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spirou - Page 2

  • Groom*

    Les éditions Dupuis, éditrices de l'hebdomadaire "Spirou", ont publié le 7 janvier "Groom", un hors-série pourwebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,critique,kritik,groom,spirou,magazine,dupuis,propagande,charlie-hebdo,mai 68,complotisme les ados traitant de l'actualité en 2015.

    6,90 euros ça les vaut bien, si l'on tient compte du nombre de pages (100), de la qualité du papier (glacé), et de l'habileté des dessinateurs. Il s'agit ici d'un "ballon d'essai" ; on sent bien que Dupuis surfe sur une actualité dense, et l'attentat contre "Charlie-Hebdo" qui a beaucoup fait parler du dessin de presse, non loin de la bande-dessinée (bon nombre de dessinateurs de presse sont aussi auteurs de BD).

    Cependant sur le plan éditorial, ce premier numéro est très décevant, comme on pouvait s'y attendre. Un petit rappel s'impose : "Charlie-Hebdo" est proche de l'esprit frondeur de "Mai 68", qu'il précéda (ainsi que Cabu le soulignait fort justement), et qu'il a perpétué avant de faire faillite, faute de lecteurs, en 1982. La prise du pouvoir par la gauche en France explique sans doute assez largement cette faillite : la réputation d'hebdomadaire subversif de "Hara Kiri" ou "Charlie-Hebdo" s'est émoussée à partir du moment où la culture dominante a repris certains slogans "libertaires" ; du "sexe sans entraves", on est vite passé à la "capote obligatoire" et à la sexualité sous assistance thérapeutique psychiatrique ; Daniel Cohn-Bendit, icône du mouvement de "Mai 68", officie désormais dans une radio capitaliste BCBG qui passe son temps à expliquer que, si le capitalisme tousse aujourd'hui, c'est pour mieux courir demain le marathon.

    Dupuis et "Spirou" incarnent en revanche le conformisme belge, une propagande à destination des jeunes garçons de bonnes familles comme "Tintin".

    Le besoin de propagande n'a malheureusement pas diminué par rapport aux années 60, mais seulement la couleur de la propagande. Et c'est ce que Dupuis a produit avec "Groom" : un magazine lisse et politiquement correct à l'instar du mouvement "Tous Charlie !", tout juste assaisonné de quelques pointes d'humour ici ou là. Pas facile pour un illustrateur d'illustrer une tribune édifiante de Jean-Louis Bianco ; on croyait cet ancien secrétaire général de l'Elysée enterré avec Mitterrand (comme dans l'Antiquité les serviteurs de pharaon avec leur maître), en réalité il préside un très (trop) sérieux "Observatoire de la laïcité".

    L'actualité 2015 est assez largement traitée, dans toute sa diversité, puisque cela va de la montée des eaux en Belgique jusqu'à l'embargo de l'Iran, en passant par le scandale de la Fifa et les toutous de la reine Elisabeth II. Mais c'est une maladresse que cette manière d'exhaustivité ; le tout, avec l'actu et l'information, qui se présentent de façon chaotique et peu hiérarchisée, est de ne pas se laisser submerger pas leurs flots, surtout pour des ados mal armés. C'est la force du "complotisme", justement, moqué dans plusieurs strips publiés dans "Groom", de proposer une lecture univoque de l'actualité aux ados, une explication d'ensemble à, disons, l'agitation du monde - qui a de quoi troubler l'esprit.

    Traiter de façon sérieuse du ou des complotismes -ce qui n'exclut pas l'humour-, aurait pu par exemple être un angle éditorial ; au lieu de ça, on a une sorte de fourre-tout, illustré avec brio, mais qui ne met pas ou peu en oeuvre la force principale du dessin, l'humour.

    On ne redemande pas de ce "Groom"-là (et les ados à qui j'ai prêté mon exemplaire non plus).

    Zombi

     

     

  • Revue de presse BD (170)

    La fête de Noël est propice aux mauvais rêves ou aux cauchemars, provoqués comme chacun sait par l'abus de boisson et de nourriture. Mettez la pédale douce et lisez plutôt Zébra !

