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  • Revue de presse BD (257)

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    Page de titre de "Casque d'Or", BD publiée dans "Circus" en 1975.

    + Peu avant Noël (20 déc.), la dessinatrice de BD Annie Goetzinger "est décédée des suites d'une longue maladie", suivant la formule consacrée; dans ce métier artisanal contraignant, elle était une des rares représentantes de son sexe. Bizarrement les journalistes, qui ont l'indignation facile, ne s'indignent pas tant de la rareté des femmes dans la corporation des bouchers ou celle des boulangers, métiers aussi durs...

    A l'école d'art Duperré (mode vestimentaire), A. Goetzinger avait appris à dessiner avec Georges Pichard, auteur de BD érotico-comique dessinant des femmes plantureuses sous toutes les coutures. Le style d'A. Goetzinger reflétait cet enseignement.

    Produisant les titres au compte-goutte ("Casque d'Or", "La Fille de la Légion d'Honneur", "L'Agence Hardy"...), A. Goetzinger avait récemment publié une biographie de Colette. Bien que Colette fût une femme indépendante, elle était peu féministe, écrivant par exemple : "Une femme qui se croit intelligente réclame les mêmes droits que l'homme. Une femme intelligente y renonce.", propos qui entraînerait aujourd'hui la condamnation de son auteur par les représentantes de la cause féministe.

    A. Goetzinger elle-même était assez circonspecte vis-à-vis de la cause féministe, comme on peut lire dans ce long entretien éclairant son parcours, publié par le site BD-Zoom.

    Depuis quelques années A. Goetzinger publiait des dessins (assez fades) dans "La Croix".

     

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    Luz et Riss caricaturés par Ignace pour le site d'extrême-droite Medias-presse.info

    + Plein de compassion pour Laurent Sourisseau, alias Riss, suite à la polémique qui l'opposa à Edwy Plenel ("Médiapart"), l'hebdomadaire "Le Point" (21-28 déc.) dresse le bilan de l'action de Riss, à la tête de "Charlie-Hebdo" depuis l'expédition punitive des frères Kouachi, visant plus particulièrement Charb (selon Riss).

    Riss est actionnaire principal du titre et il a le soutien moral de la veuve de Cabu et des parents de Charb. Riss a beau déclarer qu'"il ne veut pas que Charlie devienne un musée du 7 janvier", l'article du "Point" indique que, malgré la réticence de son rédacteur en chef à s'engager sur le terrain politique, il y est entraîné inexorablement.

    "Le Point" se garde de souligner la situation ubuesque de la rédaction de "Charlie-Hebdo", censée produire dans un bunker sous haute surveillance policière... un journal anticonformiste !?

    On apprend que Anne Hommel, conseillère en communication de grosses légumes dont elle s'emploie à polir l'image, continue d'être employée par "Charlie-Hebdo" ; son agence a récemment organisé la fête d'anniversaire de "Charlie"... boudée par quelques ex-collaborateurs. Anne Hommel (et l'avocat Richard Malka) ont joué un rôle décisif dans le sauvetage de "Charlie-Hebdo", que la tempête médiatique a bien failli engloutir.

    + L'hebdomadaire "Le Point" se fait aussi l'écho d'un léger différend entrewebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,décembre,2017,annie goetzinger,duperré,georges pichard,la croix,colette,féministe,laurent sourisseau,le point,charlie-hebdo,riss,edwy plenel,médiapart,kouachi,charb,anne hommel,richard malka,johnny hallyday,françois ruffin,jean-luc mélenchon,insoumis,marx,sandrine mazetier,dieudonné,cl41,polémiste,censure,facebook,romain badouard,plantu,michel serres,france 5 Jean-Luc Mélenchon et François Ruffin à propos de Johnny Hallyday. Le directeur du journal satirique "Fakir", élu député de la Somme sous l'étiquette des "Insoumis", aurait reproché au chef de son parti d'avoir boudé l'hommage national rendu à feu Johnny Hallyday.

    Bouder est bien pourtant le moins que l'on peut faire quand on se prétend "insoumis": la culture de masse est devenue au cours du XXe siècle le principal instrument de soumission des masses aux élites, en remplacement des religions traditionnelles. Il n'est que d'observer son rôle dans la mobilisation de l'opinion publique en cas de guerre pour s'en rendre compte.

    Si la religion est l'opium du peuple, la culture de masse doit être dénoncée comme une drogue "dure".

    J. Hallyday, chanteur-caméléon assez habile pour rester dans le vent n'était pas une vedette "populaire" mais "radiophonique", ce qui n'est pas du tout la même chose. L'ère de la production et de la diffusion industrielles de biens de consommation culturels coïncide avec la disparition progressive de la culture populaire, pour des raisons déjà élucidées par K. Marx il y a un siècle et demi.

