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  • Le Chant du Cygne (7)

    Petit feuilleton historique estival

    Sur Ravachol et les anarchistes

    A travers son Journal, le peintre belge Henry de Groux (1866-1930) est un témoin de premier plan, quoique méconnu, de l'art de son temps.

    Praticien exigeant, admirateur d'Eugène Delacroix comme Baudelaire, de Groux se montre le plus souvent sévère avec ses contemporains. Son engagement total au service de l'art et son amitié avec le pamphlétaire Léon Bloy le tiendront à l'écart des circuits officiels de l'art ; l'artiste belge, à demi-marginal, parviendra non sans difficultés à vivre de sa peinture.

    Extrait de son Journal (Eds Kimé) :

    23 Avril 1892 : Conversation sur Ravachol et les anarchistes qui "continuent". Illusion grave de leurwebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,henry de groux,ravachol,anarchiste,libertaire,bourgeois,flavio costantini,illustration,journal,léon bloy,kimé prestige.

    En présence de la parfaite exécrabilité du monde bourgeois, il est évident que leurs théories sont faites pour séduire, et même qu'elles séduisent, mais je dois avouer que tous les croyants de ces "temps nouveaux" qu'il m'a été donné d'observer d'un peu près, la plupart de ces farouches libertaires sans Dieu ni maître autre que leur orgueil de brute et leur surmuflisme n'étaient que des pleutres et de plus ou moins transcendants voyous.

    Passe encore pour les dynamiteurs russes qui sautent avec leurs victimes. Ceux-là ont du moins de la crânerie et l'échange qu'ils font de leurs peaux contre celles des autres est relativement équitable. Ils font figure de justiciers.

    Mais que penser de ces drôles qui se sauvent dès qu'ils ont placé au petit bonheur une boîte à sardines sous une porte cochère, laquelle en éclatant ne tue jamais que ceux qu'ils ne voulaient pas viser...

    - Des innocents ?

    - Il n'y a pas d'innocent, me disait l'un d'eux !

    Dans tous les cas, c'est le "saint" du jour.

    - "Bien qu'Henry de Groux soit un inclassable, sa pensée s'inscrit manifestement dans le courant de subversion qui, de Baudelaire à Huysmans en passant par Villiers de l'Isle-Adam, se caractérise par la remise en cause de la société bourgeoise et de ses valeurs, comme, à l'opposé, des idéologies sociales du XIXe siècle.", précise Th. Schlesser dans sa préface au Journal de de Groux.

    - H. de Groux n'est pas issu d'une famille aristocratique (son père était artiste-peintre), mais l'aristocratie (qu'il rapproche de l'art) est la voie qu'il choisit pour échapper à la vie et aux conventions bourgeoises.

    - Illustration ci-dessus représentant l'arrestation de Ravachol (par Flavio Costantini).

     

  • Revue de presse BD (195)

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    "Une" du "Harper's weekly" par Thomas Nast (représentant le Père Noël, que Nast contribua à rendre célèbre).

    + Le musée Tomi Ungerer de Strasbourg expose (jusqu'à fin octobre) Thomas Nast (1840-1902), considéré comme un précurseur de la caricature américaine et qui inventa le personnage de l'Oncle Sam, personnification des Etats-Unis d'Amérique. Ce dessinateur né en Bavière vint s'installer à New York avec sa mère quand il avait six ans ; beaucoup d'artistes américains, en particulier dans le domaine du dessin de presse et de l'illustration, étaient originaires d'Allemagne ou d'Europe de l'Est.

    On peut se demander si la faiblesse de la caricature aux Etats-Unis aujourd'hui, tant sur le plan du dessin que de la satire, ne vient pas de la culture démocrate-chrétienne de ce pays ; celle-ci confère en effet à la politique une dimension spirituelle qui contribue à ennoblir exagérément l'action politique. Les caricaturistes américains ("Editorial cartoonists") font de la caricature politique, dans la mesure où ils sont eux-mêmes impliqués dans les débats politiques et les stratégies partisanes ; ils se font un devoir de commenter les moindres péripéties de la vie politique ; Plantu est un exemple français de cette manière américaine de caricaturer. Les cartoons américains présentent de ce fait peu d'intérêt pour qui ne connaît pas bien la vie politique américaine. Les caricaturistes en Europe, surtout en Angleterre, en France et en Italie, sont plus "anarchistes" ou du moins méfiants vis-à-vis du personnel politique et des utopies politiques optimistes.

    + Les admirateurs de Hergé connaissent son goût pour l'art contemporain en même temps que les complexes qu'il nourrissait vis-à-vis d'artistes reconnus comme tels. Le commerce de l'art contemporain est le sujet de son dernier album inachevé, "Tintin et l'Alph-Art". On annonce une exposition au Grand Palais après l'été sur ce thème. On a tort de ne pas considérer Hergé comme un artiste abstrait ; la bande-dessinée, destinée aux enfants, ne repose pas tant sur le dessin que sur l'animation des personnages, comme le dessin animé. Hergé n'est pas un grand dessinateur, en revanche c'est un styliste exceptionnel, deux caractéristiques que l'on retrouve souvent chez les artistes modernes dits "abstraits".

