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mai 68

  • Les Chemins de Fortune***

    Le titre original : "Histoire générale des plus fameux pyrates" dit mieux que le titrewebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,daniel defoe,pyrates,michel le bris,caraïbes,barbe noire,djihadiste,utopiste,mai 68 donné à la nouvelle édition (et traduction) récente l'intention de l'auteur d'édifier ses lecteurs par un ouvrage sérieux : "Je ne doute point que l'on ne soit curieux d'apprendre l'origine et les progrès de ces hommes désespérés, qui ont été la terreur de tous les négociants du monde."

    "Robinson Crusoé", grâce à qui tout le monde connaît Daniel Defoe, est aussi largement inspiré de faits réels et n'a pas pour seul but de divertir.

    A travers le récit de l'existence mouvementée de quelques fameux pirates (et piratesses !), D. Defoe veut donner de la piraterie une idée générale en faisant la part de la légende ; il suggère même quelques idées pour endiguer le fléau. On a du mal à se représenter aujourd'hui la menace que les pirates firent planer sur l'entreprise coloniale et le commerce international.

    Le Breton Michel Le Bris (fondateur du festival "Etonnants voyageurs" à St-Malo) s'est fendu d'une longue préface dithyrambique ; il clame que les récits sont authentiques, ce qui n'est pas sûr étant donné que Daniel Defoe a écrit quelques récits de voyage présentés comme "authentiques", alors qu'ils ne l'étaient pas (mais des romans bien documentés). Selon M. Le Bris, des travaux historiques récents corroborent les récits de Defoe. De fait, si Defoe décrit une organisation criminelle mieux organisée qu'on ne pourrait penser, il semble sincèrement vouloir dissiper les légendes et y mettre une vérité documentée à la place.

    Certains épisodes paraissent parfois "trop beau pour être vrais", telles ces deux femmes pirates, entraînées depuis l'enfance à porter des vêtements masculins, dont les destins finissent par se croiser à bord d'un bateau pirate où elles font carrière en masquant leur sexe : l'une tombe amoureuse de l'autre, qui pour repousser ses avances doit se dévoiler, et la romance tombe à l'eau. Cela dit il y eut quelques (rares) cas de femmes enrôlées comme des hommes dans l'armée et qui parvinrent à tromper leurs compagnons d'arme assez longtemps. Et puis ne dit-on pas que la réalité dépasse la fiction ?

    La suite du propos de Michel Le Bris est moins convaincante ; elle s'articule en deux temps. Celui-ci prétend d'abord que l'on peut reconnaître dans la piraterie un embryon d'utopie sociale, de contre-société, évoquant même à l'occasion le souvenir de Mai 68. Mais D. Defoe décrit des hommes qui, le plus souvent trahissent, violent, tuent, revendent les esclaves nègres des navires qu'ils pillent, maltraitent à l'occasion les populations indigènes côtières... Hiérarchie et discipline ne sont certes pas aussi stricts à bord des navires pirates qu'ils peuvent l'être dans la marine de guerre britannique, espagnole ou française... mais comment en serait-il autrement ? On ne voit pas bien quelle sorte d'utopistes pourrait apprécier cette comparaison ?

    Quant aux causes de la piraterie, D. Defoe se montre, si ce n'est indulgent, du moins nuancé ; il n'impute pas le développement de la piraterie au seul satanisme violent d'équipages de marins révoltés, mais souligne que les conditions de vie infernales des marins, non seulement en mer, mais une fois rendus à terre, le plus souvent sans emploi ni argent, faisaient de la piraterie une tentation très forte ; beaucoup de marins y voyaient une possibilité d'améliorer leur sort, et pour quelques-uns ce fut le cas.

    Moins convaincant encore l'argument de M. Le Bris selon lequel D. Defoe ferait l'apologie discrète de la piraterie à travers son "histoire générale". Le Bris écrit : - Et il en va de même de son attitude face à la piraterie, où semblent se mêler horreur et fascination, comme s'il avait trouvé chez ces sombres brutes tel écho secret à une part obscure de lui-même. A ce compte là, on pourrait en dire autant sur ceux qui se penchent et se repenchent sur les tueurs en série ou les massacres des nazis. D. Defoe décrit sans doute le courage physique et l'aspect terrifiant du capitaine Teach, alias "Barbe-Noire", comme extraordinaires, mais non fascinants ; en matière de sensationnalisme, on a fait beaucoup mieux depuis.

