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métal hurlant

  • Revue de presse BD (84)

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    + Le comique Dieudonné et le ministre Manuel Valls ont concocté, entre le sapin et la bûche, un hénaurme scandale franco-français. En effet, on ne sait pas forcément à l'étranger ce qu'est une "quenelle", et la traduction ne doit pas être facile pour les journalistes. Je n'ai pas aperçu pour l'instant de dessin humoristique qui traite de l'affaire des quenelles avec autant de talent que Caran d'Ache traita de l'affaire Dreyfus dans son fameux dessin (Surtout ne parlons pas de l'affaire Dreyfus/Ils en ont parlé) ; il faut dire que la haine nuit à l'humour, et qu'il y a beaucoup trop de dessinateurs "engagés".

    J'ai tout de même bien ri en lisant cette planche du blogueur Maadiar, qui raconte que sa copine lui défend de parler de Dieudonné ; or, non seulement il en parle, mais il dessine sa copine de façon assez peu flatteuse. Bien sûr la vie ne serait pas la même si on obéissait toujours à notre mère ou à notre femme.

    + L'émission radio "Mauvais genres" sur France-Culture (François Angelier) recevait le 4 janvier dernier Emmanuel Pollaud-Dulian en compagnie de son éditeur Jean-Louis Gauthey (Cornélius) pour évoquer l'artiste désenchanté Gus Bofa.

    + Les paris sont ouverts chez Lerapideduweb sur celui des nominés au festival d'Angoulême qui se verra remettre le Grand prix cette année. Lerapide, lui, mise tout sur Alan Moore.

    + Michel-Edouard Leclerc organise à Landerneau une expo. sur les revues "Métal Hurlant" et "A Suivre" qui firent fureur (surtout la première) dans les années 70. L'expo. est installée dans l'ancien couvent des capucins (moines à capuches) de cette petite ville bretonne. Certains trouveront le rapprochement étonnant entre "Métal hurlant" et les moines capucins ; cependant les moines furent parfois, au moyen-âge, de savants alchimistes, férus d'expériences "interdites" (c'est un moine anglais qui réinventa la poudre à canon). Les amateurs de BD rockn'roll doivent donc dépêcher d'aller voir l'expo., avant que la Bretagne ne soit engloutie sous les eaux du déluge.

    + La Fnac décerne chaque année un prix en BD ; nous avons dit dans Zébra le peu de bien que nous pensons de la plupart des six finalistes (sans savoir qu'ils seraient finalistes) ; ce n'est pas pour les dénigrer de nouveau que je mets le sujet sur le tapis, mais parce que la récompense m'a surpris : il s'agit en effet d'une "mise en avant commerciale de l'ouvrage" et d'une... tournée de dédicaces dans le réseau des Fnac de France... Les pauvres types doivent croiser les doigts pour ne pas être élus.

    + Nous en parlions la semaine dernière, et il encore temps de voter pour votre blog-bd préféré parmi la sélection du jury d'Angoulême, concourant au prix Jeune talent. Il vous reste sept jours.

    + Le dessin de la semaine est signé Helkarava ; il s'agit d'une illustration pour les "Aventures du romancier atonal" que l'auteur publie sur son blog pour la faire connaître plus largement.

     

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  • Revue de presse BD (80)

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    + Autant de nouvelles revues de BD, autant de déceptions. J'ai fini par dénicher et feuilleter "Aaarg !" n°1 (ci-dessus), dont l'esthétisme est agaçant ; dessin léché, emballage luxueux (14 euros), pour un propos globalement assez creux. Il est vrai que le rédac-chef Starsky se réclame de "Métal Hurlant", qui n'était déjà pas trop ma came en dehors de Chaland - un peu trop "belles mécaniques et poupées Barbie" pour prolos enrichis à mon goût.

    Pour l'instant, les "vieux" "Fluide-Glacial" et "Psikopat" bien rodés n'ont pas de souci à se faire.

    + Pénélope Bagieu prouve dans cette vidéo où elle mène campagne contre le racisme des agences de publicité qu'elle est aussi douée pour le "stand-up" que pour la BD. Pénélope B. oublie juste un détail : l'idée que l'antiracisme ou les bons sentiments en général peuvent contribuer à rendre le monde meilleur est une idée tout droit sortie des agences de com' ou de pub.

    + Le dernier prix de la BD chrétienne d'Angoulême a été remis à une biographie de Benoît-Joseph Labre (1748-1783), clochard décédé en "odeur de sainteté" et canonisé par l'Eglise romaine en 1881 ("Quelques écorces d'orange amère", par C. Hadevis et E. Le Saëc). Bien que la part des saints laïcs a beaucoup augmenté (on peut s'attendre bientôt à une BD retraçant la vie de N. Mandela), ce genre de biographie fut l'occasion pour quelques auteurs réputés dans les années 50 d'exercer leur talent. Benoît-Joseph Labre est un saint original, puisque sa puanteur et sa crasse faisaient partie de sa renommée ; en général, le puritanisme se traduit plutôt par une hygiène corporelle méticuleuse.

    + Le quotidien "Libération" revient sur la querelle entre associés de "L'Association", ayant entraîné la création par son ex-patron Jean-Christophe Menu d'une nouvelle boîte baptisée "L'Apocalypse". Celui-ci aime tendre des verges pour se faire battre, apparemment, puisqu'il n'hésite pas à afficher son dédain pour le mode d'organisation démocratique; mais surtout, alors que les auteurs de cette nouvelle vague de BD conceptuelle autour de "L'Association" sont parfois accusés de péter plus haut que leur derrière, J.-C. Menu ne démord pas de ses formules d'agrégé ès bande-dessinée : "La BD est un langage avant tout.", repris par "Libération".

