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jacques tardi

  • Revue de presse BD (220)

    + Le Festival d'Angoulême qui commence tout juste est une foire aux livres qui draine une foule dewebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,janvier,2017,actualité,golo,minage,festival,angoulême,argot,marsam graphics,shoah,musée,juif,éthique,histoire,hergé,gestapo,tintin,soviets,communiste,idiot international,hara-kiri,charlie-hebdo,jean-edern hallier,zarka,cruse,parti communiste,bertrand delais,nils andersen chalands grâce aux séances de dédicaces dessinées que les collectionneurs s'arrachent. Les auteurs de BD, en général habitués à une vie d'ermite, peuvent se relaxer le poignet dans l'un des nombreux troquets qui parsèment la ville ; l'un d'entre eux, "Le Café du Minage", propose une expo de planches et illustrations de Golo (pouquoi pas Goulot ?), qui dessine depuis les années 80 les bistrots et leur clientèle et décrit leurs moeurs spécifiques (expo. recommandée par l'atelier international de BD "Marsam Graphics").

    + Le Musée (mémorial) de la Shoah à Paris organise une série de colloques sur le thème de l'extermination des Juifs d'Europe au cours de la 2nde guerre mondiale, et du traitement de cet événement en BD ("Art mineur et questions majeures", le 5 février, "Varsovie en guerre ou en bande-dessinée", le 5 mars).

    Le thème de la Shoah a rarement été abordé directement en BD ; il est difficile de divertir le public à partir d'un sujet aussi dur ; Hergé parvint à amuser le jeune public tout en délivrant un message anticommuniste, ou encore antiaméricain, voire même avec la propagande coloniale belge : mais son style naïf est sans doute démodé aujourd'hui.

    De plus, la Shoah occupe une place centrale dans l'éthique contemporaine, et donc dans le "roman national" français enseigné aux collégiens et lycéens depuis les années 60-70, relayé par un certain nombre d'oeuvres cinématographiques - or c'est un cadre contraignant que celui de la morale publique pour qui veut faire oeuvre d'historien, que ce soit par le truchement de la BD ou non. On se souvient que les films de S. Spielberg et R. Benigni ont déclenché de vives polémiques en France, ceux-ci étant accusés d'irrespect.

    Comme on juge l'arbre à ses fruits, la question de l'efficacité de l'éthique de la Shoah mériterait d'être posée : - suscite-t-elle un plus grand respect des opprimés ? Ne risque-t-elle pas, comme la morale catholique autrefois, d'être rejetée par les milieux populaires ?

    + Un lecteur de Zébra m'écrit pour me signaler que le choix de la couverture du "Tintin chez les Soviets" colorisé, en vente partout actuellement, et plutôt étonnant puisqu'il montre Tintin & Milou fuyant la... Gestapo allemande (dans une automobile volée à celle-ci). C'est peut-être un clin d'oeil à Hergé, qui n'aimait pas qu'on lui rappelle son anticommunisme primitif (non pas primaire), au plus fort de la domination idéologique du parti communiste.

    + "L'Idiot international" fait partie des très rares titres de presse anticonformistes à côté de "Hara-Kiri"/"Charlie-Hebdo" au cours de la seconde moitié du XXe siècle (à l'exclusion de titres plus confidentiels).

    Un documentaire de "France 5" (par Bertrand Delais et Nils Andersen - en replay jusqu'à lundi 30) racontewebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,janvier,2017,actualité,shoah,juif,musée,éthique,histoire,hergé,gestapo,tintin,soviets,communiste,idiot international,jean-edern hallier,parti communiste,bertrand delais,nils andersen,hara-kiri,charlie-hebdo,zarka,cruse,golo,minage,festival,angoulême,argot,marsam graphics,le parisien,paris,carte,google maps,jacques tardi,boboland,dupuy,berbérian,ile-de-france comment et pour quelles raisons scabreuses quelques cadres haut placés du parti communiste français à son crépuscule (P. Zarka & J.-P. Cruse) décidèrent de financer un journal satirique dirigé par Jean-Edern Hallier (1936-1997), personnalité pratiquement incontrôlable et sans opinion politique fixe. Le PCF et le dandy breton n'avaient en commun que la détestation de François Mitterrand, qui contribua à l'agonie du PCF et l'émergence du lepénisme pour le plus grand profit du parti socialiste.

