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françois forcadell

  • Revue de presse BD (230)

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    Le caricaturiste britannique Wilbur Dawbarn dessine régulièrement un poisson en guise de soutien à "Eaten Fish".

    + Un jeune immigré iranien, connu sous le nom de "Eaten Fish", reçoit le soutien de dessinateurs du monde entier depuis qu'il a entamé une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention dans l'île de Manus (depuis 2014), en compagnie de près d'un millier de demandeurs d'asile comme lui.

    "Eaten Fish" s'est plaint de mauvais traitement et de sévices sexuels. Le jeune homme avait dessiné une petite BD pour alerter l'opinion sur son sort et celui de ses compagnons d'infortune. Craignant de mourir, "Eaten Fish" a interrompu sa grève de la faim. Le gouvernement australien de Malcolm Turnbull s'est montré jusqu'ici inflexible.

    + Après avoir étrillé le dernier "Blake & Mortimer", "Le Testament de Williamwebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,avril,2017,actualité,wilbur dawbarn,eaten fish,manus,malcolm turnbull,blake et mortimer,edgar jacobs,dargaud,sterne,dessin,françois forcadell,iconovox,siné-mensuel,charlie-hebdo,cabu,reiser,félix S." (succès de librairie tiré à plusieurs centaines de milliers d'ex.), "l'Express" évoque la manière dont les albums de "Blake & Mortimer" sont fabriqués. L'entreprise de reprise de cette série d'Edgar Jacobs, fort lucrative, a déjà usé plusieurs bédéastes. L'un d'entre eux est même décédé pendant qu'il dessinait un nouvel opus (R. Sterne), sans qu'un lien de cause à effet ait pu être mis en évidence. Un bouquin, "L'Héritage Jacobs" (Dargaud), traite de cette opération commerciale.

    Le marketing intensif ne suffit pas à expliquer le succès d'une série aussi désuète, plutôt mystérieux ; peut-être est-il dû à l'atmosphère de complot qui règne dans les aventures de "Blake & Mortimer", ainsi que dans la plupart des séries cinématographiques produites aujourd'hui à la chaîne aux Etats-Unis, flirtant avec la paranoïa ambiante ?

    + François Forcadell (agence Iconovox) dans un billet d'humeur intitulé "Quel dessin de presse ?", s'en prend aux associations et sites internet qui mélangent les dessinateurs de presse professionnels et amateurs, les accusant de pourrir le métier : "(...) Problème de ce type d’association, comme d’ailleurs celui de quelques sites et festivals, c’est celui de mélanger allègrement les professionnels qui gagnent leur vie avec ce métier (de plus en plus mal) et la cohorte de dessinateurs "de presse" autoproclamés (surtout depuis le 7 janvier 2015) ne publiant nulle part mais qu’on voit beaucoup sur les réseaux sociaux, et qui, lorsque ils sont sollicités, acceptent des tarifs de parution défiant toute concurrence."

    La presse satirique va mal, c'est entendu ; "Charlie-Hebdo" est l'arbre qui cache la forêt (l'hebdo de Riss est financé par des dons faisant suite au massacre) ; mais il est plutôt mesquin d'accuser les amateurs qui pratiquent le dessin de presse, avec plus ou moins de sérieux, de gâcher la fête.

    Le déclin de la presse satirique n'a pas une cause distincte du déclin de la presse française en général ; les lecteurs ne sont pas stupides au point de ne pas voir qu'on leur vend de la publicité, le plus souvent. Ils boudent les kiosques. Par conséquent les dessinateurs de presse pros et F. Forcadell se préoccupent beaucoup de la liberté d'expression en Iran ou en Russie, mais ils sont assez indifférents au progrès de la censure dans leur propre pays.

    F. Forcadell évoque vaguement "l'inculture des médias" ; il faut préciser que le métier de rédacteur en chef a changé, en même temps que le but assigné aux journaux, d'être désormais des tracts publicitaires et politiques. La presse gratuite distribuée à la sortie du métro est le modèle vers lequel la presse tout entière tend : un produit industriel dans lequel la satire, dessinée ou non, n'a pas sa place. Le succès d'internet auprès des Français vient peut-être de ce que la presse française est la plus nulle au monde ?

    Ajoutons encore ceci : "Hara-Kiri", du temps de son succès dans les années 1970 visait déjà, non pas tant la classe politique que la presse et les journalistes. Le Pr Choron a précisé que sa fameuse Une censurée "Bal tragique à Colombey...", ne visait pas particulièrement de Gaulle ou sa famille, mais la presse française, véritable gabegie de papier imprimé, qui ramène l'écrit au rang de culture orale. Le ministre de l'Intérieur Marcellin, en charge de la censure, était trop con pour le comprendre, mais pas assez pour renouveler contre "Charlie-Hebdo" la sanction qui venait de frapper "Hara-Kiri".

