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fluide glacial - Page 2

  • Bienvenue à Boboland****

    Cet album a déjà quelques années, mais il est toujours d'actualité. En effet, on utilise même l'expressionwebzine,bd,fanzine,zébra,gratuit,bande-dessinée,critique,kritik,bienvenue à boboland,bobo,dupuy,berberian,fluide glacial "boboïser" dorénavant, pour dire que "Paris se boboïse de plus en plus". Le récent mouvement "Tous Charlie" a en outre remis les bobos en avant, car ce type de manifestation est typique de la "culture bobo", qui s'exprime souvent par des slogans plus ou moins ingénieux, inscrits sur des tee-shirts.

    Désormais démodé, le portrait d'Ernesto Che Guevara imprimé sur un tee-shirt fut longtemps un code vestimentaire bobo. Peu importait que Che Guevara fût un terroriste, il était "cool". Ben Laden est venu ensuite gâcher la fête : le guérillero ne fait plus rêver.

    Si chacun sait que "bobo" vient de la contraction de "bourgeois-bohême", tout le monde n'est pas d'accord sur la signification du terme. Pour certains, pas besoin de revenus confortables pour être un bobo ; pour d'autres, au contraire, le fait d'avoir des revenus confortables explique et justifie toute la culture "bobo".

    Pour simplifier, disons que les bobos sont les électeurs de François Hollande. Le thème traité par Dupuy & Berberian dans "Bienvenue à Boboland" (eds. "Fluide Glacial") n'est donc pas aussi anodin qu'il y paraît. La culture bobo en dit long sur la manière d'exercer le pouvoir aujourd'hui en Occident, sans avoir l'air d'y toucher ni d'être impliqué dans la violence inhérente à l'exercice du pouvoir.

    Les deux compères Dupuy et Berberian maîtrisent leur sujet aussi bien que Claire Brétécher, qui les précéda dans le domaine de la satire des moeurs de la "gauche caviar" (comme dit l'essayiste Eric Zemmour, bête noire des bobos).

    On sait gré à Dupuy et Berberian de passer par le biais de la satire, plutôt que celui de la sociologie, pour brosser le portrait d'une élite culturelle qui donna à la moraline sa tonalité chic et parisienne (y a-t-il des bobos en dehors de Paris ?). On est tenté de parler au passé, car la crise économique semble avoir rebattu les cartes idéologiques. Signe des temps, les représentants de la bobocratie sont de plus en plus rares à s'assumer comme tels. Il faut dire qu'avec son - Je n'aime pas l'argent !, le candidat François Hollande a probablement usé le peu de crédit que la gauche "bobo" avait encore auprès de catégories sociales moins favorisées.

    C. Bretécher a expliqué que son appartenance à la bourgeoisie de gauche et un certain cynisme personnel (au sens philosophique du terme) étaient la clef de ses planches satiriques publiées dans le "Nouvel Obs". Je ne connais pas la recette de Dupuy & Berberian, mais leur satire sonne assez juste ; en effet elle est assez mordante pour ne pas être complaisante - le narcissisme des bobos est nettement souligné, par-delà l'amour de l'humanité sans distinction de classes ni de races... sans tomber pour autant dans le pamphlet, qui a souvent tendance à atténuer la satire.

    Bienvenue à Boboland, Dupuy & Berberian, eds Fluide Glacial, 2008.

  • Revue de presse BD (154)

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    Dessin de Blutch, commenté ainsi par son auteur :

    "Je n'ose plus dire Charlie tellement c'est devenu un logo."

    Quelques dépêches de rentrée :

    + Le dessinateur de BD Blutch vient de donner une longue interview au quotidien "Le Figaro" (28 août), qui publia il y a quelques années ses dessins humoristiques (dans le goût new-yorkais). Il publie "Vue sur le Lac", un recueil de dessins divers. S'il se considère toujours comme un auteur de BD, Blutch avoue avoir de plus en plus de mal à travailler pendant des heures sur une planche : "J'ai une vie trop éclatée."

    "Le Figaro" publie une esquisse des personnages de "Tif et Tondu" dont Blutch va reprendre les aventures, et il se défend de vouloir faire une parodie de cette série très "premier degré".

