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KRITIK - Page 5

  • Qui a peur de Shakespeare ? (2)

    Petit feuilleton littéraire estival

    Réserve française

    Dans le premier numéro de ce feuilleton, nous avons souligné l'empreinte profonde de Shakespeare sur la culture moderne, en même temps qu'un voile de mystère continue de napper l'oeuvre, voire l'identité de son auteur.

    Il serait en effet plus facile de dresser la liste de ceux -philosophes, romanciers, poètes, dramaturges, critiques-, qui ne doivent rien à Shakespeare, l'ignorent (délibérément ou pas), plutôt que la liste des suiveurs plus ou moins fidèles.

    Le mystère est entériné par la critique qui, ne parvenant pas à classer un certain nombre des pièces de Shakespeare dans le genre comique ou tragique ("Timon d'Athènes", "Mesure pour mesure", "Troïlus et Cressida"...), les a qualifiées de "problem plays" (pièces énigmatiques). Cette difficulté de classement, si elle indique l'originalité de Shakespeare, n'est rien à côté du problème de l'interprétation des pièces et des poèmes, auxquels on a prêté parfois des significations radicalement opposées. Ainsi, quand certains voient en Hamlet le héros de la tragédie qui porte le même nom (ce qui paraît assez logique), d'autres ont affirmé que Claudius (traître, assassin et adultère) en était le véritable héros.

    Pourtant l'engouement d'un large public pour le théâtre de Shakespeare montre qu'il n'est pas le domaine réservé de quelques spécialistes. Mieux, ce théâtre vieux de quatre siècles est d'une étonnante actualité.

    - Le poids de la finance et des banques sur la destinée des hommes d'aujourd'hui évoque irrésistiblement "Le Marchand de Venise", dont il y aurait peu à changer pour donner une version londonienne dans un décors de buildings de verre et d'acier.

    - Mais encore la difficulté à définir des règles morales, une éthique qui fasse consensus entre les hommes, fait penser à "Mesure pour Mesure", où Shakespeare bat en brèche l'idée de morale universelle.

    - Dans "Roméo & Juliette", le motif de l'amour est partout et nulle part en même temps, ce qui n'est pas non plus sans faire penser à la société de consommation.

    - La collusion du pouvoir politique et du pouvoir religieux est le thème de plusieurs pièces ("Henri VIII", "Thomas More"), toujours aussi "brûlant" aujourd'hui.

    Toutes ces coïncidences frappantes suggèrent qu'il y a bien quelque chose à saisir dans cette oeuvre insaisissable.

    *

    C'est le moment d'évoquer une certaine "réserve" française. Aussi marqué soit l'intérêt de Voltaire, Diderot,webzine,zébra,bd,feuilleton,shakespeare,estival,littéraire,problem plays,timon d'athènes,mesure pour mesure,troïlus et cressida,balzac,barbey d'aurevilly,stendhal,claudel,gide,céline Hugo (père & fils), Balzac ("notre Shakespeare", selon le critique J. Barbey d'Aurevilly), Vigny, Stendhal, Claudel, Gide, Céline..., pour le théâtre de Shakespeare, l'engouement n'est pas aussi grand en France qu'il est dans d'autres pays, comme l'Allemagne ou les Etats-Unis, en plus de l'Angleterre et d'autres nations plus éloignées (l'intérêt pour Shakespeare ne se limite pas aux nations occidentales).

    La raison en est sans doute que la France, ses élites, ses pédagogues, sont moins attachés à l'histoire qu'ils ne sont à la culture. Autrement dit, les élites françaises se passionnent plus pour le "roman national" que pour l'histoire (sans valeur patrimoniale) ; chaque parti, qu'il soit réactionnaire, libéral, communiste, républicain, etc., enseigne son récit des événements politiques, dont il s'empresse de déduire un discours moral.

