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1789

  • Revue de presse BD (319)

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    + Le musée de la Révolution française à Vizille (Isère) organise une expo. autour de la BD "Un Peuple et sa Révolution", par Grouazel & Locard. Cette bande-dessinée propose un nouveau regard sur les événements de 1789, centré sur la description du peuple.

    Karl Marx a écrit une histoire "populaire" de la Révolution française ; Marx ne se pose pas en représentant du peuple, tel un député, mais il s'efforce de remédier à l'ignorance du peuple, d'où vient son asservissement. La révolution selon Marx et Engels consiste à fournir aux milieux populaires, à travers la presse, les clefs de compréhension du monde dont la bourgeoisie les prive.

    - Que dit Marx ? Il fait pièce à la démonstration du philosophe G.W.F. Hegel que la Révolution française marque un progrès de la civilisation chrétienne. La Révolution française de 1789 est avant tout un mythe bourgeois et républicain selon Marx. Et de souligner par conséquent le rôle joué, non seulement par le peuple de Paris, mais par certains partis conservateurs (la noblesse de robe bretonne) dans le déclenchement de la Révolution.

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    + Nous indiquions la semaine dernière ici que quelques auteurs de BD avaient apporté leur soutien (tardif) au mouvement des Gilets jaunes à travers le manifeste "Nous ne sommes pas dupes".

    Le scénariste à succès Wilfrid Lupano ("Les Vieux Fourneaux") a refusé cette semaine la médaille de Chevalier des Arts et Lettres qui lui a été proposée par le ministre de la Culture pour un motif similaire.

    Le refus de W. Lupano est assorti d'une longue diatribe contre la politique de l'actuel gouvernement. Peut-être aurait-il dû se contenter de citer P. Desproges, qui ne se discute pas : - Les décorations, c'est la libido des vieux.

    Les "Vieux Fourneaux" surfe sur la nostalgie de "Mai 68" ; il n'y a guère qu'en BD que les anciens "leaders" de "Mai 68" ne soutiennent pas le gouvernement d'E. Macron !

    Machiavel dirait qu'il faut, pour protéger les intérêts du Prince, placer la digue du côté où vient la vague de mécontentement populaire : du côté gauche si elle vient du côté gauche, du côté droit si elle vient du côté droit.

  • Revue de presse BD (301)

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    + La Une de "Charlie-Hebdo" cette semaine par Foolz, comparant les Gilets jaunes aux Sans culottes, est plutôt surprenante. En effet depuis le début de ce soulèvement d'une partie de la population française, plusieurs caricatures parues dans cet hebdo satirique ont suggéré que le gilet jaune dissimule l'idéologie fachiste.

    Les Sans culottes seraient-ils les ancêtres des Chemises noires de Mussolini ? Les références historiques pleuvent et se contredisent allègrement. Force est de constater que le roman français a du plomb dans l'aile. Il n'a jamais été autant question d'identité nationale ou de laïcité que depuis qu'elles ont cessé d'exister, dissoutes dans le plan plus large de la mondialisation.

    + Certes le rapprochement entre les doléances des Gilets Jaunes et celles de 1788 est tentant.

    Parmi les doléances exprimées par le clergé catholique en 1788 dans les fameux Cahiers de doléance, la demande d'interdiction des journaux qui contredisaient la doctrine du clergé et représentaient une menace pour la morale du temps.

    Aujourd'hui les médias, qui jouent un rôle analogue à celui du clergé à la fin du XVIIIe siècle, paraissent à leur tour à bout de souffle. Ils ne bénéficient pas de la dîme, mais d'exonérations fiscales et de subventions substantielles. L'internet et les "réseaux sociaux" représentent des concurrents sérieux pour ce "tiers-état" qui a majoritairement exprimé sa solidarité avec le gouvernement.

    + Le site "Acrimed" de critique des médias rappelle le large soutient de la presse et des journalistes à la répression sanglante de la Commune de Paris par le gouvernement Thiers (mai 1871), répression atroce qui fit plusieurs milliers de victimes (entre 8.000 et 30.000). Non seulement la presse catholique, mais aussi la majeure partie des titres de presse républicains : "Le bain de sang que le peuple de Paris vient de prendre était peut-être d’une horrible nécessité pour calmer certaines de ses fièvres", réagit ainsi Emile Zola... soudain conservateur.

    L'Acrimed bat ainsi en brèche la légende dorée d'une presse française amie de la démocratie et des révolutions sociales.

    Cet article conclut que J. Jaurès fut l'artisan de la réconciliation ultérieure du mouvement ouvrier avec la République. Encore faut-il dire que cette réconciliation fut assez superficielle - un paragraphe du nouveau catéchisme républicain bien plus qu'une réalité. Comme l'Eglise romaine, la République française se montre peu avare de repentances.

