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pompidou - Page 2

  • Expo. Gaston Lagaffe

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    Case extraite d'une planche originale de Gaston Lagaffe par Franquin.

    Depuis le 7 décembre jusqu'au 10 avril 2017, la bibliothèque du Centre Pompidou (Bpi) propose une exposition dédiée à Franquin à travers le personnage de Gaston Lagaffe, apparu dans le magazine "Spirou" en 1957.

    L'expo est destinée au grand public ; elle apprendra peu aux connaisseurs de Franquin et de son travail ; celui-ci a déjà fait l'objet de plusieurs monographies assez exhaustives (mises à la disposition des visiteurs de l'expo. dans un petit salon annexe).

    Cette expo. dévoile la complexité technique, non seulement de la bande-dessinée, mais aussi de la presse destinée aux jeunes ados., qui vit alors son "chant du cygne". Les albums de Gaston Lagaffe soulignent d'ailleurs ce paradoxe : à quel point la tâche de divertir est un métier sérieux, voire fastidieux pour les adultes qui l'exercent. Les bureaux et les employés de la maison Dupuis (située à Marcinelle en Belgique), ressemblent presque aux bureaux et aux employés d'une banque ou d'une compagnie d'assurance... à l'exception du personnage de Gaston Lagaffe.

    Bien que Gaston Lagaffe soit une invention d'André Franquin, le dessinateur fut épaulé par une partie de la rédaction de "Spirou", son rédacteur en chef Yvan Delporte en tête, mais aussi le dessinateur Jidéhem, assistant d'un Franquin croulant sous le travail. Gaston Lagaffe et ses gags sont un exutoire collectif, qui laisse sceptique les directeurs commerciaux de la revue, inquiets des répercussions sur le lectorat d'un personnage et d'une BD aussi originaux.

    Le personnage de Gaston Lagaffe est la tête de pont de plusieurs initiatives successives de Franquin, décalées par rapport à son métier de dessinateur de BD pour enfants : le "Trombone illustré", petit supplément humoristique encarté dans "Spirou", d'abord destiné à amuser ses auteurs ; puis les "Idées noires", série de gags d'humour noir à la tonalité antisociale, antimilitariste et écologiste, que Franquin finira par publier dans "Fluide-Glacial" à la demande de Gotlib.

    Ce petit extrait d'une interview est sans doute significatif de l'état d'esprit de Franquin (1988) : "Parfois, je me dis que j'aurais dû commencer ce métier à Paris. On y vit, travaille et pense tellement plus intensément qu'ici. Si j'avais commencé ma carrière à Paris, je pense que les choses auraient été très différentes. En évoluant dans un environnement plus engagé, j'aurais probablement dessiné un autre genre de séries. Là-bas, vous pouvez faire rire les gens, tout en faisant passer un message. Pour ma part, j'ai souvent pensé que j'étais prédestiné à faire de mignons petits dessins inoffensifs, légers, superficiels..."

    On peut trouver l'opinion de Franquin sur Paris excessivement élogieuse, compte tenu du conformisme de la presse française ("Charlie-Hebdo" fait figure d'exception, et Paris s'y intéresse surtout depuis la mort de ses dessinateurs). Le fait est que l'on sent une pointe de regret chez Franquin dans cette confidence.

    Dans quelle mesure Gaston Lagaffe est-il subversif ? L'expo. de la bpi exagère cet aspect. Certes, Franquin s'est servi de Gaston Lagaffe (en de rares occasions) pour exprimer son antimilitarisme. Mais qui les BD antimilitaristes dérangent-elles vraiment ? Le moins que l'on puisse dire, c'est que les industriels de l'armement s'en accommodent bien, au vu de leurs bénéfices. "Gaston Lagaffe" fut d'abord une échappatoire pour Franquin, un moyen de se moquer de lui-même et de son métier d'amuseur. Le pessimisme et la satire sont bien plus nets dans les "Idées noires".

    La subversion de Gaston Lagaffe passe peut-être plutôt par sa manière de démolir de l'intérieur l'héroïsme de carton-pâte qui fut le fond de commerce de la bande-dessinée franco-belge, "Tintin" en tête.

    Les inventions, plus inutiles les unes que les autres, du "génial" Gaston Lagaffe, semblent aussi la caricature d'une époque où le superflu a pris la place de l'essentiel.

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    Fausse publicité pour le Mastigaston insérée par Franquin parmi de vraies pubs dans l'hebdomadaire "Spirou".