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    + Le dessinateur satirique Joan Cornella n'est pas à proprement parler représentatif de "l'esprit de Noël", mais plus exactement de toute l'hypocrisie et la violence sociales qui se cachent derrière une telle expression. Ses strips à l'humour grinçant sont publiés en album, mais l'artiste espagnol vient de lancer une souscription pour que les meilleurs d'entre eux soient adaptés en dessins animés. Sa campagne de souscription est accompagnée d'un petit clip vidéo humoristique.

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    + "Les souffrances éprouvées en France et en Iran ne sont pas équivalentes. Mais on n’est pas obligé d’être enfermé physiquement pour se sentir "en prison". Le caricaturiste iranien Maya Neyestani décrit avec humour dans le "Petit manuel du parfait réfugié politique" sa condition de réfugié en France, à Paris, pas si rose que les ressortissants du pays "hôte" pourraient croire. Les lenteurs administratives, en particulier, font partie des petits supplices que subissent les exilés.

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    graffiti par Dran

    + Le "street-art" regroupe des tas de styles différents : certains graffitis sont purement décoratifs, d'autres "identitaires", consistant à tatouer les murs pour marquer son territoire ; quelques petits malins tentent ainsi de forcer la porte des galeries d'art chic, dont les droits d'entrée sont élevés ; il y a même quelques graffeurs satiriques, dont l'Anglais Banksy, le plus connu, ou le Toulousain Dran, dans un style BD, qui proclame : "Comme je ne sais pas écrire, j'ai préféré vous faire un dessin."

    Le "Hors-Humain" est encore d'une autre espèce, inclassable, qui sévit dans le Nord-Ouest de Paris et interpelle l'humanité, dont il tient à la manière d'un anarchiste à se dissocier, par le biais de messages philosophiques peints sur les trottoirs. L'homme, né Allemagne en 1944 sous un déluge de feu, explique dans une interview donnée à la radio "Contact FM" quel "la mort n'est qu'un leurre" (Le Hors-Humain est poursuivi en justice par la Mairie de Paris pour ses graffitis à même le sol.)

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    + Dans "Marsam Graphics", nouveau webzine BD gratuit, Clément Lemoine présente un dessinateur satirique mexicain, Rius, mal connu en France. Ce caricaturiste se réclame pêle-mêle de l'influence de Steinberg, Chaval, Bosc ou Siné.

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    + Le 7 janvier, un an après l'attentat contre "Charlie-Hebdo", le magazine belge "Spirou" (Dupuis) lance un hors-série "Groom", traitant de l'actualité et destiné à un public d'ados. "Groom" parviendra-t-il à se démarquer de la ligne un peu trop scolaire ou puérile de ce genre de magazine ? A suivre...

  • Revue de presse BD (166)

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    Agrippine face à Claire Bretécher.

    + Rare femme à exercer ses talents dans le domaine de la BD, et plus encore de la BD humoristique, Claire Bretécher fait l'objet d'une grande exposition à la bibliothèque du musée d'art moderne Pompidou (jusqu'au 8 février). Brétécher, qui travailla notamment pour le compte de "Pilote", "Spirou" et "Le Nouvel Observateur" mérite plus le titre d'auteur satirique que celui de "sociologue", dont le pédantissime Roland Barthes l'affubla. On est bien placé au pays de Molière pour savoir à quel point la satire et la religion, rebaptisée "sociologie" dans les temps ultra-modernes, s'opposent. Si Molière avait été sociologue, se contentant de refléter son époque, il y a longtemps qu'il serait tombé dans l'oubli.

    Interviewée récemment sur ses années passées à "Pilote", sous la direction de R. Goscinny, Claire Bretécher n'a pas hésité à dénigrer les rebelles de "Mai 68" qui poussèrent Goscinny à la démission, les traitant de fils à papa et de faux rebelles (Gotlib, Moebius, Druillet) (in : "La Révolution Pilote", Dargaud, 2015). On est tenté de lui donner raison, quand on voit le nombre de philosophes de plateaux télé, plus creux les uns que les autres, que "Mai 68" a engendré, dissimulant leurs comptes en banque derrière des options humanistes. Mais à travers cet affrontement entre générations, typiquement viril, se trouve quand même posée la question, plus intéressante, du duel entre la bande-dessinée, destinée aux enfants, et le dessin de presse, visant un public plus large, ou encore de la rivalité entre le "Pilote" de Goscinny et le "Charlie-Hebdo" de Cavanna.

