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  • Revue de presse BD (238)

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    Illu. de Fanny Michaelis, exposée à la Maison de la culture d'Amiens.

    + Paradoxe : tandis qu'elle est en cours de reconnaissance officielle, la BD traverse une crise économique ; l'effet pervers des recettes technico-commerciales appliquées à la BD commence à se faire sentir. Cette situation évoque celle des étudiants qui sortent de l'université bardés de diplômes, mais ne parviennent cependant pas à trouver un emploi.

    Deuxième incohérence : alors qu'il est de bon ton de vanter la BD comme "un art à part entière", simultanément le fait pour un auteur de "sortir des cases", c'est-à-dire de la syntaxe propre à la BD, est présenté comme la panacée par les mêmes thuriféraires.

    Ainsi la Maison de la culture d'Amiens propose, du 3 juin au 15 octobre, une expo. intitulée "Hors Cases, le 9e art contemporain", présentant les créations de neuf bédéastes européens (F. Michaelis, L. Debeurme, L. Mattotti, S. Blanquet...)

    L'histoire de l'art ou de la littérature montre que l'obsession du style et des questions stylistiques est proche de la mort de l'art. La BD ne serait-elle pas un "art fantôme" ?

    + Le prix de la BD "décloisonnée" (sic) a été remis à la revue "Topo" (destinée auxwebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,juin,2017,amiens,michaelis,debeurme,mattotti,blanquet,lyon-bd,topo,franck bourgeron,cabu,pompidou,de gaulle,sarkozy,philippe val,choron,cavanna,charlie-hebdo,flagornerie,bibliophile,square,georges brassens,waner,dessin,original,caricature moins de 20 ans) par les organisateurs du Festival "Lyon-BD" à venir (9 juin). La jeune revue bimestrielle "Topo" (2016) traite des questions d'actualité en BD. Chacun de ses exemplaires se vend entre 8.000 et 10.000 ex.

    Son rédacteur en chef Franck Bourgeron dévoile sa stratégie éditoriale : "S’adresser directement aux ados supposerait de passer par les réseaux qu’ils maîtrisent, ce qui n’est pas forcément notre cas. Par défaut, nous visons donc plutôt les prescripteurs, autrement dit leurs parents, avec le risque de faire passer Topo comme un outil pédagogique, donc ennuyeux."

    Cette stratégie part d'un préjugé : les sujets sérieux n'intéressent pas les ados ; pourtant, quand on voit le nombre d'adultes qui s'adonnent au jeu ou au calcul politique, il semble qu'il y a là une idée préconçue.

    De plus l'industrialisation croissante de la presse, son organisation monopolistique pose un problème qui n'est pas abordé de front par F. Bourgeron : dans quelle mesure une entreprise de presse indépendante n'est pas condamnée par avance par les modalités économiques qui lui sont imposées ?

    ! La convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (Cnuld) organise un concours international de dessins de presse (date de clôture, le 12 juin) doté de 1000 euros ; thème : "Désertification des terres et climat : l'Europe et le monde face aux ultimes frontières."

    + Dans "Le Journal des Présidents", recueil de caricatures de Cabu paru chezwebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,juin,2017,amiens,michaelis,debeurme,mattotti,blanquet,lyon-bd,topo,franck bourgeron,cabu,pompidou,de gaulle,sarkozy,philippe val,choron,cavanna,charlie-hebdo,flagornerie,bibliophile,square,georges brassens,waner,dessin,original,caricature Michel Lafon, Philippe Val s'emploie à redorer l'image de de Gaulle écornée par les dessins de Cabu. Cabu, qui défendit son ami P. Val en raison de ses efforts pour maintenir "Charlie-Hebdo" à flots, aurait-il approuvé une telle réhabilitation ? Celle-ci n'est pas exclusive, puisqu'elle s'étend à N. Sarkozy.

    Il n'est pas inutile de rappeler ici les explications du Pr Choron, qui imagina la fameuse "Une" antigaulliste qui valut à "Hara-Kiri" d'être censuré par le ministère de l'Intérieur. Cette "Une" ("Bal tragique à Colombey : 1 mort") n'était pas si antigaulliste, puisqu'il s'agissait avant tout de souligner la flagornerie des principaux éditorialistes de la presse française et la servilité de leur office. En effet, le décès dans sa retraite de Colombey-les-deux-Eglises de l'ex-chef de l'Etat constituait un non-événement.

    La rupture entre le "Charlie-Hebdo" du Pr Choron et Cavanna et celui de Val et Cabu n'est donc pas tant au sujet du culte rendu à la figure paternaliste de de Gaulle qu'à propos de la presse française, méprisée par le Pr Choron et Cavanna, tandis que P. Val aspirait au contraire à la reconnaissance de ses pairs journalistes.

    + Les bibliophiles parisiens connaissent bien le square Georges Brassens à Paris (M°Vanves/Convention), où se tient un marché du livre ancien et d'occasion, suppléant les faibles stocks des libraires qui travaillent désormais à "flux tendu".

    Waner, qui publie des dessins dans "Zébra" et "Siné-Mensuel", y vendra ses originaux en compagnie de quelques confrères (Pakman, Lardon...) les 17 et 18 juin prochains.

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  • Revue de presse BD (237)

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    Une des nombreuses têtes de Balzac exécutées par Rodin, à la recherche de l'expression du grand romancier réaliste.

