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alphonse allais

  • Revue de presse BD (248)

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    + Dans son blog, "Ma Vie de Réac", Morgan Navarro égratigne certains idéaux "de gauche". Il se moque ainsi dans un strip de "l'écriture inclusive", tentative d'éradiquer certaines inégalités entre les sexes par le biais de l'enseignement de l'orthographe et de la grammaire à l'école.

    Cet auteur de BD explique d'ailleurs qu'il n'est pas vraiment "réac" (sous-entendu : il fait de la provocation). De fait, l'humoriste anar Alphonse Allais ironisait déjà au XIXe siècle à propos de cette volonté de militantes féministes de rendre la langue française "plus égale" ("Une défaite du féminisme").

    Croire que le langage peut contribuer à transformer la réalité est sans doute une idée très féminine. Le décalage du langage avec la réalité est tel que le "féminisme", contrairement à ce que le mot semble indiquer, ne recueille même pas l'adhésion d'une majorité de femmes, mais seulement d'une petite -soi-disant- élite d'entre elles.

    + La bédéaste contestataire Tanx trouve dans le propos de Morgan Navarrowebzine,bd,fanzine,zébra,gratuit,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,octobre,2017,réac,morgan navarro,écriture inclusive,orthographe,alphonse allais,féminisme,tanx,minute,charlie-hebdo,choron,cavanna,siné l'occasion de monter sur ses grands chevaux et vitupérer les "réacs de gauche" : "Aujourd’hui on aurait beaucoup de mal à dire si un dessin est publié dans "Charlie" ou dans "Minute".

    La dessinatrice tient à préciser que le "Hara-Kiri" de Choron et Cavanna ne trouve pas grâce à ses yeux ; et elle refusa naguère une proposition de collaboration de Siné, en le traitant de "phallocrate".

    Il faudra donc lire ou relire les vieux numéros de "Hara-Kiri" pour vérifier si, oui ou non, comme nous le disons et répétons dans cette revue de presse, "Hara-Kiri" était nettement plus subversif que "Charlie-Hebdo" ne l'est aujourd'hui.

    + Le magazine "L'Incorrect" publiera-t-il les strips de Morgan Navarro ? Ce nouveau magazine, surfant sur les succès d'Eric Zemmour et Donald Trump, prétend tenir un discours incorrect "de droite". Quel auteur satirique peut sérieusement se dire "de droite" ou "de gauche", sans devenir à son tour une cible de choix pour la satire ?

    Charles Beigbeder (frère du romancier à succès), principal actionnaire de ce nouveau titre, a fait carrière dans la banque. Or la principale fonction du "politiquement correct" est de servir de masque bienveillant aux élites libérales : trente années de gouvernement de gauche en sont la meilleure preuve.

    Quant au rédacteur en chef de cet organe, Jacques de Guillebon, c'est un "catholique anarchiste" (sic), qui confond apparemment "paradoxe" et "incorrection".

    En somme l'incorrection de droite est du niveau des "Grosses têtes" de Philippe Bouvard, et "L'Incorrect" n'est qu'un épisode supplémentaire du bras-de-fer idéologique sans intérêt que se livrent les partis de gauche et de droite.

    Ce magazine publie très peu de dessins, et semble plutôt chercher à démontrer que la gauche n'a pas le monopole des digressions sociologiques.

    + Banale affaire de harcèlement sexuel dans le milieu du cinéma (l'histoire duwebzine,bd,fanzine,zébra,gratuit,bande-dessinée,actualité,revue,presse,hebdomadaire,octobre,2017,réac,morgan navarro,écriture inclusive,orthographe,alphonse allais,féminisme,tanx,minute,charlie-hebdo,choron,cavanna,siné,incorrect,charles beigbeder,jacques de guillebon,catholique,philippe bouvard,magazine,harvey weinstein,médias,banx,cartooning for peace,plantu,clairefontaine,concours,dessin cinéma est celle d'un harcèlement sexuel ininterrompu), l'affaire Harvey Weinstein illustre l'ampleur du brouhaha médiatique, c'est-à-dire d'un flot continu d'informations déversées sur nos têtes, quasiment en temps réel et suivant une hiérarchie hasardeuse. Le caricaturiste britannique Banx (ci-contre) illustre la capacité du système à digérer cette faille et s'en renforcer, à la manière d'un cyclone.

