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hara-kiri

  • L'Enragé de Siné****

    N'étant pas né en 1968, je porte sur ce mouvement de contestation un regard détaché... ou presque ; en effet,webzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,kritik,enragé,siné,caricature,cardon,cgt,pcf,police,hoebeke,hara-kiri un certain nombre d'acteurs de "Mai 68" ont joué un rôle politique ou médiatique de premier plan au cours des dernières décennies. Le parti socialiste (de François Mitterrand) est en grande partie le produit de "Mai 68".

    Les éditions Hoëbeke ont eu la bonne idée de publier et de vendre à un prix raisonnable le fac-similé des douze numéros que compta "L'Enragé", fanzine soixante-huitard dirigé par Siné et une petite équipe de caricaturistes contre le pouvoir gaulliste.

    On aborde "Mai 68" en feuilletant "L'Enragé", sous un angle différent de la politique politicienne auquel on est habitué ; un angle beaucoup plus frais ou jeune, car les affiches et les slogans électoraux jaunissent vite et se ramassent à la pelle.

    La politique, Siné et son équipe de dessinateurs la rêvent ; de façon significative, l'idéal est cubain, c'est-à-dire vague et exotique. "L'Enragé" vomit non seulement le gaulllisme, mais aussi le communisme et le syndicalisme d'apothicaires tels qu'ils se pratiquent en France depuis la Libération.

    Siné, Cabu, Willem et quelques autres sont certes plus doués pour démolir et pourfendre -la police, l'armée, de Gaulle- que pour proposer quelque chose de concret à la place. "L'Enragé" est un concentré de jouissance virile, beaucoup moins cynique que "Hara-Kiri" n'était.

    "L'Enragé" était sans doute condamné dès le début à mourir, comme les taulards qui, une fois évadés, préfèrent crever pour ne pas retourner en prison. Le titre du fanzine le laisse présager, tout comme les appels du chef Siné à écouler 35.000 exemplaires (!) pour pouvoir survivre à la censure larvée du diffuseur unique de la presse française (que le Pr Choron aura été le seul à vaincre dans la 2nde moitié du XXe siècle en créant de toutes pièces un réseau parallèle).

    Notons encore la prise de bec entre le dessinateur Cardon et Siné. Le premier refuse d'être associé aux flèches de "L'Enragé" contre la CGT et le PCF. Le second n'en a cure et enfonce le clou. Anecdote pas si anecdotique, car elle révèle combien les soixante-huitards sincères étaient isolés, cernés non seulement par la police mais aussi par les calculs politiciens. "L'Enragé" appelait à la révolte dans un contexte où elle était devenue impossible en France, et la lutte des classes déjà réduite à une parodie de lutte des classes.

    On pourrait discuter ici les mérites comparés du pamphlet ("L'Enragé") et de la satire ("Hara-Kiri"). Une chose est sûre, de ce point de vue : les élites modernes redoutent beaucoup plus la satire qu'elles ne craignent la violence. Un bon caricaturiste est -en 2018- un caricaturiste mort et empaillé, transformé en martyr de la "liberté d'expression", dont on enseigne le culte à l'école.

    "L'Enragé" - fac-similé des 12 numéros, éd. Hoëbecke, 2018.

  • Revue de presse BD (270)

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    + Jeudi dernier (22 mars) le trophée "Presse-citron" 2018 du dessin de presse a été remis à une dessinatrice, Louisa Cao, au cours d'une soirée organisée à la BNF par les étudiants de l'école Estienne. Il s'agit d'un trophée original puisque décerné à un dessinateur débutant par un jury de dessinateurs expérimentés.

    On remarque que le lauréat (ci-dessus), qui fait référence au récent décès du mathématicien britannique Stephen Hawking, est entièrement dépourvu d'intention satirique ; dommage, car c'est justement le dessin satirique qui est censuré par les rédacteurs en chef et les patrons de presse, qui publient de moins en moins de dessins ou des dessins de plus en plus insipides.

    Dernièrement les caricatures se sont multipliées dans la presse française contre les industriels de l'armement nord-américains ; la presse française ne fait pas preuve de la même liberté d'expression vis-à-vis de l'industrie automobile française et ses milliers de victimes "collatérales" (l'industrie auto contribue largement à financer la presse française).

    + En mettant à la disposition du public des collections de journaux anciens, lewebzine,bd,fanzine,zébra,gratuit,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,mars,2018,caricature,louisa cao,presse-citron,école estienne,bnf,stephen hawking,gallica,jules depaquit,rire,hara-kiri,cabu site "Gallica" (qui fête ses 20 ans) permet de mesurer la place encore modeste occupée par les encarts publicitaires à la fin du XXe siècle.

    Le style et l'humour des dessins a quelque peu évolué depuis "Le Rire" (fondé en 1894), notamment sous l'influence de "Hara-Kiri" et Reiser (le style de Cabu est moins original) ; cependant on peut voir des dessins précurseurs de la manière actuelle, comme cette chronique illustrée du caricaturiste montmartrois Jules Depaquit (1869-1924).

