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  • Revue de presse BD (280)

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    (dessin de Carali)

    + Le n° de juin de "Psikopat", "résistant et satirique" consacre sa Une et la plupart de ses pages à ce qu'il est convenu d'appeler les "tensions sociales" qui agitent la France. Ce mensuel fait preuve d'un cynisme de bon aloi, dans une époque dégoulinante de bons sentiments, largement mis au service d'un maintien de l'ordre arbitraire.

    Le "Psikopat" se montre plutôt sceptique sur les chances de freiner la marche en avant du capitalisme, mais suggère qu'il est possible de lutter contre la culture bourgeoise (télévision et gadgets technologiques). La culture fait bien partie de l'arsenal bourgeois. Elle s'avère une arme bien plus efficace que coups de matraques que l'on distribue dans des régimes moins sophistiqués. Pourquoi contraindre quand on a les moyens de subjuguer ?

    On remarque par exemple l'habileté des promoteurs de la culture bourgeoise à faire passer pour "populaire" (la culture de masse), ce qui est en réalité populiste et démagogique. La substitution du rire gras à la satire ne doit rien au hasard non plus.

    + Plantu n'est pas un caricaturiste ordinaire, car "Le Monde" où il officie depuis des lustres n'est pas unwebzine,bd,gratuit,zébra,fanzine,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,juin,2018,280,psikopat,carali,satirique,mai 68,plantu,aurel,dieudonné,cabu journal ordinaire.

    "Le Monde" incarne le sérieux et la modération politiques aux yeux d'une majorité de Français (d'un certain âge). Avant que les médias audio-visuels ne prennent le dessus sur la presse écrite, les politiciens de premier plan recherchaient l'onction de "Le Monde", comme les rois autrefois guignaient l'onction papale.

    C'est sans doute cette "odeur de sainteté" qui a valu à Plantu d'être fréquemment la cible de ses confrères, Cabu en tête, suivant une tradition de la presse satirique française qui ne rechigne pas devant les polémiques et les pamphlets.

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    Signe qu'il est proche de la retraite, à 67 ans, Plantu vient de faire don don de ses dessins à la BNF et a recommandé un successeur à sa direction : son confrère au "Monde" Aurel (qui dessine en outre pour "Politis" et "Le Canard Enchaîné"). Aurel est fils de menuisier comme Jésus-Christ, mais contrairement à son illustre prédécesseur, Aurel n'a pas déclaré la guerre au monde.

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    + Appel au boycott par un groupuscule indépendantiste breton, Dispac'h, de l'adaptation cinématographique des aventures de "Bécassine" par l'acteur et metteur en scène D. Podalydès. Le statut de Bécassine en Bretagne est en effet comparable à celui de Tintin au Congo.

    Cette réaction étonnera sans doute ceux qui ignorent ou sous-estiment la violence de l'intégration de la Bretagne à la République française (on parle bien de violences physiques, et non seulement de soumission culturelle).

    On peut s'amuser aussi à comparer le destin de Bécassine et celui de Marine Le Pen, raillée par la bourgeoisie parisienne, mais néanmoins bien utile pour canaliser le mécontentement des chômeurs et des ouvriers.

    L'acteur D. Podalydès plaide l'innocence de Bécassine et ses aventures contre l'appel au boycott. De fait, conçue au départ pour faire rire à ses dépends les jeunes lectrices de "La Semaine de Suzette", le personnage de Bécassine a connu une évolution semblable au capitaine Haddock de Hergé, crétin alcoolique de plus en plus attachant au fil des épisodes, pour faire plaisir aux jeunes lecteurs du "Journal de Tintin".

    + Le Festival Fumetti 2018 se tient à la "Maison Fumetti" à Nantes, ancienne manufacture de tabac restaurée et mise à la disposition de graphistes et bédéastes par la municipalité. La "Maison Fumetti" s'est dotée d'un site internet qui permet de consulter l'agenda des expositions et activités.

    Les politiciens ont appris depuis longtemps à intégrer l'art et la culture à leur propagande, y compris la contre-culture, en particulier lorsque l'art est assimilable à un spectacle, comme le montre l'essayiste marxiste Guy Debord.