    L'actualité récente incite à une autre comparaison : celle des pirates avec les "djihadistes" de l'Etat islamique. On note quelques points communs : comme les pirates, les djihadistes ont parfois appris leur métier dans le rang d'armées régulières. Entre les pirates et la marine de guerre, il y a l'échelon des corsaires, "pirates accrédités" en temps de guerre entre deux grandes puissances ; or on sait que certains groupes terroristes sont parfois armés par des Etats puissants.

    Il y a eu, à l'époque des pirates, un "romantisme pirate", qui pouvait fasciner certains marins, comme aujourd'hui le "djihad" peut paraître une aventure à de jeunes hommes et femmes. Il y a peut-être surtout en commun cet Etat islamique, refuge ou "base arrière" pour tous les djihadistes, comme les pirates tentèrent d'organiser une base arrière dans les Caraïbes ; dès lors qu'ils semblèrent une menace sérieuse contre leurs intérêts, toutes les grandes nations coloniales se liguèrent contre cet Etat-pirate.

    "Les Chemins de Fortune ou Histoire générale des plus fameux pyrates" (2 tomes), par D. Defoe, éd. Libretto, 2009.

     

     

     

  • Revue de presse BD (227)

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    + Marin Martinie (Arts déco. Paris) succède à l'Enigmatique LB au palmarès du trophée "Presse-Citron", organisé par les étudiants de l'Ecole Estienne (Paris 13e) et décerné par un jury de dessinateurs de presse professionnels. Cette année encore le jury s'est prononcé pour un dessin en rapport avec la vie politique française, bien que les nombreux dessins envoyés abordassent des thèmes très variés.

    Tous ces dessins sont exposés à la bibliothèque Mitterrand (Bnf), accessible à tous (à condition de se soumettre aux contrôles de sécurité à l'entrée).

    + La bibliothèque nationale de France n'est pas la Sorbonne, mais quand même, le moins que l'on puisse dire c'est que ce cadre institutionnel jurait avec "Hara-Kiri", le thème choisi par l'Equipe interdisciplinaire de recherche sur l'image satirique (Eiris) pour une série d'allocutions, proposées le 15 mars à une assemblée clairsemée (une vingtaine de personnes).

    Il est vrai que la culture officielle se trempe régulièrement dans le courant de la contre-culture, auparavant ignorée voire méprisée, où elle trouve à se renouveler. Ainsi le musée Pompidou est devenu le temple de la culture bourgeoise, où les couples branchés trouvent une alternative à la messe dominicale, alors que ce musée recèle bon nombre d'oeuvres d'abord subversives.

    Ce phénomène est d'autant plus important à signaler en ce qui concerne "Hara-Kiri" ; en effet ce titre est associé au mouvement de révolte de "Mai 68", qui a fait l'objet d'une récupération politicienne intensive depuis. F. Cavanna et ses comparses ont témoigné au contraire d'un sentiment de défaite de l'esprit de "Mai 68" face au gaullisme, sentiment dont le pouvoir actuel, non moins appuyé sur l'armée et la police que le pouvoir gaulliste, nous rappelle qu'il est proche de la réalité historique.

    - Yves Frémion ("Papiers Nickelés") a exposé clairement les circonstances qui amenèrent François Cavanna (dessinateur médiocre) et Georges Bernier (alias Pr Choron, pas dessinateur du tout) à fonder LE journal satirique dessiné de référence du XXe siècle. "Charles Philipon (1800-1862) ["Le Charivari"], c'était Choron et Cavanna dans le même homme", a déclaré Y. Frémion en guise de comparaison.