    + La rédaction de "Charlie-Hebdo" n'aime pas se faire taxer d'islamophobie : cependant l'hebdomadaire fait sa "Une" pour la troisième fois (par Juin et Riss) en quelques semaines sur le prédicateur musulman Tariq Ramadan, accusé de viol par une ou deux ex-coreligionnaires, au point qu'on peut parler d'acharnement.

    On fera forcément le reproche à "Charlie-Hebdo" de ne pas s'étaler autant sur des affaires de moeurs impliquant des institutions républicaines telles que l'armée, la police ou l'Education nationale.

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    + On connaissait déjà l'expression "payer en monnaie de singe" (d'autant pluswebzine,bd,fanzine,zébra,gratuit,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,mars,2018,caricature,louisa cao,presse-citron,école estienne,bnf,stephen hawking,gallica,jules depaquit,rire,hara-kiri,cabu,riss,juin,tariq ramadan,islamophobie,monnaie,paris,mickey,effigie,claude giffin utile que la confiance n'est plus de mise dans les banques et les banquiers). On pourra désormais payer en "monnaie de souris", puisque la monnaie de Paris vient d'émettre deux millions d'euros en pièces à l'effigie de Mickey Mouse.

    Ce privilège accordé à Mickey est, paraît-il, rarissime. Claude Giffin (Monnaie de Paris) le justifie ainsi: - Parce que c’est un personnage iconique, transgénérationnel, qui symbolise des valeurs d’amitié, d’enthousiasme, d’énergie.

    "Transgénérationnel" est peut-être exagéré... Un petit rat de l'Opéra fera bien de se méfier si un vieux producteur de cinéma lui demande de lui montrer son "petit mickey".

    + Deux cambrioleurs spécialisés dans le vol de BD ont été interpellés dans la région lyonnaise; jusqu'ici rien que de très banal... Leur butin en revanche est extraordinaire, puisqu'on a retrouvé dans la cache des deux criminels près de 4.000 albums ! Le moins qu'on puisse dire c'est que le vol de BD est un art séquentiel !

    + François Ayroles ("L'Amour sans peine") publie chez Dupuis "Les Moments clefs du Journal de Spirou (1937-1985)", succession de vignettes retraçant l'histoire de cette entreprise de divertissement belge et faisant le portrait de ses principaux acteurs (Charles Dupuis, Joseph Gillain, Franquin, Morris, Y. Delporte, etc.).

    Hélas le béotien risque de ne pas y trouver son compte et de s'ennuyer à la lecture de cet album, mi-humoristique, mi-documenté ; ceux qui connaissent mieux l'histoire de "Spirou" resteront au contraire sur leur faim et trouveront peut-être comme moi l'humour de F. Ayroles assez éloigné de celui du "Journal de Spirou" (plus humoristique que son concurrent "Tintin").

    On conseille plutôt la lecture des BD d'Yves Chaland (en particulier "Le Jeune Albert"), ouvrages parodiques qui font ressortir l'esprit de la BD franco-belge, mélange baroque de scoutisme, de patriotisme, de désir d'évasion hors du carcan de l'enfance...

    A propos de la fabrication de l'hebdo, le témoignage du repreneur de la série "Spirou", Jean-Claude Fournier (accouché par Nicoby et Joub), est assez éclairant sur les méthodes de l'entrepreneur belge ("Dans l'Atelier de Fournier", 2013).

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  • Revue de presse BD (249)

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    + BD-Zoom signale la publication d'un album d'Harvey Kurtzman (1924-1993) (aux éds Wombat), cofondateur de la revue satirique américaine "Mad", qui exerça une certaine influence sur les humoristes français ("Fluide-Glacial", "Pilote"...).

    L'auteur de l'article mentionne au passage le lancement par Kurtzman d'un (éphémère) magazine baptisé... "Trump", et financé par le patron de presse pornographique Hugh Hefner ("Play-Boy").

    Commentant l'article de Franck Guigue, un lecteur de BD-Zoom fait remarquer la difficulté de traduire l'humour d'Harvey Kurtzman en français.

    + Une récente dépêche AFP mentionnant la hausse des profits des éditeurs de BD au cours de la décennie écoulée a déclenché le mécontentement d'une partie des auteurs, dont le nombre s'est multiplié et les revenus sont, en moyenne, très bas (inférieurs au smic dans plus de 50% des cas).

    L'industrialisation de la production est en cause ici ; elle ne date pas d'aujourd'hui et l'on peut s'étonner que ses conséquences suscitent la désapprobation d'une corporation restée globalement muette et passive devant ses causes. Toute la question est de savoir si la production et le marketing finiront par nuire aux éditeurs eux-mêmes.

    Quant aux éditeurs et aux auteurs les plus indépendants, ils auraient peut-être plus à gagner qu'à perdre dans la faillite de cette petite industrie du divertissement (faillite ou absorption par l'industrie du divertissement).

