Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

kritik - Page 5

  • Charlie-Hebdo, le jour d'après**

    L'enquête menée par Marie Bordet (« Le Point ») et Laurent Telo (« Le Monde ») sur les jours qui ont suivi la fusillade à webzine,bd,zébra,gratuit,bande-dessinée,critique,kritik,charlie-hebdo,fayard,médiacratie,marie bordet,laurent telo,charb,philippe val,richard malka,anne hommel,dsk,cabu,riss,patrick pelloux,luzla rédaction de « Charlie-Hebdo » remue-t-elle la merde inutilement ?

    En consentant à jouer un rôle politique, la rédaction de « Charlie-Hebdo » a couru le risque de voir la vie privée de ses membres et de leurs proches exposée sur la place publique. Ce déballage public est la contrepartie de l'engouement et de la ferveur plus ou moins spontanés qui ont suivi le massacre perpétré par les frères Kouachi, ainsi que des millions d'euros de dons qui ont afflué sur le compte bancaire de « Charlie-Hebdo ».

    « Charlie-Hebdo » a fait son entrée dans le système médiatico-politique en publiant la Une de Cabu, brocardant le prophète Mahomet. Cette entrée est volontaire, ainsi que l’atteste un reportage télé qui montre Philippe Val justifiant son choix éditorial PAR RAPPORT A LA PRESSE ET AUX MEDIAS FRANCAIS, non pas tant vis-à-vis des lecteurs de « Charlie-Hebdo ».

    M. Bordet et L. Telo qualifient plusieurs fois les « Charlies » de saltimbanques anarchistes, mais cette dénomination ne valait plus depuis la refondation de « Charlie-Hebdo » en 1992et le nouveau projet de Philippe Valque l'on a vu revendiquer plusieurs fois, ainsi que ses confrères, les valeurs républicaines et laïques (on ne peut plus éloignées de l'anarchie).

    « Le Jour d’Après » ne dévoile aucun véritable scandale ; il ne choquera que les quelques naïfs qui prennent les « Charlies » pour d'authentiques martyrs de la « liberté d'expression » (dont Charb estimait qu'elle est quasiment parfaite en France).

    Si les auteurs soulignent que les liens amicaux entre les journalistes et les dessinateurs rescapés se sont peu à peu distendus, l’émotion une fois dissipée, ils distribuent aussi des compliments : « jolie brune trentenaire », « travailleur acharné », « pas intéressé par l'argent », etc. En somme leur description ne constitue pas un  pamphlet. Le sang-froid et la persévérance de Riss, en dépit des blessures, notamment, sont soulignés, et sa légitimité à diriger le journal peu contestée.

    Les « Charlies » sont d'autant plus épargnés que la conseillère en communication Anne Hommel, introduite par Richard Malka, l'un des avocats de "Charlie-Hebdo" (et scénariste de BD), est épinglée. Proche de DSK, ayant assuré sa protection, elle se chargea de mettre les rescapés à l'abri du « pot au noir » médiatique. Sa présence ne tarda pas à indisposer certains « Charlies » (Luz, P. Pelloux), tant la nature de son activité de conseil auprès de grosses légumes de la politique ou du show biz semblait en décalage avec les principes défendus par « Charlie-Hebdo ».

    Le bouquin ne contient pas d'anecdotes croustillantes, mais plutôt des anecdotes amusantes ; on apprend l'avortement d'un projet d'hommage national conçu par le chef de l'Etat et Anne Hidalgo, en comparaison duquel les funérailles de Victor Hugo auraient semblé modestes ; une remise de la légion d'honneur à titre posthume dans la cour des Invalides était envisagée, ainsi que l'affichage tout aussi ubuesque de caricatures de très grand format dans les rues de Paris.

    On apprend aussi que François Hollande en personne avait suggéré un plan de renflouement de « Charlie-Hebdo », au bord de la faillite, quelque temps avant le massacre. Etait-ce un moyen pour F. Hollande d'amadouer Charb et la rédaction de « Charlie-Hebdo » ? On peut le penser, car aucun geste politique n'est gratuit (pas plus n'était désintéressé le soutien de Nicolas Sarkozy à Philippe Val lors du procès intenté par des associations musulmanes).

    Cependant l'enquête est trop superficielle pour que le bouquin vaille le détour ; on met un pied dans les coulisses de notre médiacratie, à travers le portrait de la conseillère-spéciale Anne Hommel, mais le sujet du pouvoir extraordinaire des médias est à peine effleuré.

