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  • Revue de presse BD (254)

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    + Après Isadora Duncan et Picasso, en tandem avec Julie Birmant, Clément Oubrerie s'attaque en solo à l'ambitieux projet de faire le portrait de Voltaire et son siècle en BD... quitte à égratigner une icône républicaine?

    Dans une interview donnée à ActuaBD, Clément Oubrerie se défend de faire un travail de biographe. Il dit s'appuyer sur les travaux d'Arlette Farge ("Paris au Siècle des Lumières") pour peindre un XVIIIe siècle crédible.

    + Il ne reste plus que quelques minutes aux dessinateurs de presse pour concourir au "Prix international du Dessin de presse pour les Droits de l'Homme", parrainé par "United Sketches". Les concours de dessin de presse sont plutôt rares et la plupart du temps moins bien dotés que ce dernier (plusieurs milliers d'euros).

    Le thème des Droits de l'Homme interpelle, car le premier esprit satirique venu observera que les sociétés fondées sur le droit humanitaire sont loin d'atteindre l'objectif égalitaire qu'elles se fixent. Cela explique en grande partie le regain de la ou des religions, et ce d'autant plus qu'elles ne sont pas compromises avec les "valeurs occidentales".

    + La publication de "Charlie-Hebdo" en allemand, faute de lecteurs enwebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,novembre,2017,arlette farge,clément oubrerie,voltaire,actuabd,paris,lumières,marx,charlie-hebdo,allemand,united sketches,dessin,sobd,suisse,quentin duckit nombre suffisant, a été interrompue au bout d'un an. Cette initiative originale semblait condamnée à l'avance. D'une certaine façon, l'engouement du public allemand pour le numéro spécial de "Charlie-Hebdo", paru après le massacre d'une partie des dessinateurs, indiquait peut-être plus le goût du public allemand pour les enterrements que pour la satire.

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    Gag d'Andreas Kündig, auteur suisse exposé au SOBD 2017

    + Le prochain salon SoBD, dédié aux petits éditeurs de BD indépendants (8-10 déc. à la Halle des Blancs Manteaux, Paris 4e) mettra cette année la production suisse à l'honneur.

    Est aussi programmé lors de ce salon un colloque sur les fanzines, la persistance de ce mode d'édition à l'heure d'internet et les motivations des producteurs de fanzines (dimanche, de 15h à 17h30).

    + Les fanzines sont parfois des publications luxueuses, grâce aux machines mises à la disposition des élèves d'écoles formant aux techniques d'imprimerie. Tels les fanzines "Nyctalope" ou "Psoriasis" auxquels a contribué le talentueux illustrateur Quentin Duckit (ci-dessous).

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  • Manifeste pour la Librairie

    Les difficultés économiques que rencontrent les libraires ne datent pas d'aujourd'hui. Désormais ce sont leswebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,manieste,librairie,denis mollat,michel onfray,karl marx,dominique bourgois,josyane savigneau,fnac,amazon,borders,faillite,crise,philosophie,lumières supermarchés du livre, du type Fnac, que la concurrence du géant américain Amazon contraint de changer d'activité. Aux Etats-Unis en 2011, la grande chaîne de distribution de livres & produits culturels Borders a connu une faillite retentissante.

    Il y aurait beaucoup à dire sur le processus autodestructeur de l'économie capitaliste, si Karl Marx ne l'avait pas déjà écrit il y a un siècle et demi ("Le Capital est le pire ennemi du Capital"). Il y a en France plusieurs millions de lecteurs, mais combien lisent vraiment ?

    Denis Mollat, patron d'une grosse librairie bordelaise qui porte son nom, publie dans ce contexte de crise un "Manifeste pour la Librairie" (éd. "autrement") et, en caractères plus petits, comme avec moins de conviction : "...et les Lecteurs". Lecteurs et libraires sont-ils vraiment dans le même bateau ? rien n'est moins sûr. 

    D. Mollat a convoqué pour servir cette cause quelques écrivains et journalistes : Michel Onfray, Dominique Bourgois, Bruno Racine, Josyane Savigneau... Ces derniers ont en charge toute la partie mystique : le parfum des librairies, le plaisir de tourner les pages, bref la confiture proustienne habituelle.

    M. Onfray se tire de l'exercice avec un poème -didactique en diable- racontant la vie de Gutenberg ; tandis que le patron de la librairie Mollat, de père en fils, ouvre au public les coulisses du métier d'entrepreneur spécialisé dans la vente de livres. C'est là le chapitre le moins mystique, donc le plus lisible. D. Mollat ne cache pas qu'il dirige d'abord une affaire. Un commerçant astucieux, selon lui, ne doit pas craindre la concurrence et les nouveaux modes de distribution de son produit-phare ; Internet ne fait pas peur à D. Mollat ; un bon libraire doit savoir s'adapter.