  • Revue de presse BD (210)

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    + Dilemme en librairie cette semaine puisque sont proposés simultanément deux gros bouquins, l'un à 20 euros (Les Cahiers dessinés) regroupant un choix de dessins de Tomi Ungerer, l'autre à 30 euros (Taschen) rassemblant un paquet de croquis de Robert Crumb. Il faut choisir, car deux dessinateurs misogynes d'un seul coup, ce serait sans doute une dépense trop difficile à justifier. Sans vouloir influencer le lecteur, la sobriété des dessins d'Ungerer force l'admiration ; il y a peut-être chez Crumb un peu trop de détails. Le plus misogyne des deux n'est pas forcément celui qui dit qu'il l'est (Crumb).

    Marie-Hélène Gatto annonce dans le trimestriel « De ligne en ligne » la prochaine expo. Gaston Lagaffe en chantier à la bibliothèque du Centre Pompidou en soulignant l’astuce éditoriale de son inventeur, Franquin, qui crée un personnage d’antihéros dans un magazine de BD d’aventure pour enfants- dont la première apparition discrète dans « Spirou » date du 28 février 1957. Le personnage ne prend la parole pour la première fois que six semaines après son apparition. Il dévoilera au public les coulisses de la maison Dupuis et du métier d’amuseur pour enfants, qui n’a rien d’aventureux, et que Franquin éprouva parfois de la lassitude à exercer.

    «Pendant plusieurs semaines, entre décembre 1959 et janvier 1960, Spirou paraît sans Gaston. Jusqu’à ce que Fantasio, pris de remords, lance un appel aux lecteurs : - Ecrivez tous, en masse, par milliers, écrivez à M. Dupuis de reprendre Gaston. L’appel est entendu : plus de 7000 lettres seront reçues, et Gaston est réintégré à l’équipe en janvier 1961. Le héros sans emploi est devenu une véritable star.»

    Gaston Lagaffe est précurseur du "Trombone illustré", supplément à « Spirou » lancé par Franquin et Yvan Delporte en 1977, beaucoup plus satirique que le magazine pour enfants dans lequel il était inséré.

    + A propos de "Fluide-Glacial", où Gotlib publia les "Idées noires" de Franquin, perles d'humour noir en BD, Jacques Diament publia en 2010 (L'Harmattan) : "Fluide Glacial, Gotlib... et moi" ; la première moitié est intéressante, décrivant de façon vivante les galères du début, la fabrication d'un journal, les choix éditoriaux, les coups de pouce du destin...), la seconde partie est bâclée.

    + Yves Frémion rédige ici ou là des chroniques sur les ancêtres de la bande-dessinée ; dans le dernier magazine publicitaire "Zoo n°62" (p.53), il nous instruit sur "la BD orale des colporteurs". Avec l'invention de la gravure naquit le métier de colporteurs d'images, religieuses notamment, transportées et vendues de village en village.

    "(...) Très vite s'agglutinent aux images pieuses des images plus profanes (contes de fées, fables, histoires plus ou moins réelles, légendes, chansons...). (...) L'arrivée du colporteur dans un village devient un spectacle. (...) Ces esquisses de BD sont orales. Puisque dans la BD, le "texte" n'en est pas, car il est du son, ce son est alors produit par le colporteur, qui commentait image par image."

    Frémion rapproche ici la BD d'une culture orale, ce qui n'est vrai qu'en ce qui concerne les BD pour enfants. Beaucoup de BD satiriques ou humoristiques ne sauraient se passer du texte.

    + L'essayiste Hannah Arendt ("La Crise de la Culture") est la cible d'attaques dans plusieurs journaux ("Quinzaine littéraire", "Charlie-Hebdo" 9 novembre), faisant suite de la publication d'un ouvrage universitaire peu sobrement intitulé "Arendt et Heidegger, extermination nazie et destruction de la pensée"). Cet ouvrage rappelle que H. Arendt fut, alors qu'elle était étudiante, la maîtresse de Herr Professor Heidegger, membre du parti nazi ; également qu'elle contribua à la réhabilitation de la philosophie d'Heidegger après guerre. Bref, cet ouvrage d'E. Faye ne nous apprend pas grand-chose...

    Le poète Aragon se promena en limousine dans Moscou en compagnie d'Elsa Triolet, bousculant la populace affamée (dixit J. Dutour) ; cependant il continue d'être étudié en classe, et certains établissements scolaires portent son nom. Le racisme de Montesquieu ne l'empêche pas d'être considéré comme un sommet de la science politique française. Etc. (on pourrait ici écrire un ouvrage complet à propos des turpitudes de nos grands hommes).