    + L'Association "Cartooning for Peace" (Plantu) et le fabriquant de papiers Clairefontaine organisent un concours de dessin de presse (ouvert aux 11-25 ans). La formulation du thème a tendance à exclure l'ironie et assigner au dessin de presse le rôle de promotion d'une société idéale.

    La prétention à instaurer une paix mondiale n'est-elle pas le point commun de tous les régimes totalitaires ?

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  • Revue de presse BD (235)

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    + Revue de presse tout en images cette semaine, à commencer par une caricature de Bobika (ci-dessus), dont le webzine "Zébra" publiera de temps en temps un dessin original. Bobika publie aussi dans "Siné-Mensuel" du mois de mai.

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    + On peut se fendre comme Bernard-Henri Lévy dans "Le Point" d'une longue chronique pour raconter la campagne présidentielle dans ses moindres détails, ou bien la résumer en un seul dessin comme l'Enigmatique LB (qui expose ses caricatures en ce moment à Lyon avec quelques confrères).

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    + Le dessinateur et peintre satirique Xavier Bureau, alias "Burlingue", peint régulièrement dans son petit atelier parisien de petites gouaches très vives, comme celle-ci. De temps en temps il expose son travail à Paris ; en temps ordinaire, on peut en avoir un aperçu sur son site internet.

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    + Daniel Dugne, sur le site "Caricatures & Caricature" reproduit plusieurs caricatures du célèbre ténor italien Caruso (1873-1921), qui prenait son violon d'Ingres très au sérieux, déplorant de n'être pas invité au dîner offert par Mark Twain à une brochette de caricaturistes : - Peut-être Mark Twain ne me connaît-il que comme ténor ? fit Caruso (le chanteur s'était formé aux Beaux-Arts de Naples).

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    + "Un beau soir, foin des bocks et de la limonade, des cafés tapageurs aux lustres éclatants..." : non seulement les vers de Rimbaud, mais quelques contes cocasses d'Alphonse Allais ont immortalisé les cafés parisiens, où se réfugiait autrefois la bohème des artistes.

    On peut se désennuyer des débats et slogans politiques en se plongeant dans la somme que Gérard-Georges Lemaire consacre au phénomène des cafés littéraires (éds de la Différence, 2016) ; le bouquin, abondamment illustré, ne se limite pas à Paris mais explore les principales capitales européennes. Ci-dessus, le caricaturiste tchèque Antonin Pelc a représenté l'écrivain Hasek au café "Union".

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    + La BNF a mis en ligne sur son site Gallica plusieurs hebdos satiriques, comme "Le Chat Noir" ou "L'Assiette au Beurre", souvenirs du temps (pas si lointain) où la presse populaire existait encore ; le dessin ci-dessus signé Grandjouan est tiré de "L'Assiette au Beurre" du 13 janvier 1906.

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    + Le musée Peynet de la caricature à Antibes expose jusqu'au 10 septembre prochain 140 dessins de Bosc, maître défunt de l'humour noir.

  • Henri Rivière***

    Les Détours du Chemin, Souvenirs, notes et croquis

    Le temps paraît lointain où Paris était animé par la bohème des artistes : poètes, peintres, caricaturistes, acteurs... webzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,critique,kritik,henri rivière,équinoxe,chat noir,signac,alphonse allais,somm,salis,willette,degas,rodinHenri Rivière (1864-1951), "petit maître" dont les paysages traduits en estampes japonisantes eurent du succès autrefois, raconte cette époque qu'il a bien connue. Le ton modeste de Rivière, sa bonhomie, font oublier tout ce que l'art moderne doit à la bohème d'avant la Grande Guerre.

    Notre mémorialiste est quand même conscient de cette effervescence artistique qui, en préambule, invite ses lecteurs à lire en priorité le chapitre concernant le "Chat Noir". En effet Rivière a voulu conserver intact le souvenir de cette aventure artistique originale à laquelle il participa activement.