    On devine que le principe de la « liberté d'expression » est avant tout destiné à consolider ce pouvoir médiatique ; de ce point de vue, l'instrumentalisation politique de « Charlie-Hebdo » est machiavélique et constitue un pied-de-nez à ses fondateurs et principaux artisans. 

    "Charlie-Hebdo", le jour d'après, par Marie Bordet, Laurent Telo, Fayard, 2016.

  • Le Cid en BD**

    Les adaptations en BD de "classiques de la littérature" se sont multipliées au cours de la décennie écoulée,webzine,bd,zébra,gratuit,fanzine,bande-dessinée,critique,kritik,le cid,pierre corneille,adaptation,petit à petit,mennetrier,billard pour de plus ou moins bonnes raisons (parfois plus commerciales que littéraires).

    Cette adaptation de "Le Cid" a la particularité de proposer, dans un petit format, en un seul volume et pour un prix modique, l'intégralité de la pièce de Corneille, soit pas moins de 230 pages. Cette adaptation vise le public des collégiens ou lycéens ; elle est assortie d'un petit dossier pédagogique présentant l'auteur et la pièce, ainsi que d'un lexique pratique du vocabulaire et des expressions hors d'usage.

    L'éditeur nous dit que cette version permet une lecture "fluide et intuitive" ; autrement dit, il s'agit de faciliter l'accès du jeune public au théâtre de Corneille - assez facile au demeurant, compte tenu de la simplicité de l'intrigue.

    Le travail d'adaptation du scénariste est comparable à celui du metteur en scène ; il exige de comprendre la pièce, ce qui est loin d'être évident au regard du nombre d'adaptations ou de mises en scènes ratées.

    La difficulté du travail d'adaptation en BD, un peu comme au cinéma, vient de la nécessité de résumer l'oeuvre, de procéder à des coupes pour respecter le format de la bande-dessinée. On ne peut se passer d'avoir compris l'oeuvre, si on veut la résumer.

    La difficulté est ici évitée par les auteurs, Olivier Petit (scénario), J.-L. Mennetrier et C. Billard (dessin), qui ont adapté l'intégralité de la pièce, d'une façon que l'on peut trouver un peu trop scolaire. Il reste que les dessinateurs ont su se mettre au service du texte ; leur dessin est un peu stéréotypé et abstrait, mais n'interfère pas avec le texte.

    Ces efforts pour rendre "Le Cid" plus accessible lui permettront peut-être de rivaliser avec "Games of Thrones" ?

    L'assassinat, pour se venger d'une humiliation, est un sujet qui demeure d'actualité, non seulement dans les milieux mafieux. Plus que jamais la violence tire sa justification de motifs apparemment nobles. Tel chef d'Etat ordonnera la traque et l'assassinat d'un terroriste, parce que celui-ci a entamé l'orgueil national d'une manière inacceptable.

    Le Cid en bandes-dessinées, adapté par O. Petit, J.-L. Mennetrier et C. Billard, Ed. Petit à petit, 2016 (réédition), 10 euros.

  • Alexandre Jacob***

    Journal d'un anarchiste cambrioleur

    Qu'ils soient chrétiens, ou au contraire athées, les penseurs anarchistes ont toujours dénoncé le caractèrewebzine,zébra,gratuit,bd,fanzine,bande-dessinée,critique,kritik,alexandre jacob,marius,anarchiste,cambrioleur,sarbacane,vincent henry,gaël henry,marx,socialisme arbitraire de la propriété, suivant la formule lapidaire célèbre : - La propriété, c'est le vol !

    Plus qu'une biographie circonstanciée, Vincent et Gaël Henry avec "Alexandre Jacob, Journal d'un anarchiste cambrioleur", paru en 2016 chez Sarbacane, proposent d'aborder le thème de l'anarchie et de ses limites à travers le récit des tribulations d'Alexandre Marius Jacob (1879-1954).

    Le Marseillais Alexandre Jacob, en effet, fut un authentique cambrioleur, aussi rusé qu'habile, n'hésitant cependant pas à faire feu sur les représentants de l'ordre public ; certes, Alexandre Jacob mit à profit ses procès pour dénoncer l'exploitation dont les milieux ouvriers étaient victimes ; certes, le butin de ses cambriolages servit à financer des publications anarchistes désintéressées... mais les bourgeois aussi ont leurs "bonnes oeuvres", qui les rachètent à leurs propres yeux et aux yeux du monde.