    Or Shakespeare est à l'opposé de ces usages ; on voit bien qu'il n'oppose pas tel camp à tel autre, le bien au mal, de façon manichéenne. C'est avec beaucoup de mauvaise foi que l'on a pu rapprocher Shakespeare du "sentiment national anglais" ; les souverains anglais sont en effet tantôt décrits par Shakespeare comme des imbéciles sans prise sur leur destin (Richard II), tantôt comme des personnages rusés mais cruels (Richard III) ; le portrait peu flatteur de Jeanne d'Arc par Shakespeare ne suffit pas à en faire un dramaturge nationaliste anglais.

    S'il y a une leçon à tirer de l'oeuvre de Shakespeare, un message caché, il n'est pas d'ordre éthique.

    (A SUIVRE)

    Le peintre préraphaélite William Holman Hunt (1827-1910) illustre dans le tableau ci-contre, "Le Berger Mercenaire", un bref passage extrait du "Roi Lear". Occupés à flirter, le berger et la bergère ne prêtent plus attention à leur troupeau de moutons. Le berger négligent tient dans sa main gauche un sphinx tête de mort (papillon assez commun, autrefois appelé "désirée").

  • Black dog**

    Cette BD donne raison à ceux qui expliquent que la BD ne repose pas sur le dessin, mais qu'elle est plutôt unewebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,kritik,jacques loustal,jean-claude götting,black dog,polar,casterman forme de littérature un peu bâtarde.

    Une fois de plus, je me suis laissé séduire par la couverture d'un album de Loustal, illustrateur talentueux, au trait français élégant et à la colorisation maîtrisée comme celle d'un peintre ; une fois de plus j'ai été déçu par un scénario creux, pour ne pas dire indigent. Le scénario est de Jean-Claude Götting, illustrateur lui aussi. Il s'agit d'un polar dans le genre américain, un règlement de compte entre gangsters, quelque chose comme ça - je faisais plus attention à la manière de Loustal qu'à l'intrigue. Le précédent album de Loustal était aussi un polar, situé à Paris, (un peu) plus crédible.

    Quelle idée de vouloir faire du polar américain quand on est Français ? Je suppose que les auteurs ont voulu s'amuser. Parfois les artistes ne cherchent pas autre chose ; c'est un peu limité.

    Black dog, par Jacques Loustal & Jean-Claude Götting, Casterman, 2016.

  • Qui a peur de Shakespeare ? (1)

    Petit feuilleton littéraire estival

    Insaisissable Shakespeare

    On célèbre cette année dans le monde entier les 400 ans de la mort de William Shakespeare, cet illustre inconnu. L'oxymore permet de souligner le paradoxe suivant : Shakespeare est aussi loin que proche, absent que présent ; présent dans la culture contemporaine via la multitude des poètes modernes qu'il a touchés et influencés, des adaptations de son oeuvre qui ont été proposées au public, tant cinématographiques que théâtrales...

    Mais il semble aussi distant en raison du mystère qui entoure son oeuvre ; combien sont partis à la recherche de Shakespeare, de l'homme, de son oeuvre... et n'en sont jamais revenus ? Des milliers ? Peut-être encore plus... Une bibliothèque privée, exclusivement consacrée à la collecte d'ouvrage traitant de Shakespeare, recèle plus de 100.000 bouquins !

    A quoi bon la culture, si elle nous pousse à célébrer Shakespeare sans même savoir qui il est ?

    La commémoration ne doit pas faire oublier que Shakespeare n'a pas que des admirateurs, mais aussi quelques détracteurs plus ou moins sévères ; Tolstoï, par exemple, le jugeait inférieur à Homère. Pour le peintre Delacroix, qui a illustré le texte de S., ses pièces manquent de perfection. Il arrive que les détracteurs en disent plus long que tel ou tel admirateur, pressé de trouver un appui dans Shakespeare à son système de pensée.

    "Catholique", "Luthérien", "Athée", "Libre-penseur", "Païen" : à peu près tous les épithètes ont en effet été attribués à Shakespeare par la fine fleur des intellectuels, philosophes ou essayistes modernes, aussi contradictoires soient-ils entre eux, contribuant à brouiller la piste encore plus.