    La formule du "Chat Noir", inventée par Rodolphe Salis, fut beaucoup imitée (y compris à l'étranger), et de ce fait pas mal galvaudée. Rivière insiste sur deux points originaux : il s'agit au départ pour Salis d'ouvrir une maison destinée à servir de repaire aux artistes, non pas exclusivement, mais prioritairement ; Salis les connaît bien, ayant lui-même (vaguement) entamé une carrière de peintre. La clientèle ordinaire, où l'on compte parfois des personnalités politiques de premier plan, se divertit des divertissements que les membres du "Chat Noir" imaginent entre eux. H. Rivière, son apprentissage artistique à peine achevé, trouvera lui-même à s'employer au "Chat Noir" - au journal d'abord, avant de concevoir un théâtre d'ombres chinoises, techniquement sophistiqué, qui sera l'une des principales attractions du cabaret de Salis, qui devra déménager deux fois pour s'agrandir.

    H. Rivière précise d'ailleurs que l'entreprise était peu lucrative, permettant aux artistes de vivre, point à la ligne. La recette commerciale ne fut guère appliquée par Salis ; celui-ci songea bien à des tournées en province qui auraient sans doute augmenté les recettes, mais il mourut assez soudainement, et le "Chat Noir" avec lui.

    On croise bien sûr les piliers du "Chat Noir", qui contribuèrent à la renommée et au succès du cabaret ou de la gazette illustrée : Salis, Alphonse Allais, Willette, Somm, Léon Bloy, Charles Cros, Caran d'Ache... mais aussi Renoir, Signac, Auguste Rodin, Degas, Clemenceau, que Rivière fréquenta de plus ou moins près. On croise ces gloires nationales dans des chapitres consacrés à la Bretagne, que Rivière peignit beaucoup à la suite de Signac - aux collectionneurs d'art japonais, qui contribuèrent à initier certains artistes parisiens à l'art nippon, - à l'art de la Renaissance qui impressionna beaucoup Rivière lors d'un voyage (tardif) à Rome.

    Par goût du paysage et de la peinture sur le motif, H. Rivière fut un peintre impressionniste, à la suite des quelques noms plus célèbres que le sien, gravés au fronton de cette école antiacadémique. Mais, à l'heure où Rivière les imita, les impressionnistes ne représentaient plus l'avant-garde mais le passé, dont les artistes voulant faire preuve d'originalité se détournaient déjà. La fraîcheur de Rivière est dans le ton de son témoignage, largement illustré de documents d'époque (dessins, aquarelles, portraits, photographie...). On entre ainsi grâce à Rivière dans l'histoire de l'art moderne, non comme dans un musée, mais comme dans une maison familière à celui qui nous la fait visiter.

    Henri Rivière, Les Détours du Chemin, Souvenirs, notes et croquis, éd. Equinoxe, 2004.

  • L'Univers à peu près***

     Les lecteurs de "Fluide-Glacial" connaissent Didier Tronchet, père de Jean-Claude Tergal. Celui-ci vient dewebzine,bd,fanzine,zébra,gratuit,bande-dessinée,critique,didier tronchet,jean-claude tergal,l'univers à peu près,alphonse allais publier aux éds. "Les Echappés" un recueil de cent chroniques portant sur tout et n'importe quoi.

    Rares sont les auteurs de BD qui ont la double casquette d'auteurs de BD et d'écrivains ; on peut citer René Goscinny, mais celui-ci était scénariste, non un dessinateur astreint à la production d'un quota annuel de planches. Tronchet préfère se dire, par modestie ou par pudeur, "journaliste" plutôt qu'écrivain à part entière. Pourtant les meilleures chroniques de Tronchet font penser à celles de l'anarchiste Alphonse Allais (qui souffrent d'être très mal éditées, car éditées "en vrac").

    Les chroniques, celles d'Allais ou de Tronchet, sont, un peu comme des perles, de qualité inégale. On devrait les collectionner. La production d'Allais était quotidienne, et l'inspiration plus ou moins au rendez-vous. C'est aussi une affaire de goût du lecteur (tous ne goûteront pas forcément celle que j'ai choisi de recopier ci-dessous pour donner un exemple -et que j'ai retenue surtout pour sa brièveté, à vrai dire).

