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  • Revue de presse BD (267)

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    "The Suffragette", organe de la WSPU (women social & political union) de Christabel Pankhurst illustre la variété des idéologies à l'arrière-plan du combat féministe.

    + Le féminisme est un vieil argument de promotion de l'idéologie libérale. L'économiste J. Schumpeter met ainsi au crédit du capitalisme et de l'industrialisation l'évolution du statut de la femme en Occident dans son fameux essai "Capitalisme, socialisme et démocratie" (1942) rédigé afin de faire pièce à l'idéologie socialiste-révolutionnaire en faisant valoir les mérites de l'organisation sociale capitaliste.

    Le parti "whig" (libéral) anglais alla même plus loin puisque ses dirigeants reprochèrent aux suffragettes, actives pionnières de la cause féminine au début du XXe siècle, de freiner des lois favorables à l'émancipation des femmes en heurtant l'opinion publique par des manifestations illégales et violentes.

    Rien d'étonnant, donc, à ce que le président Macron et la "suffragette" de service Marlène Schiappa brandissent l'étendard de la cause féministe et fassent de l'amélioration de la cause des femmes une "priorité gouvernementale". Plus surprenante en revanche la mise en place d'un collectif de plus de 250 caricaturistes, afin de plaider en faveur des "droits des femmes" à travers une exposition itinérante (association "Le Crayon"). Où est le mobile satirique d'une telle opération ?

    Prendre l'affaire H. Weinstein pour l'événement déclencheur d'une "prise de conscience" relève d'une hypocrisie typiquement américaine puisque les moeurs dans le milieu du cinéma hollywoodien, où les actrices ont toujours plus ou moins été traitées comme des prostituées -ces moeurs sont connues du grand public depuis des lustres par des témoignages écrits.

    Sous une forme qui n'est pas ou peu démarquée de la propagande libérale, la revendication féministe en termes de "droits" présente deux inconvénients majeurs : - d'abord elle contribue à blanchir un modèle social libéral hypocrite (où la femme fait office de panneau publicitaire) ; ce n'est pas tant le sort des fillettes africaines vendues aux touristes occidentaux, ni des centaines de milliers de prostituées en provenance des pays de l'Est, "importées" par les Etats-Unis, qui préoccupe les élites libérales, que le vernis humaniste que celles-ci peuvent ainsi appliquer à leur politique.

    En outre le féminisme est ici entièrement assimilé à la revendication jalouse de "droits égaux à ceux des hommes" - formule abstraite et dépourvue de sens juridique positif. De cette façon le féminisme n'est plus qu'une manière parmi d'autres de vanter l'esprit de compétition nécessaire pour dissuader les citoyens d'une "grande démocratie libérale" de penser à autre chose qu'à la récompense qui les attend pour le fruit de leur travail.

    Le combat des suffragettes pour l'obtention du droit de vote au Royaume-Uni a donné lieu à de nombreuses caricatures hostiles ou favorables à ce mouvement. Ci-dessous : "la suffragette qui faisait du jiu-jitsu" fait référence à la garde rapprochée d'une trentaine de femmes emmenée par Edith Garrud, chargée de veiller à la sécurité de la suffragette Emmeline Pankhurst. Cette petite milice n'avait pas froid au yeux puisqu'elle n'hésitait pas à affronter la police et se livra aussi à quelques actions terroristes.

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    + La restitution promise par E. Macron de plusieurs milliers d'objets d'art et de culte au Bénin, fruits du pillage colonial, n'est-elle pas encore un leurre - une manière de détourner l'attention de la "Françafrique" ? Cette promesse fait suite à la réclamation du président béninois Patrice Talon, qui souhaite développer le tourisme dans son pays.

    Faut-il tenir l'histoire de la décolonisation, telle qu'elle est enseignée à l'école, pour une "fake news" ? Rares sont les journaux qui osent aborder le sujet de la connivence entre les élites françaises et africaines, par-delà les grandes déclarations sur le "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes".