    "Le Figaro", quotidien du bourgeois qui s'assume, rend aussi hommage à Bretécher à travers un quiz de cinq questions sur sa carrière de dessinatrice.

    + Hasard ou calcul, l'attentat de la mi-novembre à Paris visait un quartier "bobo" de Paris ; c'est précisément la culture que Bretécher brocarde à travers le personnage d'Agrippine, adolescente élevée dans un milieu "humaniste"... mais néanmoins aisé. Les blogueuses-BD d'aujourd'hui sont un peu les petites soeurs d'Agrippine, et Pénélope Bagieu la plus célèbre a réagi aux attentats par un strip, sur le mode : "J'y pense et puis j'oublie."

    + En Iran, à Téhéran, le caricaturiste Hadi Heydari ("Persian Cartoon") a été arrêté à cause d'un dessin fait pour témoigner de sa solidarité avec les victimes des attentats de Paris ; il a probablement été interpellé par les services secrets de son pays. Faut-il le rappeler, l'Iran est en guerre froide avec les Etats-Unis et ses alliés, dont la France. En revanche, en Belgique, c'est l'humoriste Dieudonné Mbala-Mbala qui a été condamné à deux mois de prison ferme pour "antisémitisme". La sympathie de Dieudonné pour le régime iranien est connue.

    Le contexte de l'état d'urgence ne fait qu'accroître la sévérité de la condamnation de cet humoriste ; le condamner en ces circonstances revient à le désigner comme complice des djihadistes. Quand Dieudonné avait fait l'objet de poursuites et de pressions fiscales de la part du gouvernement de Manuel Valls, rares furent ceux qui osèrent prendre publiquement sa défense au nom de la liberté d'expression (Jack Lang, Plantu). Même si c'est sans doute inéluctable, on peut regretter qu'autant de caricaturistes et d'esprits soi-disant libres se laissent entraîner dans le "choc des cultures", stratégie de radicalisation des deux camps.

    + Alors que le salon du livre pour la jeunesse de Montreuil s'apprête à ouvrir ses portes (2-7 décembre), le webzine culturel Actualitté en profite pour dénoncer la moindre rémunération des auteurs et illustrateurs de livres pour enfants. Néanmoins le prétendu "préjugé" contre la littérature de genre ou la littérature spécialisée s'explique très bien d'un point de vue critique et littéraire par la prétention des plus grands auteurs à produire une littérature universelle, et non pas seulement destinée à une catégorie de lecteurs. Hélas l'argument égalitaire dissimule bien souvent, qu'il soit conscient ou non, un mobile mercantile ; la spécialisation de la littérature est avant tout une question d'édition et de librairie, bien plus que d'art et de littérature. C'est sûrement ne rien comprendre à l'art et la littérature que de les envisager seulement sous l'angle de la production et du marché. La mise en avant de grands principes, dans le domaine de la culture, est un cache-misère. La littérature de genre se vend parfois très bien, et ses auteurs sont bien rémunérés. La Comtesse de Ségur fit ainsi fortune avec ses livres pour enfants ("Les Malheurs de Sophie", etc.), et son statut était tel qu'elle pouvait embaucher et virer les plus prestigieux illustrateurs de la place de Paris. Son éditeur avait déniché la poule aux oeufs d'or.

    + La médiathèque F. Sagan (Paris Xe) abrite (jusqu'au 31 janvier) une exposition sur le thème de l'illustration de livres pour enfants. L'illustrateur britannique Anthony Browne parlera dans ce cadre (4 déc. à 19 h) de son travail ; créateur du personnage de "Marcel" ("Willy" en anglais), A. Browne tire le principal de ses revenus de la vente de cartes de voeux, ce qui lui permet d'être plus exigeant quant aux autres publications.

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    Marcel par Anthony Browne.

     

  • Revue de presse BD (152)

      Extraits de la revue de presse illustrée publiée chaque semaine en intégralité dans l'hebdo Zébra.

