Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

picasso

  • Revue de presse BD (367)

    webzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,caricature,revue,presse,hebdomadaire,septembre,2020,actualité,charlie-hebdo,7-janvier,procès,kouachi,lançon,biche,cabu,plenel,delfeil de ton,cavanna,choron,abd al malik

    Dessin (maladroit) de Biche dans "Charlie-Hebdo" - 2 sept.

    + Les frères Kouachi, assassins des caricaturistes de "Charlie-Hebdo", ont été liquidés par la police, ce qui ne n'empêche pas la justice française d'organiser un très médiatique et très politicien procès.

    Dans un numéro revanchard, spécialement consacré à ce procès (2 sept.), Philippe Lançon (grièvement blessé lors de l'attentat) ose espérer que le procès apportera des... explications (!?). Comment un hebdomadaire plutôt anticolonialiste, d'abord contre la guerre d'Algérie, puis celle d'Irak, a-t-il pu finir par se rallier à la politique du Pacte atlantique et ses méthodes... expéditives ? Voilà qui mériterait en effet une explication.

    Le dessin (ci-dessus) de Biche est particulièrement maladroit, parce qu'il suggère une connivence entre la puissance financière de Manhattan et le minuscule "Charlie-Hebdo".

    Et suis-je le seul à trouver que "Charlie-Hebdo" s'est "gentrifié" depuis Cavanna et Choron, pour parler pudiquement ? Sans doute pas.

    - Curieusement la rédaction de "Charlie-Hebdo" éprouve plus de rancune vis-à-vis de ceux qui, à gauche, les auraient trahis (E. Plenel, E. Todd, Delfeil de Ton...) que vis-à-vis des frères Kouachi.

    Quand on n'aime pas les traîtres et la trahison, mieux vaut ne pas s'avancer sur le terrain de la politique (cette leçon est déjà dans Shakespeare).

    Dans sa double page sur "Les charognards du 7 Janvier 2015", "Charlie" cite le rappeur Abd Al Malik : "lorsqu'on défend la liberté de la presse, (...) il ne faut pas oublier le rapport de force entre celui qui l'exerce et celui qui la subit." N'est-ce pas parfaitement résumer l'affaire des caricatures de "Charlie-Hebdo" ?

    - "Résilience" est un mot que je déteste." : cette citation de Cabu comme pour rappeler que "Charlie-Hebdo" fut naguère "à contre-courant" médiatique. La "résilience" n'est rien d'autre que l'état d'esprit des citoyens d'un régime totalitaire dont les médias diffusent en boucle le fameux slogan : "Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles."

    webzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,caricature,revue,presse,hebdomadaire,septembre,2020,actualité,charlie-hebdo,7-janvier,procès,kouachi,lançon,biche,cabu,plenel,delfeil de ton,cavanna,choron,abd al malik,picasso,reiser,peanuts,riad sattouf,comic strip,figaro,etienne sorin,bukowski,enfer,hank,rockn'roll

    Picasso dans un dessin d'humour (de Maurice Henry).

    + Retour sur l'expo. (peu fréquentée pour cause de paranoïa nationale) "Picasso et la BD" (jusqu'au 3 janvier au musée Picasso à Paris) ; dans "Le Figaro" (1er sept.), Etienne Sorin explique que l'expo. joue surtout sur la sympathie entre Picasso et la BD, nés en même temps.

    Picasso appréciait particulièrement le genre du "comic strip" (le plus "pur").

    De leur côté, les auteurs de BD n'ont pu manquer de faire référence au pape de l'art moderne (de E.P. Jacobs à Gotlib en passant par Maurice Henry).

    Il reste que l'art de Picasso, qui repose surtout sur le dessin, est le plus éloigné de la bande dessinée, dans lequel le dessin compte peu. Le récent succès d'un Riad Sattouf le prouve encore, car il s'agit d'un succès surtout "littéraire". "Peanuts" est un chef-d'oeuvre littéraire, non plastique ; idem pour "Calvin & Hobbes".

