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  • Revue de presse BD (233)

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    + Le dessinateur Luz, après avoir jeté dans un premier temps l'éponge et pris la tangente, a retrouvé le goût, si ne n'est du débat politique, du moins de s'en moquer par la caricature. Son éditeur Futuropolis a annoncé qu'il trempe à nouveau son crayon dans le vitriol. Indirectement, cela donne raison à Riss, qui dirige désormais "Charlie-Hebdo", professant avec modestie : - Bien sûr on va continuer... d'abord parce qu'on ne sait rien faire d'autre.

    Luz a d'ailleurs été remplacé à "Charlie-Hebdo" par un caricaturiste, Juin, au style et à l'humour proches de Luz.

    + Le bédéaste Joann Sfar a réussi à "hacker" la campagne des présidentielles webzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,avril,2017,luz,juin,charlie-hebdo,caricature,emmanuel macron,line renaud,riss,joann sfar,fottorino,mélenchon,les insoumis,bhl,israël,numa sadoul,jacques martin,alix,interview,thierry groensteen,cahiers de la bd,glénat,cabu,willem,wolinski,charb,dessinet à faire parler (encore) de lui.

    En effet, après avoir feint de pencher en faveur du candidat J.-L. Mélenchon (J. Sfar avait supporté F. Hollande lors du précédent scrutin), le dessinateur a appelé à voter contre lui, stigmatisant ses prises de position russophiles, identiques à celles de Marine Le Pen. J. Sfar a provoqué ainsi un tollé chez les militants du parti des "Insoumis". J. Sfar collabore à l'hebdo "Le Un", dirigé par E. Fottorino, ex-rédacteur en chef du "Monde".

    Les convictions politiques de J. Sfar, proches de celles de BHL, partent du principe parfaitement indémontré que les Etats-Unis sont un allié indéfectible d'Israël. Le maniement de l'argument de l'antisémitisme pour éliminer des adversaires politiques, comme ce fut le cas au cours de cette campagne, est sans doute irresponsable.

    + Vue de chez nos voisins belges, l'élection du monarque français a quelque chose d'ubuesque. Aussi le cinéma bruxellois Nova a-t-il programmé entre les deux tours (demain) plusieurs films documentaires sur "Hara-Kiri", le Pr Choron, Reiser, Cavanna, qui se moquèrent pendant quelques années ouvertement de la République monarchique française, avant comme le disait le Pr Choron "de se faire couper les couilles".

    + Numa Sadoul, connu pour ses interviews-fleuves d'auteurs de BD, est
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    , qui le précéda à la direction des "Cahiers de la Bande-dessinée" (Glénat), fanzine puis magazine de critique BD.

    N. Sadoul revient sur son enfance en Afrique (Congo français), sa passion pour la bande-dessinée, le théâtre, mais aussi le bouquin qu'il consacra à une brochette de caricaturistes : Siné, Cabu, Charb, Wolinski, Pétillon, Willem, Luz, et le Belge Kroll (imposé par l'éditeur belge) ("Dessinateurs de presse") ; ce projet tombait très mal, puisque en pleine "affaire Siné", qui divisa "Charlie-Hebdo" en deux bandes rivales irréconciliables. N. Sadoul explique ainsi que Cabu et Siné ne voulaient plus se retrouver sous la même couverture (de livre).

    Dans la vignette ci-contre, Jacques Martin (Alix) s'est amusé à représenter son ami Numa Sadoul dans la peau d'un personnage ambigu.

    + L'assureur "Groupama" organise un concours de BD destiné aux amateurs ; il s'agit de raconter en quelques cases une histoire sur le thème des bêtises, bévues, boulettes... que "Groupama" répare (délai 16 juin) ; récompenses : séjours à Bruxelles, Angoulême, ou déjeuner avec un dessinateur de BD...

    + Les caricaturistes Waner et Krokus ("Siné-Mensuel", "Zébra"...) exposent leurs dessins dans l'entre-deux tours à Clichy-la-Garenne en banlieue parisienne (atelier Oblik).

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  • Prométhée***

    Le mythe grec de Prométhée fascine depuis plusieurs siècles. Luc Ferry ne pouvait donc manquer de l'inscrirewebzine,dessin,presse,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,critique,prométhée,pandore,luc ferry,glénat,clotilde bruneau,giuseppe baiguera,francis bacon,sagesse des anciens,lucifer,adam,ève,platon,protagoras,eschyle,hésiode,apollonios de rhodes au programme de la série d'albums consacrés aux mythes antiques qu'il supervise pour le compte des éditions Glénat.