    + Débats pleins d'hypocrisie que les débats publics autour de la "libertéwebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,décembre,2017,annie goetzinger,duperré,georges pichard,la croix,colette,féministe,laurent sourisseau,le point,charlie-hebdo,riss,edwy plenel,médiapart,kouachi,charb,anne hommel,richard malka,johnny hallyday,françois ruffin,jean-luc mélenchon,insoumis,marx,sandrine mazetier,dieudonné,cl41,polémiste,censure,facebook,romain badouard,plantu,michel serres,france 5 d'expression" et de la censure. Un dossier spécial du "Canard Enchaîné" (avril 2016 - n°139) mentionne qu'un amendement des députés PS (CL41/novembre 2016), promu par Sandrine Mazetier et soutenu par l'opposition, a failli rétablir la censure au nom de l'ordre public, sous prétexte de réduire au silence le polémiste Dieudonné.

    L'argument de l'ordre public, qui n'a que l'apparence d'un critère juridique, est analogue à celui du blasphème dans les régimes dits "théocratiques". L'ordre public est en effet une notion arbitraire, à l'instar du blasphème.

    Cet amendement CL41 avorté au dernier moment, qui aurait permis au pouvoir exécutif de contrôler toute publication dans le cadre de l'état d'urgence (prolongé), est révélateur de l'usage de la "liberté d'expression" avant tout comme caution d'une presse et de journalistes... qui s'avèrent très peu indépendants. "Charlie-Hebdo" fut créé au début des années 70 en réaction à une forme de sclérose de la presse française; cette sclérose n'a fait que s'aggraver depuis, les restes de "Charlie-Hebdo" faisant office de cache-misère.

    Cet amendement traduit aussi l'ignorance des parlementaires que la prohibition pénale est devenue un moyen contre-productif de censure. Bien plus malins les responsables du PS qui ont empêché cet amendement gaffeur au dernier moment.

    L'histoire montre que la liberté d'expression, au sens concret du terme, n'est jamais le résultat d'une démarche politique ou juridique positive.

    + Une autre hypocrisie consiste à pointer du doigt la censure des réseaux sociaux américains, Facebook en tête. Facebook applique bien des mesures de censure, motivées par des raisons commerciales; mais le réseau social américain applique surtout des mesures de censure à la demande des gouvernements de tel ou tel pays. La France n'est pas en reste comme l'atteste le rapport fourni par Facebook, où l'on peut comparer la surveillance de la justice française avec celle d'autres gouvernements.

    Le jeune sociologue Romain Badouard (université de Cergy-Pontoise), au cours d'un débat sur ce thème organisé par "France 5" (en présence de Plantu et Michel Serres) commet un lapsus révélateur (41'50"); parlant de la censure, il ne peut s'empêcher d'ajouter : "aussi légitime soit-elle". Bien plus que la liberté d'expression, c'est la censure que le langage politiquement correct légitime, au nom d'une éthique dont le bénéfice n'est pas mieux établi que le bénéfice de la morale puritaine.

  • Revue de presse BD (254)

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    + Après Isadora Duncan et Picasso, en tandem avec Julie Birmant, Clément Oubrerie s'attaque en solo à l'ambitieux projet de faire le portrait de Voltaire et son siècle en BD... quitte à égratigner une icône républicaine?

    Dans une interview donnée à ActuaBD, Clément Oubrerie se défend de faire un travail de biographe. Il dit s'appuyer sur les travaux d'Arlette Farge ("Paris au Siècle des Lumières") pour peindre un XVIIIe siècle crédible.

    + Il ne reste plus que quelques minutes aux dessinateurs de presse pour concourir au "Prix international du Dessin de presse pour les Droits de l'Homme", parrainé par "United Sketches". Les concours de dessin de presse sont plutôt rares et la plupart du temps moins bien dotés que ce dernier (plusieurs milliers d'euros).

    Le thème des Droits de l'Homme interpelle, car le premier esprit satirique venu observera que les sociétés fondées sur le droit humanitaire sont loin d'atteindre l'objectif égalitaire qu'elles se fixent. Cela explique en grande partie le regain de la ou des religions, et ce d'autant plus qu'elles ne sont pas compromises avec les "valeurs occidentales".

    + La publication de "Charlie-Hebdo" en allemand, faute de lecteurs enwebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,novembre,2017,arlette farge,clément oubrerie,voltaire,actuabd,paris,lumières,marx,charlie-hebdo,allemand,united sketches,dessin,sobd,suisse,quentin duckit nombre suffisant, a été interrompue au bout d'un an. Cette initiative originale semblait condamnée à l'avance. D'une certaine façon, l'engouement du public allemand pour le numéro spécial de "Charlie-Hebdo", paru après le massacre d'une partie des dessinateurs, indiquait peut-être plus le goût du public allemand pour les enterrements que pour la satire.

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    Gag d'Andreas Kündig, auteur suisse exposé au SOBD 2017

    + Le prochain salon SoBD, dédié aux petits éditeurs de BD indépendants (8-10 déc. à la Halle des Blancs Manteaux, Paris 4e) mettra cette année la production suisse à l'honneur.

    Est aussi programmé lors de ce salon un colloque sur les fanzines, la persistance de ce mode d'édition à l'heure d'internet et les motivations des producteurs de fanzines (dimanche, de 15h à 17h30).