    + Depuis quelques semaines, notre fanzine publie les caricatures de Laouber, dont la signature vient s'ajouter à celles de nos contributeurs réguliers. Nous profitons de cette revue de presse pour l'en remercier.

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    Caricature par Laouber.

  • Caricature & Révolution**

    Quelques journalistes et caricaturistes étrangers ont fait cette remarque après l'attentat contre "Charlie-webzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,caricature,critique,révolution française,1789,james cuno,los angeles,jacques-louis david,james gillray,michel melot,ronald paulson,albert boimeHebdo" : la caricature française est née dans la violence terroriste. En effet la première République française a usé simultanément de la violence des armes, de la guillotine et des caricatures pour s'imposer.

    "On a malheureusement peu écrit sur la caricature française de l'époque révolutionnaire.", écrit James Cuno (Université de Los Angeles) en préambule d'un épais catalogue d'exposition paru à l'occasion du bicentenaire de la Révolution française. Le rôle de mythe fondateur joué par la Révolution française dans le roman national français n'est pas étranger à la rareté des commentaires.

    On le comprend, James Cuno et son équipe entendent remédier à cette lacune par leur ouvrage, divisé en six essais, rédigés par trois profs Américains, deux Français et un Allemand.

    Ce n'est pas une mauvaise idée a priori de confier à des profs d'Histoire étasuniens, peu impliqués dans le roman national français, le soin d'exposer dans quelles conditions morales, religieuses, esthétiques, politiques, la caricature a fait son apparition en France.

    Ces universitaires se lancent dans des pistes intéressantes. Ainsi Albert Boime (Los Angeles) tente de démontrer, dans un article consacré aux caricatures de Jacques-Louis David, que les pratiques par le peintre de la caricature et de l'art néo-classique, apparemment contradictoires, sont bien cohérentes. Malheureusement la démonstration de cet universitaire se perd dans la brume des théories freudiennes, qui ont apparemment un grand crédit Outre-Atlantique.

    Dire que la caricature est la manifestation d'une certaine violence virile est comme enfoncer une porte ouverte ; postuler un lien entre cette violence et la sodomie présente un intérêt limité. Quant au jargon freudien à base de déterminisme oedipien, il frise parfois le ridicule et desservirait plutôt la démonstration.

    David intervient d'ailleurs comme chef d'orchestre ou comme général de la propagande révolutionnaire jacobine ; excellent portraitiste, David n'est pas moins un caricaturiste improvisé ; il travaille sur commande et par conviction, s'emparant de la caricature comme d'une arme à sa portée, tout en s'inspirant de Hogarth et de son contemporain l'Anglais James Gillray. Ce dernier est en effet bien mieux exercé que David à l'art de la caricature, peu prisé en France à la fin du XVIIIe siècle.

    Ici on note que David et Gillray s'admiraient réciproquement, bien qu'ils fussent politiquement ennemis.

    Deux chapitres plus clairs de Michel Melot (Centre Pompidou) et Ronald Paulson (Baltimore, Maryland) permettent de cerner pourquoi la caricature est l'art le moins français qui soit à la fin du XVIIIe siècle, et ne s'y épanouira pas avant la monarchie de Juillet.

    La censure monarchique, rétablie juste après avoir été abolie par la Convention (dès le 31 juillet 1789), puis encore renforcée ultérieurement, ne permet pas d'expliquer à elle seule le retard de la France sur le Royaume-Uni et la Hollande. La propagande révolutionnaire, qui justifie la censure, diffuse des images qui sont rarement subtiles mais bien plutôt destinées à frapper les esprits.

    Tandis qu'il existe en Angleterre et en Hollande un public capable d'apprécier la caricature satirique, ce public n'existe pas encore en France. La nouvelle classe moyenne, intermédiaire entre le petit peuple et la bourgeoisie, suffisamment cultivée pour apprécier la caricature et l'humour, n'est pas encore assez nombreuse. Ni l'aristocratie, ni la bourgeoisie proche de cette dernière, n'a intérêt à se moquer publiquement de la figure du roi et des emblèmes du pouvoir ; en Angleterre, des caricaturistes conservateurs comme Gillray n'hésitent pas à se payer la tête du roi - le leur, et ceux des royaumes voisins.

    En revanche la violence politique de la Convention et son usage systématique de la guillotine ne manquèrent pas d'inspirer les caricaturistes étrangers, qui exercèrent leur verve au détriment des Sans-Culottes et de leurs chefs.

