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critique

  • Sabrina**

    Comme on a parlé de "style Wikipédia" pour souligner la platitude du style de M. Houellebecq ; onwebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,caricature,critique,sabrina,nick drnaso,presque lune,man booker prize,houellebecq,donald trump,complotisme pourrait rapprocher le trait de Nick Drnaso du "style Ikéa", volontairement terne et minimaliste pour mieux "coller" au sujet de "Sabrina" : la classe moyenne américaine.

    La comparaison s'impose avec Houellebecq, car outre le style et le sujet, N. Drnaso propose un cliché non retouché des Etats-Unis, pays de l'optimisme et du sourire obligatoires, où l'on affiche son bonheur bien plus qu'on est heureux.

    - Même forme de voyeurisme honnête chez Houellebecq.

    Avantage de Drnaso sur Houellebecq, il vit dans la partie la plus "avancée" du monde ; le lecteur français dispose donc avec "Sabrina" d'une sorte de roman d'anticipation.

    Calvin, personnage autour duquel Drnaso tisse son scénario, est employé comme informaticien par l'armée. En plein divorce, il occupe une vaste maison vide où il accueille volontiers un copain d'enfance, Teddy, bouleversé par la disparition subite de sa fiancée, qui fait craindre le pire.

    Hypocritement, quelques critiques anglo-saxons ont décrit "Sabrina" (en lice pour un prestigieux prix littéraire), comme une BD sur le complotisme dans l'Amérique de Trump. Bien entendu Trump n'est qu'un symptôme ; on peut en dire de même du "complotisme", qui est devenu aux Etats-Unis en quelques décennies une véritable contre-culture : le complotisme ou la paranoïa n'est que le symptôme d'un malaise plus profond. Le dollar est le principal garant de l'unité d'une société très disparate ; aussi la "croissance économique" est-elle aussi importante Outre-Atlantique et la crise des valeurs boursières synonyme d'implosion quasi-instantanée du corps social.

    La BD de N. Drnaso illustre en particulier le rôle de la culture audio-visuelle dans la paranoïa du citoyen lambda, dont les sens sont inondés en permanence d'informations visuelles et auditives, sans que celui-ci ait le loisir de faire la part de l'information véritable et de la propagande politique ou commerciale, du rêve et de la réalité.

    Certains observateurs décrivent d'ailleurs depuis quelques années un phénomène de régression de la culture américaine ; la lecture et l'écriture jouent un rôle de plus en plus réduit dans la vie d'un nombre grandissant d'Américains. Les documents audio-visuels rendent l'examen critique plus difficile.

    La limite de ce type d'ouvrage, par Drnaso ou Houellebecq, est qu'il contribue au voyeurisme et au néant qu'il montre. Il est frappant que Houellebecq n'ait rien vu venir du mouvement de révolte des Gilets jaunes, en dépit du point de vue quasiment sociologique adopté par ses romans. La société est, à l'instar de la mort, un sujet pétrifiant.

    "Sabrina", par Nick Drnaso, éd. Presque Lune, 2018.

  • A bord de l'Aquarius**

    Dorénavant immobilisé après trois ans de navigation en Méditerranée, "L'Aquarius" a pu se porter au secourswebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,aquarius,migrants,sos-méditerranée,ong,marco rizzo,lélio bonaccorso,futuropolis de 15.000 immigrés entassés sur de frêles embarcations au péril de leur vie pour tenter d'entrer en Europe.

    Au cours d'un laps de temps un peu plus long, de quatre années, on estime le nombre de morts dans ces circonstances, le plus souvent noyés, à 10.000 personnes (à propos du nombre de morts).

    Cette bande-dessinée qui décrit le déroulement des opérations de sauvetage menées par "SOS-Méditerranée" et les marins qui pilotent le navire orange affrété par l'ONG, s'achève sur cette accusation : "A propos de ce carnage, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas."

    Ce que des Etats aussi puissants que la France, l'Italie ou l'Espagne sont incapables d'empêcher, une poignée de femmes et d'hommes s'est mobilisée pour y remédier. Deux journalistes italiens, Marco Rizzo et Lélio Bonaccorso, témoignent de ce qu'ils ont vu à bord de "L'Aquarius" fin 2017.

    Comme des reporters, les auteurs s'efforcent de prendre du recul sur le sujet de leur enquête, nouvelle illustration tragique de la bêtise humaine.