    On discerne ici également l'arnaque de la reconnaissance par les pouvoirs publics de la BD comme "un art à part entière" (à coup de médailles et de discours creux). Cet argument essentiellement commercial a l'inconvénient d'unifier artificiellement des pratiques parfois aux antipodes. Cette opération de "gentrification" de la BD rappelle l'histoire plus ancienne du droit de la propriété intellectuelle, systématiquement présenté comme une avancée et un progrès pour les auteurs, mais dans lequel les moins naïfs d'entre eux ont souligné un gain pour les éditeurs, principalement.

    + Guillaume Doisy ("Caricatures & Caricature") aborde le problème de lawebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,caricature,actualité,revue,presse,hebdomadaire,octobre,2017,guillaume doisy,drumont,antisémitisme,nazisme,antidreyfusard,communisme,dreyfus,judas,harvey kurtzman,mad,hara-kiri,bd-zoom,wombat,trump caricature et de l'antisémitisme dans un long article truffé de références portant sur la presse illustrée de la fin du XIXe siècle. L'auteur pose la question de savoir si la caricature fut une figure majeure du discours antisémite ? Son étude est focalisée sur la gazette "La Libre Parole illustrée" du pamphlétaire antisémite Edouard Drumont.

    Comme la caricature a servi au cours des derniers siècles à la promotion des idéologies occidentales les plus sinistres et meurtrières (nationalisme, communisme, nazisme, etc.), la question posée par G. Doisy revient à se demander s'il y a un lien spécial entre l'antisémitisme et la caricature. G. Doisy conclut que "S’il ne faut pas minorer l’extrême violence de certaines caricatures diffusées par "La Libre parole illustrée", il faut souligner néanmoins leur rareté."

    Précis et bien documenté, l'article entretient néanmoins le préjugé qu'il y a, entre le discours antisémite et le massacre des Juifs au cours de la seconde guerre mondiale, un lien de cause à effet. L'étude historique approfondie de cette période consiste en effet à élucider la ou les causes véritables du conflit ayant entraîné les massacres, par-delà le(s) prétexte(s) invoqué(s) par les élites politiques pour mobiliser les masses.

    En se limitant au prétexte, on déduirait que la haine du riche, sur quoi repose largement la démagogie communiste, est la principale cause des massacres perpétrés par le régime soviétique (on passerait ainsi complètement à côté du mobile nationaliste très puissant, sous-jacent au communisme d'Etat...).

    Une autre source de confusion consiste à présenter l'antisémitisme comme une sorte de "golem" puissant et unifié, alors même que l'antisémitisme se présente plutôt comme une nébuleuse idéologique, dont certaines tendances se combattent parfois entre elles. On mesure par exemple l'écart entre l'antisémitisme contemporain de l'affaire Dreyfus et l'antisémitisme plus tardif du régime nazi au fait que, du point de vue antidreyfusard, "Juif" et "Allemand" sont quasiment synonymes.

    Il est assez évident que l'émergence récente du nationalisme juif a nettement modifié la perspective de l'antisémitisme, mais aussi de ses détracteurs, qui ont tendance à minimiser dangereusement l'importance du mobile nationaliste sous-jacent, auquel l'antisémitisme fournit un argument démagogique supplémentaire, populiste ou moderniste (dans le cas de l'antisémitisme nazi, appuyé sur un darwinisme racial pseudo-scientifique).

    En affirmant que "(...) la caricature politique en cette fin de XIXe siècle fait généralement preuve d’une violence extrême, intégrée dans les mentalités collectives", G. Doisy ne fait que répéter le poncif qui assimile l'outrance de la caricature à la violence, poncif véhiculé afin de stigmatiser un genre populaire et incriminer a posteriori le "populisme". Si l'on songe aux manifestations à la fois les plus extrêmes et les plus modernes de la violence, on constate qu'elles sont souvent conçues et élaborées dans des ambiances feutrées, avec beaucoup de précautions de langage. Le "politiquement correct", en traquant la violence des mots, n'a pas effectivement aboli la violence.

    (Ci-dessus : portrait d'E. Drumont en "Une" de "La Libre Parole illustrée" en guise d'autopromotion - l'hebdo se vante ici d'avoir épinglé le traître Dreyfus huit ans à l'avance.)

  • Revue de presse BD (232)

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    + En 1973, les élections inspiraient à Albert Dubout (1903-1976) le dessin ci-dessus paru dans "Satirix" (1973) ; il souligne ironiquement le paradoxe suivant : rituel républicain censé exalter les valeurs de ce régime, l'élection à la présidence de la République fait surtout apparaître les luttes intestines et la division qui règne entre Français, superficielle (l'argent est le dieu commun), en même temps qu'elle est susceptible de déboucher sur une fracture plus nette.

