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  • Le Pouvoir de la Satire*

    Ni sérieux ni comique.webzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,kritik,pouvoir,satire,dargaud,fabrice erre,terreur graphique

    A contre-courant de l'esprit satirique, il s'agit ici de contribuer à forger le mythe d'un régime républicain favorable à la satire, la caricature, la critique. Si l'on comprend l'intérêt sur le plan politique d'une telle mystification, il est beaucoup plus étonnant de voir des auteurs satiriques y contribuer, en l'occurrence Terreur Graphique ("L'Obs") et Fabrice Erre ("Fluide Glacial").

    Ce dernier enseigne en outre l'Histoire au lycée, ce qui explique peut-être sa partialité. En effet, s'il y a bien une institution imperméable à la satire, c'est l'institution scolaire française.

    S'il peut paraître légitime de proscrire la satire à l'école afin de préserver l'autorité et la discipline nécessaires à l'instruction, l'enseignement de la "liberté d'expression" (et donc de la satire) comme une valeur fondamentale de la République française, est beaucoup plus contestable.

    Il ne suffit pas d'intituler un journal "Pravda" pour que la vérité soit contenue dans ce journal. Il ne suffit pas non plus de graver "Liberté, égalité, fraternité" aux frontons des temples républicains pour que la liberté, l'égalité et la fraternité soient accomplies, ni même pour qu'elles soient des objectifs éthiques ou politiques. Or Fabrice Erre et Terreur Graphique ne semblent pas avoir conscience d'un tel décalage, comme deux écoliers qui seraient persuadés que tout ce qu'ils ont appris à l'école est véridique.

    L'étude des moyens légaux mis en oeuvre par les autorités de censure de tel ou tel pays ou régime ne fournit que très peu d'indication sur l'état réel de la censure.

    La publication d'un tel ouvrage à l'occasion du cinquantième anniversaire de Mai 68 et du lancement de "Charlie-Hebdo" est même assez stupéfiante car on ne peut pas dire que ce mouvement et ce titre de presse épargnèrent les institutions républicaines.

    Le Pouvoir de la Satire, par Fabrice Erre et Terreur Graphique, éd. Dargaud, avril 2018.

  • Dans la combi de T. Pesquet*

    Marion Montaigne a fait à Thomas Pesquet la bobine d'un parfait crétin. Et pour cause ! Cet ancien pilote dewebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,thomas pesquet,marion montaigne,dargaud,tintin,lune,sciences et vie,critique,kritik ligne qui rêvait d'exploits astronautiques depuis l'enfance s'est porté volontaire pour servir de cobaye à l'industrie aérospatiale et être "envoyé dans l'espace".

    La BD décrit en détail les conséquences néfastes pour l'organisme d'un séjour en apesanteur, qui se résument à un vieillissement accéléré. A cela s'ajoutent des tests psychiques et physiques souvent humiliants, que le cobaye français passe avec succès... et un masochisme inébranlable.

    On n'est pas forcé de trouver ces expérimentations amusantes : elles sont le corollaire d'expériences plus cruelles encore menées sur des animaux.

    Si l'on souhaite dissuader ses gamins de faire don de leur corps à la "science" -en réalité l'industrie-, on peut leur faire lire "Dans la combi de Pesquet" ; en dévoilant l'envers du décors, son auteur nous montre un Th. Pesquet plus proche du "geek" que de l'aventurier. "Tintin sur la Lune" était sûrement plus persuasif.

    M. Montaigne ne dissimule pas ou mal le côté ennuyeux du job de cosmonaute ; elle tire à la ligne : il lui faut plus de dix pages pour donner un aperçu des tests psychotechniques subis par les candidats à la mise en orbite. Franchement, qui peut bien s'intéresser à l'angle de sortie du tube de la pâte à dentifrice en état d'apesanteur ?

    Que la passion maniaque de Marion Montaigne pour les gadgets technologiques fasse l'objet d'une publication en feuilleton dans "Sciences & Vie Junior", passe encore, mais un gros album de près de cent pages, c'est un peu dur à digérer !