    Si l'on insiste autant sur la dimension satirique de la caricature, c'est parcewebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,avril,2017,actualité,wilbur dawbarn,eaten fish,manus,malcolm turnbull,blake et mortimer,edgar jacobs,dargaud,sterne,dessin,françois forcadell,iconovox,siné-mensuel,charlie-hebdo,cabu,reiser,félix qu'elle peut avoir une fonction plus vile, polémique ou de propagande (le communiste et censeur J.-P. Sartre parle d'"art engagé" pour dissimuler la fonction religieuse de l'art stalinien, dans la droite ligne de la propagande catholique). La caricature peut aussi être mise au service d'une vengeance privée. Ainsi de quelques caricatures exécutées par la sculpteure Camille Claudel, afin de se venger de son amant Auguste Rodin qu'elle souhaitait épouser; on aperçoit l'une de ces caricatures dans un documentaire (41'50'') consacré principalement à Rodin et à la "Porte de l'Enfer", chef-d'oeuvre inachevé de l'artiste (d'après Dante), dont la plupart des oeuvres célèbres sont extraites... jusqu'à la fameuse statue en pied de Balzac, commandée par la Société des gens de lettres, avant de se rétracter devant le résultat. De fait si Rodin en était fort satisfait, son Balzac a un aspect caricatural, proche de l'art de Daumier (documentaire en replay jusqu'au 07/04 compris).

    + "Siné-Mensuel" d'avril publie en Une un dessin de... Siné. Il faut dire que pour ce type de publication, la Une est capitale pour promouvoir le numéro. Egalement affichiste, Siné excellait dans ce registre (d'où son emploi post-mortem) ; mais aussi Cabu, très polyvalent ; Reiser, avec ses formules cinglantes, faisait de bonnes unes ; ou encore Willem, Wolinski, Gébé (pour les amateurs d'art abstrait)...

    "Charlie-Hebdo" essaie quelques petits nouveaux, afin de remplacer Cabu et Charb, comme Félix dans le dernier numéro (qui ose les crayons de couleur).

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  • Revue de presse BD (228)

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    Personnage de Groucha, créé par R. Topor pour une émission de télé (Téléchat) faisant la satire de la télé.

    + A l'initiative d'Alexandre Deveaux, la bibliothèque Mitterrand (Paris XIIIe) propose, du 28 mars au 16 juillet, une expo. des oeuvres de Roland Topor, ancien dessinateur à "Hara-Kiri".

    Lors d'un récent colloque à la Bnf, A. Deveaux a tenté de qualifier plus précisément l'oeuvre de R. Topor. Il n'est pas anodin que son père fût un artiste-peintre et sculpteur venu de Pologne, immigré à Paris pour tenter d'y faire carrière. Le jeune Roland sera encouragé à reprendre le flambeau. Entrer à "Hara-Kiri" se présente pour Roland Topor comme une occasion de débuter une carrière d'artiste, dans un genre jugé mineur mais plus vite lucratif. Topor admirait du reste les dessins de Siné.

    Si la technique de Topor est plus conventionnelle que celle de ses confrères à "Hara-Kiri", cela s'explique donc peut-être par sa formation et son ambition, plus académique. Au sommet de sa renommée, Topor sera souvent employé par le "New York Times" Outre-Atlantique, dont il a dessiné de nombreuses Unes.

    Comme Topor n'est pas un auteur satirique à part entière, l'adjectif "surréaliste" est souvent dans la bouche des commentateurs de ses dessins, gravures, peintures. De fait, la parenté avec les images à la fois énigmatiques et froides du Belge Magritte incite à rapprocher Topor de la mouvance surréaliste, bien que celle-ci n'ait pas des contours plus nets que l'impressionnisme. On pourrait proposer aussi le rapprochement avec Vallotton, artiste assez inclassable.

    + A l'initiative de l'association "Le Crayon", plus de 150 caricaturisteswebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,mars,2017,actualité,groucha,téléchat,hara-kiri,roland topor,alexandre deveaux,new york times,bnf,siné,magritte,vallotton,le crayon,fn,marine lepen,plantu,mélenchon,le monde,macron,françois forcadell,fillon,antisémitisme,antidreyfusard,charlie-hebdo professionnels et amateurs se sont regroupés afin de proposer une exposition itinérante de caricatures contre le Front National et Marine Le Pen. On relève l'absence de la plupart des dessinateurs de "Charlie-Hebdo" et du "Canard enchaîné" dans cette longue liste.

    L'absentéisme de certains caricaturistes peut se comprendre dans la mesure où il s'agit ici de s'impliquer directement dans la campagne des présidentielles. On peut d'ailleurs estimer que, contrairement à la suggestion de Marine Le Pen, son parti fait bien partie du "système" (électoral et institutionnel). Certains spécialistes de cuisine électorale soulignent en effet le rôle joué par le FN de canalisation du mécontentement populaire (rôle positif aux yeux de ces spécialistes, dans la mesure où il prévient le risque d'une contestation plus radicale).