    La rencontre de Jean-Edern et de Fidel Castro, destinée à légitimer le trublion Hallier auprès des électeurs communistes, reste un grand moment de cinéma, que BHL n'est pas tout à fait parvenu à égaler.

    On mesure à travers ce documentaire l'emprise délétère des partis politiques sur la vie culturelle et intellectuelle française, même si la tentative des cadres du PCF pour redorer le blason du parti était sans doute vouée à l'échec. Grâce à Jean-Edern Hallier, plus romantique que stratège, "L'Idiot international" évita de tomber dans le militantisme et le sectarisme qui va avec.

    On peut reprocher au documentaire d'atténuer la violence de la censure du régime en place et des menaces d'élimination physique à l'encontre de Jean-Edern Hallier ; la bravoure insensée du personnage ne fait qu'accentuer sa ressemblance avec Don Quichotte.

    + Initiative touristique, "Le Parisien" publie avec "Google Maps" une carte interactive de l'Ile-de-France en BD, qui permet de situer sur une carte les lieux qui ont servi de décors à tel ou tel dessinateur. Jacques Tardi est très représenté ; en revanche on note l'absence de Dupuy et Berbérian à travers leur BD satirique "Boboland".

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  • Revue de presse BD (200)

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    + Le sociologue Jérôme Berthaut publie chez Casterman, dans une collection qui se donne pour vocation de décrypter la société, "La Banlieue du 20H", une petite BD qui raconte par qui et comment les reportages diffusés par les chaînes de télé sont fabriqués. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le propos n'est pas neuf ; la suspicion qui pèse sur la véracité des infos rapportées par les grands médias alimente largement la "théorie du complot", très en vogue chez les collégiens et lycéens. Néanmoins le propos de J. Berthaut est bien servi par le dessin d'Helkarava, qui lui procure une dimension satirique. La télé n'a pas seulement fabriqué le FN, elle a aussi creusé le fossé avec la banlieue. On voit dans la BD une jeune femme d'origine maghrébine protester contre l'image positive donnée de la banlieue dans un petit reportage, parce qu'il s'agit d'une image d'Epinal fabriquée de toutes pièces, aussi vaine que certaines images effrayantes.

    + Le philosophe Michel Onfray s'est plaint récemment du comportement de plus en plus infantile des adultes ; il en veut pour preuve l'usage de plus en plus répandu de la trottinette chez les personnes ayant atteint l'âge de raison. Cet exemple n'est guère convaincant, car l'usage déjà ancien de l'automobile n'est pas moins puéril que celui de la trottinette ; beaucoup d'automobilistes sont en effet des terroristes inconscients, qui participent au djihad de la consommation de biens inutiles.

    L'engouement actuel pour les albums de Tintin est une bien meilleure preuve d'infantilisme que la trottinette de Michel Onfray. Le Grand Palais s'apprête à célébrer Hergé comme un grand artiste, à travers une exposition de son oeuvre principale et de ses marges. Hergé se disait plus précisément le "reflet de son époque", conscient de véhiculer un certain nombre de clichés ou de préjugés, par conséquent. Il est faux d'écrire, comme on peut le lire ici ou là, que "Tintin" s'adresse aussi aux adultes, à l'instar des fables ou de la mythologie. C'est une littérature de genre qui vise un public enfantin, en dépit de son slogan publicitaire ("de 7 à 77 ans"). Par nostalgie et une sorte de plaisir régressif, certains adultes relisent les BD de leur enfance. Hergé a d'ailleurs connu des épisodes de dépression, dont on peut se demander s'ils ne venaient pas de son enfermement dans un genre de plus en plus étranger à son aspiration.