    - Coïncidence amusante, le fameux homonyme de Marion Montaigne s'est employé dans ses "Essais" à démontrer l'inutilité de la science ; or "Dans la combi de Pesquet" aboutit à peu près au même résultat, de dégoûter le lecteur de la science...

    Dans la combi de Th. Pesquet, par Marion Montaigne, éd. Dargaud, 2017.

  • Dans les pattes de Depardieu**

    Le bédéaste Mathieu Sapin croque Gérard Depardieu, qu'il a suivi dans ses pérégrinations à travers l'Europe.webzine,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,depardieu,mathieu sapin,élysée,dargaud,poutine,hollande,cabu,charlie-hebdo L'acteur capricieux (pléonasme) a en effet consenti à se mettre à nu devant ce portraitiste opportuniste, qui sait ne pas se montrer importun.

    Parallèlement à ce portrait de star, que M. Sapin a voulu moins superficiel qu'une photo dans "Gala" ou "Voici", le bédéaste avait réussi à pénétrer au palais de l'Elysée pour y faire une sorte de reportage en BD sur les coulisses de la présidence.

    La double casquette de M. Sapin, au chevet de Hollande et de G. Depardieu simultanément, met un peu de piment dans une relation dont G. Depardieu ne comprend que trop bien la nature, étant sollicité en permanence pour diverses causes rarement désintéressées.

    Depuis qu'il a protesté publiquement contre la surtaxation de ses revenus et manifesté sa sympathie pour V. Poutine, Depardieu est devenu un paria aux yeux des médias de gauche, qui le mettaient auparavant en avant comme les médias de droite mettent en avant Alain Delon. Différence notable, au contraire de Delon, Depardieu se moque complètement du cinéma, "métier qui rend con", dit-il.

    Le reportage de M. Sapin à l'Elysée est aussi plat que Cabu pouvait se montrer caustique dans le même exercice. Probablement écrasé par le symbole du Palais de l'Elysée et de son occupant, gorgés de valeurs laïques et républicaines, M. Sapin avait produit un reportage plus digne de "Spirou" que de "Charlie-Hebdo", au titre néanmoins kafkaïen : "Le Château".

    M. Sapin s'en sort mieux avec le monument Depardieu, moins sinistre que le Palais de l'Elysée. Pour autant, Depardieu ne cache pas son amertume de vivre "dans une époque de cons", où "internet donne l'impression aux gens d'être plus intelligents". L'acteur espère d'ailleurs ne pas vivre au-delà de 75 ans, pensant avoir atteint à cet âge le maximum du dégoût de la vie.

    La frénésie de voyages, de victuailles et liqueurs, de rencontres exotiques, même la sympathie pour Poutine, à la tête d'un empire neuf, non comme F. Hollande d'une vieil appareil d'Etat hyper-rodé, tout cela cache un profond ennui que M. Sapin n'a pas trop de mal à découvrir. L'acteur cause beaucoup en effet, pour ne pas dire qu'il déblatère comme un Russe (ses ennuis médiatiques viennent de là), tant que l'on a peine à croire qu'il fut muet dans sa jeunesse (où son apparence physique le faisait prendre pour un idiot, dit-il).

    Ce que la BD gagne en analyse d'une star du cinéma, petit à petit submergée par l'amertume et prisonnière de son statut plus qu'elle ne veut l'admettre, elle le perd en synthèse, cet art maîtrisé par les portraitistes officiels autrefois, au point de faire paraître encore vivants leurs sujets plusieurs siècles après leur mort. Quand le cinéma de Depardieu sera entièrement démodé (ne l'est-il pas déjà largement ?), qui voudra encore lire ce long soliloque illustré par M. Sapin ?

    Gérard ou Cinq années dans les pattes de Depardieu, par Mathieu Sapin, éds Dargaud, 2017.

  • Revue de presse BD (230)

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    Le caricaturiste britannique Wilbur Dawbarn dessine régulièrement un poisson en guise de soutien à "Eaten Fish".

