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avril - Page 4

  • Revue de presse BD (230)

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    Le caricaturiste britannique Wilbur Dawbarn dessine régulièrement un poisson en guise de soutien à "Eaten Fish".

    + Un jeune immigré iranien, connu sous le nom de "Eaten Fish", reçoit le soutien de dessinateurs du monde entier depuis qu'il a entamé une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention dans l'île de Manus (depuis 2014), en compagnie de près d'un millier de demandeurs d'asile comme lui.

    "Eaten Fish" s'est plaint de mauvais traitement et de sévices sexuels. Le jeune homme avait dessiné une petite BD pour alerter l'opinion sur son sort et celui de ses compagnons d'infortune. Craignant de mourir, "Eaten Fish" a interrompu sa grève de la faim. Le gouvernement australien de Malcolm Turnbull s'est montré jusqu'ici inflexible.

    + Après avoir étrillé le dernier "Blake & Mortimer", "Le Testament de Williamwebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,avril,2017,actualité,wilbur dawbarn,eaten fish,manus,malcolm turnbull,blake et mortimer,edgar jacobs,dargaud,sterne,dessin,françois forcadell,iconovox,siné-mensuel,charlie-hebdo,cabu,reiser,félix S." (succès de librairie tiré à plusieurs centaines de milliers d'ex.), "l'Express" évoque la manière dont les albums de "Blake & Mortimer" sont fabriqués. L'entreprise de reprise de cette série d'Edgar Jacobs, fort lucrative, a déjà usé plusieurs bédéastes. L'un d'entre eux est même décédé pendant qu'il dessinait un nouvel opus (R. Sterne), sans qu'un lien de cause à effet ait pu être mis en évidence. Un bouquin, "L'Héritage Jacobs" (Dargaud), traite de cette opération commerciale.

    Le marketing intensif ne suffit pas à expliquer le succès d'une série aussi désuète, plutôt mystérieux ; peut-être est-il dû à l'atmosphère de complot qui règne dans les aventures de "Blake & Mortimer", ainsi que dans la plupart des séries cinématographiques produites aujourd'hui à la chaîne aux Etats-Unis, flirtant avec la paranoïa ambiante ?

    + François Forcadell (agence Iconovox) dans un billet d'humeur intitulé "Quel dessin de presse ?", s'en prend aux associations et sites internet qui mélangent les dessinateurs de presse professionnels et amateurs, les accusant de pourrir le métier : "(...) Problème de ce type d’association, comme d’ailleurs celui de quelques sites et festivals, c’est celui de mélanger allègrement les professionnels qui gagnent leur vie avec ce métier (de plus en plus mal) et la cohorte de dessinateurs "de presse" autoproclamés (surtout depuis le 7 janvier 2015) ne publiant nulle part mais qu’on voit beaucoup sur les réseaux sociaux, et qui, lorsque ils sont sollicités, acceptent des tarifs de parution défiant toute concurrence."

    La presse satirique va mal, c'est entendu ; "Charlie-Hebdo" est l'arbre qui cache la forêt (l'hebdo de Riss est financé par des dons faisant suite au massacre) ; mais il est plutôt mesquin d'accuser les amateurs qui pratiquent le dessin de presse, avec plus ou moins de sérieux, de gâcher la fête.

    Le déclin de la presse satirique n'a pas une cause distincte du déclin de la presse française en général ; les lecteurs ne sont pas stupides au point de ne pas voir qu'on leur vend de la publicité, le plus souvent. Ils boudent les kiosques. Par conséquent les dessinateurs de presse pros et F. Forcadell se préoccupent beaucoup de la liberté d'expression en Iran ou en Russie, mais ils sont assez indifférents au progrès de la censure dans leur propre pays.

    F. Forcadell évoque vaguement "l'inculture des médias" ; il faut préciser que le métier de rédacteur en chef a changé, en même temps que le but assigné aux journaux, d'être désormais des tracts publicitaires et politiques. La presse gratuite distribuée à la sortie du métro est le modèle vers lequel la presse tout entière tend : un produit industriel dans lequel la satire, dessinée ou non, n'a pas sa place. Le succès d'internet auprès des Français vient peut-être de ce que la presse française est la plus nulle au monde ?