    Un peu plus d'un siècle et demi après, les caricatures de "Charlie-Hebdo" ont un sens et une tonalité très différents de ceux des caricatures révolutionnaires. Le pouvoir impérial, puis le pouvoir républicain ont succédé à la monarchie ; l'âge d'or de la caricature est passé par là, Louis-Philippe ayant voulu se faire passer pour un monarque anglais, moderne et tolérant. Une classe moyenne suffisamment cultivée pour apprécier la presse satirique est apparue, qui conserve aussi assez de distance avec le pouvoir pour ne pas craindre l'effet subversif de la satire.

    Les caricaturistes de "Charlie-Hebdo" étaient a contrario les moins engagés des journalistes de leur temps, c'est-à-dire les plus indépendants des partis politiques contrôlant la plupart des journaux. Cavanna et Choron ne cherchaient pas à mobiliser les foules, mais à provoquer seulement des réactions chez quelques dizaines de milliers de lecteurs. S'agissant de "Hara-Kiri", Choron parle de retourner l'arme de la vulgarité contre la bourgeoisie, ce qui sous-entend bien une forme de combat, mais selon un moyen beaucoup plus subtil que la polémique et les charges violentes d'un parti révolutionnaire décidé à s'emparer du pouvoir.

    La Caricature française et la Révolution (1789-1799), catalogue de l'exposition organisée à l'UCLA (Los Angeles) et à la BNF, rédigé par James Cuno, Albert Boime, Michel Melot, Lynn Hunt, Claude Langlois, Ronald Paulson, Klaus Herding.

  • Revue de presse*

    Si l’initiative de cette «Petite histoire du dessin de presse français» est sympathique, le résultat laissewebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,kritik,romain dutreix,toma bletner,fluide-glacial,presse,satirique,française,ancien régime,convention,révolution,1789,napoléon,hara-kiri,charlie-hebdo,choron,cavanna beaucoup à désirer. L’entreprise vient s’échouer à peu près sur tous les écueils qui se présentaient sur son chemin. Etant donné l’angle choisi, très large, le résultat ne pouvait être que docte ou léger ; or il n’est ni l’un l’autre: la volonté didactique et celle de traiter le sujet sur le mode humoristique se télescopent et s’annihilent mutuellement. Résultat : on apprend peu et on ne rit guère.

    Le tandem d'auteurs, Romain Dutreix et Toma Bletner, aurait mieux fait de s’abstenir de traiter la partie historique (en partant de l’ancien régime). Ils ne font qu’accumuler des poncifs, en particulier celui de l’éclosion de la liberté d’expression au cours de la Révolution française de 1789. En réalité, en cette période très troublée, la Convention usa de la caricature à des fins polémique ou de propagande, censurant scrupuleusement tous propos contradictoires, comme c’est le cas en temps de guerre où les auteurs satiriques sont sommés de mettre leur talent au service de la patrie. La Convention entend alors se défendre contre les attaques de la presse satirique anglaise, qui présente le nouveau gouvernement de la France comme un complot de barbares terroristes.

    Quant au XIXe siècle, une fois la dictature de Napoléon Ier renversée, ce fut un véritable âge d’or en matière de presse satirique, dont les raccourcis de cette "petite histoire" ne permettent pas de rendre compte intelligiblement.

    Quand ils traitent, pour finir, de la satire aujourd’hui, les auteurs se départissent de leur ton léger pour donner leur opinion ou mentionner la publication de tel ou tel copain, parfois pas du tout satirique ni humoristique.

    L’époque de «Hara-Kiri» et «Charlie-Hebdo», ni trop ancienne, ni trop récente, est la moins mal traitée. Peut-être ces auteurs auraient-ils mieux fait de se concentrer dessus ?

    Des observateurs plus avisés et plus satiriques font état d’une nette régression de la «liberté d’expression» depuis la Libération. Le constat est facile à faire de l’organisation de plus en plus monopolistique de la presse française, propriété de quelques consortiums industriels et bancaires dont la principale préoccupation n’est pas la satire ou l’humour, mais le marketing. D'une certaine façon le "Charlie-Hebdo" de Cavanna et Choron était, à contre-courant de son époque, le dernier représentant d'une forme de presse que la seconde moitié du XXe siècle, plus policée, a abolie.

    Au demeurant la conception institutionnelle de la «liberté d’expression», défendue par certaines autorités morales républicaines aujourd'hui, frise le ridicule. Comment peut-on brandir l'étendard de la liberté d'expression quand on voit que, un cran en-dessous, la liberté de ton se raréfie.

    Revue de presse, petite histoire de la presse satirique française, par Romain Dutreix & Toma Bletner, éd. Fluide-Glacial, 2016.