    Le journal satirique "Fakir" (février-mars 2018) a récemment osé briser l'omerta, mettant même le sujet à la Une et déployant dans Paris sur de grandes affiches publicitaires un dessin parodique signé Lardon.

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    Dessin de "Une" par Lardon d'après Hergé.

    + "Zélium", journal satirique fondé en 2011 par une équipe d'humoristes et de caricaturistes bénévoles parmi les meilleurs (Gab, Decressac, Rousso, Cambon...) lance une souscription afin de financer l'impression et la distribution de son n°10.

    LB signe la Une de ce numéro sur le thème du travail. Tout les kiosquiers ne distribuent pas "Zélium" - souscrire est le meilleur moyen de se procurer ce numéro.

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  • Revue de presse BD (213)

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    Dessin d'Ulys

    + Pire que la mort s'avèrent parfois les hommages publics que celle-ci vous vaut ; on a pu le voir récemment avec les caricaturistes de "Charlie-Hebdo", dont plusieurs chefs d'états terroristes tinrent à honorer la mémoire.

    Moins violente, la mort de Marcel Gotlib, humoriste et ex-patron de "Fluide-Glacial", n'a pas provoqué le même maëlstrom médiatique. Sobrement, sur le site du quotidien le moins satirique de France, Yves Frémion donne l'extrême-onction à son confrère, en essayant de résumer sa contribution à la "culture française" (expression tout de même un peu pompier). Y. Frémion tente de définir les trois sortes d'humour que Gotlib pratiquait ensemble : - l'humour juif (autodérision), l'humour british (basé sur le sang-froid), et l'humour français (calembour) ; rapprocher l'humour français du calembour, c'est faire fi du mot de Victor Hugo : - Le calembour est la fiente de l'esprit.

    - "Parodiste", le mot est lâché par Eric Aeschimann pour qualifier Gotlib en préambule d'un entretien fleuve sur "France-Culture" (2011, "A voie nue"). L'humoriste y retrace son itinéraire, son parcours professionnel, dit  son admiration pour Hogarth, sa formation aux "Arts appliqués" par Pichard, ses oeuvres méconnues (l'adaptation du "Général Dourakine"), son indifférence vis-à-vis des questions politiques...

    - Un site internet regroupe quelques hommages dessinés rendus à Gotlib.

    + Leur implication dans la vie politique française a indirectement coûté la vie à ses confrères ; on comprend donc que Luz (ex-"Charlie-Hebdo") se montre circonspect vis-à-vis du principe de l'engagement de l'artiste, affirmant dans une interview récente (6 décembre) : "Pour moi, le véritable engagement de l'écrivain est de vous gifler pour vous réveiller. Pas de vous tenir la main." En pratique, les régimes totalitaires soviétique, nazi ou démocrate-chrétien, exigent des artistes, sous prétexte d'engagement, qu'ils se transforment en agents de propagande.

    Comme Luz vient d'illustrer un ouvrage d'Albert Cohen ("Ô, vous, frères humains"), on l'interroge sur ses écrivains préférés. Lisant peu, Luz, préfère botter en touche et évoquer le goût de feu Charb pour Balzac : "Charb était un dévoreur monomaniaque du romancier de Tours, dont je suis originaire." Luz se montre virulent à l'égard de la Bible, qu'il qualifie de "conte pour enfants, que les adultes prennent au sérieux" (décrivant ainsi le principe de la mythologie en général). S'agissant de dessin et de caricature, Luz se montre plus disert, vantant Daumier et surtout Dubout.

    + On a une meilleure idée de la ligne politique et de l'engagement de "Charlie-Hebdo" aujourd'hui à travers les chroniques des journalistes. Ainsi dans l'avant-dernier numéro, Iegor Gran trouve du "panache" (sic) dans la décision du président de la République de renoncer à sa candidature ; un autre plumitif (Guillaume Erner) prend la défense de la corporation des journalistes : "(...) De par leur salaire, ils appartiennent pour la plupart à la petite classe moyenne. Comme elle, ils subissent dégraissages, mutations technologiques et autres changements d'actionnaires. La presse est devenue aussi peu rentable que la sidérurgie, elle est donc soumise au même destin." Après avoir nié que les journalistes ont été "coproducteurs" de l'élection de D. Trump, il avoue néanmoins que les journaux sont "renfloués par des oligarques".