    Ajoutons encore ceci : "Hara-Kiri", du temps de son succès dans les années 1970 visait déjà, non pas tant la classe politique que la presse et les journalistes. Le Pr Choron a précisé que sa fameuse Une censurée "Bal tragique à Colombey...", ne visait pas particulièrement de Gaulle ou sa famille, mais la presse française, véritable gabegie de papier imprimé, qui ramène l'écrit au rang de culture orale. Le ministre de l'Intérieur Marcellin, en charge de la censure, était trop con pour le comprendre, mais pas assez pour renouveler contre "Charlie-Hebdo" la sanction qui venait de frapper "Hara-Kiri".

    Si l'on insiste autant sur la dimension satirique de la caricature, c'est parcewebzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,avril,2017,actualité,wilbur dawbarn,eaten fish,manus,malcolm turnbull,blake et mortimer,edgar jacobs,dargaud,sterne,dessin,françois forcadell,iconovox,siné-mensuel,charlie-hebdo,cabu,reiser,félix qu'elle peut avoir une fonction plus vile, polémique ou de propagande (le communiste et censeur J.-P. Sartre parle d'"art engagé" pour dissimuler la fonction religieuse de l'art stalinien, dans la droite ligne de la propagande catholique). La caricature peut aussi être mise au service d'une vengeance privée. Ainsi de quelques caricatures exécutées par la sculpteure Camille Claudel, afin de se venger de son amant Auguste Rodin qu'elle souhaitait épouser; on aperçoit l'une de ces caricatures dans un documentaire (41'50'') consacré principalement à Rodin et à la "Porte de l'Enfer", chef-d'oeuvre inachevé de l'artiste (d'après Dante), dont la plupart des oeuvres célèbres sont extraites... jusqu'à la fameuse statue en pied de Balzac, commandée par la Société des gens de lettres, avant de se rétracter devant le résultat. De fait si Rodin en était fort satisfait, son Balzac a un aspect caricatural, proche de l'art de Daumier (documentaire en replay jusqu'au 07/04 compris).

    + "Siné-Mensuel" d'avril publie en Une un dessin de... Siné. Il faut dire que pour ce type de publication, la Une est capitale pour promouvoir le numéro. Egalement affichiste, Siné excellait dans ce registre (d'où son emploi post-mortem) ; mais aussi Cabu, très polyvalent ; Reiser, avec ses formules cinglantes, faisait de bonnes unes ; ou encore Willem, Wolinski, Gébé (pour les amateurs d'art abstrait)...

    "Charlie-Hebdo" essaie quelques petits nouveaux, afin de remplacer Cabu et Charb, comme Félix dans le dernier numéro (qui ose les crayons de couleur).

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  • Revue de presse BD (188)

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    Croquis de Bruxelles avant les attentats, par Placid.

    + "Qu'est-ce que c'est barbare le langage juridique !" (Placid dixit) ; peintre et dessinateur de presse, ledit Placid s'est vu condamné à une amende de 500 euros en 2007 pour avoir représenté un policier avec des traits porcins en couverture d'une brochure (plainte déposée par le ministre de l'Intérieur Daniel Vaillant). Via son blog, Placid publie ses croquis très expressifs de Paris ou d'ailleurs, dans différentes techniques (feutres, crayon graphite).

    + Il y a trente ans, l'accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine jetait un froid dans toute l'Europe, si confiante dans sa technologie au sortir des "Trente glorieuses". Comme le reportage BD est à la mode, la chaîne de TV "Arte" a envoyé Nicolas Wild accompagner une équipe de télé dans la "zone d'exclusion" autour de la centrale, périmètre où il ne fait pas "bon vivre", dit-on, mais qui suscite bien des fantasmes. Etant donné que la pollution chimique est presque omniprésente désormais, certains prétendent que la zone d'exclusion n'est pas le pire endroit où vivre.

    N. Wild s'en sort en éludant le sujet technique, un peu trop pointu, et qui semble dépasser les spécialistes de la physique nucléaire eux-mêmes, tout comme l'économie échappe aux économistes. Notre reporter BD préfère évoquer plutôt les retombées de la catastrophe sur le plan artistique ou littéraire. Il est étonné d'apprendre par les artistes locaux, moins ignorants de la Bible que leurs confrères de l'Ouest, que "Tchernobyl" se traduit par "absinthe", ce qui permet à certains de relier la catastrophe au passage de l'apocalypse suivant : "(...) et le troisième ange sonna de la trompette; et il tomba du ciel une grande étoile, ardente comme une torche, et elle tomba sur le tiers des fleuves et sur les sources des eaux. Le nom de cette étoile est Absinthe; et le tiers des eaux fut changé en absinthe, et beaucoup d'hommes moururent de ces eaux, parce qu'elles étaient devenues amères." (ap. chap. VIII) (absinthe = poison dans le langage biblique ; l'apocalypse énumère une succession de fléaux comparables aux fléaux qui frappèrent l'Egypte dans l'Ancien testament attribué à Moïse).