    *

    Si vous n'aimez pas le mystère, arrêtez-vous ici, car il s'épaissit encore sous l'effet des efforts dewebzine,zébra,bd,feuilleton,shakespeare,estival,littéraire certains critiques pour dénier à l'acteur de Statford-sur-Avon la paternité de l'oeuvre qui lui est officiellement attribuée. Il y a de cela quelques années, un film américain ("Anonymous", 2011) broda une intrigue autour de cette suspicion d'un auteur différent. 

    Auparavant, Mark Twain écrivit et fit jouer une pièce exprès pour persuader le public de la conviction qu'il avait acquise que l'acteur natif de Stratford-sur-Avon n'était qu'un prête-nom. Mark Twain est-il convaincant ? Il l'est au moins sur un point : la notice biographique de Shakespeare est étonnamment concise, limitée à quelques lignes, et donc propice à faire naître tous les fantasmes.

    Les "antistratfordiens" sont sans doute plus nombreux aux Etats-Unis, car l'antistratfordisme relève presque du blasphème dans la patrie de Shakespeare. Mais il faut ajouter au moins deux noms allemands prestigieux à la liste des sceptiques : ceux du doctrinaire réactionnaire F. Nietzsche et du médecin fondateur de la psychanalyse S. Freud. Tous deux réattribuèrent l'oeuvre au savant Francis Bacon (1561-1626), en se fondant sur divers arguments. La correspondance privée de Nietzsche montre qu'il fut même, pendant un temps, persuadé d'être la réincarnation de F. Bacon alias Shakespeare !...

    Tout cela a bien sûr un parfum de complotisme dans l'air du temps ; mais, avec "Hamlet", Shakespeare n'a-t-il pas élevé le complotisme au rang d'oeuvre d'art ?

    (A SUIVRE)

    Illustration par E. Delacroix de la scène d'Hamlet et des fossoyeurs (acte V, scène 1) ; au XIXe siècle, la passion de Shakespeare se répand petit à petit dans toute l'Europe ; Delacroix y participe, tout en exprimant quelques réserves dans son "Journal".

  • Dickie dans l'Espace****

    Le Gantois Pieter De Poortere a vu son premier recueil de gags traduit par Glénat dès 2010 sous le titre "Le Fils d'Hitler", dix ans après ses débuts dans la presse flamande.webzine,bd,zébra,fanzine,bande-dessinée,gratuit,kritik,critique,gantois,pieter de poortere,dickie,hitler,espace,glénat,boerke

    "Traduit" est un grand mot, puisqu'il s'agit de gags muets d'une page. Bien qu'il ménage le "politiquement correct", De Poortere fait tout de même preuve d'impertinence ; il rogne les cornes dont Hitler est le plus souvent affublé, faisant ainsi figure de "grand Satan", pour en faire un personnage toujours aussi antipathique, mais beaucoup plus familier, un personnage plus trivial encore que le "Dictateur" de Chaplin.

    On comprend pourquoi Glénat n'a pas tardé à publier ensuite plusieurs autres recueils, dont le dernier en date : "Dickie dans l'Espace". En effet les bons auteurs comiques sont rares, concurrencés par l'humour gras ou potache plus "vendeur". De Poortere est très efficace. Il s'appuie sur un dessin minimaliste, mais néanmoins expressif, pour distiller son pessimisme. L'humour de Pieter De Poortere n'est pas facile à caractériser, car il reflète des influences diverses ; on pense à cette devise de S. Maughman : "Ne rien dire qui n'égratigne pas"; De Poortere cherche à provoquer chez le lecteur autre chose qu'un rire gras ou même seulement léger.

    Comme son titre l'indique, le dernier opus exploite le thème de la conquête spatiale, fil conducteur de toute une série de gags. Le choix de ce thème est particulièrement judicieux, plus original que celui d'Hitler, et peut-être plus audacieux car il résume parfaitement l'esprit conquérant moderne, la mystique du progrès frelatée qui le soutient.

    De Poortere ne se prive pas, bien sûr, de jouer avec les codes de littérature et du cinéma de science-fiction, genres ô combien propices aux fantasmes et, donc, à la dérision. Dickie ("Boerke" en flamand), c'est l'anti-Tintin, la ligne claire détournée.