    Bref, Denis Mollat est un entrepreneur et, en tant que tel, il se doit de tenir un discours optimiste. Sa librairie bordelaise ne connaît d'ailleurs par la crise. Du coup, le manifeste fait "pschiitt !" dès le début : la mayonnaise nostalgique ne prend pas. Ce manifeste vient s'ajouter à la très haute pile des bouquins pas vraiment indispensables.

    C'est dommage, car il y aurait sans doute beaucoup à dire sur la façon dont les livres sont distribués et vendus en France - la façon dont les bibliothèques publiques portent certains éditeurs ou certains auteurs à bout de bras, par exemple.

    Quant au critère du "plaisir" - plaisir de lire, de tourner les pages, de humer le parfum de la libraire, etc. - il est très intellectuel, mais aussi très mercantile. C'est un critère trop subjectif pour pouvoir fonder la critique littéraire ; cette référence au plaisir de lire marque d'ailleurs une rupture nette avec l'idéal émancipateur des Lumières.

    Manifeste pour la Librairie... et les lecteurs, par Denis Mollat & Cie, éd. "autrement", 2016.

  • Dictionnaire Rousseau

    Jean-Paul Narcy propose un "Dictionnaire Rousseau" (éds Atlande), trouvant une justification à cettewebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,dictionnaire,jean-jacques rousseau,jean-paul narcy,diderot,lumières,calviniste,chrétien,augustin d'hippone,molière,contrat social entreprise éditoriale dans le tempérament de J.-J. Rousseau (1712-78), pédagogue enthousiaste. Il ne s'agit pas de l'un de ces "dictionnaires amoureux" à la mode, souvent légers malgré leur poids, mais d'une tentative pour présenter la pensée de J.-J. Rousseau de façon compacte en même temps qu'étayée. L'auteur a fait l'école polytechnique et son ouvrage est par conséquent structuré, proposant plusieurs portes d'entrée dans l'oeuvre protéiforme de Rousseau (essais, autobiographie, romans, correspondance privée, etc.) :

    "La première catégorie de la typologie est faite des mots chers à J.J. Par exemple : Conscience, fête, moralité, vérité.

    La deuxième catégorie est bâtie autour de ce que l'on pourrait appeler les subtilités de la philosophie : exister, penser, sentir, temps.

    Les deux classes suivantes de fragments ont trait, respectivement, à la politique et à la religion : économie politique, finance, souveraineté, volonté générale ; blasphème, fanatique, providence, secte.

    Une autre classe concerne la nature : eau, forêt, saison, vert."

    Etc."

    Grâce à ses "Confessions", au style enlevé et souvent cocasses, J.-J. Rousseau est encore largement lu ; si ce n'est sa philosophie, sa personnalité demeure familière grâce à cette autobiographie chrétienne. Par ailleurs l'institution scolaire a statufié Rousseau, aux côtés des "philosophes des Lumières" que sont Voltaire et Diderot, invitant les collégiens et lycéens au culte et à l'invocation de "l'esprit des Lumières", bien plus qu'à la critique ou la réflexion. Ce nouveau "Dictionnaire Rousseau" donne l'occasion de creuser au-delà de l'image d'Epinal et des idées superficielles sur Rousseau.

    On peut aussi vérifier si J.-J. Rousseau est le prêtre fondamentaliste de l'égalité et de la liberté, fustigé par la critique réactionnaire, car censé avoir allumé la mèche du terrorisme sanglant des sans-culottes et de la Convention ?

    Examinons par exemple une idée caractéristique, l'idée d'égalité.

    "Egalité : A l'égard de l'égalité, il ne faut pas entendre par ce mot que les degrés de puissance et de richesse soient absolument les mêmes, mais que, quant à la puissance, elle soit au-dessous de toute violence et ne s'exerce jamais qu'en vertu du rang et des lois, et quant à la richesse, que nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter une autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre."

    On constate dans cet extrait de "Du Contrat social" (1762) que, contrairement à certains idéologues contemporains, Rousseau ne conçoit pas l'égalité comme un but, mais comme un tempérament à la violence de la nature, qui imprime nécessairement sa marque sur les sociétés. La référence de Rousseau au modèle antique ne permet pas d'en faire le précurseur des grandes démocraties totalitaires modernes, communistes, fascistes ou capitalistes, où l'égalité devient le prétexte de l'uniformisation.

    Mais, comme les Lumières et la révolution de 1789 ont été suivies de peu par une période d'esclavage et de violence d'une intensité extraordinaire, principalement dues au colonialisme et à l'industrialisation de l'Europe au XIXe et XXe siècles, on trouve en revanche Rousseau peu visionnaire sur le plan politique.

    Pas de prémonition en effet, dans les articles touchant au droit et à la politique, du tour tragique de la mondialisation à venir, conséquence du progrès technique, qui a plongé aux XIXe et XXe siècles l'humanité dans un cauchemar infernal. Après coup, le conseil de Rousseau d'imiter la vertu républicaine antique peut sembler dérisoire.

    Si cette vertu, tant vantée par les philosophes des Lumières, est aujourd'hui bannie du vocabulaire politique, c'est d'abord pour des raisons économiques et politiques que Rousseau ne soupçonnait pas.

    Sur le plan religieux, différents articles du dictionnaire confirment que Rousseau, comme beaucoup de ses compatriotes genevois, était un calviniste sincère. Ainsi son puritanisme lui fait craindre la mauvaise influence morale des pièces de Molière, en même temps qu'il reconnaît leur force comique. Du moins Rousseau est-il plus sincère et entier que son ami catholique Diderot, à qui Rousseau reprochera le commerce avec les puissants de ce monde ("les méchants") et avec qui il finira par rompre.

    On est d'ailleurs surpris d'autant d'intérêt pour les questions politiques et morales, ou "sociales" comme on dit aujourd'hui, de la part d'un philosophe chrétien, qui se place avec ses "Confessions" dans la lignée d'Augustin d'Hippone, fameux théologien chrétien du IVe-Ve s. Ce dernier proclame son indifférence des questions temporelles, au motif que "le royaume de Dieu n'est pas de ce monde" (Cf. "Sermon sur la chute de Rome"). Si Rousseau semble mesurer le danger de la théocratie, ses idées réformatrices paraissent tout de même imprégnés à la fois d'idéaux chrétiens (il exprime souvent son horreur de la violence) et de la formule municipale genevoise, aussi peu adaptée que la démocratie athénienne aux gigantesques empires modernes.

    L'ouvrage est complété par une brève biographie chronologique utile de J.-J. Rousseau.

    Dictionnaire Rousseau, par Jean-Paul Narcy, éd. Atlande, 2016.

  • Fier d'être Français

    par l'Enigmatique LB

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  • Hautes Oeuvres***

    Les BD de Simon Hureau («Le Massacre», «Crève Saucisse») se démarquent de la pléthore d’albums webzine,bd,gratuit,fanzine,zébra,bande-dessinée,kritik,critique,hautes oeuvres,humanisme,lumières,françaises,sade,violence,françois-robert damiens,la boîte à bulles,simon hureau,louis xv,napoléon,le massacre,crève saucisse
    publiés grâce à leurs thèmes originaux et un style de dessin peu commun (proche cependant du style de Plantu, en moins mollasson) ; une «différence» qui n’est pas forcément gage de succès commercial, à l’ère du marketing et de la culture de masse.

    La Boîte à Bulles vient de rééditer «Hautes Œuvres», dont le scénario se déploie de façon presque circulaire autour de l’exécution du célèbre François-Robert Damiens (1715-1757), auteur d’une tentative de régicide contre la personne de Louis XV.

    La BD de S. Hureau souligne la dimension de spectacle dionysiaque des exécutions en place publique, dont la violence érotique magnétisait le public autant que n’importe quel carnaval ou défilé militaire. «Hautes Œuvres» vaut pour ce rappel de la bestialité sociale, que les idéologies totalitaires du XIXe siècle se sont efforcé d’occulter derrière leurs utopies progressistes; l’idéologie libérale, notamment, en propageant l’idée de «liberté sexuelle» de la manière la plus sournoise; ou le nazisme à travers la théorie de l’amélioration biologique de la race humaine. Ce type de rappel est préférable aux cris d’orfraie hypocrites consécutifs à la violence conjugale de tel chanteur populaire, ou aux débordements libidineux de tel politicien ambitieux.

    Du moins dans la littérature du marquis de Sade, évoqué dans cette BD, l’apologie du viol et de la torture est-elle franche, et non larvée et insidieuse comme dans certains types de divertissements modernes, ou comme la violence des riches dominants (de nature érotique également). On pense également à Nietzsche, dont l’incitation réactionnaire à un retour à la domination des faibles par les forts a le mérite d’être posée clairement, permettant à celui qui n’adhère à ce régime de castes de s’y opposer plus facilement qu’à une violence bourgeoise plus souterraine.

    Le scénario ironise sur le contraste entre cette exécution d’une cruauté extraordinaire et la réputation «d’âge d’or» du Siècle des Lumières, non seulement dans le domaine des arts et des lettres, mais aussi, faut-il le rappeler, dans le domaine de la politique, puisque le règne de Louis XV fut précédé par le régime de fer de Louis XIV, et suivi par le régime sanglant de Napoléon et les temps modernes d’industrialisation barbare. Le sous-titre : « Petit traité d’humanisme à la Française », est sans doute pour indiquer qu’il est préférable, en matière d’humanisme, ne pas s’endormir sur des lauriers remportés par d’autres.

    L’autre suggestion de cette BD est celle d’une métamorphose de la violence sociale, comparable à celle que l’art a connue, passant de méthodes à la fois plus artisanales et plus brutales, mais aussi plus circonscrites, à des méthodes désormais quasiment industrielles mais non moins létales.

     

     Hautes Œuvres, par Simon Hureau, La Boîte à Bulles, 2013.