    Ce qui est le plus choquant chez H. Arendt est sans doute ce qui est le plus véridique, à savoir la mise en évidence que le totalitarisme n'est pas l'apanage du régime nazi, mais un phénomène beaucoup plus large. Si H. Arendt omet de souligner, contrairement à G. Orwell, le rôle particulier joué par les intellectuels dans les régimes totalitaires (Heidegger est loin d'être le seul exemple), en dénonçant la culture de masse en tant qu'instrument d'asservissement et d'abrutissement, elle a bel et bien contribué à la critique des méthodes de gouvernement totalitaires, indépendamment de leur coloration politique, nazie, soviétique ou démocrate-chrétienne.

    + Un carnet de 65 dessins inédits de Van Gogh, détenus par une famille du Nord de la France, et subitement exhumés, vient d'être publié par le Seuil. Seulement les experts du musée d'Amsterdam, sollicités afin d'authentifier ces dessins (non signés), contestent l'attribution au peintre hollandais (tardivement initié au dessin).

    Et pourquoi pas une analyse ADN, tant qu'on y est ? Cette affaire illustre une fois de plus à quel point la technique (ici les avis d'experts) éclipse désormais l'art et la science.

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    par l'Enigmatique LB

  • Revue de presse BD (187)

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    Caricature de J. Prévert par Burlingue.

    + Commençons cette revue de presse par un gag, un fait divers assez ubuesque, comme ceux dont Alphonse Allais savait faire son miel et celui de ses lecteurs. Il s'agit d'une querelle ; elle oppose les héritiers du poète Jacques Prévert et de son ami Alexandre Trauner (décorateur de cinéma), au maire du village normand d'Omonville-La-Petite où les deux hommes décidèrent de finir leurs jours et sont inhumés.

    La pomme de discorde est une sculpture en bronze, représentant les deux amis devisant sur un banc ; commandée par le maire à Christine Larivière en hommage aux deux hommes, et sans doute afin de distraire un peu ses administrés, cette oeuvre d'art n'a pas l'heur de plaire à tout le monde, en particulier aux héritiers, qui l'ont qualifiée de "caricature" (sous-entendu : indigne) ; que je sache, Prévert n'est pas connu pour avoir été un canon de beauté, mais je vous laisse forger votre propre opinion et conclus : - Décidément, quelle connerie la gloire !

    + Au sommaire de la "Revue dessinée" n°11 (printemps 2016), un article illustré consacré à la caricature ou au dessin satirique, par Terreur graphique et Fabrice Erre (ce dernier cumulant les activités de dessinateur de BD et de prof d'histoire). Les auteurs soulignent le caractère sacrilège de la caricature ; celle-ci amène à une vision plus réaliste du monde ou de la société, moins optimiste ; sont mentionnés au passage les propos louangeurs de Hugo, Balzac et Baudelaire à l'égard de la caricature. Pourquoi ne pas souligner ici que le but de la religion est de "faire rêver" ? Contrairement à ce que Terreur graphique et Fabrice Erre suggèrent, la culture moderne est loin d'être émancipée de la religion, comme la part faite au rêve l'atteste ; la satire ne cesse d'être repoussée aux confins de la culture, aujourd'hui comme autrefois.

    De façon stupéfiante, cet article didactique ne tient pas compte de ce qui, du point de vue occidental dominant politiquement, est devenu le plus sacré : non pas tant Mahomet ou Dieu que l'Etat ; celui-ci a succédé à celui-là au sommet de la pyramide des valeurs sacrées. On pourrait citer aussi parmi ces valeurs sacrées contemporaines : l'art, la culture, la démocratie... sans oublier, bien sûr, le travail, l'argent et la propriété ; pour combien d'artistes la "propriété intellectuelle" n'est-elle pas une chose sacrée ? Mentionnons aussi "l'ordre public" : aussi triviale et subjective puisse paraître cette notion d'ordre public, la "liberté d'expression" lui est soumise en France selon les déclarations récentes de plusieurs représentants de l'Etat (ministre de l'Intérieur, magistrats, mais aussi, ce qui est beaucoup plus inquiétant, de certains philosophes et intellectuels de premier plan).

    La "liberté d'expression" elle-même n'est-elle pas enseignée comme une valeur sacrée par le corps enseignant ? Ce qui ne peut que conduire un esprit satirique à soupçonner qu'il s'agit là d'un concept creux ou d'un leurre ?