    Au programme de la Maison Fumetti ces jours-ci, une exposition autour de la dernière BD d'Olivier Josso, et une exposition autour de l'animatrice Céline Devaux, primée à Cannes en 2016. Extrait ci-dessous de "Le Repas dominical".

    LE REPAS DOMINICAL - TRAILER from Céline Devaux on Vimeo.

     

  • Revue de presse BD (215)

     

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    Gag de Mix & Remix extrait de son blog "1er Degré"

    + Le dessinateur de presse helvète Mix & Remix est mort des suites d'un cancer du pancréas. Pratiquant un humour basé sur les dialogues bien plus que sur le dessin, Mix & Remix publiait ses gags et strips dans "L'Hebdo", magazine suisse francophone (Lausanne) dont il était le dessinateur vedette et qui lui rend un hommage spécial. "Courrier international" et "Siné-Hebdo" ont contribué a faire connaître Mix & Remix en France.

    Dans une interview au site "Actuabd" en 2011, Mix disait avoir "horreur de la provocation gratuite" (allusion à "Charlie-Hebdo" ?) et refusait de travailler pour un parti politique quelconque, afin de pouvoir "taper" sur tout le monde. Le pseudo double de Philippe Becquelin était dû à une ancienne collaboration artistique avec sa femme.

    + Alors que la guerre civile menace la République démocratique (sic) du Congo, le premier festival de BD Bilili organisé à Brazzaville vient de s'achever. Il réunissait des dessinateurs camerounais, congolais et français. Ce petit festival paraît bien dérisoire face aux affrontements politiques pour la conquête du pouvoir suprême.

    + "Fécocorico", organe trimestriel de la "Feco France" (association de caricaturistes) consacre un article aux petits albums de dessins cochons tirés à part autrefois sous le manteau par divers caricaturistes : Mose, Siné, Tetsu, Trez... ce type de publication paraît bien démodé aujourd'hui, alors que la pornographie fait désormais partie de la culture des ados, qui en savent (théoriquement) beaucoup plus que leurs parents ou grands-parents. Le plus cocasse est la censure d'un dessin par l'éditeur d'un album licencieux de Siné, Jean-Jacques Pauvert, choqué d'y voir Victor Hugo pratiquant une fellation.

    De la part de certains dessinateurs satiriques, tel Tomi Ungerer, il ne s'agit d'ailleurs pas tant de provoquer ou de choquer que de montrer la part d'ombre de la sexualité (le rapport de soumission et de domination qu'elle implique, par exemple), au contraire du "Kama Sutra", véritable bréviaire religieux en vogue dans les élites indiennes.

    + Encore à lire dans le n° de "Fécocorico" de juillet-août-sept. 2016, un compte rendu de la visite du caricaturiste Robert Rousso au festival de cartoon d'Hastings en Angleterre.

    + La fondation grenobloise Glénat accorde à de jeunes dessinateurs de BD entre (18 et 30 ans) une ou deux bourses d'études de montants variés, allant de 2000 à 15000 euros. Les dossiers comportant quelques planches doivent être envoyés avant le 15 février 2017. L'un des projets devra porter sur le thème de la montagne ; "l'originalité narrative et picturale" du second projet devra apporter "une nouvelle dimension au neuvième art"... rien que ça !

    + De l'exposition dédiée en ce moment par la bibliothèque du Centre Pompidou (et Frédéric Jannin) à Franquin à travers le personnage de Gaston Lagaffe, nous avons récemment rendu compte sur le blog Zébra.

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    Illustration de Franquin pour orner la 4e de couverture des albums de "Gaston Lagaffe".

  • Vive le Mali français !

    La Semaine de Zombi. Dimanche : sous couvert d'antiracisme et de lutte antiterroriste, perpétuer le colonialisme : la droite était trop bête pour y penser.

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  • Revue de presse BD (178)

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    Dessin de Damien Glez paru dans le "Journal du Jeudi" (Ouagadougou).

    + L'entreprise actuelle de réhabilitation de "Tintin" passe par plusieurs canaux. De manière significative, on voit quelques intellectuels tenter de faire passer l'oeuvre de Hergé pour ce qu'elle n'est pas, à savoir une oeuvre d'art "populaire" ou une mythologie.