    + L'acteur Vincent Lindon a coproduit un film qui retrace une partie de la vie de Rodin, dans lequel il joue le rôle du sculpteur. Le scénario est focalisé sur la statue de Balzac, qui joue un rôle important dans la carrière de Rodin ; en effet cette statue en pied, qui ressemble à une caricature de Daumier, ne fut pas du goût de la Société des gens de lettres qui l'avait commandée (et qui réclama même son remboursement), ni du public qui se moqua du sculpteur et cette oeuvre originale. En revanche Rodin était satisfait du résultat et de ses efforts pour saisir l'expression du modèle d'après des documents et des témoignages.

    - On s'est beaucoup moqué de lui. Mais on s'accorde à dire aujourd'hui que c'est le point de départ de la sculpture moderne. Avant Rodin, les écrivains étaient systématiquement sculptés dans un fauteuil avec une plume et un encrier dans les mains... Et voilà son Balzac représenté nu, sans aucun de ces attributs.

    V. Lindon oublie le Voltaire nu de Pigalle (1714-1785), meilleur portraitiste que Rodin au demeurant, qui fit scandale auparavant. D'ailleurs, après avoir représenté Balzac nu, la bedaine en avant, Rodin le recouvrit de la grande robe dans laquelle Balzac aimait s'envelopper pour écrire selon le témoignage de son ami Th. Gautier.

    + Dans son édition de la semaine dernière (17 mai), le "Canard Enchaîné" (Frédéric Pagès) révèle que lewebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,mai,2017,caricature,vincent lindon,pigalle,auguste rodin,balzac,françois hollande,cambadélis,canard enchaîné,frédéric pagès,catherine duchêne,bonne étoile,cabu,françois forcadell,daumier,panthéon président sortant François Hollande a reçu, comme cadeau de départ, remis par J.-C. Cambadélis au nom du Parti socialiste, une toile de la jeune artiste avignonnaise Catherine Duchêne, intitulé "La bonne étoile". F. Mitterrand était reparti, au terme d'un règne beaucoup plus long, avec une Renault Twingo. L'hebdo se montre ironique avec la jeune artiste qui a peint la toile ; mais, après tout, le PS n'est-il pas le parti de la culture ?

    + S'ils jugent le cadeau du PS à François Hollande insuffisant, les journalistes du "Canard" peuvent toujours se cotiser pour lui offrir le dernier album des meilleurs dessins de Cabu ("Le Journal des Présidents"), dont François Forcadell dit ici tout le bien qu'il pense.

    Après avoir souligné l'étendue du talent de Cabu, non seulement caricaturiste mais aussi "paysagiste" ("Revoir Paris") et auteur [inégalé] de reportages satiriques, F. Forcadell émet le voeu que Cabu rejoigne Daumier au Panthéon des caricaturistes. H. Daumier se distinguait aussi par une palette étendue, plus étendue encore que celle de Cabu puisqu'il pratiquait aussi la sculpture et la peinture, en plus des arts maîtrisés par Cabu.

    L'histoire de l'art, souvent élitiste et méprisante vis-à-vis de l'art populaire, a fini par reconnaître l'influence de Daumier sur l'art moderne du XXe siècle. Le rayonnement de Cabu sur les arts voisins n'est pas équivalent, loin s'en faut.

    On peut craindre par ailleurs que Cabu ne soit transformé en martyr de la cause républicaine laïque (chauvinisme déguisé en humanisme), bien qu'il n'a pas ménagé tout au long de sa carrière ces trois piliers de la République que sont l'Education nationale, la police et l'armée. Ce ne serait pas le premier cas de dessinateur pacifiste réquisitionné pour le compte de la guerre des idées.

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    Le légendaire café "Procope", Voltaire et Guillotin vus par Cabu (In : "Tout Cabu").

     

  • Revue de presse BD (234)

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    + On vit dans une époque d'experts et de spécialistes, mais à propos des élections présidentielles tout le monde est compétent et peut émettre une opinion.

    Sortant de son rôle d'humoriste, Riss a appelé dans un édito les lecteurs de "Charlie-Hebdo" à voter Macron pour faire barrage au Front national. La dessinatrice Coco, elle, a dessiné quelques têtes de cons surmontées du slogan, "Abstention, bande de cons", renversant l'ancien slogan anar "Election, piège à con" (Reiser, Wolinski).

    A contrario, sur son compte Youtube, durant un soliloque plutôt fastidieux, l'humoriste Dieudonné incite à voter pour Marine Le Pen (tout en prédisant sa défaite, ce qui n'est guère mobilisateur). Dans sa revue de presse, Dieudonné cite un dessin de LB paru dans "Siné-Mensuel" (9'30").

    Il est difficile de dire si ce type d'humour militant pèse ou non dans la campagne. Le milieu complotiste proche de Dieudonné fait courir la rumeur qu'il a contribué à l'élimination de Manuel Valls lors de la primaire du PS, mais ce bruit est à peu près invérifiable.

    + Le site "Rétronews", à partir d'archives de presse souligne que la presse républicaine a toujours été hostile à l'abstentionnisme, luttant contre avec des moyens plus ou moins persuasifs : "L'abstention voulue, calculée, réfléchie, est le fait d'esprits chagrins, blasés, désabusés, hargneux, jaloux, parmi lesquels il faut compter aussi quelques esprits originaux et quelques naïfs." plaidait ainsi Francis Charmes en 1876 dans le "Journal des débats politiques et littéraires".