    Le vol est, bien sûr, une première limite de l'anarchie telle qu'Alexandre Jacob l'envisage ; une limite comparable à l'usage du terrorisme : cambriolage et terrorisme justifient en effet les moyens de répression mis en oeuvre par l'Etat bourgeois autant qu'ils servent à le combattre.

    Cette limite est facile à cerner ; les origines modestes d'Alexandre Jacob constituent-elles une excuse ? Non, car son goût pour l'aventure, pour l'indépendance, son tempérament audacieux, l'ont probablement poussé dans cette voie, plus que la nécessité. Les origines modestes d'Alexandre expliquent plutôt pourquoi il est devenu un marginal, pourquoi il a fui sa condition, sans pour autant la trahir en s'embourgeoisant. Alexandre Jacob n'était pas né pour être esclave, mais il s'est refusé à faire partie de l'espèce des maîtres, en quoi sa ruse et son audace auraient pu l'aider à se transformer.

    - Ce qui oppose l'anarchie au socialisme est peut-être plus difficile à cerner aujourd'hui ?

    L'anarchie souligne l'iniquité sociale, la férocité de l'espèce humaine ; en prétendant que l'on peut remédier à cette férocité légalement, le socialisme s'avère un nouvel opium du peuple, succédant ainsi aux religions inclinant à l'optimisme, à la passivité et à la confiance dans l'Etat. Le socialiste revendique son appartenance à l'espèce humaine, tandis que l'anarchiste, lui, est un individualiste.

    Comme la propriété demeure, et que les moyens mis en oeuvre pour la protéger de la convoitise de ceux qui ne possèdent rien n'ont jamais été aussi sophistiqués et puissants, l'iniquité, qui est le point de départ de l'anarchie, est toujours aussi forte. Quant à l'utopie socialiste, sa promesse de lendemains qui chantent finit par paraître un mirage à ses paroissiens les plus dévots.

    Les auteurs de cette BD (basée principalement sur un ouvrage de Jean-Marc Delpech) soulignent à juste titre que l'anarchie joue un rôle crucial dans les temps modernes, aussi difficile soit-il à cerner précisément. Le socialisme, qui est selon K. Marx la meilleure ruse inventée par la bourgeoisie afin de contenir l'anarchisme - le socialisme est-il une digue solide, à l'épreuve du temps ? On serait tenté de croire, si on examine la presse française, aussi muette aujourd'hui qu'elle fut éloquente au XIXe siècle, que l'anarchie est morte. Mais, a contrario, l'avenir du monde n'a jamais paru aussi incertain.

     Alexandre Jacob, Journal d'un anarchiste cambrioleur, par Vincent Henry et Gaël Henry, Eds Sarbacane, 2016.

  • Histoire de la bande-dessinée suédoise

    Frédéric Strömberg propose un aperçu de la bande-dessinée suédoise des origines jusqu'à nos jours (éd.fanzine,bande-dessinée,zébra,gratuit,bd,critique,kritik,strömberg,philippe morin,,histoire,suédoise,suède,franco-belge,plg PLG, 2015). L'auteur et l'éditeur, Philippe Morin, ont fait le choix d'un découpage en petits chapitres clairs et concis, abondamment illustrés.

    La Suède ne fait pas partie des grands producteurs de bande-dessinée, comme la francophonie ou les Etats-Unis ; les auteurs de bande-dessinée suédois sont donc inconnus à l'étranger, pour la plupart d'entre eux. L'ouvrage de F. Strömberg est destiné à remédier à cette lacune. La richesse de l'iconographie permet de découvrir de très nombreux auteurs dans un petit bouquin.

    La bédé forme un vaste ensemble hétéroclite, regroupant des productions très diverses, voire antagonistes. Le choix de petits chapitres, traitant différents aspects, est judicieux car pragmatique.

    Dans l'ensemble la BD suédoise ne diffère pas radicalement de ses grandes rivales franco-belge ou étatsunienne. La presse joue un rôle-clef dans le développement de la BD suédoise, comme partout ailleurs ; Strömberg précise néanmoins que la presse suédoise fut plus longtemps réticente à admettre la présence de strips de BD dans les colonnes des journaux (dans les années 1930). Le succès commercial des premiers strips insérés dans "Le Journal du Soir" (quotidien national) ne tarda pas à convaincre tous les titres de presse de proposer à leur tour des bandes-dessinées. Sinistrée dans la plupart des pays européens aujourd'hui, la presse suédoise résiste mieux et demeure un support privilégié de la bande-dessinée.