    + Un jeune immigré iranien, connu sous le nom de "Eaten Fish", reçoit le soutien de dessinateurs du monde entier depuis qu'il a entamé une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention dans l'île de Manus (depuis 2014), en compagnie de près d'un millier de demandeurs d'asile comme lui.

    "Eaten Fish" s'est plaint de mauvais traitement et de sévices sexuels. Le jeune homme avait dessiné une petite BD pour alerter l'opinion sur son sort et celui de ses compagnons d'infortune. Craignant de mourir, "Eaten Fish" a interrompu sa grève de la faim. Le gouvernement australien de Malcolm Turnbull s'est montré jusqu'ici inflexible.

    + Après avoir étrillé le dernier "Blake & Mortimer", "Le Testament de Williamwebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,avril,2017,actualité,wilbur dawbarn,eaten fish,manus,malcolm turnbull,blake et mortimer,edgar jacobs,dargaud,sterne,dessin,françois forcadell,iconovox,siné-mensuel,charlie-hebdo,cabu,reiser,félix S." (succès de librairie tiré à plusieurs centaines de milliers d'ex.), "l'Express" évoque la manière dont les albums de "Blake & Mortimer" sont fabriqués. L'entreprise de reprise de cette série d'Edgar Jacobs, fort lucrative, a déjà usé plusieurs bédéastes. L'un d'entre eux est même décédé pendant qu'il dessinait un nouvel opus (R. Sterne), sans qu'un lien de cause à effet ait pu être mis en évidence. Un bouquin, "L'Héritage Jacobs" (Dargaud), traite de cette opération commerciale.

    Le marketing intensif ne suffit pas à expliquer le succès d'une série aussi désuète, plutôt mystérieux ; peut-être est-il dû à l'atmosphère de complot qui règne dans les aventures de "Blake & Mortimer", ainsi que dans la plupart des séries cinématographiques produites aujourd'hui à la chaîne aux Etats-Unis, flirtant avec la paranoïa ambiante ?

    + François Forcadell (agence Iconovox) dans un billet d'humeur intitulé "Quel dessin de presse ?", s'en prend aux associations et sites internet qui mélangent les dessinateurs de presse professionnels et amateurs, les accusant de pourrir le métier : "(...) Problème de ce type d’association, comme d’ailleurs celui de quelques sites et festivals, c’est celui de mélanger allègrement les professionnels qui gagnent leur vie avec ce métier (de plus en plus mal) et la cohorte de dessinateurs "de presse" autoproclamés (surtout depuis le 7 janvier 2015) ne publiant nulle part mais qu’on voit beaucoup sur les réseaux sociaux, et qui, lorsque ils sont sollicités, acceptent des tarifs de parution défiant toute concurrence."

    La presse satirique va mal, c'est entendu ; "Charlie-Hebdo" est l'arbre qui cache la forêt (l'hebdo de Riss est financé par des dons faisant suite au massacre) ; mais il est plutôt mesquin d'accuser les amateurs qui pratiquent le dessin de presse, avec plus ou moins de sérieux, de gâcher la fête.

    Le déclin de la presse satirique n'a pas une cause distincte du déclin de la presse française en général ; les lecteurs ne sont pas stupides au point de ne pas voir qu'on leur vend de la publicité, le plus souvent. Ils boudent les kiosques. Par conséquent les dessinateurs de presse pros et F. Forcadell se préoccupent beaucoup de la liberté d'expression en Iran ou en Russie, mais ils sont assez indifférents au progrès de la censure dans leur propre pays.

    F. Forcadell évoque vaguement "l'inculture des médias" ; il faut préciser que le métier de rédacteur en chef a changé, en même temps que le but assigné aux journaux, d'être désormais des tracts publicitaires et politiques. La presse gratuite distribuée à la sortie du métro est le modèle vers lequel la presse tout entière tend : un produit industriel dans lequel la satire, dessinée ou non, n'a pas sa place. Le succès d'internet auprès des Français vient peut-être de ce que la presse française est la plus nulle au monde ?