    + A propos de presse non subventionnée, le journal satirique "Zélium" (LB, Gab, Cambon, etc.) a besoin de nouveaux subsides pour continuer de paraître en 2017, cela bien que les contributions de ses caricaturistes soient bénévoles ; très coûteuse et strictement encadrée, la distribution de la presse est un moyen de censure indirect des publications anarchistes ; le prosélytisme politique, coûteux en papier et en fonds publics plus ou moins déclarés, quant à lui ne connaît pas la crise.

    + Contributeur de "Zélium", le caricaturiste Rousso a ouvert un blog qui permet de voir et revoir ses dessins truculents.

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    + Une énième série de conférences sur la caricature et le dessin de presse se tiendra le 14 décembre prochain à la BNF ; on est en droit de s'interroger sur le sérieux de telles allocutions ; beaucoup n'ont fait jusqu'ici qu'entretenir la légende dorée d'une République française protectrice des droits de l'homme et de la liberté d'expression. L'histoire est mise de côté au profit de la démonstration. Sur les causes du déclin de la presse satirique, ces conférenciers demeurent d'ailleurs muet, évoquant tout au plus pudiquement "l'affermissement de la République" pour expliquer le recul de la satire de presse (D. Moncond'huy, in : "Petite histoire de la caricature de presse en 40 images".)

    Exposition prochainement (15-31 déc.) à la galerie Claire Corcia (Paris, 3e arr.) des oeuvres de Burlingue, dessinateur et peintre satirique, en compagnie d'autres artistes.

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  • Revue de presse BD (198)

    Après une pause estivale, la revue de presse BD hebdo reprend !

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     + Au début de l'été, on a appris la mort de Didier Savard (4 juillet) ; à l'arrêt depuis plus de dix ans pour cause de maladie grave, cet auteur de BD s'était fait connaître avec les aventures d'un détective, Dick Hérisson, (commandées par Mandryka). D. Savard publia aussi une biographie satirique du dictateur Pinochet et une parodie de Tintin (autorisée par les très scrupuleux et procéduriers ayants-droits de Hergé).

    + La chaîne de télé "Arte" propose un documentaire d'une heure sur Hugo Pratt par Thierry Thomas (visionnable en "replay" jusqu'au 1er sept.). Rejeton d'un cadre éminent du parti fasciste italien, Ugo Prat fut néanmoins embauché par le journal "Pif", organe de presse pourvoyeur de fonds du parti communiste. Cette origine familiale sulfureuse incita Hugo Pratt à se dissimuler derrière un tas d'affabulations qui ont contribué à sa renommée et au caractère énigmatique de son héros le plus fameux, Corto Maltese.

    H. Pratt avait un point de vue original sur l'aventure, étant lui-même une sorte d'aventurier et de globe-trotter, ce qui est assez rare parmi les auteurs de romans d'aventure (les auteurs de BD ont le plus souvent une vie quasi-monacale). Les adolescents, lecteurs des romans de Pratt, devinent que Corto Maltese n'est pas un héros de carton-pâte comme Tintin ou Spirou.

    H. Pratt se définissait comme "un dessinateur expressionniste" ; il s'inspira beaucoup de l'Américain Milton Caniff pour le dessin ; mais si les scénarios de Caniff ("Terry et les Pirates") sont assez grossiers, au niveau de la propagande patriotique américaine, en revanche Pratt a réussi à instiller un peu de poésie dans ses BD.

    H. Pratt savait peindre en noir et blanc, il est regrettable que l'éditeur ait pris l'initiative de colorier les planches des albums de Pratt ; ou peut-être est-ce parce que Pratt, grand séducteur, avait fini par embaucher une coloriste ?

    + La gazette d'information du 18e arr. de Paris, publie dans son numéro de cet été un long article sur "L'Elysée Montmartre", à l'occasion de la réouverture de cette salle de spectacle légendaire, inaugurée en 1807 et incendiée en 2011.