    De plus l'efficacité d'une exposition de centaines de caricatures visant le FN de façon univoque est douteuse. Il y a fort à parier que l'on ne convaincra ainsi que des personnes déjà convaincues de l'ineptie du discours du FN ou du danger qu'il représente.

    Enfin, l'attelage du militantisme politique et de la satire entraîne des situations parfois... ubuesques. Ainsi on note la participation du dessinateur Plantu ("Le Monde") à cette expo militante ; or ce dessinateur propose en Une du "Monde" des dessins où il place sur le même plan (populiste) la candidate Le Pen et le candidat Mélenchon. Pourquoi diable dans ce cas organiser des élections si seuls les candidats approuvés par "Le Monde" sont dignes d'êtres élus ?

    La présence de quelques dessinateurs décédés dans la liste est sans doute faite pour signifier qu'il vaut mieux être mort plutôt que de vivre dans un pays où le FN xénophobe récolte 25% des suffrages ?...

    + Après avoir contesté sur son blog le caractère antisémite d'une caricaturewebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,mars,2017,actualité,groucha,téléchat,hara-kiri,roland topor,alexandre deveaux,new york times,bnf,siné,magritte,vallotton,le crayon,fn,marine lepen,plantu,mélenchon,le monde,macron,françois forcadell,fillon,antisémitisme,antidreyfusard,charlie-hebdo d'E. Macron dans un support de propagande du candidat François Fillon, François Forcadell commente : "Désormais il faudra se faire à l’idée (ou pas) que les dessins de presse sont mal lus, interprétés, et manipulés pour en faire des sujets à polémiques."

    On note que la campagne présidentielle est un terrain particulièrement favorable à ce genre de polémique insane.

    De façon plus générale, certains essayistes tentent de faire passer la caricature pour un art antisémite, en rappelant par exemple que certains caricaturistes célèbres furent antidreyfusards (Caran d'Ache, Forain). Mais l'antisémitisme n'est pas plus répandu chez les caricaturistes qu'il n'est chez les philosophes ou les romanciers.

    + Il y a sans doute autant de festivals de BD que de fromages en France, et par conséquent autant d'affiches, qui comme les fromages, sont de plus ou moins bon goût. L'affiche ci-dessous, pour le festival de BD de la Ferme du Buisson (à Noisiel en Seine-et-Marne, les 21, 22 et 23 avril prochains) attire l'attention avec ses couleurs criardes et son dessin amusant (N. de Crécy).

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  • Revue de presse BD (225)

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    + Rédigé en anglais (par des Canadiens), le fanzine "FAT-RAS" propose de télécharger le contenu "idiot et satirique" [silly and satiric] de son dernier numéro. On peut y suivre notamment les aventures de Grouch, un citoyen ordinaire troublé par les "grandes questions existentielles". Le dessinateur est habile et ne cesse de faire des progrès au fil des numéros.

    + Dans un article traduit et publié en 1996 dans la revue en ligne "Persée", Colin Seymour-Ure analyse le déclin du dessin de presse satirique britannique, analogue au déclin français. L'auteur conclut son article par ces paroles optimistes : "La caricature de presse a encore de beaux jours devant elle." Mais, il y a vingt ans, Internet ne rencontrait pas le succès qu'il connaît aujourd'hui, lié à l'indifférence grandissante du public à l'égard d'une presse de plus en plus conformiste.

    C. Seymour-Ure se contente d'indiquer deux changements, qui selon lui ont eu un impact sur le dessin de presse : d'une part la modernisation de la presse, c'est-à-dire le changement de format, la spécialisation, l'apparition de la photo, qui ont contribué à noyer le dessin satirique ; d'autre part la concurrence de la télévision. Mais l'auteur a tendance à minimiser l'impact de ces transformations.

    L'auteur manifeste cependant une certaine incompréhension de la caricature de presse, qu'il a tendance à assimiler au populisme. La référence de C. Seymour-Ure en matière de caricature de presse est, en outre, l'"editorial cartoon" sur le modèle américain (dont Plantu en France est le plus fameux représentant), c'est-à-dire un type de dessin de presse et de dessinateurs qui participent au jeu politique. On apprend que Ronald Reagan, puis Bill Clinton, réclamèrent chaque semaine une revue de presse nationale composée de cartoons.

    L'exemple français de "Hara-Kiri"/"Charlie-Hebdo" est de nature à élucider le déclin de la caricature de presse en Europe. En effet, le "Charlie-Hebdo" de Cavanna et Choron fut à la fois le titre satirique le plus dynamique de la presse française, en même temps qu'il se situait le plus à l'écart du jeu et du militantisme politiques. Repris en main par P. Val en 1992, "Charlie-Hebdo" a adopté une ligne plus militante. Autrement dit, il s'est banalisé, et sa faillite coïncide avec la désaffection de l'électorat populaire pour les partis de gauche.