    + Henri Filippini, journaliste à "dBD", s'en est pris au "Fluide glacial" de Yan Lindingre, dont il trouve l'humour déclinant, dans son coup de gueule mensuel. Ce qui lui a valu cette réponse du rédacteur de "Fluide" : "Je ne comprends toujours pas autant de bêtise réac. Me caguer dans les bottes publiquement, c'est s'exposer à la manger froide quand on ne s'y attend plus, et de préférence publiquement. En attendant de rencontrer la vieille serpillière qui pue la naphtaline, "le gros pique-assiette", comme on l'appelle chez Glénat, lisons plutôt ce qu'en disent les autres critiques (glop, glop, glop !)". C'est une chance que Y. Lindingre dirige un hebdo humoristique plutôt qu'une publication spécialisée dans les armes à feu !

    + Le dessinateur de BD Coyote ("Litteul Kévin") est décédé dans le courant du mois d'août, non pas d'un accident de Harley Davidson (engin sur lequel il aimait parader), mais d'une crise cardiaque à l'âge de 52 ans. Sa nécrologie nous apprend qu'il avait été graveur de stèles funéraires et tatoueur avant de devenir auteur du BD pour enfants.

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    Dessin hommage de Bruno Chaplot (au dessinateur Coyote)

  • Revue de presse BD (131)

    Extraits de la revue de presse publiée dans l'hebdo Zébra.

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    + Le dessin de presse ci-dessus est du dessinateur cubain (résidant au Chili depuis l'an 2000) Alen Lauzan.

    + Le site "Töpfferiana" regroupe de courtes études, non seulement sur Rodolphe Töpffer, mais aussi les précurseurs du genre, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle où se développe la presse illustrée. Gustave Doré se distingue par l'expressivité et l'inventivité de son dessin, comme on peut le constater dans divers épisodes des aventures de "l'homme aux cent mille écus", alias Narcisse Pomponet, publiées dans le "Journal pour rire" de C. Philipon.

    + La BD ne redonne pas seulement des couleurs à la culture, ces derniers temps, mais aussi à la presse littéraire française, souvent bien fade. Le magazine « Lire » propose un "hors-série" soigné (n°19-12 déc.), consacré à André Franquin et son oeuvre. Les amateurs de satire placent Franquin au-dessus d'Hergé au panthéon de la BD franco-belge, quand les grammairiens font l'inverse. Goscinny dit très bien : "Le snobisme s'est mis de la partie pour faire de la BD un art honorable." Pas ou peu de snobisme dans ce n° spécial, qui montre bien le goût accru de Franquin pour la satire au fil des années, formé d'abord à dessiner le groom "Spirou", figure de proue des éds. Dupuis, puis s'affranchissant petit à petit de cette servitude. Au sommaire de cet épais magazine de 124 p., certains papiers ou interviews nous renseignent sur la manière assez artisanale de travailler de Franquin. Ce côté artisanal explique bien des choses : non seulement une forme de résistance modérée à l'esprit du temps (Julien Bisson compare l'esprit des BD de Franquin à celui des films de Tati), mais aussi la difficulté des éditeurs aujourd'hui à faire émerger de fortes personnalités, préférant traiter les auteurs comme des employés, surfant sur la mode (manga, comics), plutôt que cherchant de nouvelles idées. Réputé conservateur, Charles Dupuis permit la publication du  « Trombone illustré », supplément à « Spirou » vendu avec, malgré son ton anticonformiste. Plus encore que la tolérance de Dupuis, cette bienveillance traduit un rapport de forces moins déséquilibré.

    Petit bémol : le hors-série ne dissipe pas tout à fait le préjugé qui consiste à prêter aux auteurs d'humour noir (Franquin fut encouragé par Gotlib à dessiner ses "Idées noires" dans "Fluide Glacial") un tempérament dépressif. C'est exactement l'inverse, comme le montrent de nombreux exemples dans le domaine des lettres ou des arts plastiques ; généralement les personnes mélancoliques ne supportent pas l'humour noir et produisent elles-mêmes des oeuvres teintées d'espoir (et non satiriques) ; la mélancolie est beaucoup plus palpable dans « Tintin », voire l'asthénie sexuelle de son auteur, que dans « Gaston Lagaffe ». Franquin était peut-être le plus français des auteurs belges.