    Cavanna et Choron, issus de milieux très modestes, ont été initiés au fonctionnement de la presse après-guerre par Jean Novi, promoteur avec sa femme de jeunes dessinateurs par le biais de différenteswebzine,bd,gratuit,fanzine,zébra,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,mars,2017,actualité,marin martinie,arts déco,trophée,presse-citron,dessin,école estienne,énigmatique lb,eiris,satirique,hara-kiri,yves frémion,charles philipon,cavanna,georges bernier,pr choron,jean novi,zéro,première chance,cordées,jean-claude gardes,ridiculosa,virginie vernay,topor,mric,pascal gros,dorthe landschulz,stern,titanic,eulenspiegel,siné-hebdo,marianne,mai 68,alain soral,polémiste,crif,juif publications à forts tirages ("Zéro", "Première Chance", "Cordées"), publiant des dessins d'humour et vendues par des colporteurs (dont Bernier le meilleur). Le décès de J. Novi et le tempérament entreprenant de Bernier et Cavanna les poussèrent par la suite à lancer leur propre journal, repoussant les limites de la censure (ci-contre, couverture du n°7 de "Zéro", illustrée par F. Cavanna, alias Sépia).

    Le Pr Choron expliquait par une comparaison avec le judo la ligne "bête et méchante" de "Hara-Kiri" ; il s'agissait de s'appuyer sur la bêtise et la méchanceté de la bourgeoisie et ses institutions pour les combattre.

    Y. Frémion a tenu a rappeler que le mensuel "Hara-Kiri" n'était pas un journal engagé politiquement ; de ce fait l'hebdomadaire "Charlie-Hebdo" ne découle pas directement de "Hara-Kiri", mais dérive plutôt de la "Grosse Bertha" de Ph. Val.

    Autre précision utile, celle de J.-C. Gardes (fac. de Brest), qui a indiqué que "Hara-Kiri" s'inscrivait déjà dans un contexte de déclin de la caricature dessinée. "Hara-Kiri" comblait en effet un vide creusé par la guerre.

    Outre l'influence sur "Hara-Kiri" des journaux satiriques français d'avant-guerre, tel "L'Assiette au Beurre", Frémion indique aussi l'influence du magazine américain "MAD" et son sens de l'humour absurde. R. Topor fut le représentant le plus emblématique au sein de "Hara-Kiri" de cette forme d'humour vague.

    - Ancienne collaboratrice de F. Cavanna et gardienne de sa mémoire à travers différents ouvrages, Virginie Vernay a, de son côté, insisté sur l'amitié entre F. Cavanna et le Pr Choron, qui suppléa au manque de moyens et d'expérience de ces deux aventuriers.

    Cavanna avait le flair pour dénicher de jeunes talents, à commencer par Reiser. Il eût parfois sur ses jeunes recrues une influence décisive : G. Wolinski, surnommé "petite culotte au vent" par Cavanna, abandonna ainsi son style méticuleux sur le conseil de son rédac' chef.

    On a souvent tendance à confondre le mensuel "Hara-Kiri" (-1960), et l'hebdomadaire plus politique (-1969), qui renaîtra après la censure sous le nom de "Charlie-Hebdo" ; en effet Cavanna et Choron publiaient un mensuel de BD, "Charlie", dont Wolinski était le rédac-chef. Pour tromper la censure, une fois devenu "Charlie-Hebdo", des planches de Charles Schulz ("Snoopy") seront encore publiées.

    - Jean-Claude Gardes, président de l'Eiris, avaient invité trois dessinateurs de presse : MRic ("Siné-Mensuel"), Pascal Gros ("Marianne"), dont une jeune dessinatrice allemande installée en Bretagne, Dorthe Landschultz ("Titanic", "Eulenspiegel" et le magazine "Stern").

    Ces dessinateurs de presse étaient invités à témoigner de leur formation, de leur expérience et de leurs influences. D. Landschulz a émis l'hypothèse que la satire vigoureuse, voire violente, telle qu'elle est pratiquée en France, est peut-être taboue en Allemagne à cause du souvenir du régime nazi ? Plutôt que "dessinateurs de presse", les dessinateurs allemands préfèrent se dire "Witzzeichner" (dessinateurs de gags).

    - Ces conférences feront l'objet d'une publication ultérieurement dans la revue "Ridiculosa" (organe de l'Eiris).

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    Dessin de Dorthe Landschulz (- Ma pétition en ligne contre le brocoli a atteint plus de 100.000 signataires ; - M'en fous, tu manges ce qui est dans ton assiette !)