    L'homme et la condition humaine sont en effet au centre de cette fable dont la littérature grecque antique donne déjà plusieurs versions (Hésiode, Eschyle, Platon à travers Protagoras, Apollonios de Rhodes...), sans compter les nombreuses versions latines.

    Au moyen-âge, le mythe biblique d'Adam et Eve, traitant du même thème sur le mode allégorique, éclipsa cette version grecque de la création de l'homme et des limites assignées à son génie. Plus érudite et moins soumise à la censure que le Moyen-âge, la Renaissance s'intéresse de plus près à la sagesse grecque et la confronte à la sagesse biblique.

    L'apogée de cette érudition est l'élucidation de quelques mythes grecs par le savant philosophe Francis Bacon Verulam (1561-1626), qui publia un mince ouvrage intitulé "La Sagesse des Anciens" ; cet ouvrage sera au XVIIe siècle un des premiers "succès de librairie". D'une certaine manière, la collection de bandes-dessinées dirigée par L. Ferry s'inscrit dans cette tradition.

    L'homme moderne est parfois qualifié de "prométhéen", dans la mesure où il préfère s'appuyer sur son propre mérite ou sa propre raison plutôt que sur une vérité venant du ciel, révélée par dieu. En procurant le feu et sa maîtrise à l'homme, Prométhée lui donne le moyen de dominer toutes les autres espèces vivantes et, par conséquent, un pouvoir titanesque (P. est le fils du titan Japet). Pour la raison qu'il repose surtout sur l'invention technique, on peut encore dire l'Occident moderne "prométhéen". Cela explique la reprise du mythe de Prométhée dans les temps modernes, tantôt pour exalter Prométhée, tantôt pour le flétrir ou montrer ses limites ("Frankenstein" de M. Shelley).

    Francis Bacon prend appui sur la fable grecque pour éclaircir la fable juive de la Genèse. La plus souvent les interprètes du moyen-âge prenaient au premier degré le mythe d'Adam et Eve, et son sens secret ou allégorique leur demeurait caché. L'analogie entre Prométhée et Lucifer permet ainsi de de mieux comprendre le sens de la sanction qui frappe l'humanité (le travail). Cette sanction ou cette peine peut s'interpréter en termes de limites.

    Promoteur acharné du progrès de la science, F. Bacon discerne dans le mythe de Prométhée une incitation pour l'homme à ne pas se reposer sur ses lauriers et à faire preuve d'humilité, au lieu de se comporter avec arrogance comme il fait trop souvent dans le domaine de la science : "Vient ensuite une partie de la parabole tout à fait remarquable. Les hommes, au lieu de manifester leur reconnaissance, se répandirent en reproches, s'indignèrent et entreprirent de dénoncer Prométhée pour le vol du feu devant Jupiter. (...) L'allégorie veut signifier qu'en accusant leur nature et l'art, les hommes font preuve d'un excellent état d'esprit, qui leur réussit, alors qu'en faisant le contraire ils attirent la haine des dieux et le malheur. Car ceux qui vantent à l'excès la nature humaine ou les arts déjà acquis, qui prodiguent leur admiration pour les choses qu'ils connaissent et dont ils jouissent, qui veulent enfin faire passer pour parfaites les sciences qu'ils professent et cultivent, ceux-là manquent d'abord de respect à la nature divine, puisque c'est tout juste s'ils ne donnent pas à leurs oeuvres le même degré de perfection."

    F. Bacon tire du mythe une mise en garde contre la confusion entre "progrès technique" et "science" dont on ne peut pas dire que la culture occidentale moderne a beaucoup tenu compte.

    Luc Ferry (philosophe disciple d'E. Kant) propose en annexe une interprétation du mythe plus conforme à la culture moderne ; parce qu'il s'ennuyait, du haut du mont Olympe, Zeus aurait créé l'homme afin de se divertir, explique L. Ferry. Prêter la "faculté" à Zeus de s'ennuyer, faculté typiquement humaine, revient à suggérer que Zeus est le produit de l'imagination humaine... Il ne s'agit pourtant pas dans le mythe grec de sonder l'intention de dieu, mais bien les limites de l'homme à travers son créateur, Prométhée. L. Ferry a d'ailleurs choisi de privilégier la version du sophiste Protagoras sur celle d'Hésiode, plus sévère à l'égard de Prométhée.

