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agrippine

  • Revue de presse BD (277)

    + Un titre étonnant dans "L'Obs" dernièrement (11 avril) : "Les boboswebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,caricature,actualité,revue,presse,hebdomadaire,mai,2018,l'obs,bobo,jean-yves authier,bretécher,agrippine,boboland,fluide-glacial,nouvel-observateur,philippe dupuy,left,bodoï,killoffer,mai 68,olivier josso,jeanne puchol,gilles rochier,festival d'angoulême n'existent pas", et continuer d'en parler nuit à la société. L'argumentaire est de Jean-Yves Authier, prof de sociologie (Lyon II); venant d'un sociologue, "nuire à la société" est le plus grave péché.

    Etonnant car "Le Nouvel Observateur" a contribué à donner consistance au "bobo", à travers la série de Claire Bretécher, "Agrippine", portrait de la bourgeoisie parisienne par une auteure qui s'agrégea à ce milieu en épousant le prof de droit Guy Carcassonne.

    Après avoir plaidé que le terme de "bobo" est confus (comme si la sociologie ne l'était pas), J.-Y. Authier plaide aussi pour la "gentrification". En réalité la satire des bobos permet de les caractériser assez précisément. On peut ajouter à la BD de Bretécher celle de Dupuy & Berbérian, "Bienvenue à Boboland" (2008), parue en feuilleton dans "Fluide-Glacial" (éd. espagnole ci-contre : 'Benvenido a Bobolandia').

    D'une manière générale, la bourgeoisie est une catégorie ou une classe sociale difficile à définir (contrairement à l'aristocratie ou au prolétariat, par exemple), comme si elle contenait "le sens de l'Histoire". Cependant on peut préciser le sens de "bobo" comme une nouvelle mode bourgeoise, typiquement française ou parisienne. Ce n'est pas un hasard si le terme "bobo" a été inventé par un Américain, David Brooks, observateur étranger.

    Un trait caractéristique des bobos consiste à se prosterner devant la Culture comme un catholique devant le Saint-Sacrement, attribuant ainsi à la culture un pouvoir quasi-miraculeux.

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    Femme par Philippe Dupuy de la main gauche ("Left").

    + Philippe Dupuy (co-auteur de "Boboland") est un dessinateur qui a perdu l'usage de sa main droite et réapprend à dessiner de la gauche. Il publie un recueil de ses dessins maladroits, "Left" ("L'Association"), commenté par le webzine Bodoï.

    On ne saurait réduire le dessin à une question d'habileté manuelle, ni à l'application de règles de perspective. Un bon dessinateur dessine avant tout avec son esprit (comme dirait Baudelaire). Où Picasso se montre un dessinateur exceptionnel, c'est dans sa capacité à éliminer les détails pour se concentrer sur ce qui est signe de force vitale, tandis que les dessinateurs de seconde zone (Giraud-Moebius) en font des tonnes.

     + Le festival d'Angoulême et son partenaire la firme RAJA - "L'art d'emballer" (sic) ont passé commande d'affiches dans l'esprit et le style de "Mai 68" à quelques auteurs de BD : Gilles Rochier, Jeanne Puchol, Olivier Josso...

    L'affiche ci-dessous signée Killoffer est sans doute la plus "anar" ; 50 ans plus tard, "Charlie-Hebdo" n'oserait plus publier un tel dessin.

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  • Revue de presse BD (166)

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    Agrippine face à Claire Bretécher.

    + Rare femme à exercer ses talents dans le domaine de la BD, et plus encore de la BD humoristique, Claire Bretécher fait l'objet d'une grande exposition à la bibliothèque du musée d'art moderne Pompidou (jusqu'au 8 février). Brétécher, qui travailla notamment pour le compte de "Pilote", "Spirou" et "Le Nouvel Observateur" mérite plus le titre d'auteur satirique que celui de "sociologue", dont le pédantissime Roland Barthes l'affubla. On est bien placé au pays de Molière pour savoir à quel point la satire et la religion, rebaptisée "sociologie" dans les temps ultra-modernes, s'opposent. Si Molière avait été sociologue, se contentant de refléter son époque, il y a longtemps qu'il serait tombé dans l'oubli.