    + Les fanzines sont parfois des publications luxueuses, grâce aux machines mises à la disposition des élèves d'écoles formant aux techniques d'imprimerie. Tels les fanzines "Nyctalope" ou "Psoriasis" auxquels a contribué le talentueux illustrateur Quentin Duckit (ci-dessous).

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  • D'une Apocalypse à l'autre****

    Réédition augmentée et révisée d'un bouquin de Lionel Richard (1976) traitant de la production intellectuelle etwebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,kritik,critique,lionel richard,apocalypse,aden,expressionnisme,anarchisme,die brücke,aktion,der sturm,rosa luxembourg,karl liebknecht,nouveau testament,blochevik,hegel,nietzsche,marx,lénine,hitler artistique allemande de la fin du XIXe siècle à la fin des années 1930.

    L'auteur fait la lumière sur cette période de foisonnement intellectuel et artistique méconnue de ce côté-ci du Rhin, période qui précède immédiatement l'accession au pouvoir de Hitler et du parti nazi.

    Plusieurs chapitres détaillés et illustrés par les couvertures illustrées des nombreux journaux qui soutinrent cette effervescence sont précédés de la thèse suivante : l'apocalypse chrétienne hante la culture allemande, profondément marquée par la Réforme protestante et son imagerie, associée à l'émancipation culturelle de la population allemande. L'apocalypse est la toile de fond de la révolution artistique, politique et culturelle que connaît l'Allemagne au tournant du siècle (nation alors en forte expansion démographique et économique).

    "La religion et les luttes religieuses ayant profondément pénétré toute l'histoire de l'Allemagne et sa vie politique depuis la Réforme, la littérature et la peinture allemandes ont été envahies de références à l'Apocalypse, sur la base de son évocation dans le texte chrétien du Nouveau Testament."

    Aux lecteurs français, Lionel Richard rappelle le double aspect de la prophétie chrétienne, catastrophique d'une part, mais aussi réconfortante d'autre part, car synonyme d'avènement d'une ère nouvelle pour les "justes".

    La violence des événements politiques, économiques et militaires de la fin du XIXe et du début du XXe siècles donnent aussi consistance aux yeux des élites culturelles allemandes à l'idée de catastrophe ultime et d'effondrement d'un monde dominé par Satan.

    L'auteur délaisse le plus souvent cette thèse pour mieux s'attacher à l'évolution des différents mouvements qui s'enchevêtrent au cours de cette période, plus connus sous le terme générique d'"expressionnisme", étiquette à laquelle il est difficile de donner un sens précis autre que la revendication d'une rupture avec le passé culturel bourgeois de l'Allemagne (sur le plan esthétique, l'expressionnisme est particulièrement équivoque).

    Proche de cet "expressionnisme" se situent divers courants alternatifs comme le dadaïsme, "die Brücke" (le "Pont"), et les gazettes sur lesquelles ces courants de pensée s'appuyaient ("Der Sturm", "Aktion"...). L'auteur rappelle néanmoins au fil des chapitres l'usage d'un vocabulaire nettement connoté par les acteurs de cette tentative de révolution culturelle, qui se caractérise aussi par la fusion de l'art et de la politique. Il cite ainsi Rosa Luxembourg, parlant de "chemin de Golgotha de la classe prolétarienne" ; ou encore Karl Liebknecht : ceux des prolétaires qui sont encore endormis finiront par s'éveiller comme "sous les trompettes du Jugement dernier". Pour Ehrenstein, Jésus-Christ est "le premier des bolcheviks".

    Une parenthèse à propos de cette thèse d'une culture révolutionnaire allemande para-chrétienne ou para-apocalyptique ; cette thèse sort renforcée de la lecture de Hegel ou Marx, par lesquels les intellectuels allemands demeurent influencés à la fin du XIXe siècle. En effet, selon Hegel, le mouvement de l'Histoire est chrétien ; la révolution française de 1789 traduit un progrès de l'esprit du christianisme dans le monde et la société occidentale ; sur le sujet du christianisme, K. Marx est plus ambigu, mais sa prose a souvent les accents millénaristes que l'on retrouve ultérieurement chez Rosa Luxembourg ou Karl Liebknecht. En outre Marx voit dans la culture républicaine le prolongement du cléricalisme catholique, les instituteurs prenant la relève des curés afin d'inculquer au peuple la soumission à l'Etat (Marx a décrit la France comme la moins révolutionnaire des nations européennes).

    La philosophie réactionnaire de Nietzsche, qui exprime la haine de l'anarchie et du communisme a contrario, confirme aussi cette thèse. En effet Nietzsche est animé par une germanophobie viscérale, car il considère les Allemands comme un peuple marqué par le christianisme (notamment les milieux prolétariens ou anarchistes). L'exécration peu discrète de Nietzsche du peuple allemand empêchera Hitler de lui ériger une statue, bien qu'il partageait le voeu de Nietzsche de restauration de l'ordre moral contre l'art moderne décadent, car "judéo-chrétien".