    + Dans les années 70 déjà, du temps de l'âge d'or de "Charlie-Hebdo", le dessinateur G. Wolinski exprimait son dégoût des partis politiques (5') et se disait seulement "gauchiste"... avant de se raviser et s'interroger si "gauchiste" a encore un sens ? L'exercice du pouvoir usa très vite l'utopie gauchiste ; à rebours de la propagande gauchiste, les humoristes de "Charlie-Hebdo" les plus sérieux ont d'ailleurs toujours exprimé le sentiment de défaite de "Mai 68" face aux valeurs bourgeoises dominantes. S'il y a bien un ingrédient indispensable au populisme, c'est l'optimisme.

    L'illusion entretenue par la droite pour sa part est celle de l'économie, souvent qualifiée de "science" pour dissimuler ce caractère illusoire, alors qu'un minimum d'honnêteté intellectuelle devrait conduire à requalifier l'économie de "science-fiction" et les économistes de romanciers.

    + "(...) On a été un peu pris de court par Trump, évidemment, mais il y a une ou deux pages où il est évoqué bien que ça ne rentre pas tout à fait dans le sujet: il faudrait faire une BD sur le populisme, on y mettrait Trump et Mélenchon." Ainsi se conclut l'entretien accordé par le dessinateur Terreur Graphique à "Bfm-TV", à propos de "La Communication politique", ouvrage en collaboration avec l'historien Christian Delporte.

    Contrairement à ce que suggère ce dessinateur (à "Libération", où il dessine un strip inspiré par Claire Bretécher), le populisme et la communication politique sont étroitement liés. Quel dictateur populiste n'est pas d'abord un communicant de génie ? Inventeur du suffrage universel pour mieux contourner les partis adverses, Louis-Napoléon Bonaparte persuada le monde paysan, à force d'inaugurer des églises, qu'il était le meilleur représentant de leurs idéaux et revendications (pour mieux mener la politique des milieux industriels et bancaires parisiens ensuite).

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    Tout au plus, les Etats-Unis n'ont fait que perfectionner un procédé où les caricaturistes et les dessinateurs ont d'ailleurs, hélas, eu leur part. Comme ils contribuent à la "communication scientifique", sujet qui mériterait un livre à part, car sous prétexte de vulgarisation scientifique, on a en réalité très souvent affaire à des livres ou des bandes-dessinées qui font l'apologie du concept frauduleux de "progrès technique".

    + La revue "Satirix" évoquée plus haut parut entre 1971 et 1976 et fut saisie et coulée par le ministère dewebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,avril,2017,actualité,élections,présidentielles,albert dubout,satirix,charlie-hebdo,wolinski,trump,mélenchon,terreur graphique,bfm-tv,libération,communication,christian delporte,louis-napoléon bonaparte l'Intérieur en 1973 ; elle reparaît à l'initiative de Lucien Grand-Jouan, et son numéro d'avril 2017 rend hommage à Marc-Edouard Nabe, qui très jeune plaça quelques dessins dans "Hara-Kiri", avant de soutenir le Pr Choron bien plus tard dans son conflit contre Philippe Val et la nouvelle équipe de "Charlie-Hebdo".

    M.-E. Nabe ne résiste à aucune provocation, surtout pas à celle de provoquer ceux qui font profession d'être des provocateurs, comme on peut voir dans cette vidéo où l'insolent Nabe n'hésite pas à chahuter le "grand" dessinateur Willem et sa femme, venus lui rendre visite dans sa boutique. Sa défense de l'écrivain et pamphlétaire Louis-Ferdinand Céline déclencha tôt la colère des censeurs contre Nabe, qui ne lui ont jamais pardonné cet écart.

    Comme on en a beaucoup trop fait dans la célébration hypocrite de "Charlie", Nabe en fait beaucoup trop dans le sens contraire, ressuscitant ainsi le principe "bête et méchant" de "Hara-Kiri" (il est sans doute outrancier de taxer Tignous de "racisme", qui ne dessinait pas seulement des mouches au-dessus de la tête des Arabes, selon l'accusation de Nabe, mais de tous les types qu'il détestait).

    + L'Enigmatique LB signale qu'en s'abonnant à l'INA, on peut avoir accès à tout un tas d'archives vidéos intéressantes, comme une interview de Reiser par Jacques Chancel (pourquoi Reiser n'a pas envie de changer l'esprit de ses dessins "bêtes et méchants" ; l'influence de Mac Luhan sur lui ; ses premiers dessins ; à 7'35" son album "Fantasmes" ; ce qu'il veut exprimer ; à 10'30" l'origine du journal "Hara-Kiri" ; à 14' l'influence de la bande dessinée sur l'éducation des enfants ; à 16'15" sa façon de dessiner ; à 20' l'architecture scandale de l'époque ; l'itinéraire de Sempé ; à 37' la concurrence entre dessinateurs et peintres ; à 38'30 sa difficulté à accepter de vieillir et de mourir, sa solitude synonyme de liberté ; son refus de pratiquer l'autocensure ; à 41'35" la leçon de "Charlie Hebdo" et de "Hara-Kiri" : rire de tout ; son éducation religieuse, son opinion sur l'Eglise ; à 46'20" comment naissent les idées de dessin ; à 48' son goût pour l'irrespect ; à 52' sur Sempé et Gébé, sur les femmes, sur le langage, sur les "gros mots " dits vulgaires.)