    + Une polémique ridicule oppose une partie de la presse italienne à "Charlie-Hebdo", qui a récemment publié un dessin de Félix, irrespectueux à l'égard des victimes du séisme qui a frappé la région du Latium. Reprocher à un journal satirique son manque de respect, c'est comme reprocher au pape de manquer d'humour.

    Néanmoins cette énième polémique souligne le statut ambigu de "Charlie-Hebdo" ; cette publication n'est plus, dorénavant, un journal satirique à faible tirage, menacé par la censure ; "Charlie-Hebdo" fait désormais partie du patrimoine national français ; il a été érigé en symbole de la liberté d'expression (strictement encadrée par les tribunaux), ce qui enlève beaucoup à l'impertinence de cet hebdo.

    + La Une du numéro de septembre de "Siné Mensuel", orphelin de Siné, est signée Jacques Tardi. Cet auteur, plus connu pour ses adaptations en BD des aventures du détective Nestor Burma (Léo Malet) que pour ses caricatures, a représenté dans ce dessin tous les jeunes et moins jeunes premiers de la classe politique, ainsi que les cancres ; le képi de de Gaulle figure même au premier plan. Le dessin est presque exhaustif, du coup on remarque plus l'absence de Jean-Luc Mélenchon, représentant du parti communiste ; piètre candidat, celui-ci ferait peut-être un meilleur interprète de Nestor Burma, au cinéma ou au théâtre ?

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  • Revue de presse BD (164)

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    Croquis de J. Tardi pour "Avril et le Monde truqué"

    + Jacques Tardi ("Adèle Blanc-Sec", "Nestor Burma") a supervisé un dessin-animé actuellement à l'écran, "Avril et le Monde Truqué". Il s'agit d'une uchronie, c'est-à-dire d'un genre politique qui consiste à refaire le monde du passé. Le dessin-animé est un art techniquement fascinant, et Tardi et son équipe ont choisi un scénario qui implique de nombreuses machines fantastiques qui rappellent les créations de l'auteur de BD et caricaturiste Albert Robida (1848-1926) ; celui-ci anticipa dans ses dessins les méthodes de guerre ultra-violentes du XXe siècle, ainsi que le téléphone, la pollution, le féminisme et le tourisme de masse.

    + Dans "C'était Charlie", Philippe Val, ex-rédacteur en chef de l'hebdomadaire satirique règle ses comptes avec son camp politique, accusant en particulier la "gauche radicale" de collaboration avec l'islam. "On n'a pas été chercher l'islam, c'est l'islam qui est venu nous chercher !", a déclaré P. Val dans une interview à "Europe 1" aujourd'hui. Le fait est que les pamphlets contre le Coran étaient surtout le dada de Charb, héritier d'un anticléricalisme républicain indissociable de la propagande colonialiste du siècle dernier, et ignorant du fait religieux contemporain (la culture de masse n'est pas moins religieuse que l'islam).

    Chacun se fera son opinion sur les schismes à l'intérieur de la gauche, consécutifs à l'exercice du pouvoir par ce parti pendant plusieurs décennies (l'idéalisme a fait place à un machiavélisme de plus en plus évident) ; mais on peut se demander ce qui a pu pousser une personnalité aussi étrangère à l'humour et à la satire, tel qu'est toujours apparu P. Val dans ses éditoriaux et ses chansons, à s'en mêler. "Charlie-Hebdo" était principalement redevable à P. Val de sa gestion de bon père de famille, et c'est d'ailleurs l'argument que Cabu utilisa toujours pour défendre son ami.

    + La bibliothèque numérique de la ville de Paris vient d'ouvrir et propose donc l'emprunt de livres sous la forme de fichiers numériques aux Parisiens. Certains en contestent déjà le principe, sous prétexte qu'il ne serait pas égalitaire. Mais qu'y a-t-il de moins égalitaire que la lecture ? Certains lisent pour se divertir, tandis que d'autres, au contraire, cherchent par la lecture à échapper au divertissement.