    - Il ressort de cette enquête que les immigrés sont nombreux à ne pas mesurer la gravité du danger que représente la traversée de la Méditerranée sur une embarcation inadaptée. Certains n'ont jamais vu la mer et se la représentent comme un large fleuve. Les "passeurs" exploitent cette naïveté tant qu'ils peuvent.

    - A travers les groupes paramilitaires, qui rançonnent et torturent même parfois, la Libye est impliquée dans cette migration périlleuse et catastrophique à travers un désert et une mer hostiles.

    - Les ressortissants du Nigéria sont les mieux représentés parmi les immigrés (devant les Syriens qui fuient la guerre et ses conséquences), alors même que le Nigéria est devenu récemment le pays d'Afrique le plus riche. 

    L'ONG "SOS-Méditerranée" se défend vigoureusement de contribuer à rendre l'exil vers l'Europe attractif aux yeux de certaines populations d'Afrique subsaharienne, affirmant que le mouvement de migration est large et puissant en comparaison de l'action de "L'Aquarius".

    Si l'on est facilement convaincu par ce dernier argument, qui souligne le caractère inéluctable et ultra-violent de la mondialisation, en revanche la BD laisse le lecteur sur sa faim quant au rôle politique joué par "L'Aquarius" dans les eaux internationales.

    Bien que "SOS-Méditerranée" soit une organisation dite "non gouvernementale", son action ne pouvait être menée sans le feu vert des principales nations européennes concernées, coordonnées à partir de Rome. Dans quelle mesure "L'Aquarius", en sauvant une partie des immigrés, n'a pas joué le rôle de bonne conscience de nations responsables de ce carnage ?

    En décidant que les candidats à cet exil parsemé d'embûches mortelles seraient reconduits en Libye, le nouveau gouvernement italien a stoppé (fin 2018) la mission que "SOS-Méditerranée" s'était fixée. En effet l'ONG refuse d'être complice des milices qui opèrent en Libye. Le gouvernement italien a-t-il bien fait de mettre un terme à une solution qui permettait aux différents pays frontaliers de "s'en laver les mains" ?

    "A bord de l'Aquarius" permet donc de se faire une idée précise sur l'action de sauvetage en mer menée par l'équipage de ce navire, en détaillant ses modalités techniques. En revanche le contexte politique dans lequel s'effectue cette mission demeure sombre, pour ne pas dire sinistre. 

    A bord de l'Aquarius, par Marco Rizzo et Lélio Bonaccorso, éd. Futuropolis, 2019.

  • La Planète des Sciences*

    On observe la multiplication sur les étals des libraires des ouvrages de BD pédagogiques, mais rares sont leswebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,fischetti,bouzard,sciences,charlie-hebdo,galilée,descartes,newton,pythagore,dargaud réussites dans ce domaine.

    Paradoxalement, plus la pédagogie enfle et les moyens investis dans l'enseignement augmentent, plus le niveau scolaire diminue. Petit à petit, la méthodologie a tendance à se substituer au contenu même de l'art ou de la science enseignée.

    Le premier reproche à faire à cet album de vulgarisation scientifique rédigé par Antonio Fischetti et illustré par Guillaume Bouzard est sa présentation. Au regard des explications érudites d'A. Fischetti, chercheur dans le domaine de l'acoustique et chroniqueur à "Charlie-Hebdo", G. Bouzard publie une planche de BD humoristique sur chacun des savants présentés. Outre que son humour est du niveau de l'almanach Vermot ou de Cyril Hanouna, on suggère de cette façon que la science est ennuyeuse ou amère, comme les médicaments qu'il faut enrober de sucre pour que les enfants puissent les avaler.

    A priori la science est quand même un sujet beaucoup moins fastidieux que le foot ou les mangas !

    - Un autre défaut, dont les auteurs essaient de se disculper dans la préface, consiste à faire passer ainsi l'histoire de la science pour une succession de découvertes géniales, à mettre au compte de génies. La pomme de Newton, les petites phrases de Galilée ou Descartes, ce sont là des images d'Epinal plus proches de la légende dorée que de l'histoire de la Science à travers ses différentes branches.

    Le choix des trente-sept savants portraiturés est plus arbitraire que scientifique. On trouve pèle-mêle Pythagore, Léonard de Vinci et Emmanuelle Charpentier. On ne voit pas ce qu'ils ont de "révolutionnaires", suivant le critère en principe retenu ?

    La science a d'ailleurs souvent progressé contre les institutions scientifiques elles-mêmes, et cet album ne rend pas bien compte de cet aspect.