    Ajoutons encore ceci : "Hara-Kiri", du temps de son succès dans les années 1970 visait déjà, non pas tant la classe politique que la presse et les journalistes. Le Pr Choron a précisé que sa fameuse Une censurée "Bal tragique à Colombey...", ne visait pas particulièrement de Gaulle ou sa famille, mais la presse française, véritable gabegie de papier imprimé, qui ramène l'écrit au rang de culture orale. Le ministre de l'Intérieur Marcellin, en charge de la censure, était trop con pour le comprendre, mais pas assez pour renouveler contre "Charlie-Hebdo" la sanction qui venait de frapper "Hara-Kiri".

    Si l'on insiste autant sur la dimension satirique de la caricature, c'est parcewebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,avril,2017,actualité,wilbur dawbarn,eaten fish,manus,malcolm turnbull,blake et mortimer,edgar jacobs,dargaud,sterne,dessin,françois forcadell,iconovox,siné-mensuel,charlie-hebdo,cabu,reiser,félix qu'elle peut avoir une fonction plus vile, polémique ou de propagande (le communiste et censeur J.-P. Sartre parle d'"art engagé" pour dissimuler la fonction religieuse de l'art stalinien, dans la droite ligne de la propagande catholique). La caricature peut aussi être mise au service d'une vengeance privée. Ainsi de quelques caricatures exécutées par la sculpteure Camille Claudel, afin de se venger de son amant Auguste Rodin qu'elle souhaitait épouser; on aperçoit l'une de ces caricatures dans un documentaire (41'50'') consacré principalement à Rodin et à la "Porte de l'Enfer", chef-d'oeuvre inachevé de l'artiste (d'après Dante), dont la plupart des oeuvres célèbres sont extraites... jusqu'à la fameuse statue en pied de Balzac, commandée par la Société des gens de lettres, avant de se rétracter devant le résultat. De fait si Rodin en était fort satisfait, son Balzac a un aspect caricatural, proche de l'art de Daumier (documentaire en replay jusqu'au 07/04 compris).

    + "Siné-Mensuel" d'avril publie en Une un dessin de... Siné. Il faut dire que pour ce type de publication, la Une est capitale pour promouvoir le numéro. Egalement affichiste, Siné excellait dans ce registre (d'où son emploi post-mortem) ; mais aussi Cabu, très polyvalent ; Reiser, avec ses formules cinglantes, faisait de bonnes unes ; ou encore Willem, Wolinski, Gébé (pour les amateurs d'art abstrait)...

    "Charlie-Hebdo" essaie quelques petits nouveaux, afin de remplacer Cabu et Charb, comme Félix dans le dernier numéro (qui ose les crayons de couleur).

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  • L'Homme qui tua Lucky-Luke

    Heureuse coïncidence, notre rédac chef publie une critique de "L'Homme qui tua Lucky Luke" le jour même oùwebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,kritik,lucky luke,matthieu bonhomme,dargaud,blueberry,jean giraud j’emprunte le livre à la bibliothèque.

    C’est énervant et décourageant de voir autant de talent dans chaque case de chaque page. Le dessin est vraiment éblouissant de maîtrise, l’œil se délecte tant du trait que du cadrage, du rendu du mouvement, de la couleur. J’ai retrouvé la virtuosité et la force évocatrice d’un Jean Giraud dans les meilleurs Blueberry.

    Mais la lecture m’a un peu ennuyé, j’ai trouvé le scénario faible et les personnages plats, et je partage l’avis de l’hebdomadaire La Vie pour qui « Un peu plus d’humour n’aurait cependant pas nui ». Cela dit, cet album est autrement plus digne de Morris que la reprise de la série par le successeur officiel qui, pour le coup, pourrait bien incarner l’homme qui, véritablement, tua Lucky Luke.