    + Jean-Yves Brouard consacre une enquête dans le mensuel dBD (févrierwebzine,bd,gratuit,fanzine,zébra,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,mars,2017,actualité,arts déco,trophée,presse-citron,dessin,école estienne,énigmatique lb,marin martinie,eiris,satirique,hara-kiri,yves frémion,cavanna,georges bernier,pr choron,jean-claude gardes,virginie vernay,topor,mric,pascal gros,dorthe landschulz,stern,titanic,eulenspiegel,siné-hebdo,marianne,mai 68,dbd,jean-yves brouard,bled,cabu,martial,tam,malouines,censure,alain soral,crif,juif,charles philipon 2017) à l'utilisation de la BD par le service de propagande de l'armée française, au travers de ses publications "Bled" (hebdo), puis "TAM" (pour Terre, Air, Mer). Comme on peut s'y attendre, rien de très satirique là-dedans, ces publications souvent rédigées et conçues par des appelés du contingent ne publiant que des BD "édifiantes" ou des enquêtes policières menées par la gendarmerie. Pour l'anecdote, J.-Y. Brouard rappelle que Cabu dessina des gags pour "Bled" pendant son service militaire en Algérie, même si l'on sait que la guerre d'Algérie détermina le caricaturiste dans le choix d'une carrière de dessinateur satirique.

    Autre contribution humoristique, celle du dessinateur... Martial (ci-contre).

    J.-Y. Brouard mentionne deux cas de censure : - l'un touchant un projet de BD sur la guerre des Malouines et l'utilisation d'avions "Super-Etendard" français par l'armée argentine. L'armée française formant discrètement les Argentins à l'usage de nos missiles, on craignait sans doute de provoquer ainsi une réaction anglaise. Autre cas plus intéressant, la censure d'une BD relatant un crime de guerre commis par l'armée américaine pendant la 2nde guerre mondiale contre la marine militaire allemande et les marins italiens et anglais au secours desquels les Allemands s'étaient portés. Ronald Reagan étant en tournée diplomatique en France, le service de propagande de l'armée française craignit de provoquer ainsi un incident diplomatique. 

    + Le polémiste Alain Soral vient d'être condamné à trois mois de prison ferme pour "contestation de crime contre l'humanité" et "injure raciale" par un tribunal correctionnel de Paris, saisi d'une plainte de l'Union des étudiants Juifs de France et de la Licra ; en cause, un dessin publié par Alain Soral sur son site "Egalité et Réconciliation", qui fait non seulement allusion à la shoah, mais aussi à la Une de "Charlie-Hebdo" représentant le chanteur Stromae, dessin faisant suite à un attentat à l'aéroport de Bruxelles.

    Il y a sans doute un côté ubuesque ou bipolaire chez Alain Soral, qui a récemment molesté publiquement... un partisan xénophobe de l'expulsion de tous les immigrés d'origine africaine. On peut également trouver absurde tout ou partie de ses propos complotistes ; mais il est sans doute plus absurde encore de déléguer à une poignée de magistrats le pouvoir de décréter ce qui est couvert par la "liberté d'expression" et ce qui ne l'est pas.

    Aussi violent soit-il, A. Soral est un type assez isolé : il convient de rappeler que la déportation massive des Juifs est le fait d'un appareil d'Etat tout entier et, ainsi que le diagnostiqua H. Arendt, d'un esprit de soumission généralisé à cet appareil d'Etat, qui conduisit la plupart des fonctionnaires à exécuter les ordres qu'ils avaient reçus sans se poser de questions.

  • Revue de presse BD (193)

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    + Sur son blog, Maadiar réagit parfois à l'actualité sous forme de "loubok" (estampe russe) - comme ici au non-recrutement de plusieurs joueurs d'origine maghrébine dans l'équipe de France de foot par son entraîneur Didier Deschamps.

    + Le mouvement d'étudiants et de militants "Nuit debout" publie le premier n° d'un fanzine illustré intitulé "Le 42 Mars". "C'était mieux avant !" diront certains, en comparant avec les affiches et les slogans de "Mai 68".

    + 12.000 $ est la somme gagnée par le dessinateur français Zéon (d'origine chilienne) à un concours de caricatures sur l'holocauste, organisé par l'Iran House of Cartoon (Téhéran) ; l'Iran réplique ainsi aux caricatures du prophète publiées par des journaux occidentaux et jugées islamophobes par certains musulmans. Ce n'est pas la première fois qu'un tel concours est organisé et qu'un caricaturiste français remporte la palme.