    Dernière confirmation, l'attitude française vis-à-vis du bouillonnement culturel allemand, à laquelle l'auteur consacre un chapitre entier. Cette attitude oscille entre l'indifférence et le mépris pour la production artistique et littéraire allemande, perçue comme régionaliste et très inférieure à l'art français. Hier plus encore qu'aujourd'hui, les élites françaises étaient indifférentes au reste du monde, ainsi qu'à l'Histoire, qui se confondrait presque du point de vue français avec la notion de patrimoine.

    On mesure ici à quel point l'idéologie européenne, essentiellement allemande, colle mal avec la mentalité française autarcique, même si la défaite française de 1940, suivie de la domination culturelle des Etats-Unis (nation germanique), pèse depuis dans le sens inverse.

    Cependant on ne peut considérer cette révolution culturelle allemande comme l'illustration ou le produit de l'apocalypse chrétienne ; le lien n'est pas moins lâche ici qu'il s'avère entre la récupération du Nouveau testament par les élites catholiques (monarchie de droit divin/providentialisme/hégélianisme) ou, plus récemment, par la "théologie de la Libération" des révolutionnaires américains. Il reste que la référence au texte chrétien semble incontournable, que l'on se situe du côté des élites dominantes en place, ou bien que l'on veuille révolutionner l'ordre social.

    L'essai explore d'autres aspects intéressants, tel le rapport du mouvement révolutionnaire allemand avec son voisin russe communiste. Le mouvement allemand est plus "anarchiste", c'est-à-dire plus idéaliste et moins tourné vers la conquête du pouvoir que la révolution bolchevique. Pour certains intellectuels et activistes politiques allemands influents, il ne peut être remédié à la violence par une autre violence ; ils préfèrent en appeler à la force de l'Esprit (aux contours assez vagues). De leur côté les bolcheviks, Lénine en tête, ont ironisé sur la pusillanimité des mouvements révolutionnaires allemands, leur impuissance à évincer la démocratie libérale. Hitler, lui, ne reculera pas devant l'usage de la violence pour s'imposer.

    Par ailleurs l'intellectualisme de la révolution culturelle allemande, qui expose trente-six nuances d'anarchisme et de socialisme, est cause d'une césure avec le prolétariat, là où les partis nazi et soviétique usèrent de mots d'ordres démagogiques pour susciter l'adhésion massive.

    Le déclin de cette révolution culturelle est de surcroît analysé ; Lionel Richard dissuade de voir dans la gravissime crise économique que traverse l'Allemagne après la guerre la seule cause d'essoufflement de ce mouvement, mais il pointe aussi l'embourgeoisement des milieux anarchistes, évolution qui évoque le destin du mouvement (plus limité) de "Mai 68" en France, dont les figures emblématiques représentent désormais, non plus la contestation mais le conformisme.

    Le bouillonnement intellectuel de l'Allemagne de la première moitié du siècle fait aussi ressortir la platitude de la production contemporaine, allemande ou occidentale en général, une contre-culture complètement anémiée. L'idéal de la construction européenne apparaît comme principalement économique, c'est-à-dire mercantile. La vie intellectuelle et artistique se retrouve presque dans l'état de léthargie qui précéda, en Allemagne, la révolte contre les institutions bourgeoises.

    D'une Apocalypse à l'autre, par Lionel Richard, ed. Aden, 2014.

  • Paris La Rouge*

    Catalogue par Rémi Kauffer (éd. Perrin) des personnages et mouvements révolutionnaires et terroristes quiwebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,critique,paris,rouge,rémi kauffer,perrin,le point,le figaro,lénine,marx,bakounine,pol pot,engels,terrorisme,révolution ont trouvé refuge au cours des derniers siècles dans la capitale française, à compter de Bakounine et Marx jusqu'aux "Irlandais de Vincennes" et aux djihadistes musulmans.

    "Catalogue" est ici volontairement péjoratif car l'ouvrage de R. Kauffer s'apparente à une énumération ; de colonne vertébrale on ne distingue pas. Le bouquin repose sur le constat de la quantité : quantité d'apôtres ou d'acteurs de la révolution, de Bakounine à Pol Pot en passant par Lénine, Blanqui, les Brigades rouges, etc., a fait escale à Paris, le plus souvent fuyant la police, profitant d'une relative tranquillité pour y échafauder leurs plans de révolution(s).

    Paris a été le théâtre de plusieurs soulèvements révolutionnaires : cela fut-il un motif pour des révolutionnaires en herbe de s'y réfugier, ainsi que le suggère R. Kauffer ? Peut-être indirectement, mais il ne faut pas sous-estimer des motifs plus pragmatiques, comme la position géographique centrale de Paris, plus facile d'accès que Londres.

    Le cas de Marx est significatif, car il se rendit avec sa famille en priorité où la police ne les traquait pas encore ; leur fuite s'achèvera à Londres, où Marx trouva le meilleur accueil (et la meilleure bibliothèque) ; du reste l'admiration de Marx pour les révolutions françaises est très mitigée.

    R. Kauffer rapporte que Lénine détestait Paris ("trou infect"), préférant de loin être exilé en Suisse.

    "Paris La Rouge" fourmille de détails sur le séjour à Paris de révolutionnaires souvent adeptes de la violence, dont l'auteur tente tant bien que mal (la place est comptée) de résumer les idéologies.

