Cahier dessinés". Les dessins de Micaël paraissent aussi régulièrement dans plusieurs titres de presse, dont "Siné-Mensuel".

    Préfacier du bouquin, Frédéric Schiffter range Micaël parmi les moralistes ; il le compare en particulier à Chamfort (1740-1794), auteur de maximes désillusionnantes souvent teintées d'humour ("La seule chose qui retient Dieu de nous envoyer un autre déluge, c'est que le premier n'a servi à rien.", ou encore : "Il y a beaucoup plus de gens à vouloir être aimés que de gens à vouloir aimer.")

    Le trait géométrique de Micaël est adéquat pour peindre une époque soumise au calcul. Micaël parvient à la concision, là où un romancier réputé comme M. Houellebecq échoue.

    L'absurdité de la condition humaine donne du grain à moudre aux moralistes. L'économie capitaliste, que sa dimension fantasmatique rend particulièrement ridicule, l'art moderne (cinéma, télévision, "performances artistiques"...), ou encore le tourisme, constituent les thèmes de prédilection abordés par Micaël. De fait, le divertissement à quoi ils se résument est bien une forme d'anesthésie de la pensée, de remède au malaise de la condition humaine.

    Micaël a sans doute raison de ne pas aborder la politique de manière directe, contrairement à beaucoup de dessinateurs de presse ; la politique elle-même n'est plus désormais qu'un théâtre de marionnettes, dont la fonction est aussi de divertir -une sorte de spectacle démagogique coûteux mais nécessaire. La caricature d'hommes politiques fait désormais largement partie du "jeu politique" et a perdu sa force satirique.

    Il ne semble pas inutile de distinguer le bon moraliste du mauvais, autrement dit "misanthrope" (Houellebecq, Cioran) ; Molière nous montre que le misanthrope dissimule derrière le dédain du monde son amour de la société, à qui il reproche surtout de ne pas reconnaître son talent ; le misanthrope fait la paire avec le tartuffe, pour qui toute l'humanité est bonne... à cocufier.

    Micaël : Entrée, plat, dessert. par Micaël, ed. Les Cahiers Dessinés, 2017.

  • Cher François**

    Cette BD est un excellent choix de cadeau de Noël pour une admiratrice ou un admirateur de l'ex-présidentwebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,kritik,cher françois,louison,grazia,dessinatrice,presse François Hollande.

    Des biographies d'hommes ou de femmes politiques sont dessinées régulièrement par des caricaturistes : N. Sarkozy, M. Le Pen, F. Hollande, D. de Villepin, beaucoup y sont passés. Ces pamphlets opportunistes, qui constituent du "matériel de campagne électorale", n'ont le plus souvent que peu d'intérêt et galvaudent la satire.

    La dessinatrice de presse Louison ("Grazia") est un "snipper" enamourée de sa cible et ne le cache pas. Elle partage avec le président un sentimentalisme de gauche (presque désuet désormais) : peur de l'extrême-droite, de Donald Trump, féminisme, sympathie pour les pauvres qui souffrent dans le monde, "Tous Charlie"... la panoplie est complète.

    Louison a été autorisée à s'approcher du président lors de quelques cocktails, cérémonies et voyages, pendant un laps de temps suffisamment long pour connaître la gloire et le déclin de l'ex-suzerain.

    Non seulement cette dessinatrice partage les "valeurs de gauche" de François, mais avoue aussi son goût commun pour les petits fours et le champagne : elle est donc la moins prédisposée à, ne serait-ce que l'ironie.

    Paradoxalement la BD de Louison illustre assez bien le rôle dévolu au chef de l'Etat. C'est avant tout une mascotte : on le promène de droite à gauche et il doit savoir rester digne en toutes circonstances. En tant que mascotte accréditée, ou élue, il est fortement tributaire du caprice des Français et des médias qui l'ont choisi - sa marge d'action politique s'en trouve réduite.