    Certains journalistes français soulignent la collusion de l'Iran House of Cartoon avec le pouvoir iranien ; mais on se souvient que le gouvernement français, en la personne du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy avait tenu à défendre publiquement "Charlie-Hebdo", mettant en avant le principe de la liberté d'expression de la presse française (alors même que son indépendance reste à prouver).

    En comparant l'armée israélienne à la Wehrmacht nazie, pile le Jour de la Shoah, le général israélien Golan a sans doute fait preuve d'une plus grande audace que le dessinateur Zéon ; cette déclaration a fait scandale dans son pays et provoqué de nombreux commentaires furibards, dont celui-ci : "Après tout, qui sont les adversaires les plus acharnés d'Israël et de son armée ? Des Juifs."

    + Parmi les nombreux chanteurs décédés récemment, mentionnons Hubert Mounier qui fit les beaux jours du Top 50 dans les années 80 avec son groupe "L'Affaire Louis' Trio", interprétant des chansons gaies et entraînantes, sur des textes (volontairement) simplistes ; natif de Perrache, ce chanteur était aussi un suiveur de Chaland, qui dessina la couverture de l'album "Chic Planète" ; Hubert Mounier dessina un ou deux albums de BD, dont l'un pour raconter son expérience de chanteur à succès. Interview disponible sur le blog "Klare linj international" (actualités de la ligne claire).

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    Cases extraites de "La Maison de Pain d'épices", par Hubert Mounier.

  • Caricature Mai 68

    La Semaine de Suzette Zombi. Lundi : L'anarchie qui conduit au pouvoir n'est qu'une variété de fachisme.

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  • En Mai, fais xxxxxxxxxxxxx

    La Semaine de Zombi. Jeudi.

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  • Revue de presse BD (185)

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    + Les manifestations contre la loi El Khomri visant à amender le code du travail ont un faux-air de "Mai 68" ; certains regroupements d'étudiants semblent en parodier les slogans et les affiches ; les édudiants de la Sorbonne proposent aussi une "bande-dessinée", quelques croquis pris sur le vif pendant les manifs.

    Mais la désillusion semble l'emporter sur l'illusion désormais ; les militants de gauche ou d'extrême-gauche, majoritaires dans l'animation de ces mouvements, n'ont pas en effet en face d'eux un pouvoir gaulliste "fasciste", comme en 1968, mais les représentants du peuple de gauche qu'ils ont pour certains eux-mêmes élus "inconsciemment". Il y a plus d'un siècle et demi, Karl Marx vitupérait déjà les "sociaux-traîtres", dont les élites industrielles et bancaires ne peuvent se passer pour conduire le peuple à l'abattoir.

    Symbole de cette désillusion, le chanteur Renaud, également chroniqueur à "Charlie-Hebdo", et passé récemment du whisky à l'eau minérale, vient d'annoncer son soutien à... François Fillon. Renaud n'a donc pas assez dessoûlé pour cesser d'espérer complètement.

    + Les feuilletons ou séries, ouvrages de fiction, sont infinis. Anthony Horowitz raconte dans le quotidien "Métro" pourquoi il a accepté de reprendre "Sherlock Holmes", oeuvre-clef de la culture moderne policière : "Quand les héritiers de Conan Doyle m'ont contacté pour écrire un Sherlock Holmes, j'ai d'abord eu des scrupules, parce qu'il y a un certain cynisme dans ce genre de livres : un éditeur propose une grosse avance à un écrivain connu pour pondre un best-seller. Toutefois, les lecteurs adorent ces livres. Alors pourquoi s'en priver ? J'ai lu toutes les histoires de Holmes à l'âge de 17 ans et c'est ce qui a fait de moi un auteur de polars. Alors oui, c'est une entreprise marketing, mais en vérité je n'ai dû mettre qu'une seconde à accepter !" ; un peu plus loin, le scénariste belge Van Hamme raconte comment il a repris "Blake & Mortimer", qui constitue un véritable filon pour les éditions Lombard-Dargaud.