    Pour cette raison, il est plus juste de rapprocher Reiser de Céline que de Picasso ; Reiser et Céline sont tous deux "géniaux" : l'un réinvente la manière de faire de la caricature, l'autre d'écrire des romans. Picasso est d'abord et surtout un travailleur acharné, de 7 à 77 ans.

    webzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,caricature,revue,presse,hebdomadaire,septembre,2020,actualité,charlie-hebdo,7-janvier,procès,kouachi,lançon,biche,cabu,plenel,delfeil de ton,cavanna,choron,abd al malik,picasso,reiser,peanuts,riad sattouf,comic strip,figaro,etienne sorin,bukowski,enfer,hank,rockn'roll

    + Il aurait eu cent ans cette année ; on peut définir le poète satirique Charles Bukowski comme un pavé dans la vitrine du rêve américain, ou encore comme le seul musicien de rockn'roll authentique.

    La misogynie de "Hank" Bukowski lui est comptée comme un péché, mais pas son alcoolisme ; pourtant, qu'est-ce qui traduit mieux que l'alcoolisme la violence de la société américaine, latente ou intériorisée, qui n'attend qu'une étincelle pour éclater en pogroms ?

    En lisant Bukowski, on comprend que l'enfer est le terminus de la civilisation occidentale.

  • Revue de presse BD (350)

    webzine,bd,gratuit,zébra,fanzine,bande-dessinée,caricature,revue,presse,hebdomadaire,mars,2020,actualité,picasso,rudolph dirks

    Prisée de Picasso, la BD américaine "Pim, Pam, Poum" du dessinateur allemand Rudolph Dirks est directement inspirée par "Max et Moritz" de Wilhelm Busch.

    + Une prochaine exposition au Musée Picasso (à partir du 24 mars) racontera le goût du maître franco-espagnol pour la bande dessinée, en particulier les "comics" américains.

    Le génie de Picasso dans le domaine du recyclage est flagrant : art africain, grec, baroque, renaissant, impressionnisme, artisanat, bande dessinée... tout y passe !

    Picasso fait du neuf avec du vieux : il aurait mieux servi un parti écologiste que le PCF qui l'employa ; l'art de Picasso illustre l'éternel retour des formes naturelles essentielles. Etait-il vraiment dupe de la "modernité" ?

    Néanmoins la bande dessinée joue un rôle mineur dans l'art de Picasso, qui est d'abord un sculpteur, revient à une plus grande simplicité de formes grâce à la sculpture.

    webzine,bd,gratuit,zébra,fanzine,bande-dessinée,caricature,revue,presse,hebdomadaire,mars,2020,actualité,picasso,rudolph dirks,claire bretécher,nécrologie,sociologie,pinçon-charlot,marx

    + Certaines nécrologies qualifient injustement Claire Bretécher de "sociologue" ; sans doute pour atténuer la portée satirique de ses BD... ou la faible portée satirique de la sociologie ? Celle-ci est en effet rarement critique vis-à-vis des intellectuels de gauche (pléonasme) qui constituaient l'une des cibles préférées de cette caricaturiste "invitée" au "Nouvel Obs".

    La sociologie est rarement "critique" ; la plupart du temps les sociologues sont fonctionnaires, tenus à un devoir de réserve vis-à-vis de l'Etat qui les emploie ; étant peu indépendants, ils ne peuvent prétendre sérieusement à la "neutralité".

    Publié en 2013, "La Violence des Riches" de Monique et Michel Pinçon-Charlot semble renouer avec la critique... si ce n'est que cet ouvrage a un siècle et demi de retard sur la critique de Marx et Engels, bien plus drastique et plus "avancée", notamment en ce qui concerne la mondialisation.