    Ce qui a séduit les Français chez F. Hollande, c'est son apparente bonhomie et sérénité ; cette qualité a ensuite été perçue comme un défaut et a contribué à la désaffection des Français. Rien n'est plus injuste et fluctuant que le sentiment de la foule - c'est ce qui rend la démocratie aussi dangereuse quand elle vire à la démagogie.

    Cette aptitude relative de F. Hollande à surfer sur la vague des bonnes opinions, Louison la montre ou la suggère assez bien.

    Le président est bien sûr trop "pro" pour dévoiler le fond de sa pensée politique ou stratégique à une inconnue. Rarement il répond de façon nette, comme il fait quand la dessinatrice l'interroge sur Donald Trump, le président américain fraîchement élu :

    - Pensez-vous qu'il soit dangereux ?

    - Non, c'est un acteur.

    "Cher François", par Louison (préface de F. Hollande) éd. Marabulles, 2017.

  • Pères Indignes****

    Portrait satirique de la famille moderne -"nucléaire" comme disaient les sociologues naguère pour parlerwebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,critique,b-gnet,pères indignes,boite à bullles,satirique,south park du modèle familial s'imposant en Occident.

    Contrairement à Claire Brétécher qui décrivait la bourgeoisie parisienne dans le "Nouvel Observateur" ("Agrippine"), la famille de B-Gnet fait partie de la classe moyenne : un couple avec deux enfants en train de se séparer.

    Le début de divorce, qui contraint le père à quitter le domicile, puis le décès du père de celui-ci et ses obsèques, constituent les deux rebondissements de l'intrigue ; celle-ci est très rythmée, car découpée sous la forme de strips, chacun comportant une chute.

    B-Gnet ne nous épargne rien : ni la malice du fils, ni la niaiserie de la fille, ni la superficialité de la mère, ni l'alcoolisme du père, ni la lâcheté de l'oncle, ni la brutalité du grand-père, ni l'obsession sexuelle de la grand-mère... on est dans "Plus moche la vie", et les clichés sur la famille moderne modèle, entretenus par la télévision et la publicité, sont allègrement piétinés.

    On pense au dessin animé américain "South Park", portrait au vitriol d'une jeunesse américaine au bord de l'aliénation mentale (1997 - à voir impérativement en VO), mais le récit de B-Gnet est mieux découpé.

    Pères Indignes, par B-Gnet, éd. La Boîte-à-Bulles, 2014.

     

     

  • Voltaire amoureux**

    Nous avions aimé le "Pablo" de Clément Oubrerie (scénarisé par Julie Birmant) parce qu'il s'attache à retracerwebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,critique,clément oubrerie,voltaire,les arènes,julie birmant,pablo,picasso,descartes,pascal,malebranche,candide,leibnitz la carrière d'un homme, transformé pour le besoin de la cause communiste en "monstre sacré", et devenu ainsi inaccessible.

    On cerne mieux Picasso grâce à cette fresque en BD de la bohème parisienne où le talent de cet artiste se développa et atteignit son apogée.

    Voltaire n'est pas moins "monstrueux" a priori. Le philosophe en qui Marx voyait "le sommet de la pensée bourgeoise" (compliment qui recèle une critique) fait partie du panthéon des lettres françaises, avec tout ce que ça suppose d'adulation, de petits accommodements avec la vérité, voire de légende dorée.

    C'est déjà une gageure en soi de tenter de reconstituer une époque plus lointaine que le Paris de Picasso; pour ce faire, C. Oubrerie utilise son crayon comme un biographe conventionnel ne peut le faire. Néanmoins une époque ne se résume pas à des éléments de décors et au costume; encore faut-il en comprendre et en restituer l'esprit pour ne pas tomber dans le décors de "carton-pâte".

    Dans l'ensemble le résultat est assez vivant, mais souffre de la comparaison avec le précédent "Pablo", dont le scénario était mieux ficelé et les personnages secondaires plus étoffés.