    L’Enigmatique LB (ci-contre : dessin original de Morris)

  • Revue de presse BD (197)

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    Dessin de Toulouse-Lautrec représentant un cavalier sur une piste de cirque (coll. R. Lehmann)

    "C'était un homme qui avait un oeil. Il était extrêmement attentif aux hommes, aux animaux, aux choses. Et il avait cette aisance magistrale pour les restituer." Charles de Rodat parle ainsi de son grand-oncle le peintre Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901), dont le dessin expressif et ironique se rapproche de la caricature. Toulouse-Lautrec a contribué à redonner un peu de vie à un art français étouffant sous le poids des conventions et ouvert la voie à Picasso.

    Le musée de Lisle-sur-Tarn expose jusqu'au mois d'octobre une série de lithographies représentant diverses scènes de cirque, exécutées par l'artiste de mémoire lors d'une cure de désintoxication à l'alcool ; ces dessins permirent à l'artiste de prouver qu'il avait recouvré ses facultés mentales ("J'ai acheté ma libération avec mes dessins").

    + L'expo sur "L'Art de Morris" proposée au musée de la BD d'Angoulême est ouverte tout l'été. L'expression de "9e art" pour désigner la BD était un brin ironique dans la bouche de Morris, réticent comme un certain nombre de ses confrères (Goscinny, Bretécher) à l'égard des analyses et commentaires universitaires.

    "Lucky Luke" a récemment fait l'objet d'un album-hommage par Matthieu Bonhomme, une sorte de parodie intitulée : "L'Homme qui tua Lucky-Luke" (Dargaud). On est assez loin ici de l'humour des meilleurs albums de "Lucky-Luke", peu nombreux dans la mesure où cette série a été exploitée commercialement jusqu'à la corde. L'humour de M. Bonhomme est plus proche des westerns parodiques, genre réservé aux inconditionnels de ce genre épique. Quant à l'humour de "Lucky-Luke", Morris en donna lui-même la recette en indiquant qu'il reposait sur une part de réalisme (absente dans la plupart des westerns) ; Goscinny, au scénario, s'est souvent appuyé sur des faits ou des événements qui ont émaillé la conquête de l'Ouest américain.

    + En marge du gros festival BD de Lyon, quelques auteurs de BD (dont Gilles Rochier, B-Gnet...) proposent le festival BD "Ta mère la bulle" à Villeurbanne (2 juillet) ; "BD, bière, chips et franche camaraderie" sont au programme, ainsi que des débats autour de la BD.

    + La chaîne de TV "Arte" proposera à partir du mois d'août un petit dessin-animé, tiré de la BD de Dimitri Planchon, "Blaise" ("Fluide-Glacial"). Planchon excelle dans la satire du couple moderne bourgeois flanqué de son ou sa paire de rejetons.

    + Notre fanzine mensuel ne paraît pas pendant les mois de juillet et août, mais vous pouvez consulter librement les derniers numéros parus sur le site de partage de fichiers www.issuu.com (pour s'abonner, écrire à zebralefanzine@gmail.com).

    + Internet permet de découvrir des caricaturistes de la presse étrangère, comme le Suisse Raymond Burki (né en 1949) (dessin ci-dessous), employé pendant de longues décennies par "24 Heures" (quotidien de Lausanne), qui continue de publier des caricatures sur sa page Facebook bien qu'il soit parti à la retraite il y a deux ans. En plus d'être un dessinateur talentueux, Burki est aussi un bon peintre, ce qui est assez rare parmi les dessinateurs de presse (Cabu, par exemple, négligeait cet aspect).

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  • La Légèreté*

    Ne vous fiez pas à son titre, "La Légèreté" de Catherine Meurisse est la BD la plus lourdingue de l'année.webzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,kritik,catherine meurisse,légèreté,philippe lançon,libé,dargaud Lourdingue, c'est-à-dire conventionnelle.

    A la télé, une journaliste a déclaré à propos de "La Légèreté" cette chose extravagante : "S'il n'était pas obligatoire de dire du bien de "La Légèreté", j'en aurais quand même dit du bien, car cette BD est magnifique, etc." (je n'ai pas gardé le souvenir de tous les superlatifs utilisés).

