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  • Revue de presse BD (262)

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    Dale McFeatters (1952)

    + Le caricaturiste américain Sam Henderson fait observer que la guerre des sexes, qui bat son plein en ce moment dans les médias, sur fond de choc des cultures Nord-Sud, n'est pas un thème nouveau pour les humoristes américains, habitués à brocarder les deux sexes. Ici le stéréotype de la faible femme qui ne sait pas se défendre est démenti par le dessinateur McFeatters.

    Qu'est-ce qu'une faible femme, d'ailleurs, si ce n'est un fantasme d'homme galant ou féministe ?

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    Dessin de l'acteur Romain Duris, interviewé par "Les Arts dessinés".

    + Disponible depuis peu en kiosque, le premier numéro de "Les Arts dessinés", revue lancée grâce au financement participatif par Frédéric Bosser, déjà rédacteur en chef de "dBD", magazine spécialisé dans la BD.

    Cette publication est très éclectique, abordant une grande variété de "dessinateurs": Degas, Will, Mattotti, Micaël, Yves St-Laurent, Jamie Hewlett, Blexbolex... pour n'en citer qu'une poignée (cet épais magazine fait 160 p.). Cet éclectisme est plaisant, en même temps qu'il représente la limite de cette revue.

    L'étiquette du dessin est bien large, qui englobe ici des artistes dont l'art ne repose que très peu sur le dessin (Y. Saint-Laurent, Blexbolex, Caro & Jeunet, F. Pajak). "Les Arts dessinés" contribuent d'ailleurs à entretenir l'illusion ou le poncif selon lequel l'image occupe une place prépondérante dans la culture contemporaine, ce qui est largement inexact.

    Les profs qui enseignent la bande-dessinée soulignent utilement que cet art ne repose que secondairement sur le dessin. Hergé ou Reiser sont deux génies du récit, non du dessin. On aurait tort de voir dans la BD un art "figuratif", opposé à la musique.

    + L'éditeur Delcourt publie les travaux des élèves de 2e année de l'académie Brassart-Delcourt (privée), sur le thème de la fête foraine; c'est une initiative intéressante car elle permet de mesurer le niveau technique d'une telle formation. A dire vrai, on constate que la différence de niveau entre les travaux ces 16 élèves est très marquée, puisque quelques-uns ont un niveau technique comparable à celui de professionnels expérimentés... ce qu'ils doivent peut-être à un exercice précoce, dès l'adolescence ?

    A noter aussi, l'influence sur les élèves des dessins-animés japonais, matraqués par certaines chaînes de télé pendant des années.

    Il ne faut pas perdre de vue que la technique n'est qu'un des aspects du métier. Le plus dur à acquérir pour un jeune apprenti dans ce domaine est -ce qui est primordial-, le don de raconter des histoires originales (ou qui le paraissent).

    Enfin, n'oublions pas que dans le domaine de la BD, soumis à une rude concurrence (si rude que des collectifs d'auteurs en dénoncent les abus), le sens du commerce est un don utile; on a vu ainsi ces dernières années émerger quelques jeunes auteurs dont le principal talent est le marketing, c'est-à-dire la capacité à promouvoir leurs bandes-dessinées, damant le pion à des auteurs plus expérimentés.

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    Extrait de "Tunnel of Love", brève BD d'Etienne Puaux, élève de 2e année à l'académie Brassart.

    + Le festival d'Angoulême décerne chaque année plusieurs prix à de jeunes auteurs de BD. Ces concours sont très courus, car ils valent mention de fin d'études (dans une discipline de plus en plus académique et de moins en moins artisanale).

    A noter que le fanzine "Bien, monsieur" remporte le grand prix du concours de fanzines, organisé de longue date, mais doté pour la première fois d'un prix.

    Quant aux divers "grands prix" décernés, ils sont avant tout un reflet de l'époque et de la mode, indices peu fiables de la valeur d'une oeuvre ou de sa portée.

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    Planche de Chloé Bertschy, lauréate du prix du graphisme (catégorie scolaire). 

  • Revue de presse BD (243)

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    "Tête de Gorgone", par Tobias Stimmer (XVIe s.)

    + A l'occasion des journées du patrimoine, ce week-end, l'institut protestantwebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,actualité,septembre,2017,protestant,théologie,paris,caricature,journées,patrimoines,pape,lucas cranach,gorgone,tobias stimmer,degas,centenaire de théologie (Paris 14e) propose une expo. sur le thème de la caricature et de la propagande au temps de la Réforme (visite libre le samedi de 10h à 18h).