    + Les musées sont les nouveaux temples où chaque citoyen, dès le plus jeune âge, est invité à aller communier ; ne pas comprendre que l'art moderne a un caractère eucharistique et sacramentel, c'est ne rien comprendre à l'art moderne.

    "Le Monde" (17-18 avril), sous la plume de Frédéric Potet, aborde le sujet de l'entrée de la BD au musée sur deux pleines pages ; ce journaliste préfère l'angle "informatif" à un angle plus critique ; il annonce ainsi plusieurs expos à venir, dont celle consacrée prochainement à Franquin/Gaston Lagaffe à la bibliothèque Pompidou, après Claire Bretécher (53000 visites).

    Le journaliste du "Monde" a l'honnêteté minimum de reconnaître que tous les auteurs de BD ne guignent pas nécessairement la "légitimité" que tel ou tel conservateur décidera de leur accorder à la faveur d'une exposition. Si un certain nombre d'auteurs de BD ne veut pas endosser la responsabilité d'un discours officiel, c'est sans doute parce que la bande-dessinée a pris l'habitude d'être une contre-culture. De surcroît, quelles sont les personnes qui courent le plus après les compliments et les honneurs ? Ce sont souvent les moins sûres d'elles.

    D'ailleurs il n'est pas difficile de deviner qu'il est surtout demandé aux auteurs de BD de faire la publicité d'établissements publics dont le charme n'opère pas forcément auprès du jeune public, soumis à des codes différents, plus attiré par Nabilla que par la Joconde. Bruno Girveau a ainsi fait appel à Zep ("Titeuf") pour illustrer la collection du musée de Lille qu'il dirige. Cela revient à confondre la "démocratisation de l'art" avec le remplissage des travées d'un musée.

    De son propre aveu, Zep n'a aucun goût pour l'art, en dehors du sien ; les musées le font bailler ou ne lui inspirent, dans le meilleur des cas, que des plaisanteries à base de zizi. La méthode pour démocratiser l'art ressemble beaucoup à celle du curé qui fabrique une statue miraculeuse pour attirer plus de paroissiens le dimanche.

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    Détail de la fresque de Michel-Ange, vue par Zep, pour qui l'exhibition des parties génitales est le comble de la liberté en matière d'art.

  • Revue de presse BD (167)

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    Fragonard, illustration de "Roland Furieux"

    + Le musée du Luxembourg expose Fragonard (1732-1806) (-24 janvier), peintre érotique typique d'un genre considéré comme aristocratique et décadent par les philosophes des Lumières, en particulier Diderot, qui prônait une peinture plus "morale" - Diderot qui n'était pas un paradoxe près, puisqu'il fut arrêté et emprisonné à Vincennes pour avoir publié un conte érotique ("Le Merle blanc").

    Fragonard n'était pas seulement peintre, mais aussi illustrateur. Audrey Renault écrit à ce sujet : "A la fin du XVIIIe siècle, le roman se démocratise et touche un lectorat féminin. Grâce à des textes comme "La Nouvelle Héloïse" de Rousseau ou "Les Liaisons dangereuses" de Laclos, les femmes, jusque-là objets de désir, s'émancipent et passent d'être sexuel à être intellectuel. (...)" C'est un peu simplificateur, car la littérature religieuse exalte la vertu féminine dans tous les milieux sociaux où l'Eglise a une influence morale, au moins depuis le moyen-âge. Par ailleurs rien ne dit que le cerveau n'est pas un organe sexuel.

    Fragonard a une manière plus moderne que néo-classique de dessiner, et certaines illustrations pour le célèbre "Roland furieux" de l'Arioste font penser à de la bande-dessinée, en raison de l'importance accordée au mouvement.

    + Chaque année, le festival d'Angoulême décerne un prix du fanzine, unique en son genre, à l'une des trentaines de publications amateur en lice, venant du monde entier. Le président du jury, Philippe Morin, lui-même vainqueur du 1er prix décerné en 1982 avec son fanzine PLGPPUR présente le prix, dit aussi de la "BD alternative", dans une petite interview qu'il donna en début d'année.

    + Nous signalions dans la précédente revue de presse l'expo. consacrée à Claire Bretécher par la bibliothèque du musée Pompidou. Plusieurs ateliers, rencontres et projection sont organisées autour de cette expo.