    + "Quand la BD fait des bulles dans le réel" : "La Tribune de Genève" titre ainsi un mauvais papier (2 avril) dédié à la BD de reportage ou d'enquête, à prétention historique, ou encore visant la vulgarisation scientifique. Mauvais papier car la frontière entre la fiction et le réel n'est pas posée : elle reste à définir dans un monde où la fiction, sous forme de spectacles et divertissements divers, joue un rôle politique majeur.

    Mauvais papier car la "Tribune de Genève" ne fait pas la part entre la propagande et la réalité. Il ne suffit pas qu'un livre ou un enseignement se proclame "historique" pour qu'il soit autre chose qu'une fiction déguisée en réalité - tel le "roman national laïc", qui du point de vue historique relève du catéchisme. Il ne faut pas négliger non plus la part de la propagande dans le domaine de la "techno-science", dont les actionnaires sont assez puissants pour imposer une idée avantageuse de la science à laquelle leurs intérêts sont liés. La science-fiction ne s'est pas développée comme un genre distinct de la science académique ou sérieuse, mais elle s'inscrit dans le prolongement de diverses hypothèses et théories scientifiques censées être sérieuses ; c'est bien la preuve que la fiction et la réalité interfèrent.

    Mauvais papier enfin car il présuppose le journalisme et l'information "du côté du réel", ce qui reste à prouver. Rien ne dit que le journalisme n'est pas principalement devenu un acte de censure, à travers la contribution à ce que l'essayiste Hannah Arendt qualifie de "culture de masse", excroissance inquiétante de la culture occidentale, non moins susceptible de véhiculer le fanatisme que les religions les plus fanatiques.

    + L'éditeur de BD Jacques Glénat a été mis en cause entre autres capitaines d'industrie par "Le Monde" dans l'affaire dite des "Panama Papers" ; J. Glénat avait acquis la société offshore Getway S.A., spécialisée dans l'achat de tableaux et de meuble anciens, avant de la revendre et distribuer les tableaux à ses enfants quand les contrôles fiscaux commencèrent de se faire pressants. "Le Monde" fait par ailleurs à l'éditeur une réputation d'"Oncle Picsou" dans ses contrats avec les auteurs ; on regrette que le quotidien n'étaye pas plus cette accusation.

  • Mai 68***

    Il y a quelques mois de cela, je tombe sur le billet d'un blogueur dont le titre m'interpelle ; un titre en formewebzine,bd,gratuit,zébra,fanzine,bande-dessinée,critique,kritik,mai 68,daniel cohn-bendit,cavanna,cabu,michel lafon,charlie-hebdo de slogan : "Pour un Mai 68 de droite !". Mon étonnement ne dure pas ; en effet cet éditorialiste amateur n'a guère de mal à démontrer que le pouvoir étant désormais "de gauche", la contestation du pouvoir et de l'autorité peuvent se réclamer de la "droite". Raisonnement que l'on trouvera un peu "binaire", sans doute, mais le clivage "droite-gauche" est précisément mécanique.

    N'était-ce pas simpliste de se dire "gauchiste", en "Mai 68", pour s'opposer à un pouvoir gaulliste "droitier" ? Comme le pouvoir est binaire, la contestation du pouvoir se devrait d'éviter de l'être.

    En outre je comprends ce que veut dire "réactionnaire", car plusieurs philosophes ou essayistes ont tracé clairement les contours de la réaction à la culture moderne, dont F. Nietzsche le plus radical d'entre eux, mais je ne comprends pas ce que veut dire "la droite", en quoi de Gaulle était "de droite", lui, un type aussi moderne ?

    Dans "Mai 68", collection d'affiches, de slogans, de caricatures contestataires publiés au cours et autour de Mai 68 (chez Michel Lafon), Daniel Cohn-Bendit définit sa révolution avortée de la façon la plus neutre comme "l'explosion de l'envie de vivre radicalement autrement". Histoire d'être un peu mutin, j'ai envie d'ajouter ici que cette définition est si neutre qu'elle pourrait s'appliquer aujourd'hui à un jeune djihadiste qui prendrait le djihad pour une aventure... C'est bien ce qu'est la guerre : une aventure sexuelle impliquant les deux sexes (contrairement à un stéréotype répandu qui fait porter la responsabilité du poids de la violence sur les seuls hommes). Quand le marteau frappe l'enclume, le manche y est aussi pour quelque chose.