    "L'Elysée Montmartre", moins célèbre que le "Moulin Rouge", a pourtant vu l'art moderne éclore. Le "French cancan" fut inventé dans cette antre, et surtout été peint par Toulouse-Lautrec et Jean Renoir ("French cancan"). A la fin du XIXe siècle, "L'Elysée Montmartre" fut un des premiers cours privés de dessin d'après le modèle vivant mixte, les jeunes femmes ne pouvant s'inscrire à l'Ecole des Beaux-Arts. Les étudiants des Beaux-Arts louèrent aussi la salle pour leur premier bal des Quat'z'Arts.

    La salle est aussi mentionnée par Zola, et Maupassant y situa une de ses nouvelles ("Le Masque").

    L'article, exhaustif, nous apprend aussi que "L'Elysée Montmartre", au cours de ces deux siècles d'existence, servit à peu près à tous les usages : non seulement une salle de bal et de concert, mais aussi une infirmerie pendant le siège de Paris par les Prussiens, ou encore une salle de meeting politique antimilitariste : "Il est piquant de constater qu'en tous pays la religion patriotique est introduite dans les cerveaux et dans les nerfs par les mêmes procédés que les religions proprement dites. L'un comme l'autre prend l'enfant dès le jeune âge, avant que son esprit critique n'ait commencé à se former ; les chansons patriotiques remplacent les cantiques." (Gustave Hervé)... mais aussi une salle de gala de boxe et de catch avant et après la seconde guerre mondiale.

    + Le caricaturiste Cambon ("La Lettre du Cadre", "Urtikan"), se souvenant sans doute que les jeux olympiques sont aussi destinés à servir d'entraînement aux soldats (la plupart des athlètes brésiliens sont militaires), a dessiné pour Urtikan une série de dessins cocasses sur le thème du Djihad et des JO, imaginant des épreuves spéciales pour les soldats de l'Etat islamique (14 dessins).

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  • Zélium n°8

    "Sport, bizness et jeux de dope"webzine,bd,zébra,bande-dessinée,critique,kritik,zélium,sport,dopage,rousso,decressac,lb,gab,lerouge,cambon

    Avec ce numéro consacré à l'abrutissement par le sport, et qui tombe donc à pic, "Zélium" semble avoir trouvé son rythme, et surtout son format de croisière. Pour ma part j'ai fini par m'habituer au titre, et le logotype hideux du départ, représentant un zeppelin (?) a heureusement fait place nette.

    La meilleure chance de "Zélium" de durer, outre les améliorations apportées, c'est la belle brochette d'excellents dessinateurs à son service -une vingtaine-, dont Rousso (couverture), Decressac, Cambon, Berth, Sergio, Lerouge, Gab, mes préférés.

    "Zélium" a été en outre bien avisé de recruter notre collaborateur LB, et de publier plusieurs de ses dessins (inédits dans "Zébra" pour la plupart).

    Les dessinateurs de "Zélium" sont bénévoles, et ce bénévolat est à double tranchant ; l'argent est un frein considérable à la liberté d'expression, si important qu'on ne peut s'empêcher de sourire en entendant invoquer cette liberté dans les pays occidentaux excessivement riches ; le sport-spectacle, avatar des jeux du cirque, parfaitement contradictoire avec les idéaux des Lumières, reflète lui-même le règne de l'argent.

    C'est aussi en se professionnalisant que "Charlie-Hebdo" a perdu son âme et ses lecteurs petit à petit, s'est normalisé, non seulement parce que Philippe Val se croyait "éthiquement pur". Cependant les dessinateurs doivent tirer un minimum de revenus de leur travail pour pouvoir continuer à dessiner, et c'est ce qui pousse le rédacteur en chef à chercher la meilleure formule éditoriale. On s'en rapproche avec ce numéro spécialisé dans la satire du sport, au stade où celui-ci est devenu exemplaire du développement hasardeux de la société.