    Du reste la sociologie entretient la confusion entre la technique (anthropologique) et la science (qui ne l'est pas), ce qui est une caractéristique des régimes totalitaires, nazi, soviétique ou libéral, qui tous s'avancent derrière la bannière des "sciences humaines" (sociologie, économie, psychiatrie...).

    webzine,bd,gratuit,zébra,fanzine,bande-dessinée,caricature,revue,presse,hebdomadaire,mars,2020,actualité,picasso,rudolph dirks,claire bretécher,nécrologie,sociologie,pinçon-charlot,marx,joe sacco,amérindiens,canada,payer la terre,dénés,mondialisation

    + Joe Sacco est un des chefs de file de la BD-reportage, qui rencontre un certain succès ces dernières années auprès du public. Les Amérindiens Dénés, peuplade autochtone du Nord-Ouest canadien sont le sujet de son dernier reportage. ("Payer la Terre" chez Futuropolis)

    Joe Sacco montre que la mondialisation en fait des déracinés dans leur propre pays, s'éloignant peu à peu de leurs coutumes et moeurs ancestrales.

    La mondialisation fait figure de nouveau destin tragique ; l'Occident s'accommode de cette tragédie, la dilue dans sa culture qui fait office d'oeillères, dans la mesure où elle le place en situation de dominer le reste du monde ; cependant l'Occident pourrait bien à son tour être rattrapé par cette tragédie.

  • Revue de presse BD (344)

    webzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,caricature,actualité,revue,presse,hebdomadaire,janvier,2020,le greco,grand palais,eisenstein,picasso,barrès,cocteau,elie faure,tolède,domenikos theotokopoulos,jésus,apôtres

    Calvaire du Christ par le Greco.

    + Peut-on admirer les oeuvres du Greco exposées au Grand Palais (jusqu'au 10 février) sans culture biblique ? Sans doute puisque Domenikos Theotokopoulos, alias le Greco (1541-1614), n'est pas moins fameux en raison de ses qualités plastiques que de ses représentations de scènes de la vie de Jésus et ses apôtres.

    La réponse serait moins nette en ce qui concerne Rembrandt ou d'autres peintres particulièrement attachés à rendre la foi chrétienne intelligible à travers leurs oeuvres. Un double portrait des apôtres Pierre et Paul trahit peut-être l'origine grecque du peintre, car il suggère la soumission de Pierre à Paul, armé d'une impressionnante "épée de la foi".

    Le Greco a été propulsé assez récemment au rang des grands peintres par ses admirateurs, parmi lesquels on compte Th. Gautier, M. Barrès, Picasso, Cocteau, Elie Faure, ou encore le cinéaste S. Eisenstein. L'originalité de sa gamme de couleurs, mais aussi de ses compositions, ont été prises pour des signes de génie. Il émane aussi de la peinture du Greco une grande vitalité due à la leçon de dessin prise chez Michel-Ange. Avec une connotation positive, le Greco est parfois qualifié de "fantasque" ; il faut minimiser ce caractère, qui tient en partie à l'évolution technique du Greco, peintre d'icône converti à la grande peinture italienne, installé à Tolède et réputé au-delà.

    Eisenstein s'appuie en partie sur la méthode de composition du Greco, qui propose parfois plusieurs angles de vue dans un même tableau, pour bâtir une thèse selon laquelle l'art occidental converge vers le... cinéma ; cette thèse, qui pourrait inclure la bande dessinée, est typiquement technocratique puisqu'elle ne prend en compte que la dimension technique de l'art ; de plus les artistes, y compris les plus modernes, se tournent souvent vers des solutions techniques archaïques ou antiques. Le cinéma est en réalité proche de l'académisme, lié à la virtuosité technique.

    On peut sans doute admirer Le Greco sans culture biblique, mais pas comprendre les débats et les querelles parfois violentes qui agitent l'art occidental depuis plusieurs siècles sans cette culture.

    webzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,caricature,actualité,revue,presse,hebdomadaire,janvier,2020,le greco,grand palais,eisenstein,picasso,barrès,cocteau,elie faure,tolède,domenikos theotokopoulos,jésus,apôtres,festival,angouleme,dumping,victor hugo

    + Les auteurs de BD feront symboliquement grève le 31 janvier lors du festival d'Angoulême ; ils entendent ainsi protester contre les méthodes de "dumping social" mises en oeuvre par les gros éditeurs de BD depuis une quarantaine d'années.