    "Dickie dans l'Espace", par Pieter De Poortere, Glénat, 2016.

  • L'Homme qui tua Lucky-Luke

    Heureuse coïncidence, notre rédac chef publie une critique de "L'Homme qui tua Lucky Luke" le jour même oùwebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,kritik,lucky luke,matthieu bonhomme,dargaud,blueberry,jean giraud j’emprunte le livre à la bibliothèque.

    C’est énervant et décourageant de voir autant de talent dans chaque case de chaque page. Le dessin est vraiment éblouissant de maîtrise, l’œil se délecte tant du trait que du cadrage, du rendu du mouvement, de la couleur. J’ai retrouvé la virtuosité et la force évocatrice d’un Jean Giraud dans les meilleurs Blueberry.

    Mais la lecture m’a un peu ennuyé, j’ai trouvé le scénario faible et les personnages plats, et je partage l’avis de l’hebdomadaire La Vie pour qui « Un peu plus d’humour n’aurait cependant pas nui ». Cela dit, cet album est autrement plus digne de Morris que la reprise de la série par le successeur officiel qui, pour le coup, pourrait bien incarner l’homme qui, véritablement, tua Lucky Luke.

    L’Enigmatique LB (ci-contre : dessin original de Morris)

  • Je voudrais me suicider...***

    ...mais j'ai pas le temps

    « Papa noël, je voudrer silvouplé un arc et deux flaiche et un tintin et milou. Je vous dit le titre on awebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,kritik,charlie schlingo,florence cestac,jean teulé,jean-charles ninduab,gaspature marcher sur la lune. »

    C’est sur ces mots que commence l’album de Jean Teulé et Florence Cestac. Ils sont gravés sur la page de garde. Comme une prédestination ; ça n’existe pas la prédestination, d’abord... bon, à chacun de voir.

    De toute façon, Charlie aurait répondu ceci : « Que c’est navrant tous ces tracas, tous ces efforts, toutes ces années à supporter son sort, à se demander pourquoi ? Alors qu’il aurait suffit – aussi bête que cela puisse paraître – de ne pas faire naître. »

    Charlie, vilain menteur, ne voulait pas venir parmi nous et, quand il a été là, Dieu, le destin ou je ne sais qui, lui a collé la polio. Quant au reste, c’est Charlie qui l’a choisi.

    Jean Teulé écrit une partie de l’histoire de Charlie Schlingo, et c’est réussi. Il a rassemblé quelques morceaux du puzzle de la vie du dessinateur au trait incisif et puissant. Certains qui le connaissaient davantage pourraient dire que la vie de poète ne ressemble pas tout à fait à ça : moins de « lose », plus de gaieté... qui sait ? Peu importe, le puzzle de Teulé fonctionne.

    Le trait de florence Cestac est vif. Il est aussi rapide ; un peu trop pour cet album ?

    Il y a sûrement, à l’autre bout de l’univers une planète inconnue, tout à fait habitable et respirable, que personne n’a jamais observée. Il y a quelques centaines de personnes qui s’intéressaient aux albums de Charlie Schlingo de son vivant et qui savaient qu’il était là. De ce côté-là, les choses n'ont guère changé. Je suis heureux maintenant de faire partie de ces privilégiés.

    C’est sur ces mots que se termine l’album : « Je pense que j’ai été sage merci. Jean-charles ninduab »

    - Tu as été choisi, Charlie !

    - Y’a pas de quoi, gaspature !

    Florent T.

    "Je voudrais me suicider, mais j'ai pas le temps", par Jean Teulé & Florence Cestac, Dargaud, 2009.

  • La Légèreté*

    Ne vous fiez pas à son titre, "La Légèreté" de Catherine Meurisse est la BD la plus lourdingue de l'année.webzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,kritik,catherine meurisse,légèreté,philippe lançon,libé,dargaud Lourdingue, c'est-à-dire conventionnelle.