    L'ambition de cet album fait penser à celle du programme de philosophie de classe terminale, spécialité française assez ubuesque puisque il s'agit en quelques mois d'étudier LA philosophie, alors que quelques mois seraient nécessaires pour étudier chacun des trente-six auteurs figurant dans l'index des manuels. Résultat : qui trop embrasse mal étreint.

    Il aurait sans doute été plus judicieux de se concentrer sur l'une des branches de la science ; qu'il s'agisse de l'astronomie, de l'archéologie ou de la médecine... le choix est large.

    L'histoire de la science ou ce qui passe pour tel soulève actuellement beaucoup de questions. En effet on a vu peu à peu au cours du XXe siècle la politique se résoudre entièrement à des questions économiques, et on peut se demander si la science n'est pas désormais, de façon similaire, réduite à des questions techniques. Certains indices le laissent penser, comme la spécialisation accrue de la recherche scientifique et la ramification de la science en branches toujours plus nombreuses ; ce phénomène reflète bien plus l'organisation technocratique de la recherche qu'il n'est "scientifique" à proprement parler.

    Comme certains réclament "la preuve de Dieu", les plus jeunes générations sont tentées de réclamer aujourd'hui "la preuve du Progrès" dans un monde qui semble plus en proie au chaos qu'au progrès.

    La Planète des Sciences, par A. Fischetti & G. Bouzard, éd. Dargaud 2019.

  • Idée***

    Les éditions Martin de Halleux rééditent "Idée", série de bois gravés par l'artiste Frans Masereel, originaire de webzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,frans masereel,critique,kritik,bois gravé,martin de halleuxFlandre occidentale.

    Cette bande dessinée muette en noir et blanc, publiée pour la première fois en France en 1920, était tombée dans l'oubli.

    Comme son titre l'indique, l'ouvrage de Masereel met en scène LA divinité des Temps modernes, qui a remplacé Dieu en Occident : l'Idée. Même la plupart des derniers croyants et des derniers théologiens ne croient pas tant en dieu qu'ils défendent une "idée de dieu".

    On pourrait bâtir des cathédrales modernes à la gloire de l'Idée, d'ailleurs il y en a plein. Brûler des millions d'hérétiques au nom de l'Idée - d'ailleurs c'est déjà fait.

    Masereel donne à l'Idée les traits d'une femme, une sorte de déesse ballottée au gré du hasard, mais toujours fière... un peu comme Don Quichotte. Cette créature est accouchée par un homme par la tête (ainsi que Zeus accoucha d'Athéna), un homme que l'on peut supposer un "intellectuel" -et il est vrai que les intellectuels entretiennent avec les femmes les mêmes rapports qu'avec les idées.

    Très vite la créature échappe à son démiurge pour vivre une existence autonome, qui n'a rien d'une sinécure. L'idée voyage, elle est tour à tour outragée, puis adulée, communiste, fachiste, capitaliste, catholique, anticléricale, prostituée, pure, emprisonnée puis propulsée aux quatre coins de la terre à l'aide des moyens de communication modernes...

    Contrairement à la statue de la Liberté qui barre l'entrée du port de New York et son apparence de brute impavide, l'Idée de Masereel est émouvante et souple, mobile...

    Mobile à tel point que, nous dit la préface, "Idée" fit l'objet d'une adaptation en dessin-animé à raison de 24 images par seconde (1934). Malgré la raideur de la technique du bois gravé, le mérite de Masereel est de montrer ici le rapport étroit entre l'idée et le mouvement. Une idée chasse l'autre ; ou faut-il dire qu'elle engendre l'idée contraire ?

    Pas sûr que le propos de Masereel soit autobiographique. Il est, certes, d'une époque où les artistes se piquent d'avoir des idées ; mais l'artiste est plus limité par la matière que ne l'est l'intellectuel ou même l'ingénieur, capable parfois de postuler plusieurs univers sans jamais être sorti de son cabinet d'études.

    Masereel côtoya de près quelques intellectuels, notamment "pacifistes" comme Romain Rolland. Un siècle plus tard la Paix, comme sa soeur la Liberté, court toujours et tient les hommes en haleine.

    Idée, par Frans Masereel (préface de Lola Lafon), éd. Martin de Halleux, 2018.

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  • Caricature & Révolution**

    Quelques journalistes et caricaturistes étrangers ont fait cette remarque après l'attentat contre "Charlie-webzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,caricature,critique,révolution française,1789,james cuno,los angeles,jacques-louis david,james gillray,michel melot,ronald paulson,albert boimeHebdo" : la caricature française est née dans la violence terroriste. En effet la première République française a usé simultanément de la violence des armes, de la guillotine et des caricatures pour s'imposer.