    L'éditorialiste du "XIXe siècle" tente de pénétrer la psychologie de l'abstentionniste ; il parle de "foi" et de "doute", et écrit : "L'abstention, c'est le premier symptôme, la première manifestation du doute." (1907)

    + "Je ne regrette rien" : citant Edith Piaf en français, le dessinateur de presse américain Ted Rall (situé àwebzine,bd,gratuit,fanzine,zébra,bande-dessinée,caricature,actualité,revue,presse,hebdomadaire,mai,2017,élections présidentielles,riss,charlie-hebdo,coco,dieudonné,youtube,lb,siné-mensuel,marine le pen,macron,manuel valls,rétronews,francis charmes,abstentionnisme,edith piaf,ted rall,hillary clinton,donald trump,syrie,libye,irak,boîte à bulles,julie sauret,tintin,cyril bosc,négationnisme,communisme,cabu,cavanna,wolinski,mélenchon,orwell,simone weil,hannah arendt,charb,stéphane chabonnier,val gauche) explique qu'il s'abstiendrait de nouveau de voter pour Hillary Cinton si c'était à refaire ; faisant le bilan des cent premiers jours de Donald Trump à la Maison blanche, il note une certaine paralysie au sommet de l'Etat, compte tenu de la méfiance du parti républicain vis-à-vis de D. Trump, restreignant la marge de manoeuvre de ce dernier. Pour Ted Rall, l'implication d'Hillary Clinton dans la décision d'attaquer et détruire l'Irak, puis la Libye et la Syrie, transformant ces pays en champs de ruines, est impardonnable.

    La crédibilité de Ted Rall en tant qu'éditorialiste indépendant repose sur un reportage BD qu'il fit pendant la guerre en Afghanistan ("Passage afghan", publié en France par La Boîte à Bulles) ; le reportage révèle notamment les méthodes de fabrication de l'info par les grandes chaines de télé américaines et européennes.

    + Sous le titre sévère "Des candidats sans culture", le quotidien publicitaire "20 Minutes" (27 avril) publie le diagnostic d'une "spécialiste des politiques culturelles", Julie Sauret : "Macron est cultivé, mais il possède une culture très classique. Ses références sont un peu vieillottes, il se plante quand il essaie de citer IAM... En revanche, Marine Le Pen n'est pas du tout cultivée et ne s'en cache pas vraiment. Elle ne connaît aucun nom en peinture, sèche quand on lui demande quels livres elle a lu ; sur l'art contemporain, elle fonctionne par clichés." - Gageons que Marine Le Pen a au moins lu quelques "Tintin"...

    + Le site "Caricatures et Caricature" publie un article par Cyril Bosc concernant les relations douteuses entre le parti communiste et un certain nombre de caricaturistes français. L'article est gauchement intitulé : "Comment marier presse satirique et presse communiste" - sans point d'interrogation, ce qui suggère une méthode, et non le questionnement que suscite ce rapprochement entre la satire et l'une des pires idéologies totalitaires, un parti politique réputé pour ses méthodes de censure drastiques.

    En fait l'article attire bien l'attention sur une forme de négationnisme typiquement français, qui consiste à webzine,bd,gratuit,fanzine,zébra,bande-dessinée,caricature,actualité,revue,presse,hebdomadaire,mai,2017,élections présidentielles,riss,charlie-hebdo,coco,dieudonné,youtube,lb,siné-mensuel,marine le pen,macron,manuel valls,rétronews,francis charmes,abstentionnisme,edith piaf,ted rall,hillary clinton,donald trump,syrie,libye,irak,boîte à bulles,julie sauret,tintin,cyril bosc,négationnisme,communisme,cabu,cavanna,wolinski,mélenchon,orwell,simone weil,hannah arendt,charb,stéphane chabonnier,valminimiser le totalitarisme soviétique et ses conséquences monstrueuses. La France est un des rares pays au monde où l'on peut, pratiquement dans la même phrase, vitupérer le fascisme ou le nazisme et se vanter d'avoir eu un père ou un grand-père communiste.

    Il faut saluer l'initiative de l'auteur de cet article, qui s'attaque ici utilement à un tabou car l'usage politique de l'antifascisme est aussi vain que la critique du totalitarisme est utile, qui n'oppose pas le fascisme au communisme ou au capitalisme, mais s'efforce d'en analyser les causes communes (à la manière d'Orwell, S. Weil ou H. Arendt, par exemple).

    L'article ne tient pas toutes ses promesses, mais il comporte quelques éléments de réflexion utiles, et cite des témoignages intéressants, voire amusants. Anticommuniste notoire, Cabu épinglera ainsi en "Une" son copain Wolinski quand il adhérera au PC. L'anticommunisme de Cabu fut visible jusqu'à la fin, qui accentuait nettement le côté "batracien" de Mélenchon, tandis qu'il épargnait plutôt l'ex-président F. Hollande.

    L'origine sociale ouvrière de certains dessinateurs est une explication au fait qu'ils furent proches du PCF, de même que les paysans sont automatiquement catholiques. Cependant l'article cite François Cavanna, qui déserta le Parti après y avoir adhéré par réflexe de classe : "(…) L’Huma est un journal de combat, un journal d’action, pas un journal de réflexion, de critique objective. Il n’est qu’un instrument d’un grand dessein, pas une fin en soi. Il n’est pas là pour critiquer le Parti, ni lui nuire en quoi que ce soit. (…) Appartenir (même si on n’a pas la carte, même à titre de compagnon de route) à un parti structuré comme une Eglise, c’est faire acte de foi. Même si, au départ, on annonce hautement qu’on garde son quant-à-soi." (1977) Dans ce passage, F. Cavanna énonce clairement les raisons pour lesquelles la critique ou la satire est incompatible avec l'idéologie véhiculée par "L'Huma" ; cependant F. Cavanna ne renie pas complètement sa foi, légitimant la violence révolutionnaire et attestant d'une vision romantique de la révolution russe dans un autre article cité.