    Il y a fort à parier que cette grève n'aura pas le même impact que celle du métro parisien. Cette corporation est en effet très peu solidaire, en dépit de quelques slogans communs.

    Au point où ils en sont, certains auteurs de BD échangeraient bien leur statut "d'artistes" contre des fins de mois moins difficiles.

    Parmi les revendications des syndicalistes, l'étonnante réclamation d'une taxe "Victor Hugo" sur les oeuvres tombées dans le domaine public afin de favoriser la "création vivante". On confond ici procréation et création artistique : il ne suffit pas d'être en vie pour produire une oeuvre vivante et il y a des tas d'artistes morts dont l'oeuvre vit encore.

  • Swan - Le Buveur d'Absinthe**

    Le courant impressionniste est difficile à définir autrement que par son antiacadémisme. Ce mouvement dewebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,kritik,critique,swan,néjib,absinthe,impressionnime,mary cassatt,degas,picasso,delacroix,monet,félix fénéon,gallimard rébellion contre l'enseignement en vigueur aux Beaux-Arts de Paris et l'organisation de la vie artistique qui en découle, est proclamé mort par le critique d'art Félix Fénéon dès 1886, un peu plus d'une dizaine d'années après ses débuts seulement.

    Au début du XXe siècle, l'impressionnisme est déjà à son tour synonyme d'académisme, de "peinture bourgeoise française", notamment en Allemagne où la vie artistique est en pleine effervescence après la France.

    "Swan", par Néjib (éd. Gallimard), ambitionne de redonner vie à ce mouvement en brossant les portraits croisés de ses principaux protagonistes. L'Américaine Mary Cassatt (1844-1926) a inspiré le personnage (principal) de Swan ; c'est une bonne idée d'avoir retenu un point de vue américain car cela permet de souligner le contraste entre la culture française -disons "sexiste et hédoniste"- et la culture américaine "féministe et puritaine" de Mary Cassatt.

    Le dessin est vif et pas du tout académique, le scénario bien rythmé, mais "Swan" souffre de la comparaison que l'on ne peut s'empêcher de faire avec le "Picasso" de Julie Birmant (et Oubrerie) ; cet ouvrage parvenait à replacer Picasso, trop souvent qualifié de "génie", dans son contexte parisien voire "montmartrois".

    "Swan" est trop décousu pour permettre le même recul sur la petite révolution artistique que fut l'impressionnisme. Les rapports ambigus entre le milieu artistique et la bourgeoisie à la fin du XIXe siècle sont peu montrés ; or la spéculation accrue sur les oeuvres d'art a favorisé l'émancipation des grandes expositions officielles. La "manière impressionniste" préexiste aux impressionnistes, puisque on la retrouve chez Delacroix (pour qui tout était couleur, même les ombres), accompagnée d'un mobile plus précis (faire fusionner la peinture et la musique) ; mais Delacroix n'aurait pas cautionné la trivialité des thèmes traités par Monet ou Degas.

    Swan - tome I : Le Buveur d'Absinthe, par Néjib, éd. Gallimard-BD, 2018.

  • Le Strip de Lola

    (par Aurélie Dekeyser)

    webzine,bd,gratuit,zébra,bande-dessinée,fanzine,strip,lola,aurélie dekeyser,montmartre,cubisme,picasso,lapin agile,vigne

     

  • La Carte postale de Lola

    (par Aurélie Dekeyser)

    webzine,bd,gratuit,zébra,bande-dessinée,fanzine,strip,lola,aurélie dekeyser,cubisme,picasso,montmartre,butte

     

  • Voltaire amoureux**

    Nous avions aimé le "Pablo" de Clément Oubrerie (scénarisé par Julie Birmant) parce qu'il s'attache à retracerwebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,critique,clément oubrerie,voltaire,les arènes,julie birmant,pablo,picasso,descartes,pascal,malebranche,candide,leibnitz la carrière d'un homme, transformé pour le besoin de la cause communiste en "monstre sacré", et devenu ainsi inaccessible.