    Profitant de l'essor de l'imprimerie, les protestants luthériens diffusèrent de très nombreuses caricatures et dessins brocardant l'Eglise romaine et ses dignitaires, s'inspirant parfois de l'imagerie de l'apocalypse, peuplée de dragons et de monstres polycéphales inquiétants.

    (Ci-contre : pape caricaturé en âne jouant de la cornemuse, d'après un dessin de Lucas Cranac'h.)

    + On commémore ce mois-ci le centenaire de la mort du peintre Edgar Degas (spécialiste des petites danseuses) ; mais Degas est connu et apprécié aussi pour ses mots d'esprit ; citons par exemple : "Quand quelqu'un paye un tableau 3.000 francs, c'est qu'il lui plaît ; quand quelqu'un paye un tableau 300.000 francs, c'est qu'il plaît aux autres."

    + Après un détour par deux albums plus ou moins réussis, qui l'ont éloigné des cours de récréation, Zep publie un nouvel album de "Titeuf", qui caracole en tête des ventes de BD. Achat compulsif de mères de famille en cette période de rentrée scolaire ? Certain magazine de BD vante "l'humour régressif" de Zep. La régression occupe décidément beaucoup de place dans une culture en principe tournée vers le progrès...

     

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    + Le site "L'histoire par l'image" (émanant du ministère de la Culture) propose des milliers d'images - tableaux, dessins, caricatures, etc. - commentés et classés par rubriques. Cela peut-il remédier à l'enseignement du "roman national" à l'école (voire à l'université) qui, dans la France laïcisée, a remplacé l'enseignement religieux traditionnel ?

    La conversion forcée des Bretons à la culture républicaine laïque au XIXe siècle évoque le combat actuel menés par certains partis politiques contre les coutumes, présentées le plus souvent comme archaïques, de la communauté musulmane vivant dans les banlieues des grandes villes. Commentant un tableau (de Richard Hall) représentant une écoles de petites filles dans le Finistère, idéalisée par le traitement pictural, P. Daum fait valoir les avantages de la conversion aux valeurs de la République, en dépit de quelques inconvénients qu'il mentionne (brimades).

    "En dépit de ses insuffisances, le régime républicain a contribué malgré tout à l’homogénéisation des enseignements entre les sexes.", commente "L'histoire par l'image". la réalité est que l'homogénéisation des enseignements entre les sexes est avant tout une conséquence du capitalisme. Ici le "régime républicain" sert de vernis aux bouleversements sociaux dont l'économie capitaliste est la principale cause.

    D'ailleurs, au-delà du choc des cultures paysanne et industrielle, le commentateur oublie de mentionner l'aspect le plus dramatique de la colonisation de la Bretagne ; non pas l'abandon forcé de ses coutumes et moeurs ancestrales, mais l'esclavage des nombreuses femmes bretonnes montées à Paris dans l'espoir d'y trouver un travail, réduites ainsi à servir comme domestiques, dans le meilleur des cas, ou encore à se prostituer.

    Le débat sur la laïcisation de la communauté musulmane aujourd'hui dissimule aussi la violence du "processus d'intégration".

  • Henri Rivière***

    Les Détours du Chemin, Souvenirs, notes et croquis

    Le temps paraît lointain où Paris était animé par la bohème des artistes : poètes, peintres, caricaturistes, acteurs... webzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,critique,kritik,henri rivière,équinoxe,chat noir,signac,alphonse allais,somm,salis,willette,degas,rodinHenri Rivière (1864-1951), "petit maître" dont les paysages traduits en estampes japonisantes eurent du succès autrefois, raconte cette époque qu'il a bien connue. Le ton modeste de Rivière, sa bonhomie, font oublier tout ce que l'art moderne doit à la bohème d'avant la Grande Guerre.

    Notre mémorialiste est quand même conscient de cette effervescence artistique qui, en préambule, invite ses lecteurs à lire en priorité le chapitre concernant le "Chat Noir". En effet Rivière a voulu conserver intact le souvenir de cette aventure artistique originale à laquelle il participa activement.