    Le populisme et la culture de masse ont rendu difficile la définition de "l'art populaire". On peut exclure "Tintin" de l'art populaire, dans la mesure où il émane de la bourgeoisie belge, et tient un discours pédagogique, fait pour persuader les enfants des bienfaits de la civilisation belge. Hergé s'est approprié peu à peu "Tintin", au fil des albums ; la série vire à l'auto-justification assez creuse, dès lors que Hergé finit par se lasser des valeurs de son milieu, sans toutefois parvenir à se débarrasser de "Tintin" (comme Franquin s'était débarrassé de "Spirou").

    Il est inexact de dire que "Tintin" est une littérature dépourvue de caractère sexuel, comme probablement toute littérature "de genre", en particulier celle destinée aux enfants ; la sexualité, dans "Tintin", est sublimée, ainsi qu'elle l'est dans la littérature ou l'art puritain. La littérature libertine, à caractère explicitement sexuel, a d'une certaine façon plus de recul sur la sexualité que la littérature de Hergé ou la Comtesse de Ségur, son équivalent pour les petites filles. A contrario la culture populaire tourne habituellement le motif sexuel en dérision.

    Amaury Hauchard a rédigé récemment dans "Le Monde" un article sur la réception de "Tintin" au Congo. Celui-là s'avère ambigu puisqu'il montre que les Congolais-Zaïrois, en général, apprécient les aventures de "Tintin au Congo" et n'y voient pas le racisme fustigé par certains ; mais, dans le même temps, l'article explique que "Tintin" a été propagé par le régime dictatorial du maréchal Mobutu. La culture occidentale est donc véhiculée par la dictature au Zaïre et en Afrique ; Riad Sattouf explique même dans "L'Arabe du Futur" (avec un culot invraisemblable), que c'est le cas des valeurs laïques et républicaines.

    L'angle du "racisme", c'est-à-dire de la moraline judéo-chrétienne, est sans doute le pire angle pour critiquer Tintin. Celui-ci occulte que la propagande coloniale, à laquelle "Tintin" participa, présente aussi les populations indigènes colonisées sous un jour favorable, et non seulement péjoratif, afin de mieux convaincre des bienfaits de la colonisation. L'éloge des troupes coloniales composées d'indigènes est parfaitement antiraciste, mais c'est une façon de prolonger sournoisement la propagande colonialiste.

    + On relie un peu vite l'attentat contre "Charlie-Hebdo" en 2015, à la seule "Une" du n°712 de cet hebdomadaire mettant en scène Mahomet, dessinée par Cabu et pensée par Philippe Val. Neuf ans séparent ces deux événements. On peut penser que la répétition des charges de "Charlie-Hebdo" contre les "intégristes musulmans", qui ne furent pas toutes humoristiques, a joué un rôle dans la décision de prendre l'hebdomadaire satirique pour cible.

    Quoi qu'il en soit, le reportage intitulé "Charlie 712, histoire d'une couverture", où la rédaction du journal finit de composer le désormais fameux n°712, fourmille de détails intéressants ; en effet on y apprend pelle-mêle : - que Luz fut réticent à rebondir sur les caricatures du prophète publiées par la presse danoise ; - que Charb était absent (en vacances) lors de l'élaboration de ce n° crucial ; - que Philippe Val se croit "chimiquement pur" (sic) sur le plan éthique (ce qui n'est pas loin d'une forme de fondamentalisme religieux), et investi d'une mission assez nébuleuse, distincte de la satire ; - que Caroline Fourest faisait office d'experte sur les questions religieuses auprès de "Charlie-Hebdo", à peu près la seule femme à prendre la parole dans ce milieu viril ; - que le risque de représailles violentes fut évoqué, certes avec ironie, mais évoqué tout de même ; - que le soutien du ministre de l'Intérieur N. Sarkozy aux caricaturistes ne dérange pas plus que ça des dessinateurs en principe dévoués à faire entendre une voix discordante des rengaines politiques ; - que Wolinski était plus drôle dans la vie que dans ses dessins, et Cabu l'inverse.