    La culture technocratique "prométhéenne" émancipe l'homme de dieu et/ou de la nature, d'une manière assez superficielle pour que tel ou tel cataclysme extraordinaire l'y ramène subitement. Comme la catastrophe de Tchernobyl est la conséquence d'une défaillance humaine, que le KGB et les services secrets des différentes nations impliquées tentèrent de dissimuler ou de minimiser, elle entraîne naturellement un regain de confiance dans les discours traditionnels "religieux", notamment dans les plus jeunes générations. Un tel "retour en arrière" n'a rien d'étonnant dans la mesure où la confiance en l'avenir, nécessaire au maintien de l'ordre prométhéen, cette confiance était elle-même une forme de superstition, déguisée en science-fiction, quoi qu'il en soit étrangère à l'esprit critique.

    + "Il est prouvé aujourd’hui que la bande dessinée est l’un des médias les plus puissants pour transmettre une idéologie (ce n’est pas pour rien que l’armée américaine l’a utilisé et l’utilise encore)" : le blog confessionnel musulman le-BD-Ouin.com tient à mettre en garde ses lecteurs contre la lecture des aventures des super-héros américains dans un article assez bien documenté intitulé : "Le danger des super-héros pour la jeunesse musulmane". Certains arguments sont néanmoins paradoxaux : si on comprend qu'un musulman mette en garde contre un discours néo-païen explicite, véhiculé par certains "comics" dont les références sont analogues à celles de la culture nazie, en revanche il est plus étonnant de le voir condamner d'autres super-héros (Superman en premier lieu), dont il démontre que les auteurs ont truffé le scénario de références bibliques [?]. Il faut rappeler ici que la Bible est en grande partie elle-même un texte d'ordre mythologique, et non un récit bâti suivant les règles de la fiction moderne.

    Un argument est néanmoins imparable : la propagande moderne est comparable à l'idolâtrie, susceptible par conséquent de déclencher le fanatisme ; on a pu voir dans des reportages télévisés des soldats américains monter à l'assaut en Irak, ivres de sang, écoutant de la musique "heavy metal" pour attiser leur haine et s'encourager. L'Etat américain, en principe de confession "judéo-chrétienne", ferme les yeux sur ces rituels militaires sataniques, ainsi que sur les tortures à base de sévices sexuels ; l'Etat français, en principe anticonfessionnel, ferme les yeux sur les pratiques confessionnelles d'une partie des troupes affectées à sa défense.

    + Après-demain, samedi 30 avril, se tiendra au "Petit Ney" (Paris XVIIIe) le forum du fanzine, qui propose plusieurs "ateliers" destinés à populariser ce type de publications "modestes". Programme complet sur le site des organisateurs.

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    Croquis de N. Wild effectué dans la zone d'exclusion autour de l'ancienne centrale nucléaire de Tchernobyl.

  • Revue de presse BD (187)

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    Caricature de J. Prévert par Burlingue.

    + Commençons cette revue de presse par un gag, un fait divers assez ubuesque, comme ceux dont Alphonse Allais savait faire son miel et celui de ses lecteurs. Il s'agit d'une querelle ; elle oppose les héritiers du poète Jacques Prévert et de son ami Alexandre Trauner (décorateur de cinéma), au maire du village normand d'Omonville-La-Petite où les deux hommes décidèrent de finir leurs jours et sont inhumés.

    La pomme de discorde est une sculpture en bronze, représentant les deux amis devisant sur un banc ; commandée par le maire à Christine Larivière en hommage aux deux hommes, et sans doute afin de distraire un peu ses administrés, cette oeuvre d'art n'a pas l'heur de plaire à tout le monde, en particulier aux héritiers, qui l'ont qualifiée de "caricature" (sous-entendu : indigne) ; que je sache, Prévert n'est pas connu pour avoir été un canon de beauté, mais je vous laisse forger votre propre opinion et conclus : - Décidément, quelle connerie la gloire !