    En 1977, la dessinatrice donna à Claude Servan-Schreiber une interview ("Lire") qui éclaire ses mobiles et intentions, ainsi que son féminisme un peu particulier. Extrait :

    - Vous préférez juger les autres ?

    - Oui, probablement. C'est une revanche. Je me sens assez désarmée. Je suis incapable, dans une discussion, d'imposer ce que j'ai à dire. Je ne supporte pas d'entrer en conflit ouvert avec quelqu'un. Je ne peux pas. Ou je perds tout de suite, ou je m'en vais. C'est plus fort que moi. La seule façon que j'ai de répliquer, c'est de dessiner. J'ai toujours fait ça, même quand j'étais gosse. A chacun son truc, hein ? Oui, c'est une manière de revanche, absolument.

    + L'Enigmatique LB et votre serviteur apprécions beaucoup les BD de B-Gnet ; cet humoriste dans la lignée de Bretécher, qui publie dans "Fluide-Glacial" et dont "La Boîte à Bulles" a édité plusieurs albums, a récemment donné une interview à "Branchés Culture.com".

    + Ancien publicitaire, Maurice Sinet, alias Siné, a un style concis et efficace qui lui permet malgré son âge canonique et sa santé défaillante de continuer de signer les "Unes" de "Siné-Mensuel", fondé après le procès intenté par Philippe Val à son propre chroniqueur.

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  • Revue de presse BD (166)

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    Agrippine face à Claire Bretécher.

    + Rare femme à exercer ses talents dans le domaine de la BD, et plus encore de la BD humoristique, Claire Bretécher fait l'objet d'une grande exposition à la bibliothèque du musée d'art moderne Pompidou (jusqu'au 8 février). Brétécher, qui travailla notamment pour le compte de "Pilote", "Spirou" et "Le Nouvel Observateur" mérite plus le titre d'auteur satirique que celui de "sociologue", dont le pédantissime Roland Barthes l'affubla. On est bien placé au pays de Molière pour savoir à quel point la satire et la religion, rebaptisée "sociologie" dans les temps ultra-modernes, s'opposent. Si Molière avait été sociologue, se contentant de refléter son époque, il y a longtemps qu'il serait tombé dans l'oubli.

    Interviewée récemment sur ses années passées à "Pilote", sous la direction de R. Goscinny, Claire Bretécher n'a pas hésité à dénigrer les rebelles de "Mai 68" qui poussèrent Goscinny à la démission, les traitant de fils à papa et de faux rebelles (Gotlib, Moebius, Druillet) (in : "La Révolution Pilote", Dargaud, 2015). On est tenté de lui donner raison, quand on voit le nombre de philosophes de plateaux télé, plus creux les uns que les autres, que "Mai 68" a engendré, dissimulant leurs comptes en banque derrière des options humanistes. Mais à travers cet affrontement entre générations, typiquement viril, se trouve quand même posée la question, plus intéressante, du duel entre la bande-dessinée, destinée aux enfants, et le dessin de presse, visant un public plus large, ou encore de la rivalité entre le "Pilote" de Goscinny et le "Charlie-Hebdo" de Cavanna.

    "Le Figaro", quotidien du bourgeois qui s'assume, rend aussi hommage à Bretécher à travers un quiz de cinq questions sur sa carrière de dessinatrice.

    + Hasard ou calcul, l'attentat de la mi-novembre à Paris visait un quartier "bobo" de Paris ; c'est précisément la culture que Bretécher brocarde à travers le personnage d'Agrippine, adolescente élevée dans un milieu "humaniste"... mais néanmoins aisé. Les blogueuses-BD d'aujourd'hui sont un peu les petites soeurs d'Agrippine, et Pénélope Bagieu la plus célèbre a réagi aux attentats par un strip, sur le mode : "J'y pense et puis j'oublie."

    + En Iran, à Téhéran, le caricaturiste Hadi Heydari ("Persian Cartoon") a été arrêté à cause d'un dessin fait pour témoigner de sa solidarité avec les victimes des attentats de Paris ; il a probablement été interpellé par les services secrets de son pays. Faut-il le rappeler, l'Iran est en guerre froide avec les Etats-Unis et ses alliés, dont la France. En revanche, en Belgique, c'est l'humoriste Dieudonné Mbala-Mbala qui a été condamné à deux mois de prison ferme pour "antisémitisme". La sympathie de Dieudonné pour le régime iranien est connue.