    Interviewée récemment sur ses années passées à "Pilote", sous la direction de R. Goscinny, Claire Bretécher n'a pas hésité à dénigrer les rebelles de "Mai 68" qui poussèrent Goscinny à la démission, les traitant de fils à papa et de faux rebelles (Gotlib, Moebius, Druillet) (in : "La Révolution Pilote", Dargaud, 2015). On est tenté de lui donner raison, quand on voit le nombre de philosophes de plateaux télé, plus creux les uns que les autres, que "Mai 68" a engendré, dissimulant leurs comptes en banque derrière des options humanistes. Mais à travers cet affrontement entre générations, typiquement viril, se trouve quand même posée la question, plus intéressante, du duel entre la bande-dessinée, destinée aux enfants, et le dessin de presse, visant un public plus large, ou encore de la rivalité entre le "Pilote" de Goscinny et le "Charlie-Hebdo" de Cavanna.

    "Le Figaro", quotidien du bourgeois qui s'assume, rend aussi hommage à Bretécher à travers un quiz de cinq questions sur sa carrière de dessinatrice.

    + Hasard ou calcul, l'attentat de la mi-novembre à Paris visait un quartier "bobo" de Paris ; c'est précisément la culture que Bretécher brocarde à travers le personnage d'Agrippine, adolescente élevée dans un milieu "humaniste"... mais néanmoins aisé. Les blogueuses-BD d'aujourd'hui sont un peu les petites soeurs d'Agrippine, et Pénélope Bagieu la plus célèbre a réagi aux attentats par un strip, sur le mode : "J'y pense et puis j'oublie."

    + En Iran, à Téhéran, le caricaturiste Hadi Heydari ("Persian Cartoon") a été arrêté à cause d'un dessin fait pour témoigner de sa solidarité avec les victimes des attentats de Paris ; il a probablement été interpellé par les services secrets de son pays. Faut-il le rappeler, l'Iran est en guerre froide avec les Etats-Unis et ses alliés, dont la France. En revanche, en Belgique, c'est l'humoriste Dieudonné Mbala-Mbala qui a été condamné à deux mois de prison ferme pour "antisémitisme". La sympathie de Dieudonné pour le régime iranien est connue.

    Le contexte de l'état d'urgence ne fait qu'accroître la sévérité de la condamnation de cet humoriste ; le condamner en ces circonstances revient à le désigner comme complice des djihadistes. Quand Dieudonné avait fait l'objet de poursuites et de pressions fiscales de la part du gouvernement de Manuel Valls, rares furent ceux qui osèrent prendre publiquement sa défense au nom de la liberté d'expression (Jack Lang, Plantu). Même si c'est sans doute inéluctable, on peut regretter qu'autant de caricaturistes et d'esprits soi-disant libres se laissent entraîner dans le "choc des cultures", stratégie de radicalisation des deux camps.

    + Alors que le salon du livre pour la jeunesse de Montreuil s'apprête à ouvrir ses portes (2-7 décembre), le webzine culturel Actualitté en profite pour dénoncer la moindre rémunération des auteurs et illustrateurs de livres pour enfants. Néanmoins le prétendu "préjugé" contre la littérature de genre ou la littérature spécialisée s'explique très bien d'un point de vue critique et littéraire par la prétention des plus grands auteurs à produire une littérature universelle, et non pas seulement destinée à une catégorie de lecteurs. Hélas l'argument égalitaire dissimule bien souvent, qu'il soit conscient ou non, un mobile mercantile ; la spécialisation de la littérature est avant tout une question d'édition et de librairie, bien plus que d'art et de littérature. C'est sûrement ne rien comprendre à l'art et la littérature que de les envisager seulement sous l'angle de la production et du marché. La mise en avant de grands principes, dans le domaine de la culture, est un cache-misère. La littérature de genre se vend parfois très bien, et ses auteurs sont bien rémunérés. La Comtesse de Ségur fit ainsi fortune avec ses livres pour enfants ("Les Malheurs de Sophie", etc.), et son statut était tel qu'elle pouvait embaucher et virer les plus prestigieux illustrateurs de la place de Paris. Son éditeur avait déniché la poule aux oeufs d'or.

    + La médiathèque F. Sagan (Paris Xe) abrite (jusqu'au 31 janvier) une exposition sur le thème de l'illustration de livres pour enfants. L'illustrateur britannique Anthony Browne parlera dans ce cadre (4 déc. à 19 h) de son travail ; créateur du personnage de "Marcel" ("Willy" en anglais), A. Browne tire le principal de ses revenus de la vente de cartes de voeux, ce qui lui permet d'être plus exigeant quant aux autres publications.

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    Marcel par Anthony Browne.