    + Au sommaire de la "Revue dessinée" n°11 (printemps 2016), un article illustré consacré à la caricature ou au dessin satirique, par Terreur graphique et Fabrice Erre (ce dernier cumulant les activités de dessinateur de BD et de prof d'histoire). Les auteurs soulignent le caractère sacrilège de la caricature ; celle-ci amène à une vision plus réaliste du monde ou de la société, moins optimiste ; sont mentionnés au passage les propos louangeurs de Hugo, Balzac et Baudelaire à l'égard de la caricature. Pourquoi ne pas souligner ici que le but de la religion est de "faire rêver" ? Contrairement à ce que Terreur graphique et Fabrice Erre suggèrent, la culture moderne est loin d'être émancipée de la religion, comme la part faite au rêve l'atteste ; la satire ne cesse d'être repoussée aux confins de la culture, aujourd'hui comme autrefois.

    De façon stupéfiante, cet article didactique ne tient pas compte de ce qui, du point de vue occidental dominant politiquement, est devenu le plus sacré : non pas tant Mahomet ou Dieu que l'Etat ; celui-ci a succédé à celui-là au sommet de la pyramide des valeurs sacrées. On pourrait citer aussi parmi ces valeurs sacrées contemporaines : l'art, la culture, la démocratie... sans oublier, bien sûr, le travail, l'argent et la propriété ; pour combien d'artistes la "propriété intellectuelle" n'est-elle pas une chose sacrée ? Mentionnons aussi "l'ordre public" : aussi triviale et subjective puisse paraître cette notion d'ordre public, la "liberté d'expression" lui est soumise en France selon les déclarations récentes de plusieurs représentants de l'Etat (ministre de l'Intérieur, magistrats, mais aussi, ce qui est beaucoup plus inquiétant, de certains philosophes et intellectuels de premier plan).

    La "liberté d'expression" elle-même n'est-elle pas enseignée comme une valeur sacrée par le corps enseignant ? Ce qui ne peut que conduire un esprit satirique à soupçonner qu'il s'agit là d'un concept creux ou d'un leurre ?

    + Les musées sont les nouveaux temples où chaque citoyen, dès le plus jeune âge, est invité à aller communier ; ne pas comprendre que l'art moderne a un caractère eucharistique et sacramentel, c'est ne rien comprendre à l'art moderne.

    "Le Monde" (17-18 avril), sous la plume de Frédéric Potet, aborde le sujet de l'entrée de la BD au musée sur deux pleines pages ; ce journaliste préfère l'angle "informatif" à un angle plus critique ; il annonce ainsi plusieurs expos à venir, dont celle consacrée prochainement à Franquin/Gaston Lagaffe à la bibliothèque Pompidou, après Claire Bretécher (53000 visites).

    Le journaliste du "Monde" a l'honnêteté minimum de reconnaître que tous les auteurs de BD ne guignent pas nécessairement la "légitimité" que tel ou tel conservateur décidera de leur accorder à la faveur d'une exposition. Si un certain nombre d'auteurs de BD ne veut pas endosser la responsabilité d'un discours officiel, c'est sans doute parce que la bande-dessinée a pris l'habitude d'être une contre-culture. De surcroît, quelles sont les personnes qui courent le plus après les compliments et les honneurs ? Ce sont souvent les moins sûres d'elles.

    D'ailleurs il n'est pas difficile de deviner qu'il est surtout demandé aux auteurs de BD de faire la publicité d'établissements publics dont le charme n'opère pas forcément auprès du jeune public, soumis à des codes différents, plus attiré par Nabilla que par la Joconde. Bruno Girveau a ainsi fait appel à Zep ("Titeuf") pour illustrer la collection du musée de Lille qu'il dirige. Cela revient à confondre la "démocratisation de l'art" avec le remplissage des travées d'un musée.

    De son propre aveu, Zep n'a aucun goût pour l'art, en dehors du sien ; les musées le font bailler ou ne lui inspirent, dans le meilleur des cas, que des plaisanteries à base de zizi. La méthode pour démocratiser l'art ressemble beaucoup à celle du curé qui fabrique une statue miraculeuse pour attirer plus de paroissiens le dimanche.