    La formule du "Chat Noir", inventée par Rodolphe Salis, fut beaucoup imitée (y compris à l'étranger), et de ce fait pas mal galvaudée. Rivière insiste sur deux points originaux : il s'agit au départ pour Salis d'ouvrir une maison destinée à servir de repaire aux artistes, non pas exclusivement, mais prioritairement ; Salis les connaît bien, ayant lui-même (vaguement) entamé une carrière de peintre. La clientèle ordinaire, où l'on compte parfois des personnalités politiques de premier plan, se divertit des divertissements que les membres du "Chat Noir" imaginent entre eux. H. Rivière, son apprentissage artistique à peine achevé, trouvera lui-même à s'employer au "Chat Noir" - au journal d'abord, avant de concevoir un théâtre d'ombres chinoises, techniquement sophistiqué, qui sera l'une des principales attractions du cabaret de Salis, qui devra déménager deux fois pour s'agrandir.

    H. Rivière précise d'ailleurs que l'entreprise était peu lucrative, permettant aux artistes de vivre, point à la ligne. La recette commerciale ne fut guère appliquée par Salis ; celui-ci songea bien à des tournées en province qui auraient sans doute augmenté les recettes, mais il mourut assez soudainement, et le "Chat Noir" avec lui.

    On croise bien sûr les piliers du "Chat Noir", qui contribuèrent à la renommée et au succès du cabaret ou de la gazette illustrée : Salis, Alphonse Allais, Willette, Somm, Léon Bloy, Charles Cros, Caran d'Ache... mais aussi Renoir, Signac, Auguste Rodin, Degas, Clemenceau, que Rivière fréquenta de plus ou moins près. On croise ces gloires nationales dans des chapitres consacrés à la Bretagne, que Rivière peignit beaucoup à la suite de Signac - aux collectionneurs d'art japonais, qui contribuèrent à initier certains artistes parisiens à l'art nippon, - à l'art de la Renaissance qui impressionna beaucoup Rivière lors d'un voyage (tardif) à Rome.

    Par goût du paysage et de la peinture sur le motif, H. Rivière fut un peintre impressionniste, à la suite des quelques noms plus célèbres que le sien, gravés au fronton de cette école antiacadémique. Mais, à l'heure où Rivière les imita, les impressionnistes ne représentaient plus l'avant-garde mais le passé, dont les artistes voulant faire preuve d'originalité se détournaient déjà. La fraîcheur de Rivière est dans le ton de son témoignage, largement illustré de documents d'époque (dessins, aquarelles, portraits, photographie...). On entre ainsi grâce à Rivière dans l'histoire de l'art moderne, non comme dans un musée, mais comme dans une maison familière à celui qui nous la fait visiter.

    Henri Rivière, Les Détours du Chemin, Souvenirs, notes et croquis, éd. Equinoxe, 2004.

  • Revue de presse BD (159)

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    Le client sérieux, par E. Degas

    + Le musée d'Orsay consacre une exposition à la place des "femmes vénales" dans la peinture du XIXe (jusqu'au 17 janvier). La distinction entre "modèle" et "prostituée" n'est alors pas nette, et la mode naturaliste fit que certains peintres choisirent de peindre leurs modèles "dans leur jus", plutôt que de les idéaliser.

    Le quotidien démocrate-chrétien "La Croix" (Sabine Gignoux) déplore certains aspects racoleurs de l'expo. Mais, après tout, le racolage n'est-il pas un aspect essentiel de l'art désormais ? Cependant il est à la fois ambigu et abusif d'attribuer aux prostituées un rôle actif dans la "révolution de l'art moderne". Si la beauté, disons au sens antique du terme, a été dévaluée au profit du "charme", les modèles des peintres n'en sont pas directement responsables. On pourrait citer le cas de peintres qui ont préféré souligner la laideur et le côté sordide de la vie bourgeoise bien rangée (Degas, Valloton). La pornographie occupe désormais dans la culture occidentale une place prépondérante, et les peintres du XIXe n'ont pas contribué à cette libéralisation de l'esclavage. Baudelaire souhaitait que les peintres traitent de la prostitution afin d'illustrer la sauvagerie de la civilisation.

    + Après une interruption, le Festiblog revient le week-end prochain à Paris. Ce festival créé en 2005 permet aux blogueurs-BD de rencontrer leurs fans, plus ou moins jeunes, lors de séances de dédicaces qui font le succès de ce type d'événement. Dans l'intervalle, le Festiblog a été rebaptisé "We Do BD" ; ça semble presque un contresens, puisque le phénomène est très franco-français ; la liste des blogueurs-BD en dédicace en témoigne.