  • Reiser****

    La biographie de Jean-Marc Reiser par Jean-Marc Parisis (1995) retrace à l'aide de différents documentswebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,kritik,biographie,jean-marc reiser,jean-marc parisis,hara-kiri,françois cavanna,grasset (interviews dans la presse écrite et audiovisuelle, témoignages de proches, films...) la carrière du génial dessinateur de presse Reiser, emporté à 42 ans par un cancer (1983).

    La carrière de Reiser, racontée par Parisis, rappelle combien "Hara-Kiri" pèse lourd dans le bilan artistique de l'après-guerre; on peut se demander si ce n'est pas la dernière manifestation d'art populaire en France ? Il est significatif qu'un certain nombre d'intellectuels s'efforcent d'en minimiser la portée, lorsque l'histoire de "Charlie-Hebdo" est évoquée à la télé.

    Il est une manière de contrôler ou de subjuguer le peuple par le biais de l'art -les critiques de la culture totalitaire utilisent le terme de "culture de masse" pour désigner ce phénomène - "Hara-Kiri" se distingue de toute une production artistique infantilisante, et n'est "bête et méchant" que par dérision. L'oeuvre de Reiser fait penser pour cette raison à celle de Louis-Ferdinand Céline, cité à plusieurs reprises par Parisis, qui propose ici une comparaison "éclairante", entre deux auteurs populaires d'avant-garde.

    Plus personne n'écrit en effet de la même manière depuis Céline (pas même ceux qui le détestent) ; de la même façon on peut dire que la presse satirique française est encore marquée par Reiser (à l'exception du "Canard enchaîné", peut-être, et encore) ; qui est Luz, si ce n'est un dessinateur avec les idées de "boy-scout" de Hergé, imitant la "ligne crade" de Reiser ?

    Le parcours de Reiser est pour cette raison plus intéressant que celui de Cabu, second "phare" de la caricature d'après-guerre, dont le style plus classique est aussi plus intemporel. Reiser est indissociable de "Hara-Kiri", ce qui est moins le cas de Cabu.

    Sans Cavanna et le Pr Choron, Reiser aurait fini chef de secteur chez "Nicolas", le célèbre marchand de pinard qui publia quelques dessins de Jean-Marc Reiser dans sa gazette interne, avant qu'il ne devienne LE Reiser, adulé par la "grande presse" après avoir accouché à "Hara-Kiri" d'un style si personnel. A l'instar de Wolinski, Reiser mesurait l'importance de sa rencontre avec François Cavanna et le Pr Choron. Ce duo incita Reiser à expulser ce qui lui pesait très lourdement sur l'estomac.

    C'est ici encore le point commun entre Reiser et Céline : le besoin impérieux de se débarrasser du tas d'immondices que la société leur a fait avaler de force, alors qu'ils étaient encore des gosses, à la fois extra-lucides et sans défense. Ces deux damnés précoces, miraculeusement revenus de l'enfer, ne sont guère effrayés par la mort (cela explique leur audace artistique) : tôt, ils ont appris que vivre n'est pas forcément une chance.

    On peut faire à Parisis le grief de s'attarder excessivement sur l'enfance de Reiser, néanmoins ce préambule permet sûrement de comprendre comment et pourquoi l'art de Reiser est un cri de rage, modulé afin de se transformer en quelque chose de plus fort.

    Unique rejeton d'une femme de ménage lorraine, de père inconnu, Reiser a enquêté sur sa véritable identité, en quoi sa mère ne l'a guère aidé, désireuse au contraire d'effacer cet épisode génital. Reiser a-t-il pour père biologique un soldat allemand ? Cela expliquerait les réticences de sa mère à fournir une explication plausible. Une fois le destin "forcé" par Reiser, grâce à "Hara-Kiri", cette énigme biologique perdra de son importance; de même, le dessinateur a perdu sa mère en triomphant de sa condition sociale, un mur d'incompréhension s'élevant peu à peu entre la mère et le fils, longtemps ficelés ensemble par la nécessité.

    - Episode "castrateur", celui où la mère de Reiser lui interdit de prolonger des études. Reiser élaborera ainsi ultérieurement une forme d'expression, au moins aussi littéraire que plastique, indépendamment de la BD en même temps qu'elle est de la BD à l'état pur ou brut, afin de compenser son handicap scolaire et rhétorique. De fait le style est secondaire chez les meilleurs artistes. L'affirmation de son individualisme a été facilitée par Cavanna et Choron, eux-mêmes exemplaires d'une détermination rarissime de la part d'hommes du peuple, que les institutions républicaines se font fort d'encadrer de tous les côtés (l'armée, la police & l'école), avec l'efficacité redoutable d'une mère abusive.