    D'une manière générale, le constat que faisait G. Orwell d'une culture moderne politisée à outrance est plus que jamais d'actualité. Les partis politiques jouent un rôle d'organisation sociale que les Eglises jouaient autrefois - cela explique l'importance prise par des débats sur des questions aussi peu pragmatiques que l'identité nationale, la laïcité, ou encore la construction européenne. Or la satire va à l'encontre de l'idéologie. Elle finit par devenir un corps étranger au sein de la presse.

    + Compte tenu de la vocation publicitaire et politique de la presse, la culturewebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,mars,2017,actualité,fat-ras,canadien,satirique,grouch,colin seymour-ure,persée,caricature,britannique,editorial cartoon,cavanna,choron,charlie-hebdo,hara-kiri,françois forcadell,underground,micaël,toad,twitter,trophée,presse-citron,école estienne,bnf underground a naturellement trouvé refuge sur internet. Une multitude de caricatures de presse est publiée chaque semaine sur internet et les réseaux sociaux. Certains déplorent la faible qualité de ces dessins (F. Forcadell). C'est un point de vue discutable, car si le niveau de la presse diffusée en kiosque est meilleur en moyenne, certaines Unes ou certains dessinateurs dits "professionnels" sont faibles, notamment les dessinateurs de BD récemment convertis au dessin de presse. Internet permet de faire en outre de belles découvertes : les dessins de Micaël, par exemple (ci-contre), sont bien plus subtils que les dessins de tel ou tel "editorial cartoonist" de premier plan. Ils ne sont que rarement reproduits dans la presse.

    On peut citer aussi les dessins symbolistes de tOad, publiés (à un rythme effréné) sur son compte Twitter.

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    + Attention, il ne reste que quelques jours (-8 mars) pour envoyer leurs dessins aux étudiants qui souhaitent concourir au Trophée "Presse-Citron" du dessin de presse organisé par l'école Estienne et la BNF.

    + Satirique, le blog collectif "Mister Hyde" l'est aussi, qui distille les dessins d'humour et les parodies depuis quelques années déjà ; on peut s'y délecter de l'humour de Pirrik, ou encore des facéties d'Antoine, sous forme de dessins animés minimalistes.

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    Voici comment le téléphone intelligent précipita l'humanité dans une fin stupide.

     

     

  • Revue de presse BD (206)

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    + L'actualité et ses drames inspirent parfois les auteurs de BD. Le jeune dessinateur italien Armando Genco nous a demandé de publier dans "Zébra" la traduction d'une BD qui dépeint le sort des migrants qui tentent de s'introduire en Europe dans des conditions dantesques.

    + Même si certains soulignent son côté industriel, la bande-dessinée conserve un côté artisanal démodé (l'art moderne ne doit pas sentir l'huile de coude, mais le parfum de la philosophie). Ainsi le dessinateur de la série à succès "Thorgal", Rosinski, travaille depuis quelques années avec son fils Piotr, dont le rôle consiste à faire tampon entre son père et le scénariste avec qui il travaille.

    Artisan accompli, Rosinski est en mesure de poser des conditions et de refuser des scénarios qui lui déplaisent : "Je n'aime pas dessiner la violence et les scènes de sexe. Dans l'album précédent, j'ai refusé les scènes érotiques. C'est mieux quand ce n'est pas montré. Concernant la violence, je déteste quand on place des ralentis dans un film... je n'arrive pas à comprendre qu'un spectateur puisse se délecte de telles scènes (...)" (interview "dBD" novembre 2016)

    + François Forcadell cite une interview de l'éditeur Frédéric Pajak ("Les Cahiers dessinés"), qui déclare à propos des dessinateurs de presse : « Aujourd’hui, la plupart d’entre eux se contentent de faire des petites blagues, en caricaturant à la va-vite tel ou tel homme politique. Ils ne dessinent plus : ils font des crobards. Ils sont souvent incultes, comme leurs rédacteurs en chef, et n’ont plus aucun sens de l’histoire : ils réagissent à l’actualité, ne s’émeuvent que dans l’urgence. Le dessin de presse devrait s’inspirer de Goya, de George Grosz ou de Saul Steinberg. »

    Baudelaire, en son temps, se plaignait déjà de l'inculture des peintres contemporains exposés aux Salons. Cela dit, Baudelaire savait un peu dessiner et caricaturer, lui. En parlant de Goya, c'est plutôt le dessinateur espagnol qui s'est inspiré des dessinateurs de presse anglais, non l'inverse.