    Ou bien cette journaliste est complètement idiote, ou bien elle est très maligne, au contraire. Elle suggère en effet que nous vivons dans un monde où il est obligatoire de dire du bien en public de certains bouquins, indépendamment de leur contenu !? Pourquoi ne pourrait-on pas dire du mal d'un bouquin qu'on a trouvé creux ? Quel sorte de décret tacite l'interdit ?

    En résumé, Catherine Meurisse a perdu ses confrères dessinateurs de "Charlie-Hebdo", abattus presque sous ses yeux par les frères Kouachi. Il y avait de quoi devenir dingue, d'autant plus que les journaux et la télé n'ont pas cessé d'en parler 24h/24. Comment reprendre son souffle après une telle épreuve ? Catherine Meurisse part faire une retraite à Rome, à la Villa Médicis (résidence luxueuse mise à la disposition des artistes français) ; elle peint des aquarelles (bof) ; elle lit Proust et d'autres auteurs moins bourgeois, conseillés peut-être par Philippe Lançon, critique littéraire à "Libé" et à "Charlie" ? P. Lançon a rédigé une préface très confraternelle et assez barbante à "La Légèreté". Du coup, petit à petit, Catherine Meurisse se sent mieux ; son confrère Luz publie une BD sur comment il a vécu les mois suivant l'attentat, et C. Meurisse décide de faire la même chose.

    La morale de l'histoire, c'est : - L'art m'a sauvée. Si Catherine Meurisse avait préféré cuisiner plutôt que lire "La Recherche", on aurait eu le droit à un livre de recettes. Que l'exercice de l'art puisse rendre la condition humaine moins pénible, c'est une certitude en même temps qu'un propos d'une grande banalité.

    Ce qui m'a le moins rasé, ce sont les passages concernant Catherine Meurisse, que je connaissais mal, en comparaison des "piliers" de "Charlie-Hebdo". On apprend par exemple que Catherine Meurisse a été recrutée par Philippe Val. Par souci de parité, je suppose, étant donné que "Charlie-Hebdo" était jusque-là aussi fermé à la gent féminine qu'une assemblée de franc-maçons ou d'évêques catholiques.

    A l'exception de quelques infos, glanées ici ou là, propres à satisfaire ma curiosité, j'ai dans l'ensemble été surpris et déçu par la BD de C. Meurisse ; surpris par son côté "sulpicien", mélange d'académisme et de bondieuseries, pas très éloigné de "Tintin & Milou". Venant d'une humoriste, je m'attendais à autre chose que l'apologie un peu plate de la rêverie artistique. De la part des rescapés de "Charlie-Hebdo", réagir comme ils l'ont fait à la fusillade, en publiant malgré tout le plus vite possible un nouveau numéro, c'était faire preuve d'un sang-froid plus conforme à l'esprit de "Charlie-Hebdo" (même s'ils n'ont pas pu échapper à la récupération politicienne que l'on sait, visant à faire des victimes de cette fusillade des martyrs de la cause et des valeurs occidentales).

    Quelques écrivains ou artistes ont tiré de drames l'inspiration pour écrire des chef-d'oeuvre marquants. Par exemple, le tremblement de terre meurtrier de Lisbonne en 1755 a assez bouleversé Voltaire pour lui inspirer un pamphlet humoristique contre la philosophie "zen" de Leibnitz ; mais il manque à "La Légèreté" l'ingrédient que les grands bouquins écrits pour tenter de sonder la violence de la nature ou de l'homme, à savoir le recul. Probablement y a-t-il une difficulté supplémentaire à se remettre en cause quand on vient de subir une violence quelconque, d'ordre physique ou psychologique, mais dans ce cas pourquoi Luz et C. Meurisse n'ont-ils par attendu avant de publier ce qui ressemble à des confessions intimes ?

    "La Légèreté", par Catherine Meurisse, Dargaud, 2016.