    Plus intéressante la question des méthodes d'achat de nouveaux livres par les bibliothèques, à Paris ou ailleurs. Ces méthodes sont en effet particulièrement opaques. Elles pèsent beaucoup sur la survie de certains auteurs ou éditeurs, tant les volumes sont importants. Certains choix peuvent surprendre comme l'achat de "best-sellers" par les bibliothèques, ou encore l'importante proportion d'ouvrages du XXe et XXIe siècle, en comparaison d'ouvrages plus anciens plus rares. Il semble que la conception la plus vague de la culture préside au choix des nouvelles acquisitions.

    Une association de lecteurs en Seine-Saint-Denis dénonçait récemment le contrôle exercé par les autorités politiques de ce département sur l'approvisionnement des bibliothèques. Mais le contrôle des bibliothèques représente probablement un enjeu politique moindre, en comparaison du contrôle de la presse et de la télévision.

    + Dans la mesure où elle est liée à la fiction, notamment celle destinée aux enfants, la BD est proche parente de l'architecture ; l'intérêt de certains auteurs pour cet art abstrait n'est donc pas surprenant ; en particulier lorsque cet auteur vit comme François Avril à Bruxelles, ville très variée sur le plan de l'architecture, à l'opposé de Paris qui évoque plutôt une gigantesque caserne.

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    Gratte-ciel par François Avril, exposé jusqu'au 21 novembre à Bruxelles (galerie Huberty-Breyne).

     

  • Revue de presse BD (104)

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    + Le dessin ci-dessus est signé Lucy Watts (le nouveau soutien-gorge convertible en masque à gaz). Cette dessinatrice milite au sein de la SFPHBIA (Society for putting humor back into art/Association pour la réintroduction de l'humour dans l'art) ; l'excessive religiosité de l'art moderne a déjà été diagnostiquée auparavant ; elle est liée au caractère spectaculaire, certains officiants n'hésitant pas à récupérer le vocabulaire sportif ou militaire et à parler de "performances" (sic) artistiques.

    + Après avoir refusé la légion d'honneur pour cause de pacifisme, Jacques Tardi a, de façon incohérente, accepté d'exposer des dessins sur le thème de la Grande guerre au siège du parti communiste français ; pour ce qui est de la contribution du parti communiste à la cause pacifiste, on repassera. La déstalinisation de l'Ukraine serait-est plus avancée que celle de la France ?

    Peut-être pour faire passer la pilule, Thierry Lemaire, pour le site belge "Actuabd", vante les mérites d'Oscar Niemeyer et du bâtiment qu'il a dessiné place du Colonel Fabien. Hélas, s'il y a bien des collabos, ce sont les architectes, qu'aucune sorte de régime n'a jamais rebutés.

    + La "Charente libre" titrait cette semaine : "Bande-dessinée : les auteurs en danger !", un article sur les conditions de plus en plus précaires dans lesquelles certains auteurs de BD exercent leur métier. On confond ici un problème économique et social particulier, avec la bande-dessinée et les auteurs de bande-dessinée ; cette confusion est aussi le fait du festival d'Angoulême, qui mélange tout et son contraire, desservant aussi bien les exécutants sous-payés que ceux qui font de la bande-dessinée comme si c'était un art à part entière. Cela se traduit chez ces derniers par une volonté d'indépendance et la conscience que cette indépendance a un coût, ou, pour l'exprimer de façon positive, qu'elle comporte un risque très différent des "aléas du métier".

    Quant à la rapacité des éditeurs, elle est presque légendaire. Les témoignages d'artistes ou d'écrivains sont nombreux dans ce sens, et ce depuis l'origine ou l'essor du métier d'imprimeur-libraire (cf. l'affaire de l'Encyclopédie de Diderot, où est déjà en cause un problème d'illustrateurs sous-payés et d'éditeur cupide). Les nouveaux moyens de production et de diffusion n'ont pas arrangé les choses. Il y a sur ce point matière à un livre... parfaitement impubliable.