    Plus précisément que Pajak, dont on aimerait bien savoir ce qu'il entend par "sens de l'histoire" (Pajak se réclame par ailleurs de Nietzsche, qui nie farouchement que l'histoire ait un quelconque sens), mentionnons deux fléaux convergents : le militantisme croissant des dessinateurs de presse, c'est-à-dire leur obéissance à la ligne politique d'un parti. L'originalité de "Charlie-Hebdo" fut de n'être pas un "journal engagé", quand toute la presse française était mise au service des partis et des industriels les soutenant.

    Deuxièmement, l'américanisation du dessin de presse ; aux Etats-Unis, les "editorial cartoonists" illustrent, expliquent la vie des partis politiques à l'aide de dessins auxquels seuls ceux qui suivent l'actualité politique de près trouvent de l'intérêt. Tandis que la caricature est plus artistique en France, elle est plus (trop) journalistique aux Etats-Unis.

    + "La Terre promise", dernier album de "Lucky-Luke", paraîtra bientôt. Après Daniel Pennac et Laurent Gerra, c'est le caricaturiste Jul qui a été choisi pour remplacer Goscinny. Dans cet album, Lucky-Luke rencontre une famille de colons juifs venus de Pologne ; Jul s'étonne que Goscinny n'y ait pas pensé, étant lui-même d'origine juive. Mais les minorités religieuses ou ethniques sont souvent, dans les albums de Lucky-Luke, prétexte à des blagues jugées parfois douteuses ; les Chinois exercent ainsi systématiquement le métier de blanchisseur.

    Par ailleurs Jul oublie que se revendiquer Juif n'a pas toujours été à la mode parmi les Juifs (non pratiquants), et que beaucoup de Juifs, pour des raisons qui n'ont pas forcément trait aux persécutions subies par cette communauté, rejetèrent leur "identité juive". N'est Juif, écrivait à juste titre Sigmund Freud, que celui qui suit Moïse et sa Loi (ce médecin allemand s'excluait ainsi lui-même de la communauté juive, estimant que Moïse et ses adeptes n'étaient qu'une bande de voyous anarchistes).

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  • Revue de presse BD (182)

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    Le chef d'entreprise, par Georges Grosz (1893-1959)

    + "Quand le philosophe Max Horkheimer, un des fondateurs de l'école de Francfort, demanda à Georges Grosz de s'impliquer dans la fondation d'une nouvelle démocratie sociale, il refusa en invoquant le caractère artistique de son travail. Il ne voulait pas illustrer la ligne politique d'un parti, même démocratique. Avec cette réponse, Grosz sortait l'art de la société, mais il voulait surtout indiquer son opposition radicale à toute forme de propagande par l'image." In : "L'art et l'histoire de la caricature" ; cet ouvrage de Laurent Baridon et Martial Guédron (éds Citadelles & Mazenod) est un des rares traitant de l'histoire de la caricature disponibles. Abondamment illustré, ce volume est inégal sur le fond. Les chapitres traitant de la caricature contemporaine et de son déclin, en particulier, sont faibles, négligeant les principales modalités de la censure de la presse et de l'art depuis la Libération.

    + Sur son blog, François Forcadell mentionne l'échec d'une vente aux enchères de dessins de presse (5 mars). En dépit de la présence dans le catalogue de dessins de Cabu, Effel, Loup, Bellus, Morez, Piem, Siné, Tetsu, les enchères n'ont pas dépassé quelques centaines d'euros par dessin, bien loin des montants atteints par des planches originales de BD lors de ventes récentes.

    Plusieurs explications possibles, hormis l'incompétence des organisateurs de cette vente, qui n'est pas à exclure : - le public du dessin de presse est de plus en plus restreint, tandis que celui de la bande-dessinée s'est élargi. Les acquéreurs de planches originales à prix fort achètent du rêve, un morceau de madeleine de Proust ; la satire ne joue pas sur ce registre fétichiste, et les amateurs de dessins de presse sont les mieux placés pour le savoir. D'une certaine façon il est logique que le dessin de presse ne participe pas au phénomène de spéculation surréaliste auquel on assiste.

    + Parmi les collectionneurs fétichistes, certains ont plus de flair que d'autres, comme Bertrand Gautier qui a acquis aux Etats-Unis au mois de septembre dernier un Rembrandt pour quelques centaines d'euros (revendu 870.000 dollars), ayant reconnu la main du maître sous une couche de vernis jauni. Il s'agit d'une oeuvre de jeunesse de Rembrandt, faisant partie d'une série illustrant le thème des cinq sens (en l'occurrence le "Patient évanoui" ou l'Odorat).

    + Le musée des arts décoratifs de Paris organise en ce moment l'exposition "De la caricature à l'affiche" ; hier comme aujourd'hui, nombreux sont les caricaturistes qui ont été contraints pour subsister de dessiner des réclames, ce qui revient à concilier deux activités, satire et propagande, les plus antagonistes ; la publicité façonne désormais les moeurs du plus grand nombre ; c'est la religion qui compte le plus d'adeptes.