    Oubrerie peint un écrivain arriviste, qui se persuade de son génie afin de mieux en persuader autrui - un écrivain dont la vivacité d'esprit et la facilité de répartie font mouche dans les salons. De cet esprit, Voltaire se sert pour séduire des femmes d'une condition supérieure à la sienne et les mobiliser au service de sa cause.

    Le chemin est donc illustré, qui conduisit Voltaire jusqu'à une gloire, si ce n'est aussi grande que celle d'Homère ou Shakespeare, du moins considérable.

    L'arrivisme littéraire est un mobile persistant aujourd'hui et Voltaire peut passer pour le précurseur de bon nombre d'intellectuels plus ou moins brillants après lui. Cependant, par-delà l'arrivisme et les saillies spirituelles, qu'est-ce qui distingue Voltaire des intellectuels d'aujourd'hui, dont le vedettariat est sans doute éphémère ? C'est le point le plus difficile à dessiner pour Oubrerie. Contrairement à Picasso, dont tout le monde a en mémoire les oeuvres les plus marquantes, Voltaire n'est pour beaucoup qu'un vague souvenir scolaire qui exige d'être rafraîchi si on ne veut pas demeurer au niveau de la fiction.

    La BD se risque sur le terrain de la pensée du philosophe; en particulier, dans ce premier tome, de sa pensée religieuse et de son anticléricalisme. Sujet ô combien difficile, car se mélangent chez Voltaire l'opportunisme (l'athéisme et le libertinage sont alors à la mode, notamment dans la noblesse) et les critiques plus sérieuses (des "Pensées" de Pascal ou de la théologie de Bossuet, Descartes, Malebranche...).

    Le premier tome de cette fresque est insuffisant pour souligner l'enjeu que représente cette nouvelle culture philosophique, dont Voltaire sut habilement se faire le principal ministre, et dont il demeura l'emblème au service des élites bourgeoises, avant d'être pris pour cible à son tour de la critique marxiste et, d'une manière générale, démodé par la philosophie allemande du XIXe siècle (pour de bonnes et de mauvaises raisons).

    Voltaire est également trop sceptique pour être vu comme le père d'un athéisme, souvent assimilable en France à une véritable secte imperméable à la critique. Cet athéisme "militant" s'avère un produit plus récent de l'ère technocratique, dont Voltaire n'a pas envisagé le terme.

    La meilleure compréhension de Voltaire est peut-être fournie par ses petites pièces satiriques, dont cet ambitieux ne faisait pas lui-même le plus grand cas, mais qui restent les plus lues. La satire est en effet un remède à l'optimisme inoculé par la religion ou l'idéologie (le providentialisme scientifique de Leibnitz-Pangloss dans "Candide") : elle détourne des illusions, mais ne constitue pas un aliment suffisant pour nourrir l'esprit. La bourgeoisie a pris du gras depuis le maigre Voltaire.

    Voltaire amoureux (tome I) par Clément Oubrerie, eds Les Arènes-BD, 2017.

  • La Balade nationale*

    - Nous sommes au XXIe siècle, Pétain. L'ambiance en France est... étrange. On dit beaucoup de bêtises surwebzine,bd,gratuit,zébra,fanzine,bande-dessinée,critique,etienne davodeau,balade nationale,sylvain venayre,marie curie,jeanne d'arc,pétain,jules michelet,dumas,molière,découverte,revue dessinée,le monde,potet l'histoire de France. On l'instrumentalise dangereusement. Alors voilà: nous nous sommes dit que vous alliez remettre un peu d'ordre là-dedans.

    Cette tirade, placée ici dans la bouche de l'historien Jules Michelet, donne le ton de la BD de Sylvain Venayre et Etienne Davodeau, "La Balade nationale". Une fois passé l'amusement de voir Jeanne d'Arc faire du covoiturage avec Molière, Marie Curie, le général Dumas, Pétain et Michelet, on se lasse du procédé imaginé par le scénariste pour ressusciter le goût de l'Histoire de France, tout en la dépoussiérant des vieux clichés.