    + A propos du film (récemment sorti en salles) "Caricaturistes, fantassins de la démocratie", à l'initiative de l'association "Cartooning for peace" (Plantu), Guillaume Doizy du site "Caricatures & caricature" écrit : "Il faut sans doute une bonne dose de naïveté pour penser qu'un dessinateur en "une" d'un grand quotidien, entreprise capitalistique comme une autre, puisse être autre chose qu'un poil à gratter consensuel, malléable à loisir (...). Ni pire ni meilleur que les autres, le dessinateur en "une" d'un grand quotidien doit sa place à la bonne volonté de la direction du journal, et in fine des actionnaires, pour qui démocratie rime d'abord avant tout avec porte-monnaie et défense de l'ordre établi. (...)"

    Malgré la justesse de certaines remarques, Guillaume Doisy fait lui-même preuve d'une bonne dose de naïveté, notamment quand il suggère que la démocratie coïncide avec la liberté d'expression, ce qui n'est nullement un fait avéré. Pratiquement chez tous ceux qui ont pensé et écrit contre le totalitarisme, on trouve un chapitre dédié à l'aspect démocratique du totalitarisme, qu'il s'agisse de Georges Orwell, Simone Weil, Georges Bernanos ou Hannah Arendt. Quant à l'utopie démocratique marxiste, elle est plus hostile à l'étatisme et à l'idée de fonction publique que la plus anti-étatique des doctrines libérales. Par conséquent elle conserve son caractère utopique.

    D'une certaine manière, l'exemple de "Charlie-Hebdo" et de la direction qu'il a prise sous l'impulsion de P. Val, puis Stéphane Charbonnier (Charb) est un exemple plus probant que l'exemple choisi par G. Doisy de la grosse presse capitaliste ("Le Monde", "Le Figaro", etc.), précisément parce que "Charlie-Hebdo" est en principe une publication indépendante des influences néfastes que G. Doisy dénonce. Or, malgré ça, "Charlie-Hebdo" s'est retrouvé à deux reprises du même côté que le ministère de l'Intérieur dans des procès ayant trait à la liberté d'expression. Pire, Charb n'hésite pas à déclarer qu'il n'y pas de problème de liberté d'expression en France, et que seules les personnes antisémites en sont convaincues (!). C'est sans doute une rhétorique dangereuse que celle qui consiste à lier la cause des Juifs et celle du capitalisme, voire la cause de la République et celle des Juifs.

    Bien qu'il s'exprime en "Une" du "Monde", on peut citer trois exemples où Plantu et son association "Cartooning for Peace" se sont distingués dernièrement en matière de liberté d'expression : - la défense de la liberté d'expression de l'humoriste Dieudonné, où Plantu s'est retrouvé très isolé (on peut aussi citer Jack Lang, cependant plus timide) ; - la publication de dessins, qui, dans le même sens que G. Doisy indiquent que le journalisme et la presse modernes ne contribuent pas nécessairement à la liberté d'expression, mais qu'ils peuvent s'avérer les agents, conscients ou non, d'une propagande ; - la dénonciation par Plantu en une du "Monde" de la censure exercée par certaines organisations syndicales, aussi tributaires que "Le Monde" ou "Le Figaro" de telle ou telle entreprise capitalistique.

    + Le dessin de la semaine est signé Cambon, qui a ouvert un blog parodique et imagine ici "Yoann Fsar", artiste polyvalent, en champion de tennis. Peut-être Cambon veut-il devenir le Braque de Joann Sfar, en passe de devenir le Picasso de la bande-dessinée du XXIe siècle ?