    Au XIXe siècle, le grand écart était sans doute moins grand qu'il n'est aujourd'hui, en particulier depuis la Libération, en raison de la mainmise croissante des industriels sur la presse depuis ce temps.

    + Le Comité canadien pour la liberté de la presse organise son 16e Concours de dessin "editorial", sur le thème du droit d'être oublié (par Google). Ce comité suggère que la protection de la vie privée pourrait être un prétexte de censure gouvernementale d'Internet. Le prix est doté de 2000 dollars canadiens, et les dessins peuvent être envoyés jusqu'au 1er avril.

  • Revue de presse BD (179)

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    + Le nouveau directeur de "Charlie-Hebdo", Riss, lance un "prix littéraire" ouvert aux 12-22 ans, doté de quelques milliers d'euros. Sujet de l'exercice : "Et si on remplaçait le bac par..." ; les copies sont à rendre avant le 20 avril prochain.  Riss ne dit pas si le jury tiendra conte de la réform de l'ortograf (vieille lune déjà sujet de plaisanterie chez Alphonse Allais).

    + Martin Veyron ("Bernard Lermite") sort de la satire sociale, son domaine de prédilection, pour publier l'adaptation d'une fable méconnue de Tolstoï, "Ce qu'il faut de terre à l'homme" (ou : "Le Moujik Pakhom"). Si l'adaptation d'oeuvres littéraires n'est pas chose nouvelle en bande-dessinée, la mode bat son plein en ce moment, pour le meilleur et pour le pire ; nous signalions récemment la bonne adaptation de "Don Quichotte" par Rob Davis.

    Au magazine d'obédience catholique "La Vie" (21 janvier), M. Veyron a donné des détails sur ce travail d'adaptation : "Depuis des décennies, j'avais envie de traiter de façon contemporaine les exagérations du progrès, qui n'est plus perçu comme une chose bénéfique. Un constat dû à la surproductivité, à la fois dans l'agriculture et dans l'industrie, qui apporte plus de poison que de bonheur. (...)" "Exagération du progrès" est une litote délicate pour traduire le recul. Et le choix de Tolstoï par M. Veyron peut surprendre ; en effet, le romancier russe, qui fit fortune avec sa plume, était de surcroît un aristocrate, propriétaire terrien persuadé du bienfait de la réforme agraire et du partage des terres : appliquée par le pouvoir soviétique avec une main de fer, au nom du progrès, la réforme agraire fit des millions de victimes.

    On note cette contradiction dans les propos de M. Veyron, qui déclare : "Je suis donc resté très fidèle à l'oeuvre originale", mais un peu plus loin ajoute : "Le diable est présent dans sa nouvelle. Je l'ai évacué, car je pense que le mal est en l'homme, qui n'a nul besoin de démons extérieurs pour ne pas faire le bien..." Le problème de la fidélité de l'adaptation est posé ici ; en effet, ôter le diable des romans de Balzac ou des poèmes de Baudelaire, par exemple, reviendrait à les trahir. Le préjugé ou la mentalité moderne peuvent être choqués par la façon de croire le diable une puissance extérieure à l'homme, qui le dépasse, mais à quoi bon, dans ce cas, se prévaloir d'un auteur qui pense différemment en apposant son nom sur la couverture ? C'est une pratique condamnable du point de vue de la critique littéraire, quasiment une forme de censure.

    + En matière de récupération, la palme revient à la chroniqueuse radio et télé Natacha Polony ; celle-ci copréside un "comité Orwell", qui s'est réuni pour la première fois en janvier 2016. Quel rapport y a-t-il entre cette journaliste, à qui le sobriquet de "Zemmour light" va comme un gant, et l'essayiste marxiste anglais George Orwell ? Les références politiques de N. Polony sont de Gaulle, la République française, les valeurs laïques, J.-P. Chevènement, toutes très éloignées de la critique du totalitarisme d'Orwell, qui n'épargne pas le fonctionnement de l'Etat moderne et sa culture mystique. Du point de vue marxiste, la culture laïque est une religion d'Etat, et l'institution républicaine ne fait que reproduire le fonctionnement de l'Eglise romaine.

    De façon plus caractéristique encore, on a pu entendre Natacha Polony vanter, à l'instar de Jean-Pierre Chevènement, les mérites de l'enseignement du "roman national". C'est une façon de présenter le mensonge national et le blanchiment des valeurs républicaines de façon positive, très éloignée de l'action de dire la vérité, présentée comme un acte révolutionnaire par Orwell, "en ces temps d'imposture universelle".