    Je suis plus réservé en ce qui concerne les chroniques et les chroniqueurs. L'hommage à Siné, dont beaucoup de dessinateurs de Zélium se réclament, ne pouvait être que minimaliste, bien que ce ne soit pas pour les mêmes raisons que "Charlie-Hebdo". Quant aux papiers humoristiques, ils souffrent de la comparaison avec les dessins satiriques. On ne peut qu'être d'accord avec Etienne Liebig lorsqu'il souligne l'aberration et l'hypocrisie de la part des pouvoirs publics qui consiste à prôner le sport comme un exemple pour les gosses : mais on appréciera davantage un dessin humoristique qui résume efficacement cette hypocrisie.

    Sous la forme d'un QCM (pp. 22-24), la chronique des aberrations du sport moderne est plus "digeste" et amusante. Les bons auteurs humoristiques se font rares ; nombreux sont les comiques de cabaret qui "tournent" pendant vingt ans avec le même sketch. L'école républicaine forme plus les élèves au calcul mental qu'à la gaudriole.

    Zélium n°8, spécial été 2016, www.zelium.info, 5 euros.

  • Editorial Cartoon

    Zébra propose un choix des meilleurs dessins de la semaine (Editorial cartoons) tirés de la presse internationale ; pour le meilleur et le pire, le genre connaît un regain grâce à internet, qui permet aux non-professionnels de s'exprimer et aux professionnels de publier des dessins qui n'ont pas été retenus par leur rédaction, pour les meilleures ou les pires raisons.

    A propos de la parade militaire pour commémorer le débarquement des troupes alliées en Normandie, un dessin grinçant mais efficace de Jim Morin dans le "Miami Herald" de cette semaine :

    - Ils se sont battus pour que nous puissions vivre dans un monde meilleur.

    - Et qu'est-ce qu'il s'est passé ?

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    Les Talibans ont échangé le marine américain prisonnier de guerre Bergdahl contre quelques-uns des leurs, avant que celui-ci ne tombe cette fois entre les mains de... "Fox-News" (chaîne américaine d'info en continu au service du parti républicain). Dessin de Pat Bagley pour Cagle.com.

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  • Revue de presse BD (104)

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    + Le dessin ci-dessus est signé Lucy Watts (le nouveau soutien-gorge convertible en masque à gaz). Cette dessinatrice milite au sein de la SFPHBIA (Society for putting humor back into art/Association pour la réintroduction de l'humour dans l'art) ; l'excessive religiosité de l'art moderne a déjà été diagnostiquée auparavant ; elle est liée au caractère spectaculaire, certains officiants n'hésitant pas à récupérer le vocabulaire sportif ou militaire et à parler de "performances" (sic) artistiques.

    + Après avoir refusé la légion d'honneur pour cause de pacifisme, Jacques Tardi a, de façon incohérente, accepté d'exposer des dessins sur le thème de la Grande guerre au siège du parti communiste français ; pour ce qui est de la contribution du parti communiste à la cause pacifiste, on repassera. La déstalinisation de l'Ukraine serait-est plus avancée que celle de la France ?

    Peut-être pour faire passer la pilule, Thierry Lemaire, pour le site belge "Actuabd", vante les mérites d'Oscar Niemeyer et du bâtiment qu'il a dessiné place du Colonel Fabien. Hélas, s'il y a bien des collabos, ce sont les architectes, qu'aucune sorte de régime n'a jamais rebutés.

    + La "Charente libre" titrait cette semaine : "Bande-dessinée : les auteurs en danger !", un article sur les conditions de plus en plus précaires dans lesquelles certains auteurs de BD exercent leur métier. On confond ici un problème économique et social particulier, avec la bande-dessinée et les auteurs de bande-dessinée ; cette confusion est aussi le fait du festival d'Angoulême, qui mélange tout et son contraire, desservant aussi bien les exécutants sous-payés que ceux qui font de la bande-dessinée comme si c'était un art à part entière. Cela se traduit chez ces derniers par une volonté d'indépendance et la conscience que cette indépendance a un coût, ou, pour l'exprimer de façon positive, qu'elle comporte un risque très différent des "aléas du métier".