    "Instrumentalisation" : le mot est lâché- il résume tout. L'instrumentalisation de l'Histoire aurait pu être le sujet de cette fable. Hélas les auteurs se contentent de remplacer de vieux clichés par de nouveaux stéréotypes, l'image d'Epinal par l'image d'Epinal animée. L'image d'Epinal était grossière, naïve, on l'apprenait par coeur - elle servait de support à une sorte de catéchisme laïc ; l'image d'Epinal animée sautille, va dans un sens, puis dans le sens contraire, elle distrait pendant un moment, s'efface vite.

    "Le Monde" (F. Potet) parle d'une "BD de qualité" : en réalité "La Balade nationale" est caractéristique du genre de gadget pédagogique qui est en train de transformer inexorablement l'Education nationale en gigantesque cour de récréation.

    L'historien Jules Michelet -pape des historiens français- est convoqué à cause de sa gloire pour servir de caution. S. Venayre, dans la postface, explique que certaines positions de Michelet sont aujourd'hui démodées (trop nationalistes).

    Avec la représentation de Pétain comme un encombrant cadavre, trimbalé dans un cercueil, les auteurs passent à côté de l'immense service rendu par Pétain à la France en amassant sur sa tête tout l'opprobre et la honte dus à la capitulation devant l'Allemagne et la déportation des Juifs. Encore un cas d'instrumentalisation, quasi-religieuse cette fois. La République a fait un petit tour au confessionnal et elle en est ressortie presque vierge. Idem pour la colonisation : quelques "mea culpa" publics ne mangent pas de pain et font l'effet d'une thérapie de groupe.

    Ce qui rend l'enseignement de l'Histoire pratiquement impossible désormais, en même temps que le besoin d'un substitut à l'instruction religieuse se fait de plus en plus sentir, c'est l'instrumentalisation de l'Histoire à des fins politiques. Chaque parti réclame sa version du roman national, rebaptisé "récit national" pour faire sérieux.

    L'impact de la politique sur l'enseignement de l'Histoire, au point que sa vocation scientifique s'est volatilisée, de très nombreux exemples l'illustrent. Un des plus significatifs et des plus récents est l'effet de la politique dite de "construction européenne", menée par les élites politiques à grand renfort d'encarts publicitaires jusqu'à la crise capitaliste mondiale de 2008. Cette manoeuvre politique d'envergure a complètement modifié la perspective de l'enseignement de l'Histoire de France. Il convient désormais que cet enseignement contienne la démonstration que le projet européen est un projet pacifiste, aussi peu scientifique soit cette démonstration. Cette politique imposait de combler le fossé culturel entre la France et l'Allemagne, vieil "ennemi historique".

    La mode actuelle du débat autour de l'Histoire de France, plus propice à l'organisation de "talk-shows" télévisés qu'à fonder un enseignement, tient à la crise économique, phénomène déclencheur principal du repli identitaire et du scepticisme à l'égard du projet européen.

    On sent la volonté de "La Balade nationale" de ménager une sorte de consensus mou, assez éloigné du caractère des différents personnages embarqués dans une fourgonnette... "Trafic Renault" (tout un symbole). L'Histoire, comme la satire, exige l'indépendance.

    La Balade nationale, par E. Davodeau & S. Venayre, éd. La Découverte/La Revue dessinée, 2017.

  • C'est la Jungle***

    L'édition française de "C'est la Jungle" de Harvey Kurtzman, cofondateur du magazine "Mad", tenu pourwebzine,bd,zébra,caricature,fanzine,bande-dessinée,critique,harvey kurtzman,jungle,wombat,gotlib,fluide-glacial,wolinski,spiegelman le principal organe de la contre-culture américaine, a surtout une valeur documentaire.

    Pour deux raisons : d'abord, sorti de son contexte américain, l’humour de Kurtzman perd beaucoup de sa spontanéité ; en France, Gotlib et « Fluide-Glacial » ont largement exploité le filon de la dérision façon H. Kurtzman, en l’adaptant au public français.