    En comparaison d'Allais, il manque à Tronchet un peu plus de variété et une tonalité plus subversive. Allais n'épargna quasiment aucun des préjugés de son temps en matière de moeurs, de religion, de législation, d'art ou même de science.

    Le préjugé contemporain que Tronchet brocarde le mieux, à travers ce recueil, c'est le préjugé en faveur de la culture générale. Preuve que notre époque en fait grand cas, de nombreux concours de recrutement pour des écoles prestigieuses, menant aux plus hauts postes dans le secteur privé ou public, comportent une épreuve de "culture générale", c'est-à-dire de savoir vague ou reposant sur des détails (un nom, une date). Cette mode de la culture générale traduit peut-être la nostalgie d'un savoir étendu, dont le passé fournit l'exemple ?

    La culture générale ne sert pratiquement qu'à briller en société, c'est-à-dire à rien. Tronchet lui assigne une fonction, celle de faire rire, qui vaut tout de même un peu mieux.

    Selfie

    Si par chance je croise une star de la chanson ou du cinéma, je profite toujours de l'occasion pour lui confier mon appareil photo ou portable, afin qu'elle prenne une photo de moi.

    Dans mon album je colle ensuite le cliché de moi en pied ou en gros plan, et je note vite au-dessous (avant de l'oublier) le nom de la star qui en est l'auteur.

    Mon album de stars essuie bien sûr des quolibets de ceux qui mettent en doute ma parole et préfèrent la preuve d'un vulgaire selfie avec la tête d'une célébrité prise en otage, accolée à la leur. Peu importe. Ce que je conserve est plus précieux que le visage bouffi et écrasé par le flash d'une vedette souriant faussement à mes côtés, les yeux rouges.

    C'est un instantané bien plus intime du regard de l'autre, sa vision à lui de notre rencontre, un accès privilégié à son espace mental le temps d'un clic.

    Et pour l'ego du badaud anonyme que je suis, plutôt que de partager sur internet "Catherine Deneuve avec moi !", il y a plus de panache à montrer le regard de Catherine Deneuve sur moi.

     L'Univers à peu près, par D. Tronchet, eds. les Echappés, 2016.

  • Revue de presse BD (187)

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    Caricature de J. Prévert par Burlingue.

    + Commençons cette revue de presse par un gag, un fait divers assez ubuesque, comme ceux dont Alphonse Allais savait faire son miel et celui de ses lecteurs. Il s'agit d'une querelle ; elle oppose les héritiers du poète Jacques Prévert et de son ami Alexandre Trauner (décorateur de cinéma), au maire du village normand d'Omonville-La-Petite où les deux hommes décidèrent de finir leurs jours et sont inhumés.

    La pomme de discorde est une sculpture en bronze, représentant les deux amis devisant sur un banc ; commandée par le maire à Christine Larivière en hommage aux deux hommes, et sans doute afin de distraire un peu ses administrés, cette oeuvre d'art n'a pas l'heur de plaire à tout le monde, en particulier aux héritiers, qui l'ont qualifiée de "caricature" (sous-entendu : indigne) ; que je sache, Prévert n'est pas connu pour avoir été un canon de beauté, mais je vous laisse forger votre propre opinion et conclus : - Décidément, quelle connerie la gloire !

    + Au sommaire de la "Revue dessinée" n°11 (printemps 2016), un article illustré consacré à la caricature ou au dessin satirique, par Terreur graphique et Fabrice Erre (ce dernier cumulant les activités de dessinateur de BD et de prof d'histoire). Les auteurs soulignent le caractère sacrilège de la caricature ; celle-ci amène à une vision plus réaliste du monde ou de la société, moins optimiste ; sont mentionnés au passage les propos louangeurs de Hugo, Balzac et Baudelaire à l'égard de la caricature. Pourquoi ne pas souligner ici que le but de la religion est de "faire rêver" ? Contrairement à ce que Terreur graphique et Fabrice Erre suggèrent, la culture moderne est loin d'être émancipée de la religion, comme la part faite au rêve l'atteste ; la satire ne cesse d'être repoussée aux confins de la culture, aujourd'hui comme autrefois.