    Cyril Bosc établit aussi une nuance nécessaire entre le "compagnonnage" avec le PCF du temps de sa puissance, et le compagnonnage tardif avec un PCF en pleine décomposition et une Russie dorénavant "poutinisée". Les odes à Mélenchon ou à Poutou ne représentent pas en effet la même chose, en termes d'engagement, que les odes d'Aragon, Eluard, Picasso ou Sartre à Staline, du temps où le stalinisme n'avait rien à envier au nazisme pour ce qui est des méthodes de répression.

    La fin de l'article, consacrée à Stéphane Charbonnier, alias Charb, est excessivement lyrique et manque de recul ; il est difficile de dissocier Charb, à moins de faire le coup du martyre, de Philippe Val, pour brosser un tableau élogieux de l'un, et un tableau sinistre de l'autre. Entre les deux attitudes, la première qui consiste à tenir l'engagement politique pour un "attrape-couillons", et la seconde qui considère l'absence d'engagement politique comme du cynisme, c'est pour la seconde que Charb opta, plus proche de P. Val que de Choron et Cavanna, qui imprimèrent leur marque à la première mouture de "Charlie-Hebdo".

    + La bibliothèque de Lyon Part-Dieu propose une exposition gratuite dédiée à 77 ans d'édition de bande-dessinée à Lyon et dans la région lyonnaise (16 mai-4 novembre). 

    + Alors que l'expo dédidée à Gaston Lagaffe à la bibliothèque du muséewebzine,bd,gratuit,fanzine,zébra,bande-dessinée,caricature,actualité,revue,presse,hebdomadaire,mai,2017,élections présidentielles,riss,charlie-hebdo,coco,dieudonné,youtube,lb,siné-mensuel,marine le pen,macron,manuel valls,rétronews,francis charmes,abstentionnisme,edith piaf,ted rall,hillary clinton,donald trump,syrie,libye,irak,boîte à bulles,julie sauret,tintin,cyril bosc,négationnisme,communisme,cabu,cavanna,wolinski,mélenchon,orwell,simone weil,hannah arendt,charb,staline,stéphane charbonnier Pompidou vient juste de fermer ses portes, on apprend la mort de Jean De Mesmaeker, alias Jidéhem, collaborateur de Franquin sur cette série rompant avec les codes du genre. Le père de Jidéhem avait inspiré Franquin pour son personnage de M. De Mesmaeker, victime privilégiée des gaffes de Gaston.

    L'histoire ne dit pas si Gaston Lagaffe votait, ni pour qui ; on sait que Gaston est plutôt écolo et pacifiste, et que le vote est obligatoire en Belgique.

  • Dans les pattes de Depardieu**

    Le bédéaste Mathieu Sapin croque Gérard Depardieu, qu'il a suivi dans ses pérégrinations à travers l'Europe.webzine,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,depardieu,mathieu sapin,élysée,dargaud,poutine,hollande,cabu,charlie-hebdo L'acteur capricieux (pléonasme) a en effet consenti à se mettre à nu devant ce portraitiste opportuniste, qui sait ne pas se montrer importun.

    Parallèlement à ce portrait de star, que M. Sapin a voulu moins superficiel qu'une photo dans "Gala" ou "Voici", le bédéaste avait réussi à pénétrer au palais de l'Elysée pour y faire une sorte de reportage en BD sur les coulisses de la présidence.

    La double casquette de M. Sapin, au chevet de Hollande et de G. Depardieu simultanément, met un peu de piment dans une relation dont G. Depardieu ne comprend que trop bien la nature, étant sollicité en permanence pour diverses causes rarement désintéressées.

    Depuis qu'il a protesté publiquement contre la surtaxation de ses revenus et manifesté sa sympathie pour V. Poutine, Depardieu est devenu un paria aux yeux des médias de gauche, qui le mettaient auparavant en avant comme les médias de droite mettent en avant Alain Delon. Différence notable, au contraire de Delon, Depardieu se moque complètement du cinéma, "métier qui rend con", dit-il.

    Le reportage de M. Sapin à l'Elysée est aussi plat que Cabu pouvait se montrer caustique dans le même exercice. Probablement écrasé par le symbole du Palais de l'Elysée et de son occupant, gorgés de valeurs laïques et républicaines, M. Sapin avait produit un reportage plus digne de "Spirou" que de "Charlie-Hebdo", au titre néanmoins kafkaïen : "Le Château".

    M. Sapin s'en sort mieux avec le monument Depardieu, moins sinistre que le Palais de l'Elysée. Pour autant, Depardieu ne cache pas son amertume de vivre "dans une époque de cons", où "internet donne l'impression aux gens d'être plus intelligents". L'acteur espère d'ailleurs ne pas vivre au-delà de 75 ans, pensant avoir atteint à cet âge le maximum du dégoût de la vie.

    La frénésie de voyages, de victuailles et liqueurs, de rencontres exotiques, même la sympathie pour Poutine, à la tête d'un empire neuf, non comme F. Hollande d'une vieil appareil d'Etat hyper-rodé, tout cela cache un profond ennui que M. Sapin n'a pas trop de mal à découvrir. L'acteur cause beaucoup en effet, pour ne pas dire qu'il déblatère comme un Russe (ses ennuis médiatiques viennent de là), tant que l'on a peine à croire qu'il fut muet dans sa jeunesse (où son apparence physique le faisait prendre pour un idiot, dit-il).