    Parmi eux, Laurel a récolté onze fois les 10.000 euros qu'elle réclamait sur Ulule.com (site de financement participatif) afin de pouvoir publier le récit de son expatriation en Californie. L'auteur a déclaré que le surplus servirait "à améliorer la qualité du papier et de la couverture de son album". Il est probable que l'édition traditionnelle, en crise plus ou moins larvée depuis des années, soit affectée par ces nouveaux modes de financement "directs" des auteurs.

    + Les amateurs de caricatures ne doivent surtout pas manquer, sur le site Gallica (Bnf), l'expo de 69 "portraits sans concession" dessinés et mis en couleurs par le portraitiste Lagneau (1590-1666). "Portrait sans concession" est, certes, un euphémisme pour dire "caricature", mais elle permet de rappeler que l'aptitude à saisir la psychologie et l'expression caractéristique du modèle rendent la frontière entre caricature et portrait incertaine. Auteur d'un mémorable "portrait sans concession" de la reine Marie-Antoinette, J.-L. David était également un portraitiste de grand talent.

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    Portrait d'homme et sa gourde, par Lagneau

  • Culturisme 2013

    Même s’il compte quelques détracteurs parmi les féministes, les anticommunistes ou les photographes, webzine,bd,gratuit,zébra,fanzine,bande-dessinée,culturisme,picasso,communion,dali,matisse,degas,chateaubriand,hostie,artiste,pape,charité,science,anticommuniste,féministePicasso reste n°1 au top 50 des meilleurs peintres de son siècle. Dali proposait un autre classement, entièrement conçu pour reléguer Picasso quelques places derrière lui, avec une note de 10/20 si je me souviens bien - mais ce déclassement malicieux ne s’est pas imposé.

    Un professeur de dessin chevronné me confiait récemment qu’il vaut mieux considérer Matisse comme un «designer» plutôt qu’un peintre à part entière. Ce professeur veut dire que Matisse s’éloigne trop des lois de la nature, à l’instar de certaines hypothèses mathématiques farfelues.

    On sous-estime généralement l’apprentissage précoce de Picasso auprès de son père. L’argument du génie est plus épatant, et Picasso lui-même préférait passer pour un self-made-man. En peignant des toiles académiques à dix-sept ans, suivant les leçons de son paternel, Pablo a peut-être évité de les faire à cinquante. « Tout le monde a du génie à dix-sept ans, dit Degas, mais c’est plus difficile d’en avoir encore à cinquante. »

    Une technique académique pour des sujets académiques, comme la communion ci-contre, ou bien encore un «Charité et Science». Aujourd’hui, pour faire académique, il faudrait peindre «Sea, Sex & Sun», en attendant que la moralisation de la vie artistique aboutisse.

    Cette communion, qu’un reste de maladresse rend presque touchante, nous rappelle que le prêtre catholique est lui aussi un artiste, et pas des moindres, puisqu’il crée dieu, ou du moins une partie, consacrant l’hostie («victime»), avant de la manger.

    «Le prêtre ouvrit le calice ; il prit entre ses deux doigts une hostie blanche comme la neige, et s’approcha d’Atala, en prononçant des mots mystérieux.» F.-R. de Chateaubriand (in «Génie du christianisme»). On peut penser que cette mystérieuse alchimie impressionna aussi le jeune Pablo, longtemps avant de devenir le pape de la peinture moderne et de produire des œuvres dont il est seulement permis de dévorer le mystère... des yeux.

     

    Comme a dit un savant alchimiste : «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.»

    FLR

  • Culturisme 2013

    « L’essentiel pour une cervelle moderne, c’est de paraître musclée. »

    Le peintre américain John Currin (1962-), natif du Colorado, est un des rares artistes contemporains de webzine,bd,gratuit,zébra,fanzine,bande-dessinée,culturisme,john currin,colorado,américain,liseuse,boticelli,degas,picasso,hegel,romantique,edgar poe,ezra pound,bukowski,thoreau,musée pompidourenom à se réclamer d’une démarche artistique guidée par l’histoire. Ce motif diverge du motif moral ou religieux habituel. J’ai d’ailleurs été longtemps persuadé que Currin était britannique, tant la culture américaine ignore systématiquement l’histoire. Il y a bien quelques poètes réactionnaires, foncièrement hostiles à la modernité ou la démocratie tels Edgar Poe, Ezra Pound, H.D. Thoreau, voire C. Bukowski sur le mode comique; mais des artistes américains inspirés par l’histoire, je ne n’en vois aucun…

    L’art américain peut se résumer à un panneau indicateur : le voyage dans le temps. Tout tourne pratiquement dans l’art américain autour de cette notion religieuse. Au contraire, les artistes européens s'efforcent souvent de détruire l’office religieux ou social de l’art, son incitation au sacrifice.