    + La dessinatrice Lisa Mandel a fait une petite incursion dans la "jungle de Calais", bidonville peuplé d'immigrés prêts à tout pour passer en Angleterre, mais coincés sur une bande de côte française. Accompagnée par la sociologue Yasmine Bouagga, Lisa Mandel a recueilli les témoignages de quelques-uns de ces immigrés et les publie sur un blog-BD estampillé "Le Monde" ; l'état de ses prisons en dit plus long sur l'état d'une société qu'un long essai de sociologie, de même la "jungle de Calais" est une verrue sur le nez du projet d'unité européenne, devenue un peu trop voyante. Le contraste est assez saisissant entre le reportage de Lisa Mandel, qui a le don de prêter vie aux réfugiés, et les pubs "bling-bling" diffusées par "Le Monde", pour tel ou tel parfum ou vêtement de luxe. Le luxe des uns n'a-t-il pas pour rançon la misère des autres ?

    + Le tampographe Sardon donne régulièrement des nouvelles de sa fabrique de tampons en caoutchouc humoristiques sise "rue du Repos" à Paris (XIXe), mal nommée en ce qui le concerne puisque la vulcanisation ne va pas sans un minimum d'efforts. Vincent Sardon écrivait donc dernièrement (novembre 2015) : "(...) On dirait qu'il n'y a plus que des artistes dans cette ville de merde, tu peux chercher en vain pendant mille ans un type capable de réparer un peu proprement un grille-pain, mais si tu vas boire un café au coin de la rue tu verras passer en dix minutes trois vidéastes, une chorégraphe pour enfants, un designer chauve et cinq écrivains expérimentaux en lecture chez Verticales, et qui cherchent tous les quelques mètres carrés esprit Loft qui les séparent, croient-ils, de la félicité absolue."

    + On trouve en kiosque depuis quelque temps un nouveau journal satirique, simplement baptisé "Satire-Hebdo". Sur son blog dédié au dessin de presse, François Forcadell émet des réserves à propos de ce journal mystérieux, dépourvu d'ours, et dont aucun article n'est signé (un certain Frédéric Truskolaski le financerait, selon F. Forcadell). Il est vrai que, sur le plan rédactionnel, "Satire-Hebdo" est un peu creux ou bâclé ; son rédacteur développe des idées, disons "de centre-gauche", qui ne méritent guère le qualificatif de "satirique". "Contre le PSG", "pour Jean Rochefort contre Rachida Dati", "pour Juppé contre Sarkozy", "pour Jacqueline Sauvage contre le code pénal", "pour Bowie contre Justine Bieber", etc. Mais "Charlie-Hebdo" lui-même ressemble de plus en plus à "Libération", et de moins en moins à un journal satirique. "Satire-Hebdo" a quand même le mérite de faire découvrir au grand public des caricaturistes moins connus que Riss et Coco, comme Glon ou Frizou, principaux contributeurs de "Satire-Hebdo""Charlie-Hebdo" de son côté donne l'impression d'avoir du mal à recruter de nouveaux talents, puisqu'il a dû embaucher successivement Pétillon et Vuillemin, deux vieux briscards du dessin de presse.

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    Caricature de Glon parue dans "Satire-Hebdo"

    + Le trait élégant et minimaliste de feu Saul Steinberg, dessinateur de presse et illustrateur américain ("New-Yorker") a fait des émules de ce côté-ci de l'Atlantique ; le site américain "Artsy" nous informe de la mise en ligne d'une nouvelle page web dédiée à cet artiste, où l'on peut admirer notamment un peu plus d'une trentaine de ses dessins.

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    "Six Terroristes", dessin colorié par Saul Steinberg, 1971.

     

  • Revue de presse BD (178)

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    Dessin de Damien Glez paru dans le "Journal du Jeudi" (Ouagadougou).

    + L'entreprise actuelle de réhabilitation de "Tintin" passe par plusieurs canaux. De manière significative, on voit quelques intellectuels tenter de faire passer l'oeuvre de Hergé pour ce qu'elle n'est pas, à savoir une oeuvre d'art "populaire" ou une mythologie.

    Le populisme et la culture de masse ont rendu difficile la définition de "l'art populaire". On peut exclure "Tintin" de l'art populaire, dans la mesure où il émane de la bourgeoisie belge, et tient un discours pédagogique, fait pour persuader les enfants des bienfaits de la civilisation belge. Hergé s'est approprié peu à peu "Tintin", au fil des albums ; la série vire à l'auto-justification assez creuse, dès lors que Hergé finit par se lasser des valeurs de son milieu, sans toutefois parvenir à se débarrasser de "Tintin" (comme Franquin s'était débarrassé de "Spirou").

    Il est inexact de dire que "Tintin" est une littérature dépourvue de caractère sexuel, comme probablement toute littérature "de genre", en particulier celle destinée aux enfants ; la sexualité, dans "Tintin", est sublimée, ainsi qu'elle l'est dans la littérature ou l'art puritain. La littérature libertine, à caractère explicitement sexuel, a d'une certaine façon plus de recul sur la sexualité que la littérature de Hergé ou la Comtesse de Ségur, son équivalent pour les petites filles. A contrario la culture populaire tourne habituellement le motif sexuel en dérision.