    Comme Rémi Kauffer collabore au "Figaro magazine" et au "Point", deux organes de presse en charge de la propagande de quelques industriels capitalistes français, rien d'étonnant à ce que son recueil soit plus idéologique qu'historique.

    Tout d'abord, en amalgamant des mouvements terroristes et révolutionnaires assez divers, R. Kauffer s'efforce de discréditer les uns à l'aide des autres. Ainsi la violence actuelle des djihadistes, qui choque de nombreux Français (bien plus que la violence des milliers d'accidents de la circulation imputables à l'industrie automobile), cette violence est faite pour raviver le souvenir des attentats révolutionnaires et anarchistes perpétrés au cours des siècles passés, non moins effrayants.

    Une telle rhétorique occulte ou dissimule autant que possible la violence et la privation de liberté contenue dans la notion "d'ordre public".

    En pointant la responsabilité de l'école républicaine actuelle et la suppression du service militaire (!?) dans le terrorisme contemporain, R. Kauffer suggère que les djihadistes sont des personnes mal éduquées ; de là à dire que le terrorisme est entièrement dépourvu de légitimité, il n'y a qu'un pas. Exit l'ingérence des Etats occidentaux dans la plupart des gouvernements du Tiers-Monde afin de favoriser l'exploitation de leurs ressources en main-d'oeuvre et richesses minières ou pétrolières... Pourtant on devine que l'islam, à l'instar du marxisme-léninisme ou la théologie de la Libération naguère, exprime avant tout le rejet de l'impérialisme occidental. La religion a souvent servi de prétexte et de cadre à la domination des élites au cours de l'histoire moderne, cependant il arrive aussi parfois qu'elle serve de prétexte au soulèvement populaire.

    L'ouvrage de Rémi Kauffer illustre aussi la fascination de la bourgeoisie pour les mouvements révolutionnaires, fascination d'ailleurs en partie réciproque. La violence révolutionnaire a souvent été à l'origine de bouleversements politiques et sociaux entérinés ensuite par la bourgeoisie, de sorte que les régimes bourgeois entretiennent une sorte d'imagerie pieuse de la Révolution et de la violence terroriste. La "démocratie" est un exemple d'idéal révolutionnaire, très éloigné des principes républicains, que la bourgeoisie a fini par adopter... pour mieux le vider de son sens révolutionnaire.

    De leur côté, les révolutionnaires s'efforcent bien entendu de prendre la plus grande distance avec l'ordre public et la culture bourgeoises, mais l'usage de la violence, en soi, n'a rien de révolutionnaire ou de neuf ; or la plupart des mouvements révolutionnaires ne parviennent pas à s'en détacher, revenant ainsi au régime d'oppression d'abord maudit. La révolution ne fait ainsi que rebattre les cartes, mais c'est le même jeu qui continue.

    Le motif de la science et de l'histoire, caractéristique de Marx et Engels, qui se proposent ainsi de triompher des élites bourgeoises sur le terrain de la pensée, a contribué sans doute à l'aura exceptionnelle de la révolution marxiste. Cependant, en se plaçant sur le terrain de l'histoire et des bouleversements politiques, Marx est conscient que la bourgeoisie et la violence révolutionnaire sont deux phénomènes indistincts. En prédisant l'autodestruction du capitalisme, prédiction à laquelle chaque nouvelle crise mondiale fait écho, Marx prête au capital une force révolutionnaire sans commune mesure avec le terrorisme proprement dit.

    Paris la Rouge, par Rémi Kauffer, éd. Perrin, 2016.

  • Revue de presse BD (231)

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    Centaure jouant avec des polichinelles, par Tiepolo - dessin cédé par le collectionneur J. Horvitz, afin de se concentrer sur sa collection de dessins français.

    + Le Petit Palais expose jusqu'au 9 juillet une partie de la collection de dessins français du XVIIIe siècle de l'Américain Jeffrey Horvitz, qui compte plus de mille pièces. Après avoir été marchand d'art contemporain à Los Angeles, J. Horvitz entama une collection de dessins anciens italiens et français dans les années 80. Il a revendu ses dessins italiens il y a une dizaine d'années pour se concentrer sur sa collection française, qui compte notamment des dessins de Watteau, Boucher, Fragonard et David.

    + Sous le titre : "Le canard qui a coupé les ailes de Fillon", l'hebdomadairewebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,avril,2017,actualité,canard enchaîné,fillon,bloomberg businessweek,macron,lepen,bokassa,bérégovoy,petit palais,dessin,expo,jeffrey horvitz,watteau,fragonard,david,boucher,tiepolo,centaure,faber-castell,concours,philgreff,blog-bd,coquillard,saint-jacques,compostelle,pèlerinage,lb,exp,lyon,arte,anarchisme,tancrède ramonet,lcp,proudhon,daumier,marx,capitalisme,charivari,huskmitnavn "Bloomberg Businessweek" (10-23 avril) décrit "Le Canard enchaîné" ["The Chained Duck"] à ses lecteurs américains comme tranchant avec l'austérité des titres dédiés à l'actualité politique comme le "Washington Post" aux Etats-Unis, le "Times of London" en Angleterre ou le "Frankfurter Allgemeine Zeitung" en Allemagne. "Bloomberg" décrit comment le "Canard" a torpillé la candidature du candidat conservateur (sic) François Fillon, menaçant aussi E. Macron et M. Le Pen par ses révélations. Il cite parmi les affaires les plus retentissantes dans l'histoire du "Canard", les bijoux offerts par Bokassa à Giscard-d'Estaing ou la révélation du prêt sans intérêt consenti à P. Bérégovoy.