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    Pamphlet en BD condamné pour diffamation

     

    + « Ce n’est pas parce que vous dessinez que vous avez le droit de tout faire. » : un conseiller cantonal du FN de Carpentras a ainsi commenté la décision de justice en sa faveur, condamnant François Corteggiani à 3.000 euros d’amende et autant de dommages-intérêts pour diffamation. Cet auteur de BD (« La Jeunesse de Blueberry », « Pif », « Alix »), de surcroît employé par « L’Humanité dimanche », avait publié et distribué sur les marchés un pamphlet illustré de six pages contre l’élu FN (F. Corteggiani compte faire appel).

    Ignorant le dossier, en particulier la portée des jurons infligés à l’élu FN dans « Hervé le Lapinot » (titre du pamphlet), jurons qui semblent empruntés au capitaine Haddock, on s’abstiendra de commenter davantage cette affaire. Mais une chose est sûre, pour avoir « le droit de tout faire », mieux vaut être ministre de la République que dessinateur.

    Ce type de condamnation n’est pas moins dissuasif qu’une « fatwa » lancée de l’étranger, et souvent les rédacteurs en chef redoutent plus les procès que les menaces de mort.

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  • Revue de presse BD (94)

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    + Le peintre suédois Carl Larsson, exposé en ce moment au Petit Palais, est proche des auteurs de bande-dessinée par sa science du cadrage. Comme Millet, Van Gogh ou l'Espagnol Sorolla, il se plaisait à peindre des sujets triviaux et agricoles ; son trait un peu mièvre et académique est néanmoins expressif et ses couleurs très lumineuses.

    + L'expo consacrée à Marcel Gotlib au musée du judaïsme surprend, puisque cet humoriste est réputé athée (bien que son nom veuille dire en allemand "amour de dieu" et que Gotlib plaçait dans tous ses strips une "bête à bon dieu"). Le site belge Actuabd a donc tenté de donner une explication à cette bizarrerie. S. Freud, qui se voulait plus Allemand que juif, proposait de ne tenir pour juifs que les disciples de Moïse ; cette suggestion a le mérite d'empêcher tout racialisme/nationalisme juif.

    + A l'hebdomadaire "Spirou", Joseph Volders, 71 ans, écrit : "(...) Je lis Spirou depuis l'âge de 6 ans ! J'adorais Les Belles histoires de l'oncle Paul, qui m'ont formé. Pendant mon service militaire, j'ai arrêté "Spirou", mais tout de suite après j'ai repris. J'ai demandé à ma femme si ça ne la dérangeait pas, car à l'époque ça ne faisait pas très sérieux pour un adulte de lire "Spirou" !" A la lecture de ce témoignage, on peut se demander si la BD n'est pas un art régressif, d'autant plus que la BD accède au statut d'art majeur en même temps que... la pâtisserie.

    + L'inspectrice pédagogique de l'Académie de Limoges, a cru bon de prévenir ses collègues de l'immoralité d'une encyclopédie illustrée consacrée à la BD ("L'Art de la BD", Citadelles et Mazenod) acquise par certains centres de documentation. Elle a ainsi déclenché une levée de boucliers dans le Landerneau de la BD. Ce n'est pas vraiment une surprise : les dessinateurs qui s'exercent sur le modèle vivant savent que cette pratique est parfois assimilée à la pornographie par les milieux pédagogiques et... interdite aux mineurs. Cela dit, une bonne partie de la bande-dessinée franco-belge est destinée à prêcher auprès des enfants des valeurs morales.

    + Après des débuts difficiles sur le plan économique, notamment liés à la distribution, le journal satirique "Zélium" semble avoir trouvé sa vitesse de croisière.

    + Le webzine "du9", a longuement interviewé Olivier Jouvray, co-rédac-chef de la "Revue dessinée", trimestriel spécialisé dans le reportage-BD, dont le troisième numéro vient de paraître. Cette revue et l'idée de présenter l'info différemment et de façon plus indépendante avaient suscité l'enthousiasme lors du lancement du premier numéro. La journaliste gaulliste Natacha Polony n'a pas hésité à lui faire de la pub récemment dans un célèbre talk-show (ce qui est plutôt comique compte-tenu de la manière dont de Gaulle s'employa à museler la presse à la "Libération", favorisant le monopole des cartels industriels sur les médias).