    De façon stupéfiante, cet article didactique ne tient pas compte de ce qui, du point de vue occidental dominant politiquement, est devenu le plus sacré : non pas tant Mahomet ou Dieu que l'Etat ; celui-ci a succédé à celui-là au sommet de la pyramide des valeurs sacrées. On pourrait citer aussi parmi ces valeurs sacrées contemporaines : l'art, la culture, la démocratie... sans oublier, bien sûr, le travail, l'argent et la propriété ; pour combien d'artistes la "propriété intellectuelle" n'est-elle pas une chose sacrée ? Mentionnons aussi "l'ordre public" : aussi triviale et subjective puisse paraître cette notion d'ordre public, la "liberté d'expression" lui est soumise en France selon les déclarations récentes de plusieurs représentants de l'Etat (ministre de l'Intérieur, magistrats, mais aussi, ce qui est beaucoup plus inquiétant, de certains philosophes et intellectuels de premier plan).

    La "liberté d'expression" elle-même n'est-elle pas enseignée comme une valeur sacrée par le corps enseignant ? Ce qui ne peut que conduire un esprit satirique à soupçonner qu'il s'agit là d'un concept creux ou d'un leurre ?

    + Les musées sont les nouveaux temples où chaque citoyen, dès le plus jeune âge, est invité à aller communier ; ne pas comprendre que l'art moderne a un caractère eucharistique et sacramentel, c'est ne rien comprendre à l'art moderne.

    "Le Monde" (17-18 avril), sous la plume de Frédéric Potet, aborde le sujet de l'entrée de la BD au musée sur deux pleines pages ; ce journaliste préfère l'angle "informatif" à un angle plus critique ; il annonce ainsi plusieurs expos à venir, dont celle consacrée prochainement à Franquin/Gaston Lagaffe à la bibliothèque Pompidou, après Claire Bretécher (53000 visites).

    Le journaliste du "Monde" a l'honnêteté minimum de reconnaître que tous les auteurs de BD ne guignent pas nécessairement la "légitimité" que tel ou tel conservateur décidera de leur accorder à la faveur d'une exposition. Si un certain nombre d'auteurs de BD ne veut pas endosser la responsabilité d'un discours officiel, c'est sans doute parce que la bande-dessinée a pris l'habitude d'être une contre-culture. De surcroît, quelles sont les personnes qui courent le plus après les compliments et les honneurs ? Ce sont souvent les moins sûres d'elles.

    D'ailleurs il n'est pas difficile de deviner qu'il est surtout demandé aux auteurs de BD de faire la publicité d'établissements publics dont le charme n'opère pas forcément auprès du jeune public, soumis à des codes différents, plus attiré par Nabilla que par la Joconde. Bruno Girveau a ainsi fait appel à Zep ("Titeuf") pour illustrer la collection du musée de Lille qu'il dirige. Cela revient à confondre la "démocratisation de l'art" avec le remplissage des travées d'un musée.

    De son propre aveu, Zep n'a aucun goût pour l'art, en dehors du sien ; les musées le font bailler ou ne lui inspirent, dans le meilleur des cas, que des plaisanteries à base de zizi. La méthode pour démocratiser l'art ressemble beaucoup à celle du curé qui fabrique une statue miraculeuse pour attirer plus de paroissiens le dimanche.

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    Détail de la fresque de Michel-Ange, vue par Zep, pour qui l'exhibition des parties génitales est le comble de la liberté en matière d'art.

  • Revue de presse BD (180)

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    Caricature de C. Boutin par Zombi (2012)

    + La député chrétienne-démocrate Christine Boutin a imaginé avec l'éditeur Jacques-Marie Laffont le stratagème de "communication" suivant : publier un livre à propos des caricatures qui la prennent pour cible, publiées dans la presse ou mises en ligne. Le procédé est assez malin, puisque la caricature est au coeur de l'actualité, tandis que les médias se désintéressent de Mme Boutin depuis son désistement en faveur de Nicolas Sarkozy aux dernières présidentielles (contre une rondelette somme d'argent). Brocardée par les caricaturistes, C. Boutin a décidé de tourner cette faiblesse en moyen de se faire remarquer, à la manière des masochistes qui transforment la douleur en plaisir.