     

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  • Revue de presse BD (88)

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    + "Je n'ai pas lu beaucoup de "grands" philosophes, mais j'ai lu Cavanna (...) et ce qu'il a écrit a fortement marqué mon esprit et ma pensée.", ainsi Philgreff a-t-il tenu à rendre hommage sur son blog à François Cavanna, incinéré aujourd'hui au Père Lachaise (+ portrait).

    On n'est pas obligé de partager le préjugé de Cavanna en faveur des instits et des profs, qui ne font jamais que perpétuer le bourrage de crâne clérical -beaucoup prennent pour paroles d'évangile ce qu'ils apprennent à l'école-, cela dit il faut tirer un coup de chapeau à Cavanna pour avoir tenu cette gageure, avec le Pr Choron et Cabu, de fonder un journal indépendant.

    + "Siné-Hebdo", après avoir été sauvé de la faillite par une souscription de ses lecteurs est de nouveau menacé à la suite d'un cambriolage suspect intervenu quelques jours avant le bouclage.

    + Le financement du festival d'Angoulême par une firme implantée dans les territoires palestiniens occupés par Israël (Soda-Stream) a déclenché un tollé a posteriori chez certains auteurs, dont Jacques Tardi et le Malto-Américain Joe Sacco, pour qui ce genre de financement est compromettant. Mais le FIBD n'est-il pas une entreprise commerciale avant tout ?

    + Le préfet de la Charente est intervenu pour ordonner l'expulsion de l'éditeur japonais Next-Door, venu manifester au FIBD le mécontentement de certains Japonais vis-à-vis de l'exposition sur les bordels militaires nippons qui faisaient travailler des femmes coréennes ou philippines pendant la seconde guerre mondiale. A tout prendre, cette deuxième affaire est plus inquiétante : outre que les Français feraient mieux de s'en prendre à leur propre armée et à leurs propres bordels militaires, l'intervention de représentants de l'Etat pour dire ce qu'il est permis de dire ou ne pas dire, d'exposer ou ne pas exposer, laisse penser que la circulation des idées est désormais au niveau de la circulation automobile, domaine où l'arbitraire est moins gênant.

    Le directeur du festival, Frédéric Bondoux, s'est défendu en affirmant que le FIBD donne exclusivement la parole aux auteurs. En réalité, il la donne aussi à des politiciens, des publicitaires et des éditeurs. Si le président Poutine déclare que les Jeux olympiques sont une manifestation sportive avant tout, qui le prendra au sérieux ?

    + Dans une interview donnée au "Nouvel Obs", Isabelle Franquin, fille de qui on sait, estime que l'on rend peut-être trop hommage à son père, et pas assez à Raymond Macherot ou Jijé. Elle trouve en outre que l'on exagère le tempérament dépressif de son père (il est vrai que l'humour noir est rarement le fait des personnes dépressives, qui préfèrent de loin l'art masturbatoire). Isabelle Franquin tient aussi de son père que "L'admiration des autres peut paralyser la liberté de création."

    + Le dessin du jour est une parodie de manga par Tarmasz, dont le blog-bd a remporté le concours de blog-bd du 41e festival d'Angoulême. La jeune femme pratique aussi l'art du tatouage, qui est comme la BD un art cellulaire.

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  • Revue de presse BD (49)

    Spécial mythes et cultures

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    + Pionnier du "Hollande bashing" (j'avais commencé avant même qu'il ne soit élu par les quelques Français qui votent encore, sous l'influence de la pub ou des réseaux sociaux), je publie cette semaine une anthologie chez 8p.cx, plateforme d'édition de mini-comics gratuits inventée par des Belges. Les Français se sont tellement moqué des Belges et de leur goût invétéré pour le commerce, que lorsque ceux-ci font quelque chose de gratuit, il nous faut les soutenir.

    Le western ci-dessus par DVD-DVD est aussi publié chez 8 pages comics.