    Le moins qu'on puisse dire c'est que Robespierre (1758-1794) n'a plus la cote. Le président de la République préfère même invoquer un autre enfant du Nord, Charles de Gaulle, malgré le penchant de ce dernier pour la monarchie. Le célèbre conventionnel révolutionnaire natif d'Arras est en effet ces derniers temps la cible d'attaques répétées de la part d'intellectuels de gauche en vue, dont Michel Onfray et Raphaël Enthoven ; au micro d'"Europe 1", ce professeur de philosophie a même comparé Robespierre à... Pol Pot. Et d'invoquer dans ce cas-là la Terreur, cruelle et sanglante, dont Robespierre fut un des principaux instigateurs. Mais, tandis que la Terreur fit quelques dizaines de milliers de victimes (40.000 ?), le régime de Napoléon en fit, lui, des millions, et cela n'empêche pas la République française d'entretenir son culte, ni maints plumitifs de continuer d'écrire des hagiographies du tyran corse (heureusement illisibles). Et que dire des Soviets, dont le bilan est parmi les plus lourds, mais dont le régime brutal séduisit néanmoins une bonne partie de l'intelligentsia et des artistes français ? Comme quoi il faut bien distinguer le roman national républicain de l'histoire... et se méfier des professeurs de philosophie.

     + Une exposition consacrée à des illustrateurs russes pendant la période soviétique nous apprend que certains artistes (Vladimir Lebedev) firent le choix, sous Staline, d'illustrer des livres pour enfants afin d'échapper à la répression de la police politique à laquelle d'autres choix artistiques pouvaient les exposer.

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    Ill. de V. Lebedev pour un conte de Kipling.

  • Revue de presse BD (117)

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    + Pour beaucoup, Marcel Duchamp se résume à un énigmatique urinoir-fontaine, dont on ne sait s'il vaut mieux rire ou pleurer. Sans doute pour combler cette lacune dans l'opinion, le musée Pompidou organise une expo dédiée à la peinture de Duchamp (24 sept.-5 janvier). L'illustration ci-dessus, d'André Raffray ("La Vie illustrée de Marcel Duchamp"), montre Duchamp retirant son "Nu descendant un escalier" du salon des Indépendants à la demande des cubistes.

    + "Le Monde" se met au reportage-BD et prépublie une enquête d'Etienne Davodeau et Benoît Collombat (France-Inter) sur l'assassinat mystérieux du juge Renaud à Lyon en 1975. On regrette que le dessinateur n'ait pas la responsabilité de ce reportage, car l'intérêt du genre est de proposer au lecteur, non pas une simple illustration mais le regard différent d'un dessinateur, comme Cabu est un des rares à savoir faire. Le polar est du reste peut-être préférable pour aborder le sujet des rapports entre la mafia et les partis politiques ; l'enquête proposée par "Le Monde" ne fait en effet que remuer les soupçons d'implication de la milice gaulliste (SAC) dans l'assassinat d'un juge à la fois pittoresque et intransigeant, sans étayer ces soupçons.

    + Le tampographe Sardon, artisan-humoriste sur caoutchouc, vient de rouvrir son atelier (fermé pour travaux d'assainissement) au public. Il mise en cette rentrée sur une nouvelle production d'insultes trotskistes fournies par un ancien militant de l'OCI.

    + La spéculation (du latin "speculum", qui signifie "miroir") touche tous les domaines, y compris les planches de Tintin.

    + La 5e Edition des "Golden Blog Awards" est lancée, qui décerne chaque année des prix (symboliques) aux meilleurs blogs, classés en différentes catégories dont la BD (inscription jusqu'au 23 octobre). 

    + Le dessin de la semaine est un dessin de presse signé LB. Le fanzine Zébra publiera quelques-uns des dessins de ce caricaturiste dans son prochain n°, ainsi que de temps en temps sur le blog.

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  • Revue de presse BD (107)

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    + Joann Sfar vole dans cette chronique du 17 juin sur France-Inter au secours du métier de dessinateur, pour lequel il a "les yeux de Chimène", un peu cernés par les nuits blanches. Le propos est sans doute trop général, cela dit J. Sfar a raison, la faillite de la presse et celle du métier de dessinateur sont liées.

    + "En ce qui me concerne, je suis gêné quand un artiste s'engage en politique, je trouve ça toujours un peu ridicule. Je m'exprime dans mes livres, c'est tout ce que je sais faire." Auteur d'une BD récemment publiée évoquant son enfance, "L'Arabe du Futur", Riad Sattouf a donné une interview à "Jeune Afrique". La BD de Riad Sattouf constitue un témoignage intéressant, bien qu'ambigu, sur la mentalité des élites arabes occidentalisées auxquelles le père de Riad Sattouf appartenait. La question du refus de l'engagement politique est sans doute un peu plus compliquée que Riad Sattouf ne semble le croire, surtout quand on collabore à un hebdomadaire dont l'engagement est connu.