    Pour dire à quel point les élites politiques françaises scrutent le "Canard" et redoutent ses "scoops", "Bloomberg" cite le président F. Hollande lors d'un récent conseil des ministres : - Heureusement que le "Canard" ne paraît que toutes les semaines !

    L'hebdomadaire économique s'étonne du pouvoir persistant du "Canard enchaîné" à l'heure de la presse d'actualité politique en ligne ("Huffington Post", "BuzzFeed"). "Avec un tirage hebdomadaire de 400.000 ex. vendus à 1, 20 euros chacun, "Le Canard" a engrangé 25 millions d'euros en 2015 et fait 2 millions d'euros de bénéfice.", précise cet hebdo porté sur les chiffres.

    En revanche "Bloomberg" ne mentionne pas la subvention publique (indirecte) du "Canard" à hauteur de 500.000 euros environ par an. Invoquée par le parti de F. Fillon pour contre-attaquer, cette information est pourtant révélatrice du fonctionnement de la presse française, autant que le scoop du "Canard" l'est du fonctionnement de l'institution parlementaire.

    + "Arte" diffuse un long documentaire sur le courant de pensée/et ou révolutionnaire anarchiste, dont l'ouvrier-typographe français Proudhon rédigea le premier manifeste, enwebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,avril,2017,actualité,canard enchaîné,fillon,bloomberg businessweek,macron,lepen,bokassa,bérégovoy,arte,anarchisme,tancrède ramonet,lcp,proudhon,daumier,marx,capitalisme,charivari,petit palais,dessin,expo,jeffrey horvitz,watteau,fragonard,david,boucher,tiepolo,centaure,faber-castell,concours,philgreff,blog-bd,coquillard,saint-jacques,compostelle,pèlerinage,lb,exp,lyon,caricaturiste écrivant que "La propriété, c'est le vol." Bizarrement, la chaîne de télévision officielle de l'Assemblée nationale "LCP" (dirigée par Marie-Eve Malouine) est coproductrice de ce documentaire plutôt élogieux à l'égard d'une cause, la moins laïque et républicaine possible, qui plus est en période de campagne électorale, processus dont les anarchistes considèrent qu'il n'est qu'un simulacre démocratique.

    L'anarchisme a souvent croisé le chemin de l'art moderne, dans la mesure où les artistes ont souvent accusé la bourgeoisie industrielle d'être ennemie de l'art et d'oeuvrer insidieusement à sa destruction.

    La première partie du documentaire s'attache à décrire le courant anarchiste comme un courant d'émancipation du prolétariat opprimé par la bourgeoisie industrielle, prônant tantôt l'émancipation par la science, tantôt par la révolte armée en désespoir de cause ; réprimées par les forces de l'ordre républicaines, les tentatives de révolte anarchistes s'achèvent dans des bains de sang et une répression féroce à faire pâlir de jalousie Bachar El Assad.

    Ce documentaire incite à se poser la question suivante : - en dépit du déséquilibre criant des forces en faveur de l'ordre public républicain, fasciste ou soviétique, qu'est-ce qui peut faire que l'anarchisme perdure, si ce n'est en Occident, où l'argent dicte sa loi, du moins dans les régions du monde où l'esclavage persiste ? La réponse à cette question est assez simple : l'iniquité, tant qu'elle persiste, consacrée à travers la propriété ou l'Etat, continue de susciter l'anarchisme comme une réponse ou une tentative de réponse à un problème sur lequel la science politique reste muette.

    Les solutions politiques d'inspiration marxiste, mises en oeuvre par des régimes populistes, ont échoué à triompher de l'iniquité ; néanmoins la démonstration par Marx de l'iniquité des régimes bourgeois républicains, renouvelée voire accrue à travers le capitalisme, continue d'être corroborée par des faits que la presse bourgeoise a bien du mal à dissimuler, malgré sa vocation à noyer le poisson sous un déluge d'informations le plus souvent anecdotiques.

    C'est un lieu commun de considérer l'anarchisme comme un courant de pensée ou un mouvement utopique ; cependant l'effort politique pour faire taire définitivement l'anarchisme semble tout aussi utopique.

    (Docu. en deux volets par Tancrède Ramonet diffusé encore quelques jours) (Caricature ci-dessus de Proudhon doté d'une auréole, par Daumier, parue dans "Le Charivari" en 1849.)

    + La marque de crayons Faber-Castell organise un concours de dessin entre étudiants en écoles d'art, qui peuvent "poster" leurs dessins sur Instagram, en ajoutant le "hashtag" #ASW17ByFaberCastell et concourir ainsi jusqu'au 16 avril.