    Ce que la BD gagne en analyse d'une star du cinéma, petit à petit submergée par l'amertume et prisonnière de son statut plus qu'elle ne veut l'admettre, elle le perd en synthèse, cet art maîtrisé par les portraitistes officiels autrefois, au point de faire paraître encore vivants leurs sujets plusieurs siècles après leur mort. Quand le cinéma de Depardieu sera entièrement démodé (ne l'est-il pas déjà largement ?), qui voudra encore lire ce long soliloque illustré par M. Sapin ?

    Gérard ou Cinq années dans les pattes de Depardieu, par Mathieu Sapin, éds Dargaud, 2017.

  • Revue de presse BD (233)

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    + Le dessinateur Luz, après avoir jeté dans un premier temps l'éponge et pris la tangente, a retrouvé le goût, si ne n'est du débat politique, du moins de s'en moquer par la caricature. Son éditeur Futuropolis a annoncé qu'il trempe à nouveau son crayon dans le vitriol. Indirectement, cela donne raison à Riss, qui dirige désormais "Charlie-Hebdo", professant avec modestie : - Bien sûr on va continuer... d'abord parce qu'on ne sait rien faire d'autre.

    Luz a d'ailleurs été remplacé à "Charlie-Hebdo" par un caricaturiste, Juin, au style et à l'humour proches de Luz.

    + Le bédéaste Joann Sfar a réussi à "hacker" la campagne des présidentielles webzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,avril,2017,luz,juin,charlie-hebdo,caricature,emmanuel macron,line renaud,riss,joann sfar,fottorino,mélenchon,les insoumis,bhl,israël,numa sadoul,jacques martin,alix,interview,thierry groensteen,cahiers de la bd,glénat,cabu,willem,wolinski,charb,dessinet à faire parler (encore) de lui.

    En effet, après avoir feint de pencher en faveur du candidat J.-L. Mélenchon (J. Sfar avait supporté F. Hollande lors du précédent scrutin), le dessinateur a appelé à voter contre lui, stigmatisant ses prises de position russophiles, identiques à celles de Marine Le Pen. J. Sfar a provoqué ainsi un tollé chez les militants du parti des "Insoumis". J. Sfar collabore à l'hebdo "Le Un", dirigé par E. Fottorino, ex-rédacteur en chef du "Monde".

    Les convictions politiques de J. Sfar, proches de celles de BHL, partent du principe parfaitement indémontré que les Etats-Unis sont un allié indéfectible d'Israël. Le maniement de l'argument de l'antisémitisme pour éliminer des adversaires politiques, comme ce fut le cas au cours de cette campagne, est sans doute irresponsable.

    + Vue de chez nos voisins belges, l'élection du monarque français a quelque chose d'ubuesque. Aussi le cinéma bruxellois Nova a-t-il programmé entre les deux tours (demain) plusieurs films documentaires sur "Hara-Kiri", le Pr Choron, Reiser, Cavanna, qui se moquèrent pendant quelques années ouvertement de la République monarchique française, avant comme le disait le Pr Choron "de se faire couper les couilles".

    + Numa Sadoul, connu pour ses interviews-fleuves d'auteurs de BD, est
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    , qui le précéda à la direction des "Cahiers de la Bande-dessinée" (Glénat), fanzine puis magazine de critique BD.

    N. Sadoul revient sur son enfance en Afrique (Congo français), sa passion pour la bande-dessinée, le théâtre, mais aussi le bouquin qu'il consacra à une brochette de caricaturistes : Siné, Cabu, Charb, Wolinski, Pétillon, Willem, Luz, et le Belge Kroll (imposé par l'éditeur belge) ("Dessinateurs de presse") ; ce projet tombait très mal, puisque en pleine "affaire Siné", qui divisa "Charlie-Hebdo" en deux bandes rivales irréconciliables. N. Sadoul explique ainsi que Cabu et Siné ne voulaient plus se retrouver sous la même couverture (de livre).

    Dans la vignette ci-contre, Jacques Martin (Alix) s'est amusé à représenter son ami Numa Sadoul dans la peau d'un personnage ambigu.

    + L'assureur "Groupama" organise un concours de BD destiné aux amateurs ; il s'agit de raconter en quelques cases une histoire sur le thème des bêtises, bévues, boulettes... que "Groupama" répare (délai 16 juin) ; récompenses : séjours à Bruxelles, Angoulême, ou déjeuner avec un dessinateur de BD...

    + Les caricaturistes Waner et Krokus ("Siné-Mensuel", "Zébra"...) exposent leurs dessins dans l'entre-deux tours à Clichy-la-Garenne en banlieue parisienne (atelier Oblik).

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  • Revue de presse BD (230)

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    Le caricaturiste britannique Wilbur Dawbarn dessine régulièrement un poisson en guise de soutien à "Eaten Fish".

    + Un jeune immigré iranien, connu sous le nom de "Eaten Fish", reçoit le soutien de dessinateurs du monde entier depuis qu'il a entamé une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention dans l'île de Manus (depuis 2014), en compagnie de près d'un millier de demandeurs d'asile comme lui.

    "Eaten Fish" s'est plaint de mauvais traitement et de sévices sexuels. Le jeune homme avait dessiné une petite BD pour alerter l'opinion sur son sort et celui de ses compagnons d'infortune. Craignant de mourir, "Eaten Fish" a interrompu sa grève de la faim. Le gouvernement australien de Malcolm Turnbull s'est montré jusqu'ici inflexible.