    "On a malheureusement peu écrit sur la caricature française de l'époque révolutionnaire.", écrit James Cuno (Université de Los Angeles) en préambule d'un épais catalogue d'exposition paru à l'occasion du bicentenaire de la Révolution française. Le rôle de mythe fondateur joué par la Révolution française dans le roman national français n'est pas étranger à la rareté des commentaires.

    On le comprend, James Cuno et son équipe entendent remédier à cette lacune par leur ouvrage, divisé en six essais, rédigés par trois profs Américains, deux Français et un Allemand.

    Ce n'est pas une mauvaise idée a priori de confier à des profs d'Histoire étasuniens, peu impliqués dans le roman national français, le soin d'exposer dans quelles conditions morales, religieuses, esthétiques, politiques, la caricature a fait son apparition en France.

    Ces universitaires se lancent dans des pistes intéressantes. Ainsi Albert Boime (Los Angeles) tente de démontrer, dans un article consacré aux caricatures de Jacques-Louis David, que les pratiques par le peintre de la caricature et de l'art néo-classique, apparemment contradictoires, sont bien cohérentes. Malheureusement la démonstration de cet universitaire se perd dans la brume des théories freudiennes, qui ont apparemment un grand crédit Outre-Atlantique.

    Dire que la caricature est la manifestation d'une certaine violence virile est comme enfoncer une porte ouverte ; postuler un lien entre cette violence et la sodomie présente un intérêt limité. Quant au jargon freudien à base de déterminisme oedipien, il frise parfois le ridicule et desservirait plutôt la démonstration.

    David intervient d'ailleurs comme chef d'orchestre ou comme général de la propagande révolutionnaire jacobine ; excellent portraitiste, David n'est pas moins un caricaturiste improvisé ; il travaille sur commande et par conviction, s'emparant de la caricature comme d'une arme à sa portée, tout en s'inspirant de Hogarth et de son contemporain l'Anglais James Gillray. Ce dernier est en effet bien mieux exercé que David à l'art de la caricature, peu prisé en France à la fin du XVIIIe siècle.

    Ici on note que David et Gillray s'admiraient réciproquement, bien qu'ils fussent politiquement ennemis.

    Deux chapitres plus clairs de Michel Melot (Centre Pompidou) et Ronald Paulson (Baltimore, Maryland) permettent de cerner pourquoi la caricature est l'art le moins français qui soit à la fin du XVIIIe siècle, et ne s'y épanouira pas avant la monarchie de Juillet.

    La censure monarchique, rétablie juste après avoir été abolie par la Convention (dès le 31 juillet 1789), puis encore renforcée ultérieurement, ne permet pas d'expliquer à elle seule le retard de la France sur le Royaume-Uni et la Hollande. La propagande révolutionnaire, qui justifie la censure, diffuse des images qui sont rarement subtiles mais bien plutôt destinées à frapper les esprits.

    Tandis qu'il existe en Angleterre et en Hollande un public capable d'apprécier la caricature satirique, ce public n'existe pas encore en France. La nouvelle classe moyenne, intermédiaire entre le petit peuple et la bourgeoisie, suffisamment cultivée pour apprécier la caricature et l'humour, n'est pas encore assez nombreuse. Ni l'aristocratie, ni la bourgeoisie proche de cette dernière, n'a intérêt à se moquer publiquement de la figure du roi et des emblèmes du pouvoir ; en Angleterre, des caricaturistes conservateurs comme Gillray n'hésitent pas à se payer la tête du roi - le leur, et ceux des royaumes voisins.

    En revanche la violence politique de la Convention et son usage systématique de la guillotine ne manquèrent pas d'inspirer les caricaturistes étrangers, qui exercèrent leur verve au détriment des Sans-Culottes et de leurs chefs.

    Un peu plus d'un siècle et demi après, les caricatures de "Charlie-Hebdo" ont un sens et une tonalité très différents de ceux des caricatures révolutionnaires. Le pouvoir impérial, puis le pouvoir républicain ont succédé à la monarchie ; l'âge d'or de la caricature est passé par là, Louis-Philippe ayant voulu se faire passer pour un monarque anglais, moderne et tolérant. Une classe moyenne suffisamment cultivée pour apprécier la presse satirique est apparue, qui conserve aussi assez de distance avec le pouvoir pour ne pas craindre l'effet subversif de la satire.