    Puisque le thème de ce concours est le "dessin", on note que ce mot ne veut plus dire grand-chose aujourd'hui ; le dessin a perdu son caractère de "leçon de physique", qui le rapprocha du langage scientifique ; son apprentissage permettait aux artistes, apprenant l'anatomie de façon plus ou moins empirique, d'insuffler la vie à leurs oeuvres. Le registre de l'artiste danois Huskmitnavn est très différent, puisqu'il se sert du crayon et du papier pour créer une illusion d'optique amusante.

    Comme tout est dessin, plus rien ne l'est, et les professeurs de BD doivent rappeler à leurs élèves (parfois de façon fastidieuse), que la BD est avant tout un art de raconter.

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    + Auteur de BD et illustrateur, Philgreff tient un blog-bd, quotidiennement mis à jour, où différentes rubriqueswebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,avril,2017,actualité,canard enchaîné,fillon,bloomberg businessweek,macron,lepen,bokassa,bérégovoy,petit palais,dessin,expo,jeffrey horvitz,watteau,fragonard,david,boucher,tiepolo,centaure,faber-castell,concours,philgreff,blog-bd,coquillard,saint-jacques,compostelle,pèlerinage,lb,exp,lyon,caricaturiste se succèdent (strips, croquis, planches de BD) ; depuis quelques semaines, Philgreff publie "Coquillards", un feuilleton-BD racontant son pèlerinage à St-Jacques-de-Compostelle avec un copain (en partant de Vendée, en 2000). Comme Philgreff et son pote ne sont pas très catholiques, mais surtout désireux de rompre avec leur train-train quotidien, ils reprennent à leur compte le sobriquet de "coquillards", dont un curé rencontré en chemin les affuble; on nommait "coquillards" autrefois les brigands qui détroussaient les pèlerins de passage. Première page ici.

    + Notre collaborateur LB, également pigiste à "Siné-Mensuel" depuis quelques mois, expose ses dessins à Lyon pendant un mois en compagnie de confrères caricaturistes.

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  • Revue de presse BD (223)

    + Olivier Josso (qui enseigna la BD à quelques contributeurs du fanzinewebzine,bd,gratuit,zébra,fanzine,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,février,2017,actualité,olivier josso,au travail,l'association,st-nazaire,marx,paul lafargue,resist,gabriel fowler,françoise mouly,brooklyn,nadja spiegelman,paste,trump,ramize erer,festival angoulême,bayan yani,télé-québec,pascal girard,tout garni,numérique,turbomédia "Zébra"), vient de publier à L'Association le second tome de sa BD, "Au Travail". O. Josso raconte son enfance dans un milieu ouvrier pauvre (les chantiers navals de St-Nazaire), mais désireux néanmoins de se cultiver. O. Josso souligne l'importance du Travail dans son milieu, une importance équivalente de la religion dans les milieux paysans.

    La dureté de la condition ouvrière tient en partie à cette religion du travail "directe", et non enrobée dans le folklore catholique comme les paysans - faisant fonction d'opium. C'est à l'attention des milieux ouvriers que le gendre de K. Marx, Paul Lafargue, écrivit "L'éloge de la paresse", ouvrage impie s'il en est. "Astérix", "Tintin", "Spirou""Mickey" avaient valeur d'échappatoire délicieux pour le jeune Josso.

    + "Resist", c'est le nom donné par Gabriel Fowler, un libraire de Brooklyn, et Françoise Mouly (directrice artistique au "New-Yorker") à une publication largement illustrée, imprimée à 30.000 ex. et distribuée gratuitement dans des meetings féministes antiTrump. Le candidat avait au cours de sa campagne multiplié les provocations misogynes pour attirer l'attention sur lui, et menacé d'abroger certaines lois permettant l'avortement.

    "Resist" fait appel à des contributions bénévoles, et a reçu des dessins et des BD du monde entier ; Nadja Spiegelman (écrivain et fille de F. Mouly), commente pour le magazine "Paste" : "Au début, beaucoup plus d'hommes que de femmes nous envoyaient leurs images. Mais quand on a commencé de publier exclusivement les images envoyées par des femmes sur notre site web, beaucoup plus de femmes nous ont alors envoyé leurs images, constatant que c'était un espace d'expression privilégié pour les femmes. Et quand les femmes s'expriment individuellement, elles endossent la responsabilité de parler au nom de toutes les femmes (...)" (ci-dessous contribution de Melanie Reim).

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    On regrette d'ailleurs que la dénonciation du populisme, qu'il s'agisse de celui de D. Trump, ou encore des populismes nazi et communiste, s'accompagne rarement d'une réflexion sur les causes de ce populisme. Il semble pourtant que celui-ci ne soit qu'un symptôme ou la conséquence de manquements imputables aux élites. Ainsi la culture de masse, véhicule indispensable de l'idéologie populiste, ne vient pas du peuple, mais des élites dirigeantes.

    + Son nom résonne comme une grosse blague du Pr Choron ou de Coluche, le prix "Couilles au cul" récompensant le courage artistique a été remis à la dessinatrice turque féministe Ramize Erer lors du dernier festival d'Angoulême. Celle-ci est réfugiée en France depuis quelques années avec son mari Tuncay Akgün, avec qui elle avait fondé "Bayan Yani", un magazine de BD satirique destiné aux femmes turques.