    + Interviewé à l'occasion de la sortie de son nouveau roman de politique-fiction, « Soumission », dans lequel il imagine malicieusement Marine Le Pen battue par un candidat musulman aux élections de 2022, M. Houellebecq tient, comme on pouvait le prévoir, à se démarquer du "Suicide français" d'Eric Zemmour. H. dit voir au contraire dans la démographie française, plus forte que dans les pays voisins, une volonté française de résistance au suicide.

    En réalité les deux idées ne sont pas aussi opposées ; Zemmour a rédigé son essai, non pas pour contribuer au « suicide », mais pour tenter d'y résister. De surcroît Houellebecq voit comme Zemmour dans le mouvement islamique un mouvement comparable au communisme dans l'après-guerre, c'est-à-dire une révolte contre les valeurs occidentales. Peu plausible de son propre aveu, l'hypothèse de Houellebecq ne choquera sans doute pas beaucoup les Français. La crise a eu pour effet de les convaincre, semble-t-il assez largement, que les étiquettes politiques ont une signification limitée.

    Il reste que, la réalité dépassant la fiction, des bouleversements plus grands que l'élection d'un président musulman et l'application de la charia peuvent se produire. Parfois la réalité prend des libertés avec la science-fiction.

    + Le petit fanzine de BD « Cabot Comics » est entièrement basé sur l'autodérision. « Archie », quasi seul aux commandes  fantasme sa vie de dessinateur de BD débutant. Pour la pus grande joie du lecteur, il n’hésite pas à faire passer sa compagne pour une chieuse et ses potes pour des débiles mentaux. Plusieurs numéros de ce petit fanzine photocopié, comme il n’en existe plus beaucoup, sont disponibles dans deux ou trois librairies parisiennes (je l'ai acheté pour ma part à "Super-Héros"), ou directement sur le blog du fanzine, pour une somme modique.

  • Revue de presse (129)

    Extraits de la revue de presse publiée dans l'hebdo Zébra.

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    + Peut-être après avoir vu dans Zébra le dessin de LB sur la nouvelle "tototte" (cigarette électronique) à la mode, un lecteur nous a fait parvenir cette illustration de Sem pour la couverture d'un roman de Clément Vautel (1924, Albin Michel), faisant remarquer qu'elle est prémonitoire. On trouve au catalogue d'Albin Michel cette année-là, outre "Madame ne veut pas d'enfant" : "L'Entretenu", "Maud, femme du monde cambrioleuse", "L'Amant de poche", "Trio d'amour", "La Virginité de Mlle Thulette", "L'Homme de Joie", "M. le Vicomte et son Pote", "La Maîtresse insoumise", "La Triple Caresse", "Lélie, fumeuse d'opium", "La Paroisse du Moulin Rouge", etc. Comme quoi l'essayiste E. Zemmour qui met la décadence de la France sur le compte de "Mai 68" aurait aussi bien pu l'imputer aux Années Folles.

    + Catherine Simon a récemment rendu compte dans "Le Monde" de la vie et de l'oeuvre du Berruyer Marcel Bascoulard sur une pleine page (5 déc.). Les "Cahiers dessinés" (Frédéric Pajak) viennent en effet de publier un catalogue critique de l'oeuvre dessiné de Marcel Bascoulard. Le choix éditorial des "Cahiers dessinés" surprend ; en effet, Frédéric Pajak se veut "nietzschéen", or Marcel Bascoulard, clochard, travesti et dessinateur, mort assassiné de surcroît, est sans doute le moins nietzschéen des artistes, plus près du "loser" que du "surhomme". La biographie dramatique et pittoresque de Bascoulard éclipse son oeuvre, au point que "Le Monde" et les "Cahiers dessinés" ont fait le choix d'illustrer article et catalogue par une photographie de l'artiste, plutôt que par l'un de ses dessins. Les paysages architecturés de Bascoulard, qu'il monnaya pour survivre à ses concitoyens pendant trente ans, sont aussi banals que son existence, ponctuée d'épisodes dramatiques, à commencer par l'assassinat de son père par sa mère, est "hors norme". Une sociologue esquisse cette explication psychanalytique des moeurs marginales de Bascoulard, dans lesquelles elle discerne : "une démarche non seