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tomi ungerer

  • Revue de presse BD (460)

    Abonnez-vous gratuitement à la revue de presse BD et caricature Zébra sur Beehiiv.

    (Vous la recevrez directement dans votre boîte e-mail.)

    - Au programme cette quinzaine :  1. Riad Sattouf, un grand prix mérité ; 2. Alfred Jarry journaliste au "Canard Sauvage" ; 3. Albert Camus pour les Nuls, par J. Ferrandez ; 4. L'étrange hommage de Mathieu Sapin à Tomi Ungerer ; 5. Caricatures par Sempé, Kroll, Guy Venables & Zombi.

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    (caricature par Zombi)

    L'Arabe du Mois

    Quel auteur de bande dessinée contemporain méritait mieux que Riad Sattouf d’être honoré d’un grand prix par ses pair.e.s ?

    Songez que Riad Sattouf n’a même pas eu besoin d’un scandale public ou d’une grossière provocation pour faire connaître ses bouquins, comme Salman Rushdie ou Michel Houellebecq. Il doit son succès au bouche-à-oreille.

    Et Riad Sattouf n’a plagié personne, contrairement à la plupart des économistes, des sociologues et des auteurs de science-fiction dont les ouvrages neufs (mais point originaux) encombrent les rayons des librairies.

    Riad Sattouf ne dessine pas non plus de femmes partiellement ou entièrement dénudées, suivant la recette convenue de la bande dessinée pour adultes hétérosexuelle, homosexuelle ou transsexuelle.

    Riad Sattouf n'imite pas le grand maître Hergé, ou si peu. Car son humour ne s'adresse pas aux enfants belges de 7 à 77 ans ; la « ligne claire » de Hergé, inspirée du dessin animé, n’est pas la technique de Sattouf.

    Riad Sattouf n’est même pas une femme !

    Pour toutes ces raisons, on pardonne à R. Sattouf de donner systématiquement en interview les réponses politiquement correctes que les journalistes attendent de lui (sur ce plan-là, M. Houellebecq est bien meilleur).

    (suite de la revue de presse sur Beehiiv)

  • Revue de presse BD (308)

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    + La presse française, nationale ou régionale, n'a pas parue très inspirée au moment d'honorer la mémoire de Tomi Ungerer (disparu le 9 février). La plupart des journaux ont évoqué de façon répétitive son carton "Les Trois Brigands", publié par l'Ecole des Loisirs, qui laisse à beaucoup de bambin-e-s un souvenir impérissable.

    Rappelons ici l'effort de Tomi Ungerer pour ne pas se laisser emprisonner dans la "littérature de genre", qui va grosso modo d'Alexandre Dumas à Hergé en passant par la Comtesse de Ségur.

    Le prétexte éducatif (ou féministe) parfois sincère de cette littérature typiquement bourgeoise masque un déni de la réalité caractéristique ; cette culture rassurante n'est pas loin de la religion, aussi dénuée soit la littérature de genre de motif confessionnel apparent.

    L'effort de Tomi Ungerer pour se distinguer est largement responsable de l'échec d'une carrière entamée aux Etats-Unis sur les chapeaux de roue, que l'artiste semble avoir pris un malin plaisir à briser comme un gosse brise le jouet qui a cessé de le délasser. La satire soviétique de la société américaine semble en effet bien mollassonne au regard des traits d'Ungerer. Qu'il s'agisse du féminisme, des droits de l'Homme humanistes, de l'antiracisme, de l'optimisme, de la sexualité heureuse... pas un seul des bibelots rutilants de la vitrine américaine n'a échappé au massacre de Tomi Ungerer (ill. ci-dessus extraite de "The Party" (1966), réédité par Les Cahiers dessinés).

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    (caricature de Chappatte dans "Le Canard enchaîné")

    + On reproche parfois au "Canard Enchaîné" son point de vue excessivement franco-français, pour ne pas dire "chauvin" ; cela comporte un risque de décalage à l'heure de la mondialisation où la notion de "politique intérieure" est dépassée, par conséquent les querelles politiciennes intestines un gaspillage supplémentaire de ressources.

    La rédaction du "Canard" cherche peut-être à pallier ce problème en s'attachant les services du caricaturiste (Patrick) Chappatte ? Les journaux américain ("International Herald Tribune"), suisse ("Le Temps") et allemand ("Spiegel") publient les dessins de ce caricaturiste né au Pakistan depuis des lustres.

    Chappatte signe donc depuis quelques semaines des dessins dans le "Canard". On sait le penchant des Français à donner des leçons de morale au monde entier, penchant qui trouve son origine dans la culture nationaliste enseignée à l'école. A plusieurs reprises ces dernières années les dessins de Chappatte ont montré qu'il a du recul sur cette culture "franco-française". Rien de tel qu'un étranger à la religion locale pour en montrer le ridicule et les travers.

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    + "Expérimentation", publié par l'association libanaise Samandal, a remporté en janvier dernier le prix du fanzine décerné chaque année lors du festival d'Angoulême. Chapeautées par Alex Baladi, les expérimentations des auteurs de ce collectif beyrouthin trahissent l'influence d'autres expérimentations publiées il y a une trentaine d'années en Europe francophone par de petites maisons d'édition indépendantes comme "L'Association", "Cornélius", "Atrabile" (Suisse)...

    Comme il se fait sentir sur la bande dessinée pour ados, le tropisme de l'album ou du livre se fait sentir aussi sur les fanzines, désormais souvent distribués en librairie au rayon BD.

    + Il reste encore quelques jours aux étudiants pour envoyer leurs meilleures caricatures à l'école Estienne (Paris XIIIe) qui organise dans le cadre de la semaine de la presse le trophée "Presse-Citron" de la meilleure caricature (jusqu'au 13 mars).

    L'originalité de ce concours, assorti depuis quelques années d'une bourse, est de soumettre les dessins de caricaturistes débutants au vote d'un jury de caricaturistes expérimentés.

  • Revue de presse BD (305)

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    Gilets jaunes à l'oeil, par KROKUS (aussi dans "Siné-mensuel")

    + Caméra au poing, le député F. Ruffin est allé à la rencontre des Gilets jaunes sur les ronds-points dans le but de faire un film et de comprendre ce mouvement qui a surpris plus d'un militant politique.

    Il raconte dans "Les Cahiers du Cinéma" (février) avoir reçu un accueil mitigé : - Les syndicats, les politiques, on veut pas vous voir.

    Et F. Ruffin de préciser : - J'ai négocié pour commencer le tournage sur un rond-point à Amiens-Nord où il y avait une situation super. Mais nul n'est prophète en son pays : ils ont voté et dit : "Non, il n'y aura pas d'images, s'il veut filmer les gens, il peut, mais seulement chez eux..." J'étais bienvenu à titre personnel mais en tant que député avec une caméra, c'était niet !

    Si ce n'est sur les ronds-points, Ruffin a pu filmer certains Gilets jaunes à leur domicile.

    - Dans notre film, on arrive sur une rond-point où on voit un immense portrait d'un gilet jaune. C'est le rôle de l'art : une intervention artistique qui donne une fierté aux gens, un espèce de totem qui les symbolise et qu'ils vont défendre. Mais la police a cassé cette oeuvre, c'est un autodafé artistique.

    Qu'est-ce qui se passerait si j'allais à la fondation Louis Vuitton de Bernard Arnault pour casser ses oeuvres ? (...)

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    + Le couple de sociologues, M. & Mme Pinçon-Charlot, auteurs d'un ouvrage sur la "violence des riches" (2013), a récemment été accusé de "richophobie" par le quotidien "Les Echos".

    "Le Monde" à son tour reproche aux Pinçon-Charlot leur manque de "scientificité" (sic). A en croire l'auteur de l'article, Florent Georgesco, leurs ouvrages bafoueraient la méthode sociologique.

    A propos de la richesse, Molière a produit une description psychologique d'une grande finesse puisque elle comprend la dimension métaphysique ou fantasmatique de la richesse. L'avare Harpagon ne possède pas seulement une cassette pleine d'or, il est aussi possédé par elle au point de ne plus s'appartenir, comme on disait autrefois des personnes aliénées.

    Il y a là une clef importante pour comprendre la violence de la culture bourgeoise. Quelques trissotins du CNRS peuvent bien contester la scientificité de Molière, cela n'enlève rien à la justesse de sa psychologie ni à la fortune critique de Molière.

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    "Psikopat" d'octobre 2018 et sa couverture prémonitoire (par Carali).

    + Le magazine "Les Inrockuptibles" a demandé à Mélaka de s'expliquer sur la disparition du magazine de BD "Psikopat" qu'elle dirigeait. Il lui a demandé aussi si elle voyait des éléments positifs dans la situation actuelle de la presse écrite.

    - Les éléments positifs de la disparition de la presse ? Euh, toute la pollution en moins ? Les routes débarrassées d'un certain nombre de camions ? La possibilité d'avoir les mêmes plaisirs de lecture, mais en dématérialisé ? Par sa tablette, son portable ? Consultable partout, tout le temps ? Non contingenté par aucune contrainte physique ? (...)

    - Pour moi, c'est clair, la presse papier n'a pas d'avenir.

    Les propos de Mélaka trahissent une forme de dégoût de la chose imprimée. Internet est placé au banc des accusés comme à chaque fois que l'on évoque la faillite de la presse écrite. En réalité la presse écrite était déjà morte avant la naissance d'Internet. Comment reprocher le désintérêt pour "la vie démocratique" aux Français quand il n'y a plus qu'un cadavre agité par des poulies et des courroies de transmission en fait de "vie démocratique" ?

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    (Hommage par Fred Sochard)

    Le grand Tomi Ungerer est mort cette semaine dans son sommeil à l'âge de 87 ans. Grand, Ungerer l'était par la taille, mais surtout par la renommée puisqu'il était considéré comme l'un des deux ou trois meilleurs illustrateurs de livres pour enfants en activité. Les catholiques, les protestants, les Français, les Irlandais, les européistes et les érotomanes revendiquent déjà son héritage.

    Ce qui n'est pas donné à tous les dessinateurs en vieillissant, Ungerer a pu s'adonner à son art jusqu'à la fin. Il venait juste de s'épancher dans une longue interview donnée à "Libération".

  • Revue de presse BD (298)

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    Caricature de Souch (Réunion)

    + Le mouvement des Gilets jaunes a le don de souligner que la presse française est entièrement soumise à la règle du jeu politicien. Elle l'est en temps ordinaire, mais son rôle de dispersion de la foule, analogue au rôle dévolu aux forces de l'ordre, apparaît plus nettement en cette période de crise. Pas de grenades, mais des mots, des insultes pour disperser les plus impressionnables : "antisémite", "homophobe", "complotiste", "rouge-brun", tout l'arsenal y passe.

    Cette fonction assignée à la presse explique le désintérêt des Français à son égard, grandissant au cours des dernières décennies, et l'engouement pour les blogs et les "réseaux sociaux" qui jouent désormais le rôle d'agitateurs d'idées. Le polémiste réactionnaire Rivarol voyait à la fin du XVIIIe siècle dans la multiplication des "cafés" où l'on débattait librement un danger pour la monarchie française. Le même danger est pointé aujourd'hui dans les "réseaux sociaux" par les actionnaires du régime.

    Si la loi du marché s'appliquait, les étalages des kiosques à journaux seraient vides. "Le Parisien", journal parmi les plus conformistes qui soient, vient justement d'être renfloué à hauteur de 80 millions d'euros par son propriétaire LVMH.

    L'étiolement de la satire et de la caricature n'est donc pas le fruit du hasard. Non seulement la satire n'est pas adaptée à cette fonction de propagande, mais les directeurs des grands journaux se préoccupent peu d'avoir des lecteurs.

    Disons-le autrement : l'absence de réclames ne fait pas forcément un bon journal, mais un bon journal se passe de réclames, suivant la recette de "Charlie-Hebdo" à ses débuts.

    + A 86 ans, Tomi Ungerer prouve qu'il est toujours un aussi "bon client" en interview. Du long entretien webzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,décembre,2018,gilets jaunes,lvmh,parisien,charlie-hebdo,tomi ungerer,the party,ni oui ni non,libération,irlande,apocalypse,satirequ'il a accordé à "Libération" (20 déc.) ressort l'attachement du dessinateur satirique à l'Irlande, son pays d'adoption : "Je me sens à l'étranger en France. Je l'ai quittée en 1956. Si je la critique beaucoup, je la préfère aux Etats-Unis. Je suis en Irlande depuis quarante-sept ans. C'est un pays sans arrogance, sans différence entre classes sociales. Vous pouvez parler avec un chirurgien ou un universitaire comme avec un paysan."

    Celui qui se dit tyrannisé par l'esprit créatif qui l'anime a publié au printemps dernier un petit traité philosophique à l'usage des enfants ("Ni oui ni non") ; parfaitement trilingue, il écrit toujours en anglais ses livres pour enfants.

    Il commente la réédition du recueil de dessins satiriques "The Party" (éds Les Cahiers dessinés) : "Ma deuxième femme aux Etats-Unis était une vraie snob littéraire. Deux à trois fois par semaine, on avait des party où j'ai rencontré tout le monde (...). Elles m'ont écoeuré et ce livre est inspiré des revues sur cette société (...). Mais il était trop féroce, je n'ai pas trouvé d'éditeur (...).

    - En combien de temps avez-vous réalisé "The Party" ?

    En une semaine, d'une seule traite. J'ai d'abord dessiné puis ajouté les textes. Je fais mes livres à toute vitesse pour m'en débarrasser. Après, je ne veux plus les voir.

    Pourquoi ?

    J'ai un complexe d'infériorité vis-à-vis de mon travail.

    T. Ungerer annonce en outre avoir renoncé au genre satirique et préparer un ouvrage sur l'Apocalypse : "Je suis allé aussi loin que possible dans la satire. (...) Il y a aussi le fait que nous sommes dans un monde irréparable, dans l'Apocalypse, sujet de mon prochain livre."

    Le prolongement de la satire par l'Apocalypse est assez logique, sachant que Tomi Ungerer cultive le désespoir : "Je vous assure qu'on pourrait remplacer toutes les muses par le désespoir."

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    (A noter l'expo-vente de dessins jusqu'au 12 janvier à la Galerie Martel-Paris 10e)

  • Pensées secrètes***

    Tomi Ungerer doit avant tout sa notoriété internationale à ses contes illustrés pour enfants, qui défient leswebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,pensées secrètes,tomi ungerer,cahiers dessinés,couple,amour lois de la pédagogie ("Les Trois Brigands", "Le Géant de Zéralda"...). Le dessinateur alsacien a contribué à lancer avec quelques confrères anglo-saxons la mode des contes impertinents.

    Mais il s'agit ici de dessins satiriques destinés aux adultes. Extraites du carnet du dessinateur, ces caricatures étaient difficilement publiables dans la presse, d'où le titre de la première publication en anglais de ce recueil: "The Underground Sketchbook" (1964).

    Le regard ironique d'Ungerer se concentre ici surtout sur les relations amoureuses, dont il prend un malin plaisir à souligner les aspects comiques, au stade de la séduction ou de la consommation. Comme l'amour rend aveugle, l'observateur doué d'esprit satirique se situe forcément à l'opposé du type amoureux.

    Ungerer adopte un point de vue moral presque classique ; en effet depuis l'Antiquité les moralistes s'emploient à dissiper les illusions amoureuses, dont les jeunes gens sont notamment victimes à cause de leur inexpérience ; les sirènes de la société de consommation rendent désormais cette philosophie quasiment inaudible.

    Plus originale s'avère l'illustration de la violence qui se cache derrière les relations amoureuses. Caricaturé par Ungerer, le couple n'est pas seulement risible, il est aussi un mélange de cruauté et de masochisme dégoûtant. Les dessins d'Ungerer sont aussi grinçants quand ils établissent un parallèle entre la sexualité et la mécanique.

    On note que le cynisme (au sens philosophique) d'Ungerer ne l'a pas empêché de militer pour le mariage heureux de l'Allemagne et de la France... comme certains enfants de couples divorcés rêvent que leurs parents se remettent ensemble, peut-être ? Ungerer subit en effet lorsqu'il était enfant en Alsace les conséquences de la guerre entre l'Allemagne et la France.

    Cela prouve que l'illusion sentimentale ne se loge pas seulement au niveau du couple et des relations sexuelles, mais qu'elle peut s'emparer aussi de personnes moins naïves et les enchaîner de la même façon.

    Pensées secrètes, par Tomi Ungerer, éd. Les Cahiers dessinés, 2016.

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  • The New-Yorker-La France et les Français***

    Il s'agit ici d'un recueil de 200 dessins tirés de l'hebdomadaire satirique américain "The New-Yorker", traduitswebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,kritik,new-yorker,dessin,presse,satirique,france,français,jean-loup chiflet,new-york,cabu,tomi ungerer,booth,états-unis,arno,editorial cartoon
     et présentés par Jean-Louis Chiflet (une version plus exhaustive a été publiée dans une autre collection).

    "La France et les Français" est un surtitre trompeur, car sont caricaturés ici tout autant, si ce n'est plus que les Français, les touristes américains. Comme le touriste est, par définition, un type plein de préjugés, cela permet de faire le tour des clichés sur ces deux nations, leurs ressortissants et ce qui les oppose.

    Du point de vue américain, les Français sont incroyablement minces, bourrus (pour ne pas dire hostiles), contents d'eux-mêmes, futiles (partagés entre leur passion pour la mode et leur passion pour la gastronomie), légèrement arriérés et surtout dotés des services de taxi les moins bien conçus du monde.

    Quant aux Américains ils ont tendance à croire que le monde vient de naître comme les Etats-Unis, à être plutôt pudibonds (le dévergondage à la française est une véritable attraction touristique), et à se délecter du nom des vins et leurs consonances plutôt que de leur substance. Il est vrai que ces Américains ne sont pas représentatifs, puisque ce ne sont là que des touristes new-yorkais plutôt aisés.

    La fresque est chronologique puisque les dessins sont classés par dates, en partant d'une tranche 1925-1939, jusqu'à la période 1967-2006. Cela permet de mesurer la répercussion de certains événements politiques importants, quoi que les dessinateurs du "New-Yorker" s'y intéressent peu, préférant faire des observations psychologiques. On note tout de même l'indication de "l'ingratitude" des Français après la Libération, qui surprend les Américains.

    Dans l'ensemble on reste dans un registre léger ; la tâche des humoristes du "New-Yorker" est de faire sourire le lecteur, si possible subtilement ; on est loin de l'intention provocatrice, voire subversive, de certains caricaturistes ou titres de presse européens. On se souvient que le caricaturiste Tomi Ungerer, après un début de carrière prometteur à New York, se mit à dos l'intelligentsia new-yorkaise en publiant des dessins au vitriol, montrant les New-yorkais sous un jour peu favorable.

    En comparaison des dessins du "New-Yorker", les reportages dessinés par Cabu lors de séjours aux Etats-Unis sont de véritables pamphlets. Hormis Barack Obama et les lignes audacieuses de quelque "building" new-yorkais, rien ne trouve grâce aux yeux du caricaturiste français dans le mode de vie américain.

    On s'aperçoit donc que la culture ne fait pas que "rassembler" les hommes, elle est est aussi un facteur de division ; d'autre part la culture n'est pas seulement faite de choses raffinées, artistiques ou littéraires, mais aussi d'une foule de détails mesquins.

    En dépit des efforts déployés au cours des dernières décennies par les élites françaises pour combler le fossé culturel entre la France et les Etats-Unis, l'antipathie persiste, qui dépasse les clivages politiques. Cette antipathie n'est pas exclusive d'une forme de fascination réciproque ; fascination de l'Américain pour ses origines européennes et un savoir-vivre français (ou italien) en voie de disparition, et fascination des Français pour l'Avenir, incarné depuis la Libération par la première puissance mondiale.

    The New-Yorker, La France et les Français, trad. J.-L. Chiflet, Les Arènes-Points, 2010.

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    (Dessin de Peter Arno)

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    (Dessin de Booth)

  • Caricature Tomi Ungerer

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