    Ramize Erer ne dit pas si elle trouve les Français plus ou moins sexistes que les Turcs...

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    Gag de Ramize Erer pour "Bayan Yani"

    + Les amateurs de gadgets futuristes qui ne juraient que par la BD numérique il y a quelques années ont dû en rabattre, vu le fiasco de la "BD pop-up" ou autre "turbomédia". La télévision française ("Arte") s'était intéressé à cette nouvelle technologie, qui rapproche la BD du jeu vidéo, et financé une éphémère revue de BD numérique "Pr Cyclope" ; c'est au tour d'une télé canadienne, "Québec-TV" de proposer un feuilleton pour les enfants, "Tout Garni" qui met à contribution plusieurs auteurs de BD et illustrateurs, dont Pascal Girard qui signe le premier épisode de la série.

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  • Alexandre Jacob***

    Journal d'un anarchiste cambrioleur

    Qu'ils soient chrétiens, ou au contraire athées, les penseurs anarchistes ont toujours dénoncé le caractèrewebzine,zébra,gratuit,bd,fanzine,bande-dessinée,critique,kritik,alexandre jacob,marius,anarchiste,cambrioleur,sarbacane,vincent henry,gaël henry,marx,socialisme arbitraire de la propriété, suivant la formule lapidaire célèbre : - La propriété, c'est le vol !

    Plus qu'une biographie circonstanciée, Vincent et Gaël Henry avec "Alexandre Jacob, Journal d'un anarchiste cambrioleur", paru en 2016 chez Sarbacane, proposent d'aborder le thème de l'anarchie et de ses limites à travers le récit des tribulations d'Alexandre Marius Jacob (1879-1954).

    Le Marseillais Alexandre Jacob, en effet, fut un authentique cambrioleur, aussi rusé qu'habile, n'hésitant cependant pas à faire feu sur les représentants de l'ordre public ; certes, Alexandre Jacob mit à profit ses procès pour dénoncer l'exploitation dont les milieux ouvriers étaient victimes ; certes, le butin de ses cambriolages servit à financer des publications anarchistes désintéressées... mais les bourgeois aussi ont leurs "bonnes oeuvres", qui les rachètent à leurs propres yeux et aux yeux du monde.

    Le vol est, bien sûr, une première limite de l'anarchie telle qu'Alexandre Jacob l'envisage ; une limite comparable à l'usage du terrorisme : cambriolage et terrorisme justifient en effet les moyens de répression mis en oeuvre par l'Etat bourgeois autant qu'ils servent à le combattre.

    Cette limite est facile à cerner ; les origines modestes d'Alexandre Jacob constituent-elles une excuse ? Non, car son goût pour l'aventure, pour l'indépendance, son tempérament audacieux, l'ont probablement poussé dans cette voie, plus que la nécessité. Les origines modestes d'Alexandre expliquent plutôt pourquoi il est devenu un marginal, pourquoi il a fui sa condition, sans pour autant la trahir en s'embourgeoisant. Alexandre Jacob n'était pas né pour être esclave, mais il s'est refusé à faire partie de l'espèce des maîtres, en quoi sa ruse et son audace auraient pu l'aider à se transformer.

    - Ce qui oppose l'anarchie au socialisme est peut-être plus difficile à cerner aujourd'hui ?

    L'anarchie souligne l'iniquité sociale, la férocité de l'espèce humaine ; en prétendant que l'on peut remédier à cette férocité légalement, le socialisme s'avère un nouvel opium du peuple, succédant ainsi aux religions inclinant à l'optimisme, à la passivité et à la confiance dans l'Etat. Le socialiste revendique son appartenance à l'espèce humaine, tandis que l'anarchiste, lui, est un individualiste.

    Comme la propriété demeure, et que les moyens mis en oeuvre pour la protéger de la convoitise de ceux qui ne possèdent rien n'ont jamais été aussi sophistiqués et puissants, l'iniquité, qui est le point de départ de l'anarchie, est toujours aussi forte. Quant à l'utopie socialiste, sa promesse de lendemains qui chantent finit par paraître un mirage à ses paroissiens les plus dévots.

    Les auteurs de cette BD (basée principalement sur un ouvrage de Jean-Marc Delpech) soulignent à juste titre que l'anarchie joue un rôle crucial dans les temps modernes, aussi difficile soit-il à cerner précisément. Le socialisme, qui est selon K. Marx la meilleure ruse inventée par la bourgeoisie afin de contenir l'anarchisme - le socialisme est-il une digue solide, à l'épreuve du temps ? On serait tenté de croire, si on examine la presse française, aussi muette aujourd'hui qu'elle fut éloquente au XIXe siècle, que l'anarchie est morte. Mais, a contrario, l'avenir du monde n'a jamais paru aussi incertain.

     Alexandre Jacob, Journal d'un anarchiste cambrioleur, par Vincent Henry et Gaël Henry, Eds Sarbacane, 2016.