    + Chaque fois dans l'histoire que la culture de l'élite est remise en cause et les explications ou non-explications du monde qu'elle fournit semblent sonner creux aux oreilles des citoyens, la mythologie revient au premier plan, et non seulement sous la révolution française. En particulier les mythologies juive et grecque, selon lesquelles l'intellectualisme ne fait que traduire une forme de déterminisme artistique et la mort de l'imagination. Suite au petit quiz élitiste de cette semaine dans le blog Zébra, je signale ce recensement exhaustif des ouvrages de BD inspirés par le monde antique, effectué par l'Université de Grenoble.

    + Les schtroumpfs sont-ils misogynes ? On est habitué à ce que les universitaires racontent à peu près n'importe quoi sur la bande-dessinée, comme sur l'art en général, dans un langage sophistiqué destiné à ébaubir le chaland. Est-ce le cas du "Petit livre bleu" d'Antoine Bueno, chargé de mission au Sénat et de cours à Sciences-po ? Je n'ai pas (encore) lu cet essai, mais il est possible qu'il contienne un fond de vérité, contrairement à beaucoup d'ouvrages d'experts consacrés à la BD.

    Mais, au préalable, il faut se demander pourquoi la franc-maçonnerie est misogyne, c'est-à-dire qu'elle refusa strictement le droit aux femmes de participer à ses conclaves, avant de céder quelque peu à la mode ; puisque même un non-initié peut reconnaître dans les schtroumpfs certaines références maçonniques (bonnet phrygien, sang bleu, maisons-champignons (!). On peut reconnaître aussi facilement de telles références que dans le "Livre de Jungle" de Rudyard Kipling, destiné à l'initiation des petits garçons. Il faut aussi saisir la fonction érotique ou sexuelle de cette misogynie inspirée du paganisme antique, qui était une culture de vie, ou un culte de la fertilité. Il s'agit ici d'une misogynie qui n'a rien à voir avec la misogynie juive, puisqu'elle est "sociale" (tandis que la misogynie des mythes juifs attribuée à Moïse est "antisociale").

    + Choc des cultures : je constate que les auteurs de comics yankees ont non seulement un "Hall of Fame", c'est-à-dire une sorte de "nirvana" pour auteurs de BD, mais en plus un processus de nomination pour y accéder, presque aussi alambiqué que le "Livre des morts". C'est pas très malin comme religion : on voit trop bien qui tire les ficelles. Parfois, le jury va jusqu'à accorder la faveur à un étranger de pouvoir y postuler. Cette année à Jacques Tardi, peut-être parce qu'il a refusé la légion d'honneur française ? C'est dingue ce que ce peuple peut accorder d'importance à l'au-delà ! on dirait qu'il ne vit que pour ça...

    + Avec plus ou moins de bonheur, "L'Association", petite maison d'édition de BD, s'inspire d'un symbolisme satanique à la mode au XIXe siècle pour sigler ses bouquins. Avec plus ou moins de bonheur, c'est-à-dire que c'est plus ou moins réussi ; ci-dessous, la carte postale-galerie de portraits des pères fondateurs de "L'Association" est hautement suggestive.

    A part ça, j'attends impatiemment de dénicher le "Satan trismégiste" de Pacôme Thiellement et Killoffer pour pouvoir en faire la critique. Cela dit il y a peu de chance que ce bouquin me convainque que le meilleur allié du diable n'est pas l'évêque de Rome, étant donné que je suis un grand fan des BD de Lucas Cranac'h et d'Albrecht Dürer.

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  • Ouvrier***

    (Mémoires sous l’Occupation, vol. 1)

    Je reprochais récemment au dernier album de Tardi d’après son père, cet antihéros, le mélange deswebzine,bd,gratuit,zébra,fanzine,bande-dessinée,critique,kritik,ouvrier,occupation,bruno loth,jacques tardi,collaboration,louis-ferdinand céline,front populaire,guerre,résistance,bordeaux genres («Moi, René Tardi»). Il n’est pas interdit, comme Louis-Ferdinand Céline, de mêler le drame personnel à la peinture d’histoire, bien au contraire. Mais le drame, Céline l’a vécu, et le péché atroce qu’il a commis, de partir à la guerre la fleur au fusil, et tout ce qui s'ensuit à quoi la légalité n'enlève rien, il s’en accuse d’abord au premier chef ; ça permet à ses meilleurs romans de ne pas verser dans la morale édifiante, voire d’atteindre l’humour humble du cocu qui sait qu’il est cocu et s’en moque autant que possible (Les soldats sont des cocus qui reviennent avec des blessures plus profondes que les blessures d’amour).