    Olivier Jouvray aborde dans cet entretien la question du financement, des méthodes de fabrication et de la ligne rédactionnelle de cette publication, qui compte tenu de ses moyens limités reste un "Petit Poucet" de l'information.

    + Le dessin de la semaine est une publicité pour un armurier, ArmaLite, qui s'est amusé à détourner le David de Michel-Ange pour faire la publicité de son nouveau fusil AR-50A1. Le détournement est un peu abusif, puisqu'on se souvient que David triompha de Goliath à l'aide d'un lance-pierre, et non d'une de ces armes modernes de destruction massive dont les Occidentaux se servent pour mater les rébellions à travers le monde.

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  • Revue de presse BD (93)

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    + La dernière enquête de Spirou et Fantasio, signée Schwartz & Yann, qui paraît en feuilleton dans l'hebdomadaire "Spirou", mène ces deux héros à Saint-Germain-des-Prés, au "Café de Flore", où ils ne manquent pas de croiser Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Comme quoi il n'y a pas qu'en Ukraine qu'on déboulonne de vieilles statues...

    + Toujours dans le magazine Spirou (12 mars 2012), la scénariste de "Pablo", biographie en BD de Picasso dont le dernier tome va paraître chez Dargaud, Julie Birmant explique qu'elle a voulu "donner sa revanche" à Fernande Olivier, dont Picasso fit interdire la parution de ses mémoires. Fernande révélait notamment que Pablo consommait régulièrement de l'opium. Julie Birmant conclut que l'art de Picasso plaît peut-être beaucoup aux enfants parce qu'il était comme eux : gai, vivant, et parfois un peu cruel (troisième tome prépublié dans lemonde.fr).

    + L'association Artémisia, dont la vocation est de promouvoir la bande-dessinée féminine, s'offusque de la faible proportion de femmes au Panthéon, et à demandé à neuf dessinatrices de protester par un dessin. S'il y a bien un lieu où la paix et l'égalité devraient régner entre les sexes, ce sont les cimetières, columbariums, mausolées, et autres espaces cinéraires !

    + Un trophée "presse-citron" du dessin de presse, ou plutôt deux, l'un pour les professionnels, l'autre pour les amateurs, sera décerné dans le cadre d'une biennale du dessin de presse organisée à la BNF. Candidature jusqu'au 17 mars.

    + Lors des obsèques du cinéaste breton Alain Resnais, son portrait en BD par Floc'h, également auteur d'affiches pour des films de Resnais, a été placardé sur la facade de l'église Saint-Vincent-de-Paul (Paris, Xe).

    + Fred Wayne, rédac-chef du fanzine "Rien-à-voir", raconte sur son blog-BD sa vie aux "Restaus du coeur" où il travaille comme bénévole.

    "Comment ce but serait atteint, il n'en savait rien. Il attendait seulement son heure, comme fait la jeunesse ; il savait seulement qu'il appartenait à cette vieille famille de la terre dont le destin, dont une responsabilité, était de jouer un rôle dans l'histoire (...)" : "La Vie Hantée" (The Haunted Life), roman inédit de Jack Kerouac, vient de paraître aux éditions Penguin ; le manuscrit, rédigé par l'écrivain à 22 ans, et ensuite perdu dans un taxi new-yorkais, a été retrouvé. Dans cette oeuvre largement autobiographique, Kerouac s'interroge sur son destin de rejeton d'une vieille famille française émigrée au Canada.

    + Le dessin de la semaine est de Tamia Baudoin qui collabore au fanzine "Le Loyer".

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  • Spirou par Chaland***

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    De telles méthodes ont permis aux auteurs et dessinateurs de BD de bénéficier d’un minimum de respect en Europe, tandis que la production de comics américains ou de mangas japonais fut au contraire complètement assimilée à la culture de masse, et ainsi méprisée.