    "Hara-Kiri" est une histoire de pauvres, et Parisis fait bien de souligner cette particularité, car les pauvres n'ont en principe pas le droit de devenir artistes : la société l'interdit, de haut en bas. On doit bien faire ici la différence entre la prostitution et l'art, pas toujours évidente à l'heure où le marché fait l'art et les artistes ; lorsque Cavanna a compris que "Hara-Kiri" était devenu assimilable, après des années de publication, à du matériel pornographique, il a su qu'il s'était fait baiser - petit à petit le beau, le merveilleux journal "Hara-Kiri" est devenu "un journal de beaufs", selon le terme choisi par Cavanna pour remuer le couteau dans la plaie.

    La récupération politicienne de "Mai 68" passe aussi par là, par la réduction de "Mai 68" à une "révolution sexuelle". Les chapitres sur l'emploi de Reiser par la "grande presse", sa limitation au mobile sexuel, sont aussi intéressants. L'attitude de Reiser sur ce plan est ambiguë. Se serait-il transformé en vieux satyre égrillard comme son pote Wolinski si le cancer n'avait pas tranché le fil avant ?

    Plutôt athée, et même assez anticlérical, Reiser n'en était pas moins "croyant". Non pas en une quelconque utopie politique ou sociale, contre laquelle Parisis nous explique que la pauvreté de son milieu d'origine l'avait vacciné. Les convictions écologistes de Reiser, où il investit beaucoup de temps et d'énergie, en particulier la foi dans le salut de l'humanité grâce à l'énergie solaire, s'expliquent sans doute parce que l'écologie, du temps de Reiser, n'était pas encore organisée en religion, avec ses curés puritains et leur moraline éco-responsable. A quoi bon sauver la planète si c'est pour s'y faire chier comme un jour d'élection au suffrage universel ?

    Reiser fut aussi séduit un temps par la théologie catholico-évolutionniste alors en vogue de Pierre Teilhard de Chardin, mais restée aussi marginale que la foi dans l'énergie solaire pour tous.

    Plus étonnant de la part de ce polygame poursuivi par les femmes, on apprend que Reiser a eu foi dans... l'amour ; plusieurs années durant, il a poursuivi de ses assiduités une hôtesse de l'air qui le battait froid et n'accepta guère plus que son amitié. Mais il s'agit là plutôt d'une religion "en creux", hypothétique, incarnée par la femme hors d'atteinte, une religion de celles qui satisfont l'aspiration à la pureté des personnes trop lucides pour rêver à une société idéale et voter con.

    L'athéisme de Reiser était donc éloigné du fanatisme nationaliste athée, qui au XXe siècle a fait d'immenses ravages, et qui est à peu près incompatible avec la satire.

    Reiser, par Jean-Marc Parisis, éd. Grasset, 1995.

  • Revue de presse BD (229)

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    Emile Ollivier en chauve-souris par Daumier. Elu du Var et chef du Tiers-Parti, il engagea "d'un coeur léger" la France en guerre contre la Prusse en 1870 en tant que chef de gouvernement nommé par Napoléon III.

    + Sur le blog d'un militant royaliste qui se passionne pour la campagne présidentielle (ce qui est loin d'être aussi paradoxal qu'il paraît à première vue), le candidat Emmmanuel Macron est comparé à la chauve-souris de la fable, qui sait jouer de sa double appartenance à l'espèce des rats et celle des oiseaux ("La Chauve-Souris et les deux Belettes", Livre II, n°5) ; moralité :

    "Plusieurs se sont trouvés, qui d'écharpe changeants,
    Aux dangers, ainsi qu'elle, ont souvent fait la figue.
    Le sage dit, selon les gens :
    Vive le Roi ! vive la Ligue !"

    Les fables de La Fontaine ou d'Esope sont de grandes pourvoyeuses de métaphores animalières pour les caricaturistes, qui en font un large usage depuis longtemps; un si large usage que l'on pourrait reprocher aux caricaturistes de manquer d'imagination ; à moins que ce ne soit l'exercice du pouvoir qui soit constamment soumis aux mêmes lois ?

    + Au cours de la campagne, les médias s'amusent à dévoiler des détails pittoresques de la biographie des différents candidats -telle la passion (coûteuse) d'Untel pour les courses de rallye automobile.

    Quant à Jean-Luc Mélenchon, il a -brièvement- été caricaturiste à "La Tribunewebzine,bd,gratuit,fanzine,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,mars,2017,actualité,jean-luc mélenchon,royaliste,lafautearousseau,la fontaine,chauve-souris,daumier,moz,la tribune,jura,la croix,caricature,bertrand tillier,l'oeil,caricaturesque,avant-garde,hara-kiri,spirou,frédéric niffle,florence mixhel,franquin,delporte,émile ollivier,napoléon iii,tiers-parti du Jura" (journal fondé par lui, rapidement en faillite) et "La Croix du Jura", sous le pseudonyme de Moz; ses convictions auraient été un frein à sa carrière au sein de ce journal d'obédience catholique.