    François Cavanna, pour sa part, est plus critique que D. Cohn-Bendit ; en effet le fondateur de "Hara-Kiri" écrit : "Ivresse des slogans. Se saouler de mots. De formules bien troussées qui dispensent de penser. Besoin d'idoles. Le Che en portraits géants. Mao. Castro ; ça tournait mal. (...) Quand j'ai vu rappliquer les médecines "parallèles", le petit livre rouge, le bouddhisme zen, le vaudou, quand j'ai vu cette écume de merde, au nom de la liberté, submerger l'essentiel, j'ai senti qu'on se faisait avoir."

    Si Cavanna était conscient du détournement de Mai 68 à des fins politiques et publicitaires, il faisait néanmoins le rapprochement entre Mai 68 et "Hara-Kiri", son journal, assez indéfinissable politiquement lui aussi, peut-être la dernière tentative en France d'imprimer quelque chose qui ne soit pas de la propagande politique ? En ce sens, "Hara-Kiri" faisait plus penser à la presse d'avant-guerre, plus populaire et réservée à l'égard du pouvoir politique, et faisant preuve d'un anticléricalisme englobant l'institution républicaine.

    On trouve la même observation de la part de Cabu d'un "Hara-Kiri" annonciateur de l'esprit de "Mai 68", puis seul dépositaire véritable du combat contre la "société de consommation" : "C'était comme si Hara-Kiri était soudain descendu dans la rue, écrivait Cabu. D'accord : tout ça peut paraître un peu prétentieux ! Disons que soudain, de plus en plus de gens se montraient sensibles à nos idées. Beaucoup plus qu'aujourd'hui."

    La thèse soutenue par des essayistes comme E. Zemmour ou A. Glucksmann de l'influence réelle du mouvement de Mai 68 sur la société française, est ici, au passage, contestée. 

    D'inspiration communiste, on ne trouve pas dans ces témoignages croisés, ni d'invocation de la laïcité ou des valeurs républicaines, bien sûr, puisque le mouvement de "Mai 68" était parfaitement illégal. On note cependant que Marianne apparaît ici ou là, une Marianne toujours vierge en dépit des centaines d'hectolitres de sang, non seulement d'aristocrates, mais aussi de prolétaires, d'Allemands, de Juifs, d'Africains, répandus par les armées de la République - Marianne plus SS qu'un CRS, mais immaculée conception laïque.

    C'était Siné, d'entre tous ces témoins et acteurs plus ou moins conscients, le plus politisé en "Mai 68", ayant foi dans le renversement de la bourgeoisie par la révolution. Plusieurs fois il a témoigné de cette naïveté, tout en exprimant le regret qu'elle l'ait entraîné à célébrer trop vite la dictature castriste.

    Que l'on ait pu prendre - "au nom de "Charlie" et de la loi" -, des mesures policières répressives, en particulier dans les collèges où ces mesures sont parfaitement injustes et inutiles, ce retournement ubuesque en dit long sur ce qui a subsisté de "Mai 68" au plan politique et social : probablement moins encore que le reliquat, somme toute modeste, que Cabu et Wolinski mentionnent.

    On ne peut s'empêcher de voir un signe du destin dans l'assassinat d'ex-rebelles de Mai 68, assez largement désabusés, par des djihadistes, c'est-à-dire des révolutionnaires d'un genre nouveau, dont les élites redoutent qu'ils fascinent et réveillent la jeunesse endormie, à coup de drogues plus ou moins légales.

    "Mai 68", Michel Lafon, 2008. 

     Quelques exemples d'images, dont il suffirait de changer un petit détail pour qu'elles collent parfaitement à l'actualité.

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    Dessin de Siné, où on pourrait remplacer la croix lorraine.

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    Dessin de Reiser, le plus désabusé de tous.

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    Affiche d'inspiration marxiste, adjoignant aux forces de l'ordre bourgeois le savoir bourgeois.

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    Les chars et les ouvriers ont été "délocalisés" en Chine ou en Inde, et sont désormais commandés à distance par les élites occidentales.