    Avec le recul, ce reportage fait paraître le "Charlie-Hebdo" de P. Val une sorte de troufion innocent, la fleur au fusil, embringué dans une guerre à l'échelle mondiale entre l'Occident et ceux qui le haïssent, et dépassé par le choc des propagandes croisées. Ce n'est sans doute pas la première fois qu'un humoriste se retrouve transformé en soldat de première ligne, comme pris dans l'angle mort de son esprit satirique. A aucun moment, ni Philippe Val ni ses dessinateurs ne semblent s'apercevoir du ridicule de cette prétention à la "pureté éthique".

    + L'école Estienne (Paris XIIIe) et la BNF organisent cette année encore le "trophée "Presse Citron" du dessin de presse. Il est possible de concourir jusqu'au 15 mars dans deux catégories, "étudiants" et "professionnels", en envoyant quelques dessins aux organisateurs. Le trophée avait été remis l'année dernière en présence de nombreux dessinateurs de presse réunis sous protection policière.

    Il n'est pas inutile de rappeler ici que les industriels et patrons français s'efforcent d'étouffer la caricature et le dessin de presse depuis la Libération ; ceux-ci doivent en effet surtout leur persistance à de rares titres de presse indépendants, puisque la plupart des titres de la presse française relèvent de la double tutelle de l'Etat et de quelques industriels. Comme le déclin du dessin de presse et de la presse française coïncident, on comprend qu'il ne s'agit pas d'un "effet de mode" comme certains font croire, mais d'une volonté de censure sournoise et efficace.

    + Le site "Iconovox" propose le téléchargement gratuit du "Pire de l'année 2015" en caricatures, à savoir les meilleures caricatures de Cambon, Soulcié, Berth, Deligne... pour ne citer que quelques-uns des "poulains" de François Forcadell.

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    Dessin de Michel Cambon (pour Urtikan.net)

  • Kongo***

    Kongo relate l’aventure coloniale de Jozef Korzeniowski, plus connu sous le nom de plume de Joseph webzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,kritik,critique,kongo,tom tirabosco,christian perrissin,futuropolis,joseph conrad,korzeniowski,zaïre,afrique,kinshasa,congo,belge,léopold,bruxelles,anvers,pizarro,cortez,cameroun,mississippi,mark twain,céline,éthiopie,voyage,civilisation,colonieConrad, au Congo fraîchement acquis par le roi Léopold de Belgique. Cette expérience fut pour Conrad l’occasion d’une cruelle désillusion, puisque parti pratiquement « la fleur au fusil » se mettre au service, comme pilotin, d’une compagnie spécialisée dans le trafic officieux du commerce de l’ivoire d’éléphant, ce marin rentrera bientôt épuisé physiquement et moralement. Ayant pas mal bourlingué auparavant à travers le monde, et traversé plusieurs océans, Conrad ne s’attendait pas un à un tel choc.

    Dans une lettre adressée à un ami (le scénariste fournit quelques pages de précisions à la fin de la BD), Conrad fait cette description : « Léopold est leur Pizarro et Thys leur Cortez. Ils recrutent leurs « lanciers » sur les trottoirs de Bruxelles et d’Anvers, parmi les souteneurs, les sous-off, les maquereaux, les petites frappes et les ratés de tout bord ! »

    Les conditions très dures de la vie coloniale en Afrique en limitent l’accès à des sortes d’aventuriers sans foi ni loi, décidés à tirer le plus grand parti, dans le minimum de temps, des comptoirs qu’ils ouvrent sur les berges du fleuve Zaïre, desservis par des barges à aube du même type que ceux conduits par Mark Twain sur le fleuve Mississippi. Plus gravement encore que la « sélection naturelle » des hommes opérée par ce type de conquête, l’improvisation complète et la négligence des commanditaires sautera aux yeux de Conrad, qui la blâmera ultérieurement au premier chef. Le chiffre de six millions d’indigènes sacrifiés à cette cause lucrative, en une vingtaine d’années, est avancé, c’est-à-dire environ l’équivalent de la population de la Belgique à cette époque. En termes de rendement, le caoutchouc allait devenir quelques années après le départ de Conrad, une source bien plus grande que les défenses d’éléphant.