    Il est une question à laquelle Luc Ferry voudrait répondre à l'occasion de son travail de mise en valeur des mythes antiques : pourquoi continuent-ils de fasciner autant ?

    On peut répondre que le darwinisme et la théorie du "big-bang", qui jouent le rôle de substitut des mythes antiques dans la culture occidentale contemporaine (en fournissant une réponse à la question de l'origine de l'homme et de l'univers), se sont avérés impropres à fonder une sagesse, voire une éthique. Pire, le darwinisme a inspiré la théorie de la compétition raciale nazie, et il inspire encore celle de la compétition économique capitaliste. L'homme se voit réduit tantôt à sa dimension animale, tantôt à une "aberration" (Hubert Reeves), ce qui ne constitue pas moins une impasse sur le plan anthropologique. De façon surprenante, les mythes antiques paraissent mieux tenir compte de la réalité que les hypothèses fondées sur le raisonnement scientifique.

    Le triomphe de la raison moderne sur les mythes paraît un pur slogan au regard du champ de ruines et des massacres perpétrés au XXe siècle par les nations occidentales.

    Clotilde Bruneau, qui a effectué le travail d'adaptation scénaristique du mythe, soulève dans une interview une difficulté significative, à laquelle le travail d'adaptation en BD s'est heurté : tandis que la bande-dessinée moderne obéit au code de la fiction et se doit d'être chronologique, les mythes grecs ont avant tout une portée symbolique. L'incohérence des mythes antiques, qu'ils soient grecs ou bibliques, indique qu'ils recèlent une signification allégorique.

    De même, l'écart est assez net entre le type de dessin très "américain" retenu pour illustrer la collection, et la simplicité du dessin des vases grecs antiques sur lesquels les scènes de la mythologie étaient représentées.

    Prométhée et la boîte de Pandore, par Luc Ferry, Clotilde Bruneau et Giuseppe Baiguera, éd. Glénat 2016.

  • Revue de presse BD (215)

     

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    Gag de Mix & Remix extrait de son blog "1er Degré"

    + Le dessinateur de presse helvète Mix & Remix est mort des suites d'un cancer du pancréas. Pratiquant un humour basé sur les dialogues bien plus que sur le dessin, Mix & Remix publiait ses gags et strips dans "L'Hebdo", magazine suisse francophone (Lausanne) dont il était le dessinateur vedette et qui lui rend un hommage spécial. "Courrier international" et "Siné-Hebdo" ont contribué a faire connaître Mix & Remix en France.

    Dans une interview au site "Actuabd" en 2011, Mix disait avoir "horreur de la provocation gratuite" (allusion à "Charlie-Hebdo" ?) et refusait de travailler pour un parti politique quelconque, afin de pouvoir "taper" sur tout le monde. Le pseudo double de Philippe Becquelin était dû à une ancienne collaboration artistique avec sa femme.

    + Alors que la guerre civile menace la République démocratique (sic) du Congo, le premier festival de BD Bilili organisé à Brazzaville vient de s'achever. Il réunissait des dessinateurs camerounais, congolais et français. Ce petit festival paraît bien dérisoire face aux affrontements politiques pour la conquête du pouvoir suprême.

    + "Fécocorico", organe trimestriel de la "Feco France" (association de caricaturistes) consacre un article aux petits albums de dessins cochons tirés à part autrefois sous le manteau par divers caricaturistes : Mose, Siné, Tetsu, Trez... ce type de publication paraît bien démodé aujourd'hui, alors que la pornographie fait désormais partie de la culture des ados, qui en savent (théoriquement) beaucoup plus que leurs parents ou grands-parents. Le plus cocasse est la censure d'un dessin par l'éditeur d'un album licencieux de Siné, Jean-Jacques Pauvert, choqué d'y voir Victor Hugo pratiquant une fellation.

    De la part de certains dessinateurs satiriques, tel Tomi Ungerer, il ne s'agit d'ailleurs pas tant de provoquer ou de choquer que de montrer la part d'ombre de la sexualité (le rapport de soumission et de domination qu'elle implique, par exemple), au contraire du "Kama Sutra", véritable bréviaire religieux en vogue dans les élites indiennes.

    + Encore à lire dans le n° de "Fécocorico" de juillet-août-sept. 2016, un compte rendu de la visite du caricaturiste Robert Rousso au festival de cartoon d'Hastings en Angleterre.