    L'usage de la caricature à des fins polémiques ou politiciennes est assez répandu; on ne saurait réduire la satire à cet usage. Honoré Daumier a davantage marqué les esprits, son souvenir et son oeuvre demeurent plus vivaces que Louis-Philippe et son règne. De même il y a fort à parier que l'empreinte de Cabu est plus profonde que celle de Hollande, Mitterrand, Giscard, Chirac, qu'il a résumés en les croquant. L'histoire et la politique sont deux choses concurrentes et non accordées.

    + "La caricature n'est pas un art d'avant-garde. Si elle constitue souvent un objet de modernité politique et idéologique, en termes d'esthétique, c'est un objet qui n'échappe pas à une forme de classicisme. L'enjeu du tirage pousse les patrons de presse dans la course à l'efficacité. Il faut être lu et vu par le plus grand nombre. Cela laisse peu de place aux formes audacieuses (...)" dixit Bertrand Tillier (Itw dans "L'Oeil" - supplément "Le meilleur du dessin").

    On n'est pas obligé de prendre au sérieux l'avis de cet universitaire (auteur aux éds. de La Martinière de "Caricaturesque") ; fréquemment sollicité ces derniers temps, le point de vue "docte" sur l'histoire de la caricature française est très lié au préjugé politique selon lequel la caricature se serait épanouie sous le régime républicain - ce qui est probablement aussi faux que de prétendre que la littérature subversive de Molière est le produit du régime tyrannique de Louis XIV.

    De surcroît, la rhétorique esthético-historique de B. Tillier est complètement bidon. On pourrait aussi bien dire de l'art de Picasso qu'il n'échappe pas à une forme de classicisme EN MÊME TEMPS qu'il est le plus représentatif de "l'avant-garde", notion au demeurant complètement obscure. Plus fausse encore l'idée que l'enjeu du tirage pousse les patrons de presse au conformisme esthétique. On en a un exemple récent avec "Hara-Kiri", dont les tirages phénoménaux ont surpris en tout premier lieu les "patrons de presse" qui avaient lancé ce titre et ne visaient pas un tel succès.

    + L'hebdomadaire belge de bande-dessinée "Spirou" va changer de rédacteur en chef. L'actuel, (Frédéric Niffle) va passer la main à une rédactrice-en-chef, Florence Mixhel ; et les chroniqueurs BD les plus démagogues en profitent pour redéployer le poncif de la misogynie des auteurs de BD. S'agissant d'une littérature de genre ou "spécialisée", comme la BD dite "franco-belge", rien d'étonnant à ce qu'elle ait été confiée plutôt à des hommes.

    Le public de "Spirou" -qui se vante d'avoir 300.000 abonnés-, a beaucoup changé depuis l'âge d'or de Franquin et Delporte. D'abord il a beaucoup vieilli, comme le courrier des abonnés l'indique parfois, et l'humour de potaches quinquagénaires de certaines rubriques.

    Les séries proposées visent désormais un lectorat mixte ; les jeunes filles sont-elles admises à lire "Spirou" en raison de l'émancipation supposée des femmes, ou pour compenser la perte de lecteurs de sexe masculin, plus attirés par les jeux vidéos ? Il ne faudrait pas que le féminisme devienne l'alibi du mercantilisme.

    L'adoption (déjà ancienne) de la mixité à l'école a-t-elle vraiment contribué à combler le fossé entre les sexes ? Dans le domaine de la culture et de la lecture, quelques différences subsistent, mesurées ainsi par les statistiques : l'achat de livres est le fait d'une écrasante majorité de femmes (70 %) ; on peut penser que le sentimentalisme de la littérature contemporaine est la cause de ce déséquilibre ; la bande-dessinée fait exception, puisque les BD sont surtout lues par des hommes ; sans doute à cause de la spécialisation des ouvrages dédiés à la jeunesse et de la pornographie visant les hommes adultes attardés ou frustrés.

    Conclusion : la culture de masse est la plus égalitaire : elle prend tout le monde pour des cons.

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    Case extraite d'une planche de la série "Capt'ain déprime" ("Spirou" 15 mars 2017) qui prouve que cet hebdo pour ados a bien changé depuis le temps où la Commission de surveillance des publications destinées à l'enfance et à l'adolescence (loi de 1949) censurait certains dessins à caractère sexuel ou violent. 

     

     

  • Revue de presse BD (228)

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    Personnage de Groucha, créé par R. Topor pour une émission de télé (Téléchat) faisant la satire de la télé.

    + A l'initiative d'Alexandre Deveaux, la bibliothèque Mitterrand (Paris XIIIe) propose, du 28 mars au 16 juillet, une expo. des oeuvres de Roland Topor, ancien dessinateur à "Hara-Kiri".