    Des personnalités telles que Joseph Gillain, André Franquin ou Maurice de Bevère (Morris) ont pu s’affirmer dans un contexte de semi-liberté créative, se jouant parfois du cahier des charges qui leur était imposé; ce contexte fut même moins pesant que le dirigisme culturel typiquement français, qui après-guerre a contribué à ouvrir un boulevard à l’industrie du divertissement primaire.

    La récente reconnaissance officielle de la BD comme un art à part entière ne signifie d'ailleurs pas tant le progrès de la BD, dont tel ou tel cherchera à s’attribuer le mérite, que l’échec retentissant des politiques culturelles menées au cours des cinquante dernières années.

    Nous avons déjà recommandé dans «Zébra» un documentaire-BD dédié à Jean-Claude Fournier, repreneur de la série emblématique de Dupuis; celui-ci éclaire les conditions économiques de cette production littéraire destinée aux enfants. On aborde plus directement avec Yves Chaland une autre particularité, à savoir l’ambiguïté de la culture belge francophone sur laquelle cette BD a poussé; on peut presque parler de schizophrénie, dans la mesure où sont amalgamées des valeurs patrimoniales traditionnelles, quasiment «nietzschéennes», avec un «judéo-christianisme» en principe aux antipodes de ces valeurs conservatrices. Semblable syncrétisme bizarre se retrouve dans le mouvement boy-scout, autre spécialité belge indissociable. Si le pagano-christianisme n’est pas l’apanage exclusif de la Belgique, en revanche sa mutation belge en culture enfantine ou adolescente hétérosexuelle est assez originale et renforce son ésotérisme.

    Or Y. Chaland, n’étant pas Belge mais Français, a mieux perçu cette bizarrerie culturelle de l’extérieur. Il n’est sans doute pas le premier à la remarquer, mais son travail est d’un mimétisme et d’une rigueur étonnantes sur le plan technique, où un phénomène comparable à la piété filiale est presque décelable ; sur le plan technique seulement, car par ailleurs Chaland s’élève au niveau du pastiche et ouvre la voie à la subversion des codes de la BD belge.

    José-Louis Bocquet, auteur de cette petite étude, «Spirou par Y. Chaland», note très bien le caractère paradoxal de pastiche respectueux du travail de Chaland, ainsi que le malaise qu’il provoqua chez les «fans» de «Spirou & Fantasio», aussi bien qu’au sein de la maison Dupuis où une telle dérision n’était pas de mise.

    Cette façon de dynamiter les codes de l’intérieur est la plus efficace, selon l’intention plus ou moins délibérée du pasticheur. Ainsi, quelques pages de pastiche suffisent au critique littéraire Paul Reboux pour faire ressortir le sadisme pédérastique sous-jacent des ouvrages de la Comtesse de Ségur, mieux qu’une longue et fastidieuse étude théorique de Michel Tournier menant à la même conclusion.

    Et Chaland ne se limite pas à Spirou & Fantasio, série dont on apprend par Jean-Claude Fournier qu’elle était considérée par Franquin comme un travail alimentaire excessivement contraignant. Le travail de pastiche de Chaland atteint le maximum de la subversion dans «Le jeune Albert», ou encore une biographie de Jijé parue dans «Métal Hurlant».

    Il est intéressant d’observer que le travail de Picasso traduit la même démarche paradoxale. Elle peut se comprendre en effet comme un travail de pastiche ou de critique picturale, ironie comprise dans de nombreux cas. Sa science du dessin permet à Picasso de subvertir la peinture classique de l’intérieur, avec une efficacité inégalée. Le profanateur a été élevé dans le temple.

    La part du pastiche est essentielle dans la contre-culture, et la contre-culture dans le mouvement de l'art moderne. Bien que le mouvement soit présenté officiellement comme un progrès ou un renouvellement, il consiste largement dans une illusion de type alchimique ("rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme"). L’art de Chaland illustre ce phénomène à l’intérieur d’une culture plus marginale et circonscrite.

    A titre d'exemple, de nombreux croquis préparatoires et un épisode de "Spirou & Fantasio" par Chaland sont reproduits au regard des propos de J.-L. Bocquet.

     

    Spirou par Y. Chaland, José-Louis Bocquet, Dupuis, automne 2013.