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    Détail de la fresque de Michel-Ange, vue par Zep, pour qui l'exhibition des parties génitales est le comble de la liberté en matière d'art.

  • Fanzine n°41 - Avril 2016

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  • Revue de presse BD (186)

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    Caricature de Decressac.

    + Des crimes sexuels (prescrits) dans le diocèse de Lyon ont donné lieu à de nombreuses caricatures anticléricales ; nous en avons nous-mêmes publié quelques-unes dans "Zébra", signées Zombi ou Gab. Mgr Lalanne, membre du conseil permanent des évêques catholiques de France, a de façon étonnante tiré argument de la psychanalyse pour tenter de disculper les clercs mis en cause dans ces affaires de moeurs -de façon étonnante car le propos de la psychanalyse et celui des évangiles sont opposés. De plus on peut reprocher à un évêque se disant chrétien de se mêler de justice civile ou pénale et refuser ainsi de "rendre à César ce qui est à César".

    Aux psychanalystes est dévolu aujourd'hui le rôle de conseil joué naguère par un clergé catholique désormais déclinant (en âge et en nombre) ; la corporation des psychanalystes est d'ailleurs elle aussi secouée de temps à autre par des scandales sexuels. Pour l'étude et la critique de la religion, il est important de comprendre cette évolution, le passage du curé au psy, afin que la critique soit une vraie critique, et non une mise en accusation de telle ou telle religion minoritaire.

    + André Mir, président de l'association Jean-Jacques Rousseau, a fondé un prix de l'autobiographie dont la liste des nominés pour cette année vient d'être rendue publique. Raconter sa vie est souvent prétexte à autre chose. Il entre dans l'autobiographie de Rousseau une part de règlement de compte, notamment vis-à-vis de son ex-meilleur ami Denis Diderot, par qui Rousseau s'était senti trahi. L'arrivisme de Diderot ne pouvait manquer de heurter l'austère Rousseau, chrétien sincère de surcroît tandis que Diderot se piquait d'athéisme (un athéisme différent de l'athéisme laïc d'aujourd'hui, devenu avec le temps une religion à part entière).

    A travers ses "Confessions", Rousseau fait aussi passer ses idées en matière de réforme sociale et d'éducation des enfants et du peuple. Protestant, il égratigne les moeurs pédérastiques du clergé catholique, racontant la tentative de séduction d'un prêtre lyonnais sur sa personne.

    S'il entre sans doute une part d'auto-justification dans ces "Confessions", les passages où Rousseau fait preuve d'autodérision renforcent l'impression de sincérité.

    + Christophe Grébert est un des blogueurs français les plus célèbres, qui n'hésita pas à s'attaquer au début des années 2000 à certaines pratiques douteuses du maire de Puteaux sur son blog "MonPuteaux.com" ; désormais élu au conseil municipal (Modem), C. Grébert annonce à sa manière, très illustrée, le prochain festival BD de Puteaux (22-29 mai).

    + "Pourquoi grossir les rangs d'un monde dysfonctionnel ?" Oriane Lassus est une jeune auteure de BD qui s'exprime dans "Quoi de plus normal qu'infliger la vie ?" sur le thème des femmes "nullipares", sans enfants parce qu'elles n'en veulent pas (ce qui est son cas). Dire qu'il y a là un véritable tabou est exagéré : il y a depuis des siècles des femmes consacrées, nullipares, dont l'existence est vouée à un but qu'elles jugent plus important que la procréation. Ces nonnes et leurs moeurs sont assez bien acceptées.

    En 2016, les mères de famille nombreuse, de plus en plus rares dans la société occidentale, sont sans doute plus en butte aux railleries et préjugés que les femmes nullipares. Et que dire des rares personnes volontairement abstinentes sexuelles qui vivent au sein de la société de consommation ?

    Le propos anticapitaliste d'Oriane Lassus est assez paradoxal dans la mesure où les sociétés les plus capitalistes sont aussi celles où les femmes nullipares sont les plus nombreuses. Si l'Etat moderne (capitaliste) n'abolit pas complètement la différence physique entre les sexes, il repose sur une division du travail plus asexuée (de plus en plus nombreuses sont les tâches qui peuvent être accomplies par des machines) que les sociétés traditionnelles.

    Oriane Lassus, à qui son dessin expressif a valu le prix "Jeune talent" du Festival d'Angoulême, est publiée par la petite maison d'édition lyonnaise... "Arbitraire" [!].