    + Après avoir étrillé le dernier "Blake & Mortimer", "Le Testament de Williamwebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,avril,2017,actualité,wilbur dawbarn,eaten fish,manus,malcolm turnbull,blake et mortimer,edgar jacobs,dargaud,sterne,dessin,françois forcadell,iconovox,siné-mensuel,charlie-hebdo,cabu,reiser,félix S." (succès de librairie tiré à plusieurs centaines de milliers d'ex.), "l'Express" évoque la manière dont les albums de "Blake & Mortimer" sont fabriqués. L'entreprise de reprise de cette série d'Edgar Jacobs, fort lucrative, a déjà usé plusieurs bédéastes. L'un d'entre eux est même décédé pendant qu'il dessinait un nouvel opus (R. Sterne), sans qu'un lien de cause à effet ait pu être mis en évidence. Un bouquin, "L'Héritage Jacobs" (Dargaud), traite de cette opération commerciale.

    Le marketing intensif ne suffit pas à expliquer le succès d'une série aussi désuète, plutôt mystérieux ; peut-être est-il dû à l'atmosphère de complot qui règne dans les aventures de "Blake & Mortimer", ainsi que dans la plupart des séries cinématographiques produites aujourd'hui à la chaîne aux Etats-Unis, flirtant avec la paranoïa ambiante ?

    + François Forcadell (agence Iconovox) dans un billet d'humeur intitulé "Quel dessin de presse ?", s'en prend aux associations et sites internet qui mélangent les dessinateurs de presse professionnels et amateurs, les accusant de pourrir le métier : "(...) Problème de ce type d’association, comme d’ailleurs celui de quelques sites et festivals, c’est celui de mélanger allègrement les professionnels qui gagnent leur vie avec ce métier (de plus en plus mal) et la cohorte de dessinateurs "de presse" autoproclamés (surtout depuis le 7 janvier 2015) ne publiant nulle part mais qu’on voit beaucoup sur les réseaux sociaux, et qui, lorsque ils sont sollicités, acceptent des tarifs de parution défiant toute concurrence."

    La presse satirique va mal, c'est entendu ; "Charlie-Hebdo" est l'arbre qui cache la forêt (l'hebdo de Riss est financé par des dons faisant suite au massacre) ; mais il est plutôt mesquin d'accuser les amateurs qui pratiquent le dessin de presse, avec plus ou moins de sérieux, de gâcher la fête.

    Le déclin de la presse satirique n'a pas une cause distincte du déclin de la presse française en général ; les lecteurs ne sont pas stupides au point de ne pas voir qu'on leur vend de la publicité, le plus souvent. Ils boudent les kiosques. Par conséquent les dessinateurs de presse pros et F. Forcadell se préoccupent beaucoup de la liberté d'expression en Iran ou en Russie, mais ils sont assez indifférents au progrès de la censure dans leur propre pays.

    F. Forcadell évoque vaguement "l'inculture des médias" ; il faut préciser que le métier de rédacteur en chef a changé, en même temps que le but assigné aux journaux, d'être désormais des tracts publicitaires et politiques. La presse gratuite distribuée à la sortie du métro est le modèle vers lequel la presse tout entière tend : un produit industriel dans lequel la satire, dessinée ou non, n'a pas sa place. Le succès d'internet auprès des Français vient peut-être de ce que la presse française est la plus nulle au monde ?

    Ajoutons encore ceci : "Hara-Kiri", du temps de son succès dans les années 1970 visait déjà, non pas tant la classe politique que la presse et les journalistes. Le Pr Choron a précisé que sa fameuse Une censurée "Bal tragique à Colombey...", ne visait pas particulièrement de Gaulle ou sa famille, mais la presse française, véritable gabegie de papier imprimé, qui ramène l'écrit au rang de culture orale. Le ministre de l'Intérieur Marcellin, en charge de la censure, était trop con pour le comprendre, mais pas assez pour renouveler contre "Charlie-Hebdo" la sanction qui venait de frapper "Hara-Kiri".

    Si l'on insiste autant sur la dimension satirique de la caricature, c'est parcewebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,avril,2017,actualité,wilbur dawbarn,eaten fish,manus,malcolm turnbull,blake et mortimer,edgar jacobs,dargaud,sterne,dessin,françois forcadell,iconovox,siné-mensuel,charlie-hebdo,cabu,reiser,félix qu'elle peut avoir une fonction plus vile, polémique ou de propagande (le communiste et censeur J.-P. Sartre parle d'"art engagé" pour dissimuler la fonction religieuse de l'art stalinien, dans la droite ligne de la propagande catholique). La caricature peut aussi être mise au service d'une vengeance privée. Ainsi de quelques caricatures exécutées par la sculpteure Camille Claudel, afin de se venger de son amant Auguste Rodin qu'elle souhaitait épouser; on aperçoit l'une de ces caricatures dans un documentaire (41'50'') consacré principalement à Rodin et à la "Porte de l'Enfer", chef-d'oeuvre inachevé de l'artiste (d'après Dante), dont la plupart des oeuvres célèbres sont extraites... jusqu'à la fameuse statue en pied de Balzac, commandée par la Société des gens de lettres, avant de se rétracter devant le résultat. De fait si Rodin en était fort satisfait, son Balzac a un aspect caricatural, proche de l'art de Daumier (documentaire en replay jusqu'au 07/04 compris).