    On cerne mieux Picasso grâce à cette fresque en BD de la bohème parisienne où le talent de cet artiste se développa et atteignit son apogée.

    Voltaire n'est pas moins "monstrueux" a priori. Le philosophe en qui Marx voyait "le sommet de la pensée bourgeoise" (compliment qui recèle une critique) fait partie du panthéon des lettres françaises, avec tout ce que ça suppose d'adulation, de petits accommodements avec la vérité, voire de légende dorée.

    C'est déjà une gageure en soi de tenter de reconstituer une époque plus lointaine que le Paris de Picasso; pour ce faire, C. Oubrerie utilise son crayon comme un biographe conventionnel ne peut le faire. Néanmoins une époque ne se résume pas à des éléments de décors et au costume; encore faut-il en comprendre et en restituer l'esprit pour ne pas tomber dans le décors de "carton-pâte".

    Dans l'ensemble le résultat est assez vivant, mais souffre de la comparaison avec le précédent "Pablo", dont le scénario était mieux ficelé et les personnages secondaires plus étoffés.

    Oubrerie peint un écrivain arriviste, qui se persuade de son génie afin de mieux en persuader autrui - un écrivain dont la vivacité d'esprit et la facilité de répartie font mouche dans les salons. De cet esprit, Voltaire se sert pour séduire des femmes d'une condition supérieure à la sienne et les mobiliser au service de sa cause.

    Le chemin est donc illustré, qui conduisit Voltaire jusqu'à une gloire, si ce n'est aussi grande que celle d'Homère ou Shakespeare, du moins considérable.

    L'arrivisme littéraire est un mobile persistant aujourd'hui et Voltaire peut passer pour le précurseur de bon nombre d'intellectuels plus ou moins brillants après lui. Cependant, par-delà l'arrivisme et les saillies spirituelles, qu'est-ce qui distingue Voltaire des intellectuels d'aujourd'hui, dont le vedettariat est sans doute éphémère ? C'est le point le plus difficile à dessiner pour Oubrerie. Contrairement à Picasso, dont tout le monde a en mémoire les oeuvres les plus marquantes, Voltaire n'est pour beaucoup qu'un vague souvenir scolaire qui exige d'être rafraîchi si on ne veut pas demeurer au niveau de la fiction.

    La BD se risque sur le terrain de la pensée du philosophe; en particulier, dans ce premier tome, de sa pensée religieuse et de son anticléricalisme. Sujet ô combien difficile, car se mélangent chez Voltaire l'opportunisme (l'athéisme et le libertinage sont alors à la mode, notamment dans la noblesse) et les critiques plus sérieuses (des "Pensées" de Pascal ou de la théologie de Bossuet, Descartes, Malebranche...).

    Le premier tome de cette fresque est insuffisant pour souligner l'enjeu que représente cette nouvelle culture philosophique, dont Voltaire sut habilement se faire le principal ministre, et dont il demeura l'emblème au service des élites bourgeoises, avant d'être pris pour cible à son tour de la critique marxiste et, d'une manière générale, démodé par la philosophie allemande du XIXe siècle (pour de bonnes et de mauvaises raisons).

    Voltaire est également trop sceptique pour être vu comme le père d'un athéisme, souvent assimilable en France à une véritable secte imperméable à la critique. Cet athéisme "militant" s'avère un produit plus récent de l'ère technocratique, dont Voltaire n'a pas envisagé le terme.

    La meilleure compréhension de Voltaire est peut-être fournie par ses petites pièces satiriques, dont cet ambitieux ne faisait pas lui-même le plus grand cas, mais qui restent les plus lues. La satire est en effet un remède à l'optimisme inoculé par la religion ou l'idéologie (le providentialisme scientifique de Leibnitz-Pangloss dans "Candide") : elle détourne des illusions, mais ne constitue pas un aliment suffisant pour nourrir l'esprit. La bourgeoisie a pris du gras depuis le maigre Voltaire.

    Voltaire amoureux (tome I) par Clément Oubrerie, eds Les Arènes-BD, 2017.