    + La fondation grenobloise Glénat accorde à de jeunes dessinateurs de BD entre (18 et 30 ans) une ou deux bourses d'études de montants variés, allant de 2000 à 15000 euros. Les dossiers comportant quelques planches doivent être envoyés avant le 15 février 2017. L'un des projets devra porter sur le thème de la montagne ; "l'originalité narrative et picturale" du second projet devra apporter "une nouvelle dimension au neuvième art"... rien que ça !

    + De l'exposition dédiée en ce moment par la bibliothèque du Centre Pompidou (et Frédéric Jannin) à Franquin à travers le personnage de Gaston Lagaffe, nous avons récemment rendu compte sur le blog Zébra.

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    Illustration de Franquin pour orner la 4e de couverture des albums de "Gaston Lagaffe".

  • Dickie dans l'Espace****

    Le Gantois Pieter De Poortere a vu son premier recueil de gags traduit par Glénat dès 2010 sous le titre "Le Fils d'Hitler", dix ans après ses débuts dans la presse flamande.webzine,bd,zébra,fanzine,bande-dessinée,gratuit,kritik,critique,gantois,pieter de poortere,dickie,hitler,espace,glénat,boerke

    "Traduit" est un grand mot, puisqu'il s'agit de gags muets d'une page. Bien qu'il ménage le "politiquement correct", De Poortere fait tout de même preuve d'impertinence ; il rogne les cornes dont Hitler est le plus souvent affublé, faisant ainsi figure de "grand Satan", pour en faire un personnage toujours aussi antipathique, mais beaucoup plus familier, un personnage plus trivial encore que le "Dictateur" de Chaplin.

    On comprend pourquoi Glénat n'a pas tardé à publier ensuite plusieurs autres recueils, dont le dernier en date : "Dickie dans l'Espace". En effet les bons auteurs comiques sont rares, concurrencés par l'humour gras ou potache plus "vendeur". De Poortere est très efficace. Il s'appuie sur un dessin minimaliste, mais néanmoins expressif, pour distiller son pessimisme. L'humour de Pieter De Poortere n'est pas facile à caractériser, car il reflète des influences diverses ; on pense à cette devise de S. Maughman : "Ne rien dire qui n'égratigne pas"; De Poortere cherche à provoquer chez le lecteur autre chose qu'un rire gras ou même seulement léger.

    Comme son titre l'indique, le dernier opus exploite le thème de la conquête spatiale, fil conducteur de toute une série de gags. Le choix de ce thème est particulièrement judicieux, plus original que celui d'Hitler, et peut-être plus audacieux car il résume parfaitement l'esprit conquérant moderne, la mystique du progrès frelatée qui le soutient.

    De Poortere ne se prive pas, bien sûr, de jouer avec les codes de littérature et du cinéma de science-fiction, genres ô combien propices aux fantasmes et, donc, à la dérision. Dickie ("Boerke" en flamand), c'est l'anti-Tintin, la ligne claire détournée.

    "Dickie dans l'Espace", par Pieter De Poortere, Glénat, 2016.

  • Une Mystérieuse Mélodie***

    M. Mouse est scénariste pour le cinéma et, à son grand désarroi, son patron lui demande d'écrire un grandwebzine,bd,gratuit,zébra,fanzine,bande-dessinée,kritik,critique,cosey,mickey,glénat,mystérieuse mélodie,william shakespeare,disney,oswald,lapin scénario à la manière de William Shakespeare. Il faudra qu'il y ait des larmes, de l'infamie, des trahisons, et, le pire de tout... de l'amour. Comment Mickey va-t-il s'y prendre, lui qui ne connaît rien de tout cela ?

    Et voilà qu'il tombe sur un manuscrit original du grand homme...

    Au cours de son parcours, qui commence en 1927 (Mickey est créé en 1928 pour remplacer Oswald le lapin chanceux, qui joue aussi un rôle dans l'aventure), Mickey se déplace, cherche et finit par rencontrer certains personnages-clefs qui vont peupler son univers et accompagner les lecteurs dans les films et les bandes-dessinées qui vont être créés ensuite.

    La bande-dessinée de Cosey (qui a repris le personnage de Mickey) commence d'ailleurs par une tragédie, ou par ce qui aurait pu l'être. Un petit chat est sauvé de la noyade, mais c'est une tragi-comédie cinématographique. Et ensuite c'est à une naissance à laquelle nous assistons, celle de l'univers Disney, qui va considérablement évoluer jusqu'à nos jours.