    Lors d'un récent colloque à la Bnf, A. Deveaux a tenté de qualifier plus précisément l'oeuvre de R. Topor. Il n'est pas anodin que son père fût un artiste-peintre et sculpteur venu de Pologne, immigré à Paris pour tenter d'y faire carrière. Le jeune Roland sera encouragé à reprendre le flambeau. Entrer à "Hara-Kiri" se présente pour Roland Topor comme une occasion de débuter une carrière d'artiste, dans un genre jugé mineur mais plus vite lucratif. Topor admirait du reste les dessins de Siné.

    Si la technique de Topor est plus conventionnelle que celle de ses confrères à "Hara-Kiri", cela s'explique donc peut-être par sa formation et son ambition, plus académique. Au sommet de sa renommée, Topor sera souvent employé par le "New York Times" Outre-Atlantique, dont il a dessiné de nombreuses Unes.

    Comme Topor n'est pas un auteur satirique à part entière, l'adjectif "surréaliste" est souvent dans la bouche des commentateurs de ses dessins, gravures, peintures. De fait, la parenté avec les images à la fois énigmatiques et froides du Belge Magritte incite à rapprocher Topor de la mouvance surréaliste, bien que celle-ci n'ait pas des contours plus nets que l'impressionnisme. On pourrait proposer aussi le rapprochement avec Vallotton, artiste assez inclassable.

    + A l'initiative de l'association "Le Crayon", plus de 150 caricaturisteswebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,mars,2017,actualité,groucha,téléchat,hara-kiri,roland topor,alexandre deveaux,new york times,bnf,siné,magritte,vallotton,le crayon,fn,marine lepen,plantu,mélenchon,le monde,macron,françois forcadell,fillon,antisémitisme,antidreyfusard,charlie-hebdo professionnels et amateurs se sont regroupés afin de proposer une exposition itinérante de caricatures contre le Front National et Marine Le Pen. On relève l'absence de la plupart des dessinateurs de "Charlie-Hebdo" et du "Canard enchaîné" dans cette longue liste.

    L'absentéisme de certains caricaturistes peut se comprendre dans la mesure où il s'agit ici de s'impliquer directement dans la campagne des présidentielles. On peut d'ailleurs estimer que, contrairement à la suggestion de Marine Le Pen, son parti fait bien partie du "système" (électoral et institutionnel). Certains spécialistes de cuisine électorale soulignent en effet le rôle joué par le FN de canalisation du mécontentement populaire (rôle positif aux yeux de ces spécialistes, dans la mesure où il prévient le risque d'une contestation plus radicale).

    De plus l'efficacité d'une exposition de centaines de caricatures visant le FN de façon univoque est douteuse. Il y a fort à parier que l'on ne convaincra ainsi que des personnes déjà convaincues de l'ineptie du discours du FN ou du danger qu'il représente.

    Enfin, l'attelage du militantisme politique et de la satire entraîne des situations parfois... ubuesques. Ainsi on note la participation du dessinateur Plantu ("Le Monde") à cette expo militante ; or ce dessinateur propose en Une du "Monde" des dessins où il place sur le même plan (populiste) la candidate Le Pen et le candidat Mélenchon. Pourquoi diable dans ce cas organiser des élections si seuls les candidats approuvés par "Le Monde" sont dignes d'êtres élus ?

    La présence de quelques dessinateurs décédés dans la liste est sans doute faite pour signifier qu'il vaut mieux être mort plutôt que de vivre dans un pays où le FN xénophobe récolte 25% des suffrages ?...

    + Après avoir contesté sur son blog le caractère antisémite d'une caricaturewebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,mars,2017,actualité,groucha,téléchat,hara-kiri,roland topor,alexandre deveaux,new york times,bnf,siné,magritte,vallotton,le crayon,fn,marine lepen,plantu,mélenchon,le monde,macron,françois forcadell,fillon,antisémitisme,antidreyfusard,charlie-hebdo d'E. Macron dans un support de propagande du candidat François Fillon, François Forcadell commente : "Désormais il faudra se faire à l’idée (ou pas) que les dessins de presse sont mal lus, interprétés, et manipulés pour en faire des sujets à polémiques."

    On note que la campagne présidentielle est un terrain particulièrement favorable à ce genre de polémique insane.

    De façon plus générale, certains essayistes tentent de faire passer la caricature pour un art antisémite, en rappelant par exemple que certains caricaturistes célèbres furent antidreyfusards (Caran d'Ache, Forain). Mais l'antisémitisme n'est pas plus répandu chez les caricaturistes qu'il n'est chez les philosophes ou les romanciers.

    + Il y a sans doute autant de festivals de BD que de fromages en France, et par conséquent autant d'affiches, qui comme les fromages, sont de plus ou moins bon goût. L'affiche ci-dessous, pour le festival de BD de la Ferme du Buisson (à Noisiel en Seine-et-Marne, les 21, 22 et 23 avril prochains) attire l'attention avec ses couleurs criardes et son dessin amusant (N. de Crécy).

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