    A la télé, une journaliste a déclaré à propos de "La Légèreté" cette chose extravagante : "S'il n'était pas obligatoire de dire du bien de "La Légèreté", j'en aurais quand même dit du bien, car cette BD est magnifique, etc." (je n'ai pas gardé le souvenir de tous les superlatifs utilisés).

    Ou bien cette journaliste est complètement idiote, ou bien elle est très maligne, au contraire. Elle suggère en effet que nous vivons dans un monde où il est obligatoire de dire du bien en public de certains bouquins, indépendamment de leur contenu !? Pourquoi ne pourrait-on pas dire du mal d'un bouquin qu'on a trouvé creux ? Quel sorte de décret tacite l'interdit ?

    En résumé, Catherine Meurisse a perdu ses confrères dessinateurs de "Charlie-Hebdo", abattus presque sous ses yeux par les frères Kouachi. Il y avait de quoi devenir dingue, d'autant plus que les journaux et la télé n'ont pas cessé d'en parler 24h/24. Comment reprendre son souffle après une telle épreuve ? Catherine Meurisse part faire une retraite à Rome, à la Villa Médicis (résidence luxueuse mise à la disposition des artistes français) ; elle peint des aquarelles (bof) ; elle lit Proust et d'autres auteurs moins bourgeois, conseillés peut-être par Philippe Lançon, critique littéraire à "Libé" et à "Charlie" ? P. Lançon a rédigé une préface très confraternelle et assez barbante à "La Légèreté". Du coup, petit à petit, Catherine Meurisse se sent mieux ; son confrère Luz publie une BD sur comment il a vécu les mois suivant l'attentat, et C. Meurisse décide de faire la même chose.

    La morale de l'histoire, c'est : - L'art m'a sauvée. Si Catherine Meurisse avait préféré cuisiner plutôt que lire "La Recherche", on aurait eu le droit à un livre de recettes. Que l'exercice de l'art puisse rendre la condition humaine moins pénible, c'est une certitude en même temps qu'un propos d'une grande banalité.

    Ce qui m'a le moins rasé, ce sont les passages concernant Catherine Meurisse, que je connaissais mal, en comparaison des "piliers" de "Charlie-Hebdo". On apprend par exemple que Catherine Meurisse a été recrutée par Philippe Val. Par souci de parité, je suppose, étant donné que "Charlie-Hebdo" était jusque-là aussi fermé à la gent féminine qu'une assemblée de franc-maçons ou d'évêques catholiques.

    A l'exception de quelques infos, glanées ici ou là, propres à satisfaire ma curiosité, j'ai dans l'ensemble été surpris et déçu par la BD de C. Meurisse ; surpris par son côté "sulpicien", mélange d'académisme et de bondieuseries, pas très éloigné de "Tintin & Milou". Venant d'une humoriste, je m'attendais à autre chose que l'apologie un peu plate de la rêverie artistique. De la part des rescapés de "Charlie-Hebdo", réagir comme ils l'ont fait à la fusillade, en publiant malgré tout le plus vite possible un nouveau numéro, c'était faire preuve d'un sang-froid plus conforme à l'esprit de "Charlie-Hebdo" (même s'ils n'ont pas pu échapper à la récupération politicienne que l'on sait, visant à faire des victimes de cette fusillade des martyrs de la cause et des valeurs occidentales).

    Quelques écrivains ou artistes ont tiré de drames l'inspiration pour écrire des chef-d'oeuvre marquants. Par exemple, le tremblement de terre meurtrier de Lisbonne en 1755 a assez bouleversé Voltaire pour lui inspirer un pamphlet humoristique contre la philosophie "zen" de Leibnitz ; mais il manque à "La Légèreté" l'ingrédient que les grands bouquins écrits pour tenter de sonder la violence de la nature ou de l'homme, à savoir le recul. Probablement y a-t-il une difficulté supplémentaire à se remettre en cause quand on vient de subir une violence quelconque, d'ordre physique ou psychologique, mais dans ce cas pourquoi Luz et C. Meurisse n'ont-ils par attendu avant de publier ce qui ressemble à des confessions intimes ?

    "La Légèreté", par Catherine Meurisse, Dargaud, 2016.