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    Dessin d'Oriane Lassus extrait de son blog.

     

  • Revue de presse BD (185)

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    + Les manifestations contre la loi El Khomri visant à amender le code du travail ont un faux-air de "Mai 68" ; certains regroupements d'étudiants semblent en parodier les slogans et les affiches ; les édudiants de la Sorbonne proposent aussi une "bande-dessinée", quelques croquis pris sur le vif pendant les manifs.

    Mais la désillusion semble l'emporter sur l'illusion désormais ; les militants de gauche ou d'extrême-gauche, majoritaires dans l'animation de ces mouvements, n'ont pas en effet en face d'eux un pouvoir gaulliste "fasciste", comme en 1968, mais les représentants du peuple de gauche qu'ils ont pour certains eux-mêmes élus "inconsciemment". Il y a plus d'un siècle et demi, Karl Marx vitupérait déjà les "sociaux-traîtres", dont les élites industrielles et bancaires ne peuvent se passer pour conduire le peuple à l'abattoir.

    Symbole de cette désillusion, le chanteur Renaud, également chroniqueur à "Charlie-Hebdo", et passé récemment du whisky à l'eau minérale, vient d'annoncer son soutien à... François Fillon. Renaud n'a donc pas assez dessoûlé pour cesser d'espérer complètement.

    + Les feuilletons ou séries, ouvrages de fiction, sont infinis. Anthony Horowitz raconte dans le quotidien "Métro" pourquoi il a accepté de reprendre "Sherlock Holmes", oeuvre-clef de la culture moderne policière : "Quand les héritiers de Conan Doyle m'ont contacté pour écrire un Sherlock Holmes, j'ai d'abord eu des scrupules, parce qu'il y a un certain cynisme dans ce genre de livres : un éditeur propose une grosse avance à un écrivain connu pour pondre un best-seller. Toutefois, les lecteurs adorent ces livres. Alors pourquoi s'en priver ? J'ai lu toutes les histoires de Holmes à l'âge de 17 ans et c'est ce qui a fait de moi un auteur de polars. Alors oui, c'est une entreprise marketing, mais en vérité je n'ai dû mettre qu'une seconde à accepter !" ; un peu plus loin, le scénariste belge Van Hamme raconte comment il a repris "Blake & Mortimer", qui constitue un véritable filon pour les éditions Lombard-Dargaud.

    + "Quand la BD fait des bulles dans le réel" : "La Tribune de Genève" titre ainsi un mauvais papier (2 avril) dédié à la BD de reportage ou d'enquête, à prétention historique, ou encore visant la vulgarisation scientifique. Mauvais papier car la frontière entre la fiction et le réel n'est pas posée : elle reste à définir dans un monde où la fiction, sous forme de spectacles et divertissements divers, joue un rôle politique majeur.

    Mauvais papier car la "Tribune de Genève" ne fait pas la part entre la propagande et la réalité. Il ne suffit pas qu'un livre ou un enseignement se proclame "historique" pour qu'il soit autre chose qu'une fiction déguisée en réalité - tel le "roman national laïc", qui du point de vue historique relève du catéchisme. Il ne faut pas négliger non plus la part de la propagande dans le domaine de la "techno-science", dont les actionnaires sont assez puissants pour imposer une idée avantageuse de la science à laquelle leurs intérêts sont liés. La science-fiction ne s'est pas développée comme un genre distinct de la science académique ou sérieuse, mais elle s'inscrit dans le prolongement de diverses hypothèses et théories scientifiques censées être sérieuses ; c'est bien la preuve que la fiction et la réalité interfèrent.

    Mauvais papier enfin car il présuppose le journalisme et l'information "du côté du réel", ce qui reste à prouver. Rien ne dit que le journalisme n'est pas principalement devenu un acte de censure, à travers la contribution à ce que l'essayiste Hannah Arendt qualifie de "culture de masse", excroissance inquiétante de la culture occidentale, non moins susceptible de véhiculer le fanatisme que les religions les plus fanatiques.