    Quant à la rapacité des éditeurs, elle est presque légendaire. Les témoignages d'artistes ou d'écrivains sont nombreux dans ce sens, et ce depuis l'origine ou l'essor du métier d'imprimeur-libraire (cf. l'affaire de l'Encyclopédie de Diderot, où est déjà en cause un problème d'illustrateurs sous-payés et d'éditeur cupide). Les nouveaux moyens de production et de diffusion n'ont pas arrangé les choses. Il y a sur ce point matière à un livre... parfaitement impubliable.

    + A propos du film (récemment sorti en salles) "Caricaturistes, fantassins de la démocratie", à l'initiative de l'association "Cartooning for peace" (Plantu), Guillaume Doizy du site "Caricatures & caricature" écrit : "Il faut sans doute une bonne dose de naïveté pour penser qu'un dessinateur en "une" d'un grand quotidien, entreprise capitalistique comme une autre, puisse être autre chose qu'un poil à gratter consensuel, malléable à loisir (...). Ni pire ni meilleur que les autres, le dessinateur en "une" d'un grand quotidien doit sa place à la bonne volonté de la direction du journal, et in fine des actionnaires, pour qui démocratie rime d'abord avant tout avec porte-monnaie et défense de l'ordre établi. (...)"

    Malgré la justesse de certaines remarques, Guillaume Doisy fait lui-même preuve d'une bonne dose de naïveté, notamment quand il suggère que la démocratie coïncide avec la liberté d'expression, ce qui n'est nullement un fait avéré. Pratiquement chez tous ceux qui ont pensé et écrit contre le totalitarisme, on trouve un chapitre dédié à l'aspect démocratique du totalitarisme, qu'il s'agisse de Georges Orwell, Simone Weil, Georges Bernanos ou Hannah Arendt. Quant à l'utopie démocratique marxiste, elle est plus hostile à l'étatisme et à l'idée de fonction publique que la plus anti-étatique des doctrines libérales. Par conséquent elle conserve son caractère utopique.

    D'une certaine manière, l'exemple de "Charlie-Hebdo" et de la direction qu'il a prise sous l'impulsion de P. Val, puis Stéphane Charbonnier (Charb) est un exemple plus probant que l'exemple choisi par G. Doisy de la grosse presse capitaliste ("Le Monde", "Le Figaro", etc.), précisément parce que "Charlie-Hebdo" est en principe une publication indépendante des influences néfastes que G. Doisy dénonce. Or, malgré ça, "Charlie-Hebdo" s'est retrouvé à deux reprises du même côté que le ministère de l'Intérieur dans des procès ayant trait à la liberté d'expression. Pire, Charb n'hésite pas à déclarer qu'il n'y pas de problème de liberté d'expression en France, et que seules les personnes antisémites en sont convaincues (!). C'est sans doute une rhétorique dangereuse que celle qui consiste à lier la cause des Juifs et celle du capitalisme, voire la cause de la République et celle des Juifs.

    Bien qu'il s'exprime en "Une" du "Monde", on peut citer trois exemples où Plantu et son association "Cartooning for Peace" se sont distingués dernièrement en matière de liberté d'expression : - la défense de la liberté d'expression de l'humoriste Dieudonné, où Plantu s'est retrouvé très isolé (on peut aussi citer Jack Lang, cependant plus timide) ; - la publication de dessins, qui, dans le même sens que G. Doisy indiquent que le journalisme et la presse modernes ne contribuent pas nécessairement à la liberté d'expression, mais qu'ils peuvent s'avérer les agents, conscients ou non, d'une propagande ; - la dénonciation par Plantu en une du "Monde" de la censure exercée par certaines organisations syndicales, aussi tributaires que "Le Monde" ou "Le Figaro" de telle ou telle entreprise capitalistique.

    + Le dessin de la semaine est signé Cambon, qui a ouvert un blog parodique et imagine ici "Yoann Fsar", artiste polyvalent, en champion de tennis. Peut-être Cambon veut-il devenir le Braque de Joann Sfar, en passe de devenir le Picasso de la bande-dessinée du XXIe siècle ?

     

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