    Petit pays par le nombre d'habitants, la culture moderne suédoise est moins "autarcique", ce qui explique l'importation et l'influence des comics américains, ou encore des séries franco-belges à succès par la suite. Le béotien que j'étais en matière de BD suédoise pouvait craindre qu'elle ne soit qu'un pâle décalque de la culture nord-américaine -contrairement à la BD franco-belge, plus originale et plus populaire (au sens véritable du terme qui exclut les grosses productions industrielles "populistes"). La monographie de F. Strömberg montre que, si l'influence américaine sur la culture suédoise est nette, un petit nombre d'auteurs s'est approprié le langage de la bédé et l'a détourné de sa fonction principale de propagande.

    En ce qui concerne la production contemporaine, évoquée dans plusieurs chapitres, elle est marquée par le rôle prééminent de femmes féministes, "remettant en question la domination masculine", nous dit F. Strömberg. Un tel vocabulaire indique ici une réflexion plus idéologique qu'historique (= correspondant plus au voeu ou au goût de l'auteur qu'à la réalité) ; la notion d'avant-garde est, quoi qu'il en soit, périlleuse, car cette avant-garde risque d'être l'arrière-garde de demain, suivant le mouvement de balancier propre à la mode et à l'idéologie.

    Histoire de la bande-dessinée suédoise, par Fredrik Strömberg, éd. PLG, 2015 (18 euros).

  • Revue de presse*

    Si l’initiative de cette «Petite histoire du dessin de presse français» est sympathique, le résultat laissewebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,kritik,romain dutreix,toma bletner,fluide-glacial,presse,satirique,française,ancien régime,convention,révolution,1789,napoléon,hara-kiri,charlie-hebdo,choron,cavanna beaucoup à désirer. L’entreprise vient s’échouer à peu près sur tous les écueils qui se présentaient sur son chemin. Etant donné l’angle choisi, très large, le résultat ne pouvait être que docte ou léger ; or il n’est ni l’un l’autre: la volonté didactique et celle de traiter le sujet sur le mode humoristique se télescopent et s’annihilent mutuellement. Résultat : on apprend peu et on ne rit guère.

    Le tandem d'auteurs, Romain Dutreix et Toma Bletner, aurait mieux fait de s’abstenir de traiter la partie historique (en partant de l’ancien régime). Ils ne font qu’accumuler des poncifs, en particulier celui de l’éclosion de la liberté d’expression au cours de la Révolution française de 1789. En réalité, en cette période très troublée, la Convention usa de la caricature à des fins polémique ou de propagande, censurant scrupuleusement tous propos contradictoires, comme c’est le cas en temps de guerre où les auteurs satiriques sont sommés de mettre leur talent au service de la patrie. La Convention entend alors se défendre contre les attaques de la presse satirique anglaise, qui présente le nouveau gouvernement de la France comme un complot de barbares terroristes.

    Quant au XIXe siècle, une fois la dictature de Napoléon Ier renversée, ce fut un véritable âge d’or en matière de presse satirique, dont les raccourcis de cette "petite histoire" ne permettent pas de rendre compte intelligiblement.

    Quand ils traitent, pour finir, de la satire aujourd’hui, les auteurs se départissent de leur ton léger pour donner leur opinion ou mentionner la publication de tel ou tel copain, parfois pas du tout satirique ni humoristique.

    L’époque de «Hara-Kiri» et «Charlie-Hebdo», ni trop ancienne, ni trop récente, est la moins mal traitée. Peut-être ces auteurs auraient-ils mieux fait de se concentrer dessus ?

    Des observateurs plus avisés et plus satiriques font état d’une nette régression de la «liberté d’expression» depuis la Libération. Le constat est facile à faire de l’organisation de plus en plus monopolistique de la presse française, propriété de quelques consortiums industriels et bancaires dont la principale préoccupation n’est pas la satire ou l’humour, mais le marketing. D'une certaine façon le "Charlie-Hebdo" de Cavanna et Choron était, à contre-courant de son époque, le dernier représentant d'une forme de presse que la seconde moitié du XXe siècle, plus policée, a abolie.

    Au demeurant la conception institutionnelle de la «liberté d’expression», défendue par certaines autorités morales républicaines aujourd'hui, frise le ridicule. Comment peut-on brandir l'étendard de la liberté d'expression quand on voit que, un cran en-dessous, la liberté de ton se raréfie.

    Revue de presse, petite histoire de la presse satirique française, par Romain Dutreix & Toma Bletner, éd. Fluide-Glacial, 2016.