    Et puis le voyage... les voyages à pied, en train, en bateau (jusqu'à Cythère ?).

    Ensuite la quête, celle de Mickey, qui finit par trouver son chemin.

    L'histoire sera-t-elle "un roman à l'eau de rose"... ou "un conte moderne et novateur" ? Peu importe, elle se termine par un rêve. Et elle est servie par une narration efficace et des dialogues inventifs.

    Florent pour Zébra

    Disney - Une mystérieuse mélodie, par Cosey, eds Glénat, 2016.

  • Rimbaud, l'Explorateur maudit***

    D'Arthur Rimbaud nous connaissons tous au moins un poème, le plus souvent appris par coeur au collège ; etwebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,kritik,critique,arthur rimbaud,explorateur,maudit,philippe thiraut,thomas verguet,glénat,carjat cette photographie par Carjat du jeune poète génial, devenu le symbole de l'adolescence ; ainsi que quelques bribes de sa biographie ; la relation tumultueuse avec Paul Verlaine, en particulier, est célèbre, avec ses coups de revolver tirés par Verlaine pour y mettre un point final, presque un cliché.

    Certains en savent un peu plus : que Rimbaud a renoncé brusquement et définitivement à la poésie avant de s'expatrier, de voyager un peu partout, en Europe d'abord, puis au-delà de la Méditerranée. « L'air marin brûlera mes poumons, les climats perdus me tanneront. » ("Une Saison en Enfer"). La fin pitoyable d'Arthur Rimbaud dans un hôpital marseillais, torturé par la maladie, implorant par courrier sa mère de lui expédier des bas de contention pour soulager ses varices, est également connue grâce aux éditions scolaires abrégées qui reproduisent parfois ces lettres, très prosaïques mais néanmoins émouvantes.

    "Rimbaud, l'Explorateur maudit", par Philippe Thiraut (scénario) et Thomas Verguet (dessin), publié par Glénat, met en scène un pan moins connu de la brève existence du poète : ses séjours et périples en Afrique, entre 1883 et 1890 environ, motivés par l'appât du gain et l'attrait de l'aventure. L.-F. Céline, qui a quelques points communs avec Rimbaud (l'origine sociale modeste, le goût de la littérature, celui de l'aventure), proposait cette explication au dégoût soudain du jeune poète pour la poésie : il y voyait la volonté d'un jeune garçon d'expérimenter enfin des choses concrètes, de sortir de l'adolescence et ses rêves théoriques. Rimbaud a en effet envisagé cet exil aventureux en Afrique comme un but plus sérieux que les poèmes que le public a retenus. Il ne pouvait pas savoir que cette expédition se solderait par un échec, suivi de la mort.

    Si la mise en couleur de cet album est insipide et fait presque mal aux yeux, en revanche le choix est assez judicieux d'un dessinateur plutôt "académique" pour illustrer ce séjour cauchemardesque de Rimbaud en Afrique. En effet le scénariste a décidé de situer l'épopée de Rimbaud entre rêve et réalité ; on ne distingue pas toujours clairement si ce sont les fantasmes de Rimbaud ou la réalité de ses expéditions qui est décrite ; on pourrait se plaindre d'une telle incertitude, cependant Rimbaud a bel et bien vécu toute sa vie une sorte de rêve éveillé, parfois heureux, souvent cauchemardesque, teinté de mysticisme.

    Le poète se voulait "moderne", à la suite de son maître Baudelaire ; or l'art moderne fait la part belle au rêve. Si Rimbaud a voulu "passer à autre chose", effectuer sa mue de l'adolescence à l'âge adulte, s'il a effectué des comptes-rendus d'exploration et des relevés topographiques publiés par la société de géographie française, il est probable que sa seconde vie reste marquée par l'idéalisme.

    De plus cette BD contribue à défaire la légende dorée d'Arthur Rimbaud, en le montrant comme la plupart des colons français, cherchant à s'enrichir sur le dos de l'Afrique, d'une façon qu'il serait hypocrite de condamner aujourd'hui puisqu'elle persiste bien au-delà de la période de colonisation officielle, de façon plus discrète.

    Rimbaud, l'Explorateur maudit, par Philippe Thiraut et Thomas Verguet, Glénat, 2016.