    Le contexte de l'état d'urgence ne fait qu'accroître la sévérité de la condamnation de cet humoriste ; le condamner en ces circonstances revient à le désigner comme complice des djihadistes. Quand Dieudonné avait fait l'objet de poursuites et de pressions fiscales de la part du gouvernement de Manuel Valls, rares furent ceux qui osèrent prendre publiquement sa défense au nom de la liberté d'expression (Jack Lang, Plantu). Même si c'est sans doute inéluctable, on peut regretter qu'autant de caricaturistes et d'esprits soi-disant libres se laissent entraîner dans le "choc des cultures", stratégie de radicalisation des deux camps.

    + Alors que le salon du livre pour la jeunesse de Montreuil s'apprête à ouvrir ses portes (2-7 décembre), le webzine culturel Actualitté en profite pour dénoncer la moindre rémunération des auteurs et illustrateurs de livres pour enfants. Néanmoins le prétendu "préjugé" contre la littérature de genre ou la littérature spécialisée s'explique très bien d'un point de vue critique et littéraire par la prétention des plus grands auteurs à produire une littérature universelle, et non pas seulement destinée à une catégorie de lecteurs. Hélas l'argument égalitaire dissimule bien souvent, qu'il soit conscient ou non, un mobile mercantile ; la spécialisation de la littérature est avant tout une question d'édition et de librairie, bien plus que d'art et de littérature. C'est sûrement ne rien comprendre à l'art et la littérature que de les envisager seulement sous l'angle de la production et du marché. La mise en avant de grands principes, dans le domaine de la culture, est un cache-misère. La littérature de genre se vend parfois très bien, et ses auteurs sont bien rémunérés. La Comtesse de Ségur fit ainsi fortune avec ses livres pour enfants ("Les Malheurs de Sophie", etc.), et son statut était tel qu'elle pouvait embaucher et virer les plus prestigieux illustrateurs de la place de Paris. Son éditeur avait déniché la poule aux oeufs d'or.

    + La médiathèque F. Sagan (Paris Xe) abrite (jusqu'au 31 janvier) une exposition sur le thème de l'illustration de livres pour enfants. L'illustrateur britannique Anthony Browne parlera dans ce cadre (4 déc. à 19 h) de son travail ; créateur du personnage de "Marcel" ("Willy" en anglais), A. Browne tire le principal de ses revenus de la vente de cartes de voeux, ce qui lui permet d'être plus exigeant quant aux autres publications.

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    Marcel par Anthony Browne.

     

  • Revue de presse BD (152)

      Extraits de la revue de presse illustrée publiée chaque semaine en intégralité dans l'hebdo Zébra.

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    Pamphlet en BD condamné pour diffamation

     

    + « Ce n’est pas parce que vous dessinez que vous avez le droit de tout faire. » : un conseiller cantonal du FN de Carpentras a ainsi commenté la décision de justice en sa faveur, condamnant François Corteggiani à 3.000 euros d’amende et autant de dommages-intérêts pour diffamation. Cet auteur de BD (« La Jeunesse de Blueberry », « Pif », « Alix »), de surcroît employé par « L’Humanité dimanche », avait publié et distribué sur les marchés un pamphlet illustré de six pages contre l’élu FN (F. Corteggiani compte faire appel).

    Ignorant le dossier, en particulier la portée des jurons infligés à l’élu FN dans « Hervé le Lapinot » (titre du pamphlet), jurons qui semblent empruntés au capitaine Haddock, on s’abstiendra de commenter davantage cette affaire. Mais une chose est sûre, pour avoir « le droit de tout faire », mieux vaut être ministre de la République que dessinateur.

    Ce type de condamnation n’est pas moins dissuasif qu’une « fatwa » lancée de l’étranger, et souvent les rédacteurs en chef redoutent plus les procès que les menaces de mort.

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  • Pourquoi Zébra ?

    Quelqu'un répondra-t-il un jour à cette question, dissipant ainsi le brouillard émollient du hasard, qui enveloppe les petits enfants avant de les dévorer tout crus  ?

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    Sigmund Freud qualifiait les surréalistes de "fous intégraux". Si certains jugements de Freud en matière d'art sont contestables, celui-ci est particulièrement juste. Il y a bien une forme d'intégrité chez certains fous, conservatrice des facultés mentales, qui se traduit par le souci excessif des détails. Dans le cas de Dali, et c'est pourquoi il n'est pas forcément le plus représentatif, de même que la folie est entièrement feinte, l'intégrité est toute relative puisque c'est celle du commerçant.

    Expo. Dali jusqu'au 25 mars pour aller résoudre cette énigme au musée Pompidou...