    L’intrigue montre bien comment les écailles, petit à petit, tombent des yeux de Conrad, à mesure qu’il se rapproche du cœur de l’activité du comptoir de Kinshasa. Le futur écrivain avait beau être, en ce temps, fort éloigné des précautions de langage en usage quand on évoque la colonisation aujourd’hui, encore moins du militantisme antiraciste, il n’en regardait pas moins la colonisation de l’Afrique par l’homme blanc comme une mission civilisatrice et noble. De ce piédestal romantique, la réalité le fit chuter brutalement. C’est donc surtout le rapport de Conrad à ses semblables qui s’est trouvé bouleversé, par conséquent à lui-même.

    Evidemment on ne peut s’empêcher de penser au « Voyage » de Céline, dont la noirceur emprunte aussi à sa propre tentative d’implantation au Cameroun ; ou encore au diabolique roman d’humour noir de l’écrivain britannique E. Waugh, « Magie noire », situé lui aussi en Afrique (Ethiopie), bien qu’à une période ultérieure ; ces ouvrages écrits d’une plume trempée dans le vitriol font paraître l’anthropologie une discipline annexe de l’anthropophagie.

     

    Kongo, Tom Tirabosco et Christian Perrissin, Futuropolis, mars 2013.

  • Retour au Congo***

    Le genre de dessin sensuel, ou bien encore «païen» de Hermann, se fait de plus en plus rare en bande-webzine,bd,gratuit,fanzine,zébra,bande-dessinée,critique,kritik,retour au congo,glénat,hermann,yves h.,congo,colonial,tintin,jijé,gillain,belgique
    dessinée ; il est combattu par des grammairiens de la BD, qui préfèrent mettre à l’honneur des albums qui sont au 9e art ce que les manuels "Bled" sont à la littérature.

    Cette sensualité tient au charisme du dessin d’après nature, quand il n’est pas excessivement virtuose ou académique, et sans doute plus encore au plaisir manifeste que Hermann prend à dessiner, et qui se communique au lecteur. On peut le comparer à cet ancien pilier de la BD belge, Joseph Gillain alias Jijé, doué du même talent pour imiter la nature (bien que l’adjectif «païen» lui eût déplu).

    Dans ce «Retour au Congo» fraîchement paru, on ressent en particulier le plaisir de dessiner des lions, des zèbres, des rhinocéros et des crocodiles dans des paysages africains.

    Hermann a cherché et trouvé également des solutions pour remplacer les couleurs d’imprimerie artificielles et peu adaptées à son style ; une lumière grise pour rendre l’atmosphère de la Belgique, une lumière bleutée pour le Congo.

    On peut craindre de la part de ce type d’artiste, chez qui le goût du dessin l’emporte, le choix de scénarios indigents. De fait, Hermann comme Gillain ont dessiné beaucoup d’albums presque «paysagers», dont on retient peu le propos, qui sonne à chaque fois comme un prétexte.

    Cette fois-ci, dans «Retour au Congo», dont Hermann a délégué le scénario à son fils, un jeune dessinateur de BD belge s’embarque pour le Congo afin d’y déterrer quelque vilain secret enfoui dans le passé de sa famille et de son pays. Les anciennes colonies restent une grande source d’inspiration pour la littérature occidentale, peut-être parce que le Royaume-Uni, la France et la Belgique ont définitivement perdu leur âme et leur vertu dans cette aventure, comme dit Senghor ?

     Les meilleurs romanciers en ont tiré des œuvres ambigües ou vénéneuses, à mille lieux de la sérénade de l’amitié entre les peuples, officielle ou publicitaire. Mais ces romanciers avaient un minimum d’expérience de la vie coloniale, qui fait défaut ici au scénariste pour rendre l’âpreté du mélange des cultures et de la concurrence des intérêts ; on s’approche plus ici d’un clin d’œil ou d’un pied de nez au naïf «Tintin au Congo» d’Hergé ; mais on sent que le scénario laisse surtout la plus grande marge afin que l’art de Hermann puisse se déployer.

     

    Retour au Congo, Hermann & Yves H., Glénat, oct. 2013.