    Les caricaturistes de "Charlie-Hebdo" étaient a contrario les moins engagés des journalistes de leur temps, c'est-à-dire les plus indépendants des partis politiques contrôlant la plupart des journaux. Cavanna et Choron ne cherchaient pas à mobiliser les foules, mais à provoquer seulement des réactions chez quelques dizaines de milliers de lecteurs. S'agissant de "Hara-Kiri", Choron parle de retourner l'arme de la vulgarité contre la bourgeoisie, ce qui sous-entend bien une forme de combat, mais selon un moyen beaucoup plus subtil que la polémique et les charges violentes d'un parti révolutionnaire décidé à s'emparer du pouvoir.

    La Caricature française et la Révolution (1789-1799), catalogue de l'exposition organisée à l'UCLA (Los Angeles) et à la BNF, rédigé par James Cuno, Albert Boime, Michel Melot, Lynn Hunt, Claude Langlois, Ronald Paulson, Klaus Herding.

  • Le temps où on enfilait des perles***

    L'auteur de cette "première BD", Colocho, retourne quelques années en arrière lorsqu'il glandait en compagniewebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,colocho,vide cocagne,perles,indiens,lyon,beaux-arts d'une bande d'amis. Lui-même était alors censé étudier aux Beaux-Arts de Lyon, mais les Indiens d'Amérique et leurs coutumes le fascinaient bien plus que les cours dispensés par les profs.

    "Enfiler des perles" s'entend ici aussi bien au sens propre qu'au sens figuré puisque l'un des types que fréquente Colocho reconstitue pendant son temps libre des coiffes traditionnelles d'Indiens brodées de perles.

    Grâce à un dessin dont l'expressivité est renforcée par l'exagération de certains mouvements et parties du corps, Colocho magnifie les tribulations dérisoires d'une bande d'étudiants qui s'efforcent de trouver un sens à leur vie en dehors des sentiers battus... et qui confondent les monts d'Ardèche avec le Far-West.

    L'influence de la culture américaine est assez nette sur la petite bande ; néanmoins le récit de leurs aventures n'est pas imprégné de la violence qui transpire de certaines chroniques décrivant des milieux similaires aux Etats-Unis.

    Colocho balance entre l'apologie d'une forme de marginalité et le constat d'échec de ce chemin "alternatif" ; cette hésitation nuit au scénario, qui manque un peu de rythme.

    L'autodérision est bien présente : par exemple à propos de la maladresse du narrateur vis-à-vis des femmes; mais, même "enfouie", quelques années plus tard la passion de l'auteur pour les Amérindiens persiste comme un moment de grâce unique dans son existence.

    Le temps où on enfilait des perles, par Colocho, éd. Vide-Cocagne, 2018.

  • Veni, vidi, vici*

    Appât du gain et manque d'imagination vont souvent de pair. La tentative de relancer la série "Alix"webzine,bd,zébra,fanzine,bande-dessinée,critique,alix,veni vidi vici,casterman (Casterman) en est un bel exemple.

    Le succès commercial inespéré de "Blake & Mortimer" a inspiré aux directeurs commerciaux des maisons d'édition de BD franco-belge de tenter le même coup avec "Corto Maltese", "Tif & Tondu", "Ric Hochet", ou encore "Alix", série à laquelle il était reproché il n'y a pas si longtemps de cultiver la nostalgie de l'empire romain.

    Tout ça sent la naphtaline à plein nez et coïncide logiquement avec l'entrée de la BD au musée.

    Avec "Veni, vidi, vici" (citation extraite des pages roses du Larousse) l'éditeur drague les vieux fans des péplums de Jacques Martin en imitant le dessin maladroit des premiers albums. David B., de son côté, a pondu un scénario indigent ; il fait penser à l'un de ces cours de "civilisation romaine" -le plus souvent fastidieux-, dispensés par l'Education nationale. Dès la page 2, on se force à lire les dialogues que David B. a dû se forcer à écrire (acculé par les dettes ?).

    Le ressort des meilleurs albums d'Alix ("Le Dernier Spartiate", "Les Légions perdues", "Le Tombeau Etrusque"...) n'était pas l'érudition ou la précision historique, mais comme les meilleurs "péplums" cinématographiques, la dramaturgie.

    Les auteurs de BD sont peut-être à plaindre à cause des conditions dans lesquelles ils exercent leur métier aujourd'hui... mais les lecteurs aussi sont souvent victimes d'opérations commerciales indélicates !

    "Veni, Vidi, Vici" (les Aventures d'Alix), par G. Albertini & David B., 2018.