  • Patience (?)

    Qu’est-ce qui peut pousser un éditeur de BD (Cornélius) à publier et faire traduire en France les BD de Daniel webzine,bd,gratuit,zébra,fanzine,bande-dessinée,critique,kritik,daniel clowes,patience,cornélius,science-fiction,cinémaClowes, plus ennuyeuses et laides les unes que les autres ? On comprend que la Série noire (collection de polars française), ait inclus à son catalogue des romanciers américains, seuls capables de rendre la violence extraordinaire des mégalopoles américaines. Mais on est plus près avec Daniel Clowes du mauvais cinéma.

    L’intrigue commence comme un polar de série B : un homme très amoureux de sa femme la retrouve assassinée à son domicile en rentrant du travail ; du coup, il conçoit le projet de se venger. S'apercevant peut-être du manque d’imagination dont il a fait preuve pendant les vingt premières pages, l’auteur enchaîne avec une intrigue de série B, mais de science-fiction cette fois-ci : le type découvre le moyen de remonter dans le temps et de changer le cours des événements. 80% des scénarios de science-fiction comportent cet ingrédient du voyage dans le temps, une partie du public étant assez jobard pour croire que l’on peut voyager dans le temps pour de bon.

    Idem pour le dessin, on dirait que Clowes a appris à dessiner en regardant la télé – le résultat est mou et stéréotypé, laid comme un JT.

    Après ça, j’ai zappé, car je ne suis pas masochiste.

    Conclusion : seul le snobisme peut expliquer l’importation d’une telle marchandise, un peu comme certains rappeurs afro-américains boivent du cognac parce qu’il est fabriqué en France, mais sont incapables de faire la différence entre un tord-boyau et une bonne camelote.

    Patience, par Daniel Clowes, éditions Cornélius, 2016.

  • Revue Dada-Hergé**

    La revue «Dada» s’efforce de mettre à la portée du jeune public l’art -contemporain notamment-, à traverswebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,kritik,critique,dada,revue,hergé,georges rémi,tintin,moulinsart,disney,miro,poliakoff,fontana ses représentants les plus fameux : Magritte, Klee, Warhol, Dali, etc.

    Le n°213 traite d’un cas particulier, Hergé en l’occurrence (Georges Rémi de son vrai nom), dont l’œuvre est d’abord destinée à divertir le jeune public en lui inculquant certaines valeurs. En effet les enfants connaissent bien les aventures de «Tintin et Milou», qui sont toujours largement diffusées grâce aux efforts de la société Moulinsart pour empêcher que Tintin ne se démode (en vendant par exemple les droits d’adaptation à un producteur de cinéma américain).

    Si elle n’a pas la même envergure commerciale que les studios Disney aux Etats-Unis, l’entreprise de Hergé et ses mentors, amis, employés, parents, confrères, est néanmoins en beaucoup de points comparable à celle du cousin d'Amérique. La rédaction de «Dada» fait pénétrer ses lecteurs dans les coulisses des studios Hergé, maison familiale où le père d’Hergé travailla comme archiviste et où cet artiste-entrepreneur fera la connaissance de sa deuxième femme, embauchée comme coloriste.

    « La bande-dessinée est le dessin-animé du pauvre » : cette comparaison est parfois jugée vexante, mais elle a le mérite de rendre compte d’une réalité économique et artistique. La «ligne claire», expression utilisée pour décrire le style de dessin mis au point par Hergé, est bel et bien une méthode cinématographique, qui s’avère particulièrement adaptée au public enfantin et explique le succès mondial de la série auprès de celui-ci.

    "Dada" cite Hergé : «Mon tout premier objectif, c’est de raconter une histoire, et de la raconter clairement.» La ligne claire est un principe de composition, un principe narratif.

    Les aspérités de la biographie d’Hergé (qui fut toujours un artiste « sous influence ») ont été gommées pour faire place à un aspect méconnu : le collectionneur d’art moderne, admirateur de Miro, Poliakoff, Fontana, mécène d’une galerie d’art bruxelloise. Ce violon d’Ingres permettait à Hergé d’échapper aux contraintes de la bande-dessinée et de rêver à une carrière d’artiste plus indépendant.

     Le nom d’Hergé vient s’ajouter à la longue liste des artistes modernes que le succès n’a pas suffi à contenter : mais cette histoire n’a pas été jugée digne de figurer dans une revue d’art pour enfants.

    « Hergé », revue Dada n°213, octobre 2016, 7,90 euros.