    + "Siné-Mensuel" d'avril publie en Une un dessin de... Siné. Il faut dire que pour ce type de publication, la Une est capitale pour promouvoir le numéro. Egalement affichiste, Siné excellait dans ce registre (d'où son emploi post-mortem) ; mais aussi Cabu, très polyvalent ; Reiser, avec ses formules cinglantes, faisait de bonnes unes ; ou encore Willem, Wolinski, Gébé (pour les amateurs d'art abstrait)...

    "Charlie-Hebdo" essaie quelques petits nouveaux, afin de remplacer Cabu et Charb, comme Félix dans le dernier numéro (qui ose les crayons de couleur).

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  • Revue de presse BD (227)

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    + Marin Martinie (Arts déco. Paris) succède à l'Enigmatique LB au palmarès du trophée "Presse-Citron", organisé par les étudiants de l'Ecole Estienne (Paris 13e) et décerné par un jury de dessinateurs de presse professionnels. Cette année encore le jury s'est prononcé pour un dessin en rapport avec la vie politique française, bien que les nombreux dessins envoyés abordassent des thèmes très variés.

    Tous ces dessins sont exposés à la bibliothèque Mitterrand (Bnf), accessible à tous (à condition de se soumettre aux contrôles de sécurité à l'entrée).

    + La bibliothèque nationale de France n'est pas la Sorbonne, mais quand même, le moins que l'on puisse dire c'est que ce cadre institutionnel jurait avec "Hara-Kiri", le thème choisi par l'Equipe interdisciplinaire de recherche sur l'image satirique (Eiris) pour une série d'allocutions, proposées le 15 mars à une assemblée clairsemée (une vingtaine de personnes).

    Il est vrai que la culture officielle se trempe régulièrement dans le courant de la contre-culture, auparavant ignorée voire méprisée, où elle trouve à se renouveler. Ainsi le musée Pompidou est devenu le temple de la culture bourgeoise, où les couples branchés trouvent une alternative à la messe dominicale, alors que ce musée recèle bon nombre d'oeuvres d'abord subversives.

    Ce phénomène est d'autant plus important à signaler en ce qui concerne "Hara-Kiri" ; en effet ce titre est associé au mouvement de révolte de "Mai 68", qui a fait l'objet d'une récupération politicienne intensive depuis. F. Cavanna et ses comparses ont témoigné au contraire d'un sentiment de défaite de l'esprit de "Mai 68" face au gaullisme, sentiment dont le pouvoir actuel, non moins appuyé sur l'armée et la police que le pouvoir gaulliste, nous rappelle qu'il est proche de la réalité historique.

    - Yves Frémion ("Papiers Nickelés") a exposé clairement les circonstances qui amenèrent François Cavanna (dessinateur médiocre) et Georges Bernier (alias Pr Choron, pas dessinateur du tout) à fonder LE journal satirique dessiné de référence du XXe siècle. "Charles Philipon (1800-1862) ["Le Charivari"], c'était Choron et Cavanna dans le même homme", a déclaré Y. Frémion en guise de comparaison.

    Cavanna et Choron, issus de milieux très modestes, ont été initiés au fonctionnement de la presse après-guerre par Jean Novi, promoteur avec sa femme de jeunes dessinateurs par le biais de différenteswebzine,bd,gratuit,fanzine,zébra,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,mars,2017,actualité,marin martinie,arts déco,trophée,presse-citron,dessin,école estienne,énigmatique lb,eiris,satirique,hara-kiri,yves frémion,charles philipon,cavanna,georges bernier,pr choron,jean novi,zéro,première chance,cordées,jean-claude gardes,ridiculosa,virginie vernay,topor,mric,pascal gros,dorthe landschulz,stern,titanic,eulenspiegel,siné-hebdo,marianne,mai 68,alain soral,polémiste,crif,juif publications à forts tirages ("Zéro", "Première Chance", "Cordées"), publiant des dessins d'humour et vendues par des colporteurs (dont Bernier le meilleur). Le décès de J. Novi et le tempérament entreprenant de Bernier et Cavanna les poussèrent par la suite à lancer leur propre journal, repoussant les limites de la censure (ci-contre, couverture du n°7 de "Zéro", illustrée par F. Cavanna, alias Sépia).

    Le Pr Choron expliquait par une comparaison avec le judo la ligne "bête et méchante" de "Hara-Kiri" ; il s'agissait de s'appuyer sur la bêtise et la méchanceté de la bourgeoisie et ses institutions pour les combattre.

    Y. Frémion a tenu a rappeler que le mensuel "Hara-Kiri" n'était pas un journal engagé politiquement ; de ce fait l'hebdomadaire "Charlie-Hebdo" ne découle pas directement de "Hara-Kiri", mais dérive plutôt de la "Grosse Bertha" de Ph. Val.

    Autre précision utile, celle de J.-C. Gardes (fac. de Brest), qui a indiqué que "Hara-Kiri" s'inscrivait déjà dans un contexte de déclin de la caricature dessinée. "Hara-Kiri" comblait en effet un vide creusé par la guerre.

    Outre l'influence sur "Hara-Kiri" des journaux satiriques français d'avant-guerre, tel "L'Assiette au Beurre", Frémion indique aussi l'influence du magazine américain "MAD" et son sens de l'humour absurde. R. Topor fut le représentant le plus emblématique au sein de "Hara-Kiri" de cette forme d'humour vague.

    - Ancienne collaboratrice de F. Cavanna et gardienne de sa mémoire à travers différents ouvrages, Virginie Vernay a, de son côté, insisté sur l'amitié entre F. Cavanna et le Pr Choron, qui suppléa au manque de moyens et d'expérience de ces deux aventuriers.