    Un seul petit grain de sable dans la mécanique : l'éditeur a commandé des caricatures à des caricaturistes, contre salaire ou promesse de salaire, mais sans les prévenir que leurs caricatures serviraient à la propagande de Christine Boutin, ce qui a eu pour effet d'en agacer certains. Les caricaturistes qui s'en prendront désormais à Mme Boutin sont prévenus : leurs caricatures peuvent aussi bien servir sa cause.

    + Toujours dans le domaine de l'usage politique du dessin de presse, condamnable du point de vue satirique, on annonce la parution d'un ouvrage de Riss en collaboration avec l'avocat Richard Malka sur Marine Le Pen. Riss a déjà signé auparavant un pamphlet contre Nicolas Sarkozy avec R. Malka - "La face kärchée de Nicolas Sarkozy". La différence entre le pamphlet et la satire se mesure à leurs effets : le pamphlet ne convainc que les personnes déjà convaincues ; à cet égard il n'est pas très éloigné d'une forme de prêche religieux ; la satire est plus subtile et n'épargne pas le lecteur.

    + D. Pasamonik, sur le site Actuabd, note l'abondance des essais traitant de la bande-dessinée sous tel ou tel angle spécial. A propos de "Bandes-dessinées et religion", paru chez Karthala, éditeur spécialisé dans ce type d'essai, D. Pasamonik fait la remarque suivante à propos de la bande-dessinée israélienne : "(...) un dernier chapitre sur la bande-dessinée israélienne qui (...) ne concerne pas le thème général de l’ouvrage. Pire encore : par cette proximité incongrue, il accrédite la thèse que la communauté juive et Israël seraient la même chose, alors que bon nombre d’Israéliens laïcs récusent la notion même d’"Etat juif" au sens religieux et que de nombreux juifs ne se sentent par concernés par le nationalisme israélien." Juste remarque, mais il faut ajouter qu'elle vaut pour toute la culture "judéo-chrétienne" en général, vaste fourre-tout qui englobe aussi bien des ouvrages de propagande nationaliste, patriotique, sous couvert de religion, que des ouvrages plus spirituels, voire des ouvrages qui mélangent les deux. Le terme de "bande-dessinée chrétienne" ne veut pas dire grand-chose, par conséquent.

    D. Pasamonik hésite en revanche à qualifier la bande-dessinée de religion à part entière ; pourtant certaines pratiques et rituels (dédicaces) incitent à voir la bande-dessinée comme une forme de religion alternative, en particulier dans des milieux sociaux où les enfants sont privés de religion "officielle". Le motif du "super-héros" notamment possède toutes les qualités d'un modèle religieux. Après tout la musique est un art essentiellement religieux ; pourquoi une certaine façon de faire de la bande-dessinée ne le serait pas aussi ? La démarche de vouloir faire reconnaître la BD comme une religion serait d'ailleurs plus cohérente que celle qui consiste à vouloir que la muse de la BD ait sa place parmi les autres, volonté un peu incongrue et anachronique.

    + La satire ou la caricature visant l'art est un sujet moins souvent abordé que la caricature politique. Alphonse Allais, qui connaissait bien les peintres et illustrateurs, les fréquentant, a écrit plusieurs petits contes, bijoux d'humour et de style, où il raille gentiment diverses tendances de l'art moderne dont il observa l'émergence (obsession du mouvement, de la couleur "vraie", etc.). Les monochromes humoristiques d'Allais sont, dans cette veine, des caricatures d'art, présentées à "L'Exposition des Arts incohérents" (1883 et 84).

    Raphaël Rosenberg, dans un article dédié à cette rencontre de l'art moderne et de la caricature, fait valoir que la caricature des monochromes date... de bien avant l'invention et l'exposition de monochromes. La blague du monochrome aurait été pour le Bernin une manière de stigmatiser l'ignorance de certain amateur d'art, par exemple.