    D’autre part, la culture de masse n’est pas en France un phénomène de la même ampleur qu’aux Etats-Unis. L’américanisation de la culture française est en cours depuis plus d’un demi-siècle, mais elle s’est heurtée à la résistance d’une partie des élites intellectuelles, pour de plus ou moins bonnes raisons, dont la meilleure est l’hostilité à l’égard de ce qui relève du pur divertissement.

    L’humour de Kurtzman fonctionne à plein quand il s’agit de montrer les rouages et brocarder les codes d’une culture qui semble concourir à l’abrutissement du public et mobiliser le citoyen américain contre tout ce qui n’est pas de son goût.

     « C’est la Jungle » se compose de plusieurs chapitres, ciblant chacun un genre ou un thème de la culture de masse, tel que le western ou le polar ; le western selon Kurtzman ressemble plus à "Lucky Luke" qu’à John Wayne (bien que Lucky-Luke ne soit pas une simple parodie de western, car Goscinny y a injecté une dose de réalisme).

    Kurtzman a travaillé pour la presse : il connaît les recettes et les coulisses du journalisme et lève le voile sur cette cuisine peu avouable dans l’un des chapitres.

    L’album est préfacé par Art Spiegelman et précédé d’une vieille interview de Kurtzman par Wolinski, qui décrit un Kurtzman à la retraite, quelque peu amer.

    Kurtzman avait largement contribué à développer Mad, dont il était rédacteur en chef, mais en fut évincé à la suite d’un différend avec son propriétaire. Les albums de BD produits par Kurtzman ne rencontrèrent que peu de succès. D’où la conclusion que le public américain est peu réceptif à la contre-culture… à moins que "Hara-Kiri"/"Charlie-Hebdo" n’ait bénéficié en France de circonstances un peu plus favorables, ou encore que son équipe rédactionnelle se soit entêtée un peu plus.

    (Ce site publie un large extrait de "C'est la Jungle")

    "C'est la Jungle", par Harvey Kurtzman, ed. française Wombat 2017.

  • La Petite Couronne***

    "Pauvre banlieue parisienne, paillasson devant la ville où chacun s'essuie les pieds, crache un bon coup, passe, quiwebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,petite couronne,gilles rochier,six pieds sous terre,louis-ferdinand céline,banlieue pense à elle ?", écrivait Louis-Ferdinand Céline en 1944 ("Bezons à travers les âges").

    Désormais c'est tout le contraire, la banlieue est continuellement sous le feu des projecteurs ; elle est devenue le principal prétexte de l'agitation médiatique, sous couvert de débattre de "questions de société".

    Comme dans le crime de "L'Orient-Express", on peut dire que tous les partis politiques sans exception trempent ou ont trempé dans cette démagogie. La théorie du complot de l'islam radical, façon Eric Zemmour ou Caroline Fourest, doit presque tout à l'instrumentalisation précédente de la banlieue par la presse de gauche. Zemmour ne paraît "vrai" que dans la mesure où la propagande précédente consistait dans une présentation truquée de la réalité.

    Si son existence est donc désormais reconnue, la banlieue demeure parfaitement inconnue ou presque, au-delà du périphérique. C'est tout le mérite de Gilles Rochier de la montrer telle qu'elle est dans "La Petite Couronne", en soulignant de façon humoristique le décalage entre les préoccupations de ceux, jeunes ou plus âgés, qui vivent en banlieue, et tout le cinoche de gauche ou de droite.

    Cette dimension satirique en fait le meilleur album* de G. Rochier, déjà récompensé auparavant (2012) pour "Ta Mère la Pute", tableau sans fard (ni citrouilles grimaçantes) de la banlieue.

    On sent une légère amertume dans l'humour de celui qui n'a pas fui la banlieue, mais voit le trafic de drogue et ses effets se répandre... la drogue, qui agit sur les corps comme l'idéologie sur les esprits.

    "Petite Couronne", par Gilles Rochier, éds 6 Pieds-sous-terre, 2017.