  • La Revue dessinée

    La «Revue dessinée» paraît dans un contexte de crise de confiance du public dans la pressewebzine,bd,gratuit,zébra,fanzine,bande-dessinée,critique,kritik,la revue dessinée,information,antipub,orwell,guerre froide,congo,marine nationale,gaz de schiste,wikileaks,xxi,cabu,ted rall,salvador allende,numérique,geek d’information, à des degrés divers. D’abord militants de gauche et de droite se renvoient les accusations de détournement de l’information à des fins de propagande; plus précisément certains mouvements apolitiques comme le mouvement «antipub» font valoir que la notion de «temps de cerveau disponible» prime désormais sur l’information et nuit à la liberté d'expression; enfin des groupuscules anonymes, campant sur la Toile, remettent Orwell au goût du jour et font valoir que l’information n’est qu’une des armes parmi l’arsenal disponible au service de la guerre froide entre blocs continentaux. L’affaire des vraies-fausses armes de destruction massive irakiennes, ou plus récemment l’affaire Wikileaks, est venue renforcer la crédibilité du discours antitotalitaire dans le grand public.

    «La Revue dessinée» (15500 ex.) ne prend pas position dans ce débat, en dépit d’une couverture montrant un homme au crayon entre les dents, l’air bien décidé à ne pas s’en laisser conter. Cette nouvelle revue oppose plutôt une manière artisanale de présenter l’information aux techniques quasi-industrielles désormais en vigueur. Elle se donne en outre pour objectif de fournir du travail aux auteurs de bande-dessinée dans la dèche.

    Maquettée aux petits oignons et casher de toute pub, la «Revue dessinée» vise, au vu de son premier sommaire, un public plutôt jeune et écolo. En effet, elle traite de façon didactique et en BD de différents sujets tels que l’agriculture dans le Nord de la France, les répercussions des soubresauts de la politique congolaise en Belgique (clin-d’œil au fameux reporter du «Petit XXe» ?), l’extraction du gaz de schiste, les conditions de vie des animaux dans les zoos, la chute du régime de Salvador Allende, les aventures d'une frégate de la marine nationale, la chronique des progrès du matériel informatique... La formule évoque le magazine «XXI», lui aussi dédié au reportage, qui cartonne actuellement en librairie.

    Admiratif de l’Américain Ted Rall (pour son audace), et de Cabu (pour sa capacité d’observation), je dois dire que je suis un peu déçu par ce premier numéro, bien que le reportage sur la flambée du coût des terres arables dans le Nord ait retenu mon attention. Pourquoi vouloir faire absolument du reportage BD en respectant les conventions de la BD ? Cette méthode, propice aux récits destinés aux enfants, a l’inconvénient de diluer le propos et de faire perdre au dessin une partie de son impact. Les reportages de Cabu, du temps de son alacrité, étaient un modèle du genre; en deux ou trois dessins, Cabu parvient par exemple à vous dégoûter de la culture japonaise masochiste : c’est ça le journalisme d’information utile dessiné.

    De même, malgré l’effort de certains reporters pour introduire un peu de satire, notamment M. Montaigne dans son reportage sur les ménageries, le ton est dans l’ensemble un peu compassé. Pourtant la gravité des présentateurs des journaux télévisés, en particulier ceux qui présentent les bulletins météos ou les prévisions économiques à moyen terme, est loin d’être une garantie de sérieux.

    Le quotidien «La Croix» juge lui, au contraire, la «Revue dessinée» «drolatique» (mais c’est «La Croix»).

    Bien sûr ce n’est pas une mince gageure de créer ou recréer de toutes pièces une méthode de journalisme qui exige des qualités exceptionnelles d’indépendance, de recul sur l’information, ainsi que des facultés d’observation aiguisées. Le centralisme et le dirigisme spécifiques à la société civile française font en outre des initiatives pour développer une presse indépendante de véritables exploits… en attendant que la France connaisse à son tour une glastnost. On va donc suivre les progrès de la «Revue dessinée» de près (prochain n° en décembre).

    La "Revue dessinée", 15 euros, 230 p. (existe aussi en version numérique pour les geeks, sur abonnement).