    + Par ce qu'elle a d'indéfinissable, la modernité inspire le dégoût aux poètes en général, non seulement à F. Nietzsche, même si ce philosophe matérialiste a le plus clairement établi le rapport des choses indéfinissables avec la mort. "Spirou vers la modernité", par Serge Clerc, est ainsi un titre redondant, puisque la spirale est signe de modernité (dessinée par A. Jarry sur le ventre du Père Ubu). Ceux qui se demandent comment la BD belge, qui servit naguère à propager la culture de petits industriels belges plutôt réacs, a pu devenir symbole de modernité grâce au discours pontifiant sur la "ligne claire", ne trouveront pas la réponse dans la chronique que le webzine "du9" consacre au bouquin de S. Clerc. C'est le principe même de la modernité de poser un tas de questions sans fournir de réponse.

    + "Citrus" est une nouvelle revue, abondamment illustrée, dont le premier numéro est consacré aux dessous du football.

     + Trois petits éditeurs, FRMK, Les Requins Marteaux et Cornélius lancent une opération commerciale alléchante : cinq BD pour 10 euros, espérant attirer ainsi dans les librairies spécialisées de nouveaux clients. Le site dédié à cette opération en fournit la liste.

    + Le dessin du jour est le portrait d'un amateur de bande-dessinée par Amandine Brûlée, extrait d'une galerie de croquis.

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  • Le Miroir aux Alouettes


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     Princesse comme le jeu

    Reine des casinos à roulette

    Pansement - plaie aux blessures ouvertes

    Régime ducal ou princier des anciens jours heureux

    Voilà comment ils m'ont appelée

    Et aujourd'hui je n'ai plus le cœur qui bat la campagne

    Aussi refroidie

    Que la cendre des cigarettes de mon amoureux

    Joueur qu'il était

    Batteur de cartes

    Tricheur sous table

    Devineur de dés contre - courant au hasard

    Les jours ouvrables

     

    C'est moi qui ai tout perdu

    Ma seule fortune était bâtie

    Sur le mauvais terrain

    Sentimental

    Terrain du cœur

    Qu'il ne faut jamais jouer au jeu

    Où l'on sait qu'on ne gagnera pas

    Ô la mise infinie

    Sur laquelle il n'aurait pas dû compter

    Qu'on joue avec les objets

    Usables maniables consommables

    Des murs des briques yatch goélette ou manoir

    Mais ne jouez pas avec les châteaux qu'on fait en Espagne

    Ne jetez pas sur le tapis

    L'appât vivant d'une existence

     

    Poème de Bertrand Demagny, illustration d'Aurélie Dekeyser

  • Poésie

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    Dans les monts l'été de ma main tendit la fleur

    Que tu  semblais aimer laissant monter sa chaleur

    Dessous sa tige noire

    Les bois accouplés au ciel renferment un œil

    Fixe il fait songer à un vaste et beau cercueil

    Où l'ombre aime boire

     

    Te souviens – tu quand l'odeur montait des forêts?

    Il pleuvait et nous regardions tout effarés

    Quelque terre étrangère

    C'étaient des pays inconnus de grands oiseaux

    S'unissaient au vent merveilleux sur les coteaux

    Ivresse passagère

     

    Aujourd'hui le bel édifice s'est éteint

    Ici le soleil se divise et perd son teint

    De celui – ci ne reste

    Qu'un abîme confus et profond à nos yeux

    Nous l'avons vu finir ravagé comme un gueux

    Par la mort par la peste

     

    Penché contre un balcon feuillu un dieu ancien

    Respire le soir qui tombe mais ne voit rien

    Puis on rit de sa peine

    Cette tristesse s'efface sans aucun bruit

    Alors qu'il s'est tourné où la lumière luit

    Là – bas derrière un chêne

     

    Ses ailes rigides l'amènent jusqu'en bas

    Entre les feuilles stable et grave il marche au pas

    Car la vive étincelle

    Qui était la sienne n'est plus la trahison

    L'a installé dans une rumeur d'horizon

    Où la grâce chancelle.

     

    Poème de Bertrand Demagny, illustration d'Aurélie Dekeyser

  • Sonnet falsifié

     

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     Les poètes dont on fait des tuberculeux

    Abordent facilement en fonction du souffle

    Du vent des îles neuves où le ciel est bleu

    Comme leurs poumons de l'air vicié qu'ils insufflent

     

    A leur cigarette sous les ronds nébuleux

    Qu'ils rejettent de leur bouche récidiviste

    Les poètes habitent des pays heureux

    Lorsque le monde autour d'eux devient réaliste

     

    Ils projettent sur la puanteur des cités

    Le reflet de leurs odeurs pleins de purulence

    Ils se purifient dans le rêve du silence

     

    En l'interrompant par des mots inusités

    Ils secouent le joug verbal bourgeois aseptique

    Les poètes dont le mal est le seul diptyque.

    Poème de Bertrand Demagny, illustration d'Aurélie Dekeyser