     

  • Revue de presse BD (185)

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    + Les manifestations contre la loi El Khomri visant à amender le code du travail ont un faux-air de "Mai 68" ; certains regroupements d'étudiants semblent en parodier les slogans et les affiches ; les édudiants de la Sorbonne proposent aussi une "bande-dessinée", quelques croquis pris sur le vif pendant les manifs.

    Mais la désillusion semble l'emporter sur l'illusion désormais ; les militants de gauche ou d'extrême-gauche, majoritaires dans l'animation de ces mouvements, n'ont pas en effet en face d'eux un pouvoir gaulliste "fasciste", comme en 1968, mais les représentants du peuple de gauche qu'ils ont pour certains eux-mêmes élus "inconsciemment". Il y a plus d'un siècle et demi, Karl Marx vitupérait déjà les "sociaux-traîtres", dont les élites industrielles et bancaires ne peuvent se passer pour conduire le peuple à l'abattoir.

    Symbole de cette désillusion, le chanteur Renaud, également chroniqueur à "Charlie-Hebdo", et passé récemment du whisky à l'eau minérale, vient d'annoncer son soutien à... François Fillon. Renaud n'a donc pas assez dessoûlé pour cesser d'espérer complètement.

    + Les feuilletons ou séries, ouvrages de fiction, sont infinis. Anthony Horowitz raconte dans le quotidien "Métro" pourquoi il a accepté de reprendre "Sherlock Holmes", oeuvre-clef de la culture moderne policière : "Quand les héritiers de Conan Doyle m'ont contacté pour écrire un Sherlock Holmes, j'ai d'abord eu des scrupules, parce qu'il y a un certain cynisme dans ce genre de livres : un éditeur propose une grosse avance à un écrivain connu pour pondre un best-seller. Toutefois, les lecteurs adorent ces livres. Alors pourquoi s'en priver ? J'ai lu toutes les histoires de Holmes à l'âge de 17 ans et c'est ce qui a fait de moi un auteur de polars. Alors oui, c'est une entreprise marketing, mais en vérité je n'ai dû mettre qu'une seconde à accepter !" ; un peu plus loin, le scénariste belge Van Hamme raconte comment il a repris "Blake & Mortimer", qui constitue un véritable filon pour les éditions Lombard-Dargaud.

    + "Quand la BD fait des bulles dans le réel" : "La Tribune de Genève" titre ainsi un mauvais papier (2 avril) dédié à la BD de reportage ou d'enquête, à prétention historique, ou encore visant la vulgarisation scientifique. Mauvais papier car la frontière entre la fiction et le réel n'est pas posée : elle reste à définir dans un monde où la fiction, sous forme de spectacles et divertissements divers, joue un rôle politique majeur.

    Mauvais papier car la "Tribune de Genève" ne fait pas la part entre la propagande et la réalité. Il ne suffit pas qu'un livre ou un enseignement se proclame "historique" pour qu'il soit autre chose qu'une fiction déguisée en réalité - tel le "roman national laïc", qui du point de vue historique relève du catéchisme. Il ne faut pas négliger non plus la part de la propagande dans le domaine de la "techno-science", dont les actionnaires sont assez puissants pour imposer une idée avantageuse de la science à laquelle leurs intérêts sont liés. La science-fiction ne s'est pas développée comme un genre distinct de la science académique ou sérieuse, mais elle s'inscrit dans le prolongement de diverses hypothèses et théories scientifiques censées être sérieuses ; c'est bien la preuve que la fiction et la réalité interfèrent.

    Mauvais papier enfin car il présuppose le journalisme et l'information "du côté du réel", ce qui reste à prouver. Rien ne dit que le journalisme n'est pas principalement devenu un acte de censure, à travers la contribution à ce que l'essayiste Hannah Arendt qualifie de "culture de masse", excroissance inquiétante de la culture occidentale, non moins susceptible de véhiculer le fanatisme que les religions les plus fanatiques.

    + L'éditeur de BD Jacques Glénat a été mis en cause entre autres capitaines d'industrie par "Le Monde" dans l'affaire dite des "Panama Papers" ; J. Glénat avait acquis la société offshore Getway S.A., spécialisée dans l'achat de tableaux et de meuble anciens, avant de la revendre et distribuer les tableaux à ses enfants quand les contrôles fiscaux commencèrent de se faire pressants. "Le Monde" fait par ailleurs à l'éditeur une réputation d'"Oncle Picsou" dans ses contrats avec les auteurs ; on regrette que le quotidien n'étaye pas plus cette accusation.