    + A la veille de Noël, de nombreux sites BD ont établi leur TOP 10 des meilleures BD de l'années. On peut trouver ce genre d'anthologie ridicule, ou bien au contraire l'estimer utile pour s'y retrouver dans les rayons des libraires. Zébra s'est livré à l'exercice ; résultat, une seule BD en commun avec les cinquante titres retenus par les cinq critiques du site Bodoï. Cela devrait inciter la critique a fournir plutôt une liste des 10 pires attrape-couillons de l'année.

    + Les éditions du Cherche-Midi publient les "Afourismes" de Morez, dessinateur humoristique qui écuma la grande presse après guerre. Le site "Actuabd" annonce la publication prochaine d'une interview de ce dessinateur juif roumain émigré en France, aujourd'hui âgé de plus de quatre-vingt dix ans. 

    + Le dessin de la semaine est de Voutch, humoriste exposé à la galerie "Oblique" au marché Saint-Paul, du 11 au 31 décembre.

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  • Spirou par Chaland***

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    De telles méthodes ont permis aux auteurs et dessinateurs de BD de bénéficier d’un minimum de respect en Europe, tandis que la production de comics américains ou de mangas japonais fut au contraire complètement assimilée à la culture de masse, et ainsi méprisée.

    Des personnalités telles que Joseph Gillain, André Franquin ou Maurice de Bevère (Morris) ont pu s’affirmer dans un contexte de semi-liberté créative, se jouant parfois du cahier des charges qui leur était imposé; ce contexte fut même moins pesant que le dirigisme culturel typiquement français, qui après-guerre a contribué à ouvrir un boulevard à l’industrie du divertissement primaire.

    La récente reconnaissance officielle de la BD comme un art à part entière ne signifie d'ailleurs pas tant le progrès de la BD, dont tel ou tel cherchera à s’attribuer le mérite, que l’échec retentissant des politiques culturelles menées au cours des cinquante dernières années.

    Nous avons déjà recommandé dans «Zébra» un documentaire-BD dédié à Jean-Claude Fournier, repreneur de la série emblématique de Dupuis; celui-ci éclaire les conditions économiques de cette production littéraire destinée aux enfants. On aborde plus directement avec Yves Chaland une autre particularité, à savoir l’ambiguïté de la culture belge francophone sur laquelle cette BD a poussé; on peut presque parler de schizophrénie, dans la mesure où sont amalgamées des valeurs patrimoniales traditionnelles, quasiment «nietzschéennes», avec un «judéo-christianisme» en principe aux antipodes de ces valeurs conservatrices. Semblable syncrétisme bizarre se retrouve dans le mouvement boy-scout, autre spécialité belge indissociable. Si le pagano-christianisme n’est pas l’apanage exclusif de la Belgique, en revanche sa mutation belge en culture enfantine ou adolescente hétérosexuelle est assez originale et renforce son ésotérisme.

    Or Y. Chaland, n’étant pas Belge mais Français, a mieux perçu cette bizarrerie culturelle de l’extérieur. Il n’est sans doute pas le premier à la remarquer, mais son travail est d’un mimétisme et d’une rigueur étonnantes sur le plan technique, où un phénomène comparable à la piété filiale est presque décelable ; sur le plan technique seulement, car par ailleurs Chaland s’élève au niveau du pastiche et ouvre la voie à la subversion des codes de la BD belge.

    José-Louis Bocquet, auteur de cette petite étude, «Spirou par Y. Chaland», note très bien le caractère paradoxal de pastiche respectueux du travail de Chaland, ainsi que le malaise qu’il provoqua chez les «fans» de «Spirou & Fantasio», aussi bien qu’au sein de la maison Dupuis où une telle dérision n’était pas de mise.

    Cette façon de dynamiter les codes de l’intérieur est la plus efficace, selon l’intention plus ou moins délibérée du pasticheur. Ainsi, quelques pages de pastiche suffisent au critique littéraire Paul Reboux pour faire ressortir le sadisme pédérastique sous-jacent des ouvrages de la Comtesse de Ségur, mieux qu’une longue et fastidieuse étude théorique de Michel Tournier menant à la même conclusion.

    Et Chaland ne se limite pas à Spirou & Fantasio, série dont on apprend par Jean-Claude Fournier qu’elle était considérée par Franquin comme un travail alimentaire excessivement contraignant. Le travail de pastiche de Chaland atteint le maximum de la subversion dans «Le jeune Albert», ou encore une biographie de Jijé parue dans «Métal Hurlant».

    Il est intéressant d’observer que le travail de Picasso traduit la même démarche paradoxale. Elle peut se comprendre en effet comme un travail de pastiche ou de critique picturale, ironie comprise dans de nombreux cas. Sa science du dessin permet à Picasso de subvertir la peinture classique de l’intérieur, avec une efficacité inégalée. Le profanateur a été élevé dans le temple.

    La part du pastiche est essentielle dans la contre-culture, et la contre-culture dans le mouvement de l'art moderne. Bien que le mouvement soit présenté officiellement comme un progrès ou un renouvellement, il consiste largement dans une illusion de type alchimique ("rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme"). L’art de Chaland illustre ce phénomène à l’intérieur d’une culture plus marginale et circonscrite.

    A titre d'exemple, de nombreux croquis préparatoires et un épisode de "Spirou & Fantasio" par Chaland sont reproduits au regard des propos de J.-L. Bocquet.

     

    Spirou par Y. Chaland, José-Louis Bocquet, Dupuis, automne 2013.