    Cavanna avait le flair pour dénicher de jeunes talents, à commencer par Reiser. Il eût parfois sur ses jeunes recrues une influence décisive : G. Wolinski, surnommé "petite culotte au vent" par Cavanna, abandonna ainsi son style méticuleux sur le conseil de son rédac' chef.

    On a souvent tendance à confondre le mensuel "Hara-Kiri" (-1960), et l'hebdomadaire plus politique (-1969), qui renaîtra après la censure sous le nom de "Charlie-Hebdo" ; en effet Cavanna et Choron publiaient un mensuel de BD, "Charlie", dont Wolinski était le rédac-chef. Pour tromper la censure, une fois devenu "Charlie-Hebdo", des planches de Charles Schulz ("Snoopy") seront encore publiées.

    - Jean-Claude Gardes, président de l'Eiris, avaient invité trois dessinateurs de presse : MRic ("Siné-Mensuel"), Pascal Gros ("Marianne"), dont une jeune dessinatrice allemande installée en Bretagne, Dorthe Landschultz ("Titanic", "Eulenspiegel" et le magazine "Stern").

    Ces dessinateurs de presse étaient invités à témoigner de leur formation, de leur expérience et de leurs influences. D. Landschulz a émis l'hypothèse que la satire vigoureuse, voire violente, telle qu'elle est pratiquée en France, est peut-être taboue en Allemagne à cause du souvenir du régime nazi ? Plutôt que "dessinateurs de presse", les dessinateurs allemands préfèrent se dire "Witzzeichner" (dessinateurs de gags).

    - Ces conférences feront l'objet d'une publication ultérieurement dans la revue "Ridiculosa" (organe de l'Eiris).

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    Dessin de Dorthe Landschulz (- Ma pétition en ligne contre le brocoli a atteint plus de 100.000 signataires ; - M'en fous, tu manges ce qui est dans ton assiette !)

    + Jean-Yves Brouard consacre une enquête dans le mensuel dBD (févrierwebzine,bd,gratuit,fanzine,zébra,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,mars,2017,actualité,arts déco,trophée,presse-citron,dessin,école estienne,énigmatique lb,marin martinie,eiris,satirique,hara-kiri,yves frémion,cavanna,georges bernier,pr choron,jean-claude gardes,virginie vernay,topor,mric,pascal gros,dorthe landschulz,stern,titanic,eulenspiegel,siné-hebdo,marianne,mai 68,dbd,jean-yves brouard,bled,cabu,martial,tam,malouines,censure,alain soral,crif,juif,charles philipon 2017) à l'utilisation de la BD par le service de propagande de l'armée française, au travers de ses publications "Bled" (hebdo), puis "TAM" (pour Terre, Air, Mer). Comme on peut s'y attendre, rien de très satirique là-dedans, ces publications souvent rédigées et conçues par des appelés du contingent ne publiant que des BD "édifiantes" ou des enquêtes policières menées par la gendarmerie. Pour l'anecdote, J.-Y. Brouard rappelle que Cabu dessina des gags pour "Bled" pendant son service militaire en Algérie, même si l'on sait que la guerre d'Algérie détermina le caricaturiste dans le choix d'une carrière de dessinateur satirique.

    Autre contribution humoristique, celle du dessinateur... Martial (ci-contre).

    J.-Y. Brouard mentionne deux cas de censure : - l'un touchant un projet de BD sur la guerre des Malouines et l'utilisation d'avions "Super-Etendard" français par l'armée argentine. L'armée française formant discrètement les Argentins à l'usage de nos missiles, on craignait sans doute de provoquer ainsi une réaction anglaise. Autre cas plus intéressant, la censure d'une BD relatant un crime de guerre commis par l'armée américaine pendant la 2nde guerre mondiale contre la marine militaire allemande et les marins italiens et anglais au secours desquels les Allemands s'étaient portés. Ronald Reagan étant en tournée diplomatique en France, le service de propagande de l'armée française craignit de provoquer ainsi un incident diplomatique. 

    + Le polémiste Alain Soral vient d'être condamné à trois mois de prison ferme pour "contestation de crime contre l'humanité" et "injure raciale" par un tribunal correctionnel de Paris, saisi d'une plainte de l'Union des étudiants Juifs de France et de la Licra ; en cause, un dessin publié par Alain Soral sur son site "Egalité et Réconciliation", qui fait non seulement allusion à la shoah, mais aussi à la Une de "Charlie-Hebdo" représentant le chanteur Stromae, dessin faisant suite à un attentat à l'aéroport de Bruxelles.

    Il y a sans doute un côté ubuesque ou bipolaire chez Alain Soral, qui a récemment molesté publiquement... un partisan xénophobe de l'expulsion de tous les immigrés d'origine africaine. On peut également trouver absurde tout ou partie de ses propos complotistes ; mais il est sans doute plus absurde encore de déléguer à une poignée de magistrats le pouvoir de décréter ce qui est couvert par la "liberté d'expression" et ce qui ne l'est pas.

    Aussi violent soit-il, A. Soral est un type assez isolé : il convient de rappeler que la déportation massive des Juifs est le fait d'un appareil d'Etat tout entier et, ainsi que le diagnostiqua H. Arendt, d'un esprit de soumission généralisé à cet appareil d'Etat, qui conduisit la plupart des fonctionnaires à exécuter les ordres qu'ils avaient reçus sans se poser de questions.