    + L'éditeur de BD Jacques Glénat a été mis en cause entre autres capitaines d'industrie par "Le Monde" dans l'affaire dite des "Panama Papers" ; J. Glénat avait acquis la société offshore Getway S.A., spécialisée dans l'achat de tableaux et de meuble anciens, avant de la revendre et distribuer les tableaux à ses enfants quand les contrôles fiscaux commencèrent de se faire pressants. "Le Monde" fait par ailleurs à l'éditeur une réputation d'"Oncle Picsou" dans ses contrats avec les auteurs ; on regrette que le quotidien n'étaye pas plus cette accusation.

  • Revue de presse BD (164)

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    Croquis de J. Tardi pour "Avril et le Monde truqué"

    + Jacques Tardi ("Adèle Blanc-Sec", "Nestor Burma") a supervisé un dessin-animé actuellement à l'écran, "Avril et le Monde Truqué". Il s'agit d'une uchronie, c'est-à-dire d'un genre politique qui consiste à refaire le monde du passé. Le dessin-animé est un art techniquement fascinant, et Tardi et son équipe ont choisi un scénario qui implique de nombreuses machines fantastiques qui rappellent les créations de l'auteur de BD et caricaturiste Albert Robida (1848-1926) ; celui-ci anticipa dans ses dessins les méthodes de guerre ultra-violentes du XXe siècle, ainsi que le téléphone, la pollution, le féminisme et le tourisme de masse.

    + Dans "C'était Charlie", Philippe Val, ex-rédacteur en chef de l'hebdomadaire satirique règle ses comptes avec son camp politique, accusant en particulier la "gauche radicale" de collaboration avec l'islam. "On n'a pas été chercher l'islam, c'est l'islam qui est venu nous chercher !", a déclaré P. Val dans une interview à "Europe 1" aujourd'hui. Le fait est que les pamphlets contre le Coran étaient surtout le dada de Charb, héritier d'un anticléricalisme républicain indissociable de la propagande colonialiste du siècle dernier, et ignorant du fait religieux contemporain (la culture de masse n'est pas moins religieuse que l'islam).

    Chacun se fera son opinion sur les schismes à l'intérieur de la gauche, consécutifs à l'exercice du pouvoir par ce parti pendant plusieurs décennies (l'idéalisme a fait place à un machiavélisme de plus en plus évident) ; mais on peut se demander ce qui a pu pousser une personnalité aussi étrangère à l'humour et à la satire, tel qu'est toujours apparu P. Val dans ses éditoriaux et ses chansons, à s'en mêler. "Charlie-Hebdo" était principalement redevable à P. Val de sa gestion de bon père de famille, et c'est d'ailleurs l'argument que Cabu utilisa toujours pour défendre son ami.

    + La bibliothèque numérique de la ville de Paris vient d'ouvrir et propose donc l'emprunt de livres sous la forme de fichiers numériques aux Parisiens. Certains en contestent déjà le principe, sous prétexte qu'il ne serait pas égalitaire. Mais qu'y a-t-il de moins égalitaire que la lecture ? Certains lisent pour se divertir, tandis que d'autres, au contraire, cherchent par la lecture à échapper au divertissement.

    Plus intéressante la question des méthodes d'achat de nouveaux livres par les bibliothèques, à Paris ou ailleurs. Ces méthodes sont en effet particulièrement opaques. Elles pèsent beaucoup sur la survie de certains auteurs ou éditeurs, tant les volumes sont importants. Certains choix peuvent surprendre comme l'achat de "best-sellers" par les bibliothèques, ou encore l'importante proportion d'ouvrages du XXe et XXIe siècle, en comparaison d'ouvrages plus anciens plus rares. Il semble que la conception la plus vague de la culture préside au choix des nouvelles acquisitions.

    Une association de lecteurs en Seine-Saint-Denis dénonçait récemment le contrôle exercé par les autorités politiques de ce département sur l'approvisionnement des bibliothèques. Mais le contrôle des bibliothèques représente probablement un enjeu politique moindre, en comparaison du contrôle de la presse et de la télévision.

    + Dans la mesure où elle est liée à la fiction, notamment celle destinée aux enfants, la BD est proche parente de l'architecture ; l'intérêt de certains auteurs pour cet art abstrait n'est donc pas surprenant ; en particulier lorsque cet auteur vit comme François Avril à Bruxelles, ville très variée sur le plan de l'architecture, à l'opposé de Paris qui évoque plutôt une gigantesque caserne.

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    Gratte-ciel par François Avril, exposé jusqu'au 21 novembre à Bruxelles (galerie Huberty-Breyne).