    R. Rosenberg en vient naturellement à poser la question : - les caricaturistes ont-ils inventé l'art abstrait ? Cette question n'est pas sans évoquer le reproche adressé à Picasso par ses premiers détracteurs d'être un "caricaturiste". Comme l'art dit "abstrait" est souvent dépourvu d'intention satirique, il est plus juste de voir la caricature et l'art abstrait comme deux pôles de l'art moderne, qui se combattent, se croisent parfois, et offrent deux visages différents de l'art moderne.

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    Caricature de H. Bing (1912)

    LE CUBISTE

    - Que représente donc ce tableau ?

    - Ouais, vous savez, ça dépend de ce que vous voulez acheter.

  • Monsieur le chien, je présume ?****

    Avec son optimisme de rigueur, la dictature de la croissance n'est guère favorable à l'humour. Lewebzine,bd,gratuit,fanzine,zébra,bande-dessinée,kritik,critique,chaval,yvan le louarn,jean-maurice bosc,alphonse allais,delfeil de ton,antisémitisme,collaborationnisme,bordeaux cynisme désespéré d'Yvan Le Louarn, alias Chaval, est par conséquent un excellent tempérament. Natif de Bordeaux, Chaval aurait pu se contenter d'être mélancolique comme Montaigne ou Juppé (toutes proportions gardées).

    C'est une idée judicieuse de la part des "Cahiers dessinés" de rééditer une collection de dessins de cet humoriste. Le thème animalier est peut-être une moins bonne idée. Certains préféreront le trait plus léger de Bosc, d'une dizaine d'années son cadet, aux cernes de Chaval, rançon peut-être de travaux alimentaires dans le domaine publicitaire (où il vaut mieux dire les choses deux fois qu'une) ? Cela dit, Bosc et Chaval sont "grosso modo" de la même trempe, excellant à mettre en exergue de façon comique le - ou plutôt les très nombreux grains de sable dans la mécanique des affaires humaines.

    Comme l'humour de son maître Alphonse Allais, l'humour de Chaval est assez inégal : il va du simple jeu de mots (le genre de gag qui fait rire les médecins), à la critique plus subtile de l'homme et de la société. Le prestige de Chaval équivaut celui de "Hara-Kiri" peu après.

    Brève préface de Delfeil-de-Ton, delfeil-de-tonesque. Chaval a été tardivement accusé (après sa mort) de collaborationnisme et d'antisémitisme. Il a notamment dessiné dans ses jeunes années pendant l'Occupation deux Juifs portant l'étoile jaune : le premier demande au second, qui a deux étoiles cousues : - On t'a fait un prix ? On peux trouver que cet humour n'est pas excellent ; mais si les humoristes sont parfois des martyrs, ils ne sont pas des dieux vivants, infaillibles.

    Une dernière remarque sur les circonstances comiques du suicide de Chaval. Il se présente comme l'apothéose de son oeuvre. Comme son mari la trompait, la femme de Chaval s'est suicidée ; celui-ci en a conçu de la mélancolie et a mis fin à son tour à ses jours en employant le gaz, laissant sur la porte de la cuisine un panneau prévenant : "Attention, danger d'explosion.", sachant sans doute qu'il exécutait là son meilleur gag. L'histoire paraît trop belle pour être vraie, le genre qu'on invoque pour dire que la réalité dépasse la fiction.

    webzine,bd,gratuit,fanzine,zébra,bande-dessinée,kritik,critique,chaval,yvan le louarn,jean-maurice bosc,alphonse allais,delfeil de ton,antisémitisme,collaborationnisme,bordeauxD'autres spécialistes de l'humour noir ont connu une telle fin, qui fait penser à un clin-d'oeil du destin. Plus encore que dieu, Chaval et d'autres humoristes de ces années-là nous montrent que c'est la mort qui est sacrée et tient les foules ridicules en respect.

    Monsieur le chien, je présume ? par Chaval, préface de Delfeil de Ton, éds. Les Cahiers dessinés, 2015.