    John Currin fait aussi exception dans la mesure où il a n’a pas négligé d’apprendre à dessiner. Ses compatriotes confondent souvent le dessin avec la photographie*.

    Bien des artistes se mettent en quête de l’Idée, sans paraître se douter que toutes les idées sont contenues dans la nature, à qui reviennent tous les droits d'auteur. La faculté d’observation d’un excellent dessinateur comme Michel-Ange lui permet ainsi d’être aussi idéal que possible ; on pourrait dire autrement que Michel-Ange recèle à lui seul tous les produits dérivés de l’art abstrait ; ces derniers ne font que se déterminer en creux ou en négatif par rapport à lui. Peu d’hommes s’enorgueillissent, en vieillissant, de s’approcher plus de la mort que leurs contemporains moins âgés. Beaucoup d’artistes se contentent, par leur art, de faire résonner ce son de cloche mélancolique, comme si l'art moderne était fait pour sonner le glas de la civilisation.

    La «liseuse» de Currin exposée ici n’est pas dans la manière habituelle du peintre, qui préfère le pastiche, notamment de Cranac’h, Botticelli, voire Degas, qu’il admire. La notion de pastiche évoque directement l’esthétique du philosophe romantique allemand G.W.F. Hegel, inventeur d'une idée du progrès artistique (qui, bien qu'elle soit simpliste, a beaucoup servi de critérium de jugement au XXe siècle).

    Currin ne peut pas se contenter d’imiter l’art des artistes qu’il admire; il doit y ajouter la touche personnelle du pastiche, qui le fait paraître de son temps. Il s'approprie ainsi ce qu'il imite. Il contribue aussi à la démonstration selon laquelle il appartient à une époque plus avancée. A la manière de Picasso, bon dessinateur lui aussi, qui éprouve le besoin de recomposer les œuvres primitives ou antiques qu’il imite - Picasso sans doute plus vivant par sa manière de recomposer, et non d’altérer, de diviser ou de pasticher.

    On reconnaît dans le pastiche la même détermination macabre, c’est-à-dire la présentation de l’altération de l’art le plus vital comme le sens de l’évolution. La mort est ce que l’artiste possède en propre, bien plus que la vitalité qui émane de la nature.

    C’est en réalité à l’histoire de l’art que Currin est attaché, ce qui revient à peu près au motif religieux ou anthropologique. Pratiquement, la thèse hégélienne de "la fin de l'histoire" est une théorie du mouvement artistique. L’histoire de l’art est moderne, au sens où elle démontre le progrès. L’histoire tout court n’est pas moderne, qui prouve que cette démonstration est purement rhétorique.

    Se prévaloir de ses erreurs et de ses tares pour définir un style, n’entraîne pour l’homme aucun progrès, mais une illusion et un artifice grandissants.

    FLR

    *Le musée d'art moderne Pompidou détient une toile de J. Currin.

  • Caran d'Ache au Chat noir

    Je donne ici quelques "chutes" d'une prochaine chronique dédiée à l'influence du "Chat noir" sur la bande-dessinée (à paraître dans le prochain Zébra). Je précise : une chronique un peu plus longue que d'habitude, mais abondamment illustrée.

    - Après Henry Somm et Adolphe Willette la semaine dernière, disons quelques mots d'Emmanuel Poiré, dit "Caran d'Ache" (pseudo inspiré du mot russe pour dire "crayon"). Parmi les collaborateurs du "Chat Noir", c'est celui dont le style se rapproche le plus de la BD franco-belge moderne.

    Caran d'Ache (1858-1909) est plus souvent imité que cité en référence, eu égard à son antidreyfusisme, opinion qu'il partagea avec le caricaturiste Forain ou le peintre Degas, et beaucoup d'autres dans le milieu anarchiste ou libertaire de l'époque ("La Libre Parole") (j'ajoute, à l'attention des moralistes, qui ne sont souvent que des tartufes, qu'il est plus facile de faire le procès posthume de Caran d'Ache, que d'écrire l'histoire véritable de cette époque). Le dessin le plus fameux de Caran d'Ache est justement un dessin humoristique consacré à l'affaire Dreyfus, que l'on peut regarder sans crainte d'aller brûler en enfer.

    Comme on peut voir ci-dessous, il ne manque pas grand-chose pour parler de "bande-dessinée" :

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