    Le drame de Tardi Jr est seulement d’avoir eu un père, ancien prisonnier de guerre aigri et radoteur, s’accusant d’un péché bien différent: celui d’avoir connu la défaite.

    Céline est d’ailleurs un auteur pleinement populaire, et non populiste. Il n’accuse pas seulement les élites «judéo-maçonniques» et cléricales du péché de la Grande Guerre, mais aussi les prolos et les paysans, les employés de son rang, de se laisser conduire systématiquement au néant par le joueur de flûte –de préférer le bar-PMU à l’histoire.

    De populisme on ne trouve pas trace non plus, ou presque pas, dans la BD-témoignage de Bruno Loth d’après son père, et donc pas le «pathos» psychologique sur la relation père-fils. «Mon père avait entre 20 et 25 ans, c’est un témoin direct, et ses souvenirs d’homme ordinaire m’apparaissent aujourd’hui comme une véritable aventure.» C’est assez malin, plutôt que de s’inventer un drame, de tirer de celui, réel, vécu par son père, matière au récit. Mais l’auteur exagère un peu, car ce n’est pas exactement ici un récit d’aventure.

    Jacques Loth, illustré par son fils, nous narre les conditions de la collaboration forcée des ouvriers des chantiers navals de Bordeaux, ô combien stratégiques en temps de guerre. La résistance? Bien peu s’y risquent. Jeunes, sans famille, jugés inconséquents par leurs parents le plus souvent. Travail et nécessité de gagner sa croûte, bien que l’Allemagne porte ces valeurs au pinacle, font loi bien au-delà des frontières de ce pays, et notamment parmi les ouvriers qui, pour ainsi dire, n’en connaissent pas d’autres. La résistance est un luxe. On s’étonne de l’ampleur des représailles, après qu'un officier allemand a été abattu. Lorsqu’un de ses potes est fusillé, Jacques est stupéfait, lui qui est si doux, au point que sa fiancée le largue en cinq sec, si gentil qu’il ne ferait pas de mal à un Allemand. Tout l’intérêt de ce témoignage réside dans la douceur du personnage, selon moi, qui promène un regard étonné parmi ses contemporains plus vifs, occupés dans tous les sens du terme, et rend donc un témoignage moins militant ou moins passionné de cet épisode d’Occupation.

    Le défaut est, a contrario, d’une vision un peu idyllique du monde ouvrier, lisant des bandes-dessinées et partant jouer aux trappeurs l’été au bord de l’eau (au cours du Front populaire), tels des boy-scouts. Pour un peu on pourrait penser que, «si tous les ouvriers du monde se donnaient la main, ce serait la fête à l’humanité, etc., etc .»… suggestion qui aurait certainement fait ricaner Céline, comme les images d’Epinal stalinienne. On sent peu la dureté de la mécanique, imprimée le plus souvent sur l'ouvrier.

    De même on peut supposer que le jeune homme Céline, plutôt agité, s’il avait connu l’Occupation et non joué les héros en 14-18 précédemment, se serait lancé dans quelque coup de résistance saignant, contrairement au héros de la BD. Pourquoi ? Eh bien pour connaître l’aventure, pardi, celle que le destin dicte d’en-haut aux hommes, et contre laquelle ceux qui préfèrent cultiver leur jardin ou astiquer leur moto ne peuvent rien.

    Ouvrier, par Bruno Loth, éd. La Boîte à Bulles, 2012.

    (par Zombi - leloublan@gmx.fr)