    Amaury Hauchard a rédigé récemment dans "Le Monde" un article sur la réception de "Tintin" au Congo. Celui-là s'avère ambigu puisqu'il montre que les Congolais-Zaïrois, en général, apprécient les aventures de "Tintin au Congo" et n'y voient pas le racisme fustigé par certains ; mais, dans le même temps, l'article explique que "Tintin" a été propagé par le régime dictatorial du maréchal Mobutu. La culture occidentale est donc véhiculée par la dictature au Zaïre et en Afrique ; Riad Sattouf explique même dans "L'Arabe du Futur" (avec un culot invraisemblable), que c'est le cas des valeurs laïques et républicaines.

    L'angle du "racisme", c'est-à-dire de la moraline judéo-chrétienne, est sans doute le pire angle pour critiquer Tintin. Celui-ci occulte que la propagande coloniale, à laquelle "Tintin" participa, présente aussi les populations indigènes colonisées sous un jour favorable, et non seulement péjoratif, afin de mieux convaincre des bienfaits de la colonisation. L'éloge des troupes coloniales composées d'indigènes est parfaitement antiraciste, mais c'est une façon de prolonger sournoisement la propagande colonialiste.

    + On relie un peu vite l'attentat contre "Charlie-Hebdo" en 2015, à la seule "Une" du n°712 de cet hebdomadaire mettant en scène Mahomet, dessinée par Cabu et pensée par Philippe Val. Neuf ans séparent ces deux événements. On peut penser que la répétition des charges de "Charlie-Hebdo" contre les "intégristes musulmans", qui ne furent pas toutes humoristiques, a joué un rôle dans la décision de prendre l'hebdomadaire satirique pour cible.

    Quoi qu'il en soit, le reportage intitulé "Charlie 712, histoire d'une couverture", où la rédaction du journal finit de composer le désormais fameux n°712, fourmille de détails intéressants ; en effet on y apprend pelle-mêle : - que Luz fut réticent à rebondir sur les caricatures du prophète publiées par la presse danoise ; - que Charb était absent (en vacances) lors de l'élaboration de ce n° crucial ; - que Philippe Val se croit "chimiquement pur" (sic) sur le plan éthique (ce qui n'est pas loin d'une forme de fondamentalisme religieux), et investi d'une mission assez nébuleuse, distincte de la satire ; - que Caroline Fourest faisait office d'experte sur les questions religieuses auprès de "Charlie-Hebdo", à peu près la seule femme à prendre la parole dans ce milieu viril ; - que le risque de représailles violentes fut évoqué, certes avec ironie, mais évoqué tout de même ; - que le soutien du ministre de l'Intérieur N. Sarkozy aux caricaturistes ne dérange pas plus que ça des dessinateurs en principe dévoués à faire entendre une voix discordante des rengaines politiques ; - que Wolinski était plus drôle dans la vie que dans ses dessins, et Cabu l'inverse.

    Avec le recul, ce reportage fait paraître le "Charlie-Hebdo" de P. Val une sorte de troufion innocent, la fleur au fusil, embringué dans une guerre à l'échelle mondiale entre l'Occident et ceux qui le haïssent, et dépassé par le choc des propagandes croisées. Ce n'est sans doute pas la première fois qu'un humoriste se retrouve transformé en soldat de première ligne, comme pris dans l'angle mort de son esprit satirique. A aucun moment, ni Philippe Val ni ses dessinateurs ne semblent s'apercevoir du ridicule de cette prétention à la "pureté éthique".

    + L'école Estienne (Paris XIIIe) et la BNF organisent cette année encore le "trophée "Presse Citron" du dessin de presse. Il est possible de concourir jusqu'au 15 mars dans deux catégories, "étudiants" et "professionnels", en envoyant quelques dessins aux organisateurs. Le trophée avait été remis l'année dernière en présence de nombreux dessinateurs de presse réunis sous protection policière.

    Il n'est pas inutile de rappeler ici que les industriels et patrons français s'efforcent d'étouffer la caricature et le dessin de presse depuis la Libération ; ceux-ci doivent en effet surtout leur persistance à de rares titres de presse indépendants, puisque la plupart des titres de la presse française relèvent de la double tutelle de l'Etat et de quelques industriels. Comme le déclin du dessin de presse et de la presse française coïncident, on comprend qu'il ne s'agit pas d'un "effet de mode" comme certains font croire, mais d'une volonté de censure sournoise et efficace.

    + Le site "Iconovox" propose le téléchargement gratuit du "Pire de l'année 2015" en caricatures, à savoir les meilleures caricatures de Cambon, Soulcié, Berth, Deligne... pour ne citer que quelques-uns des "poulains" de François Forcadell.

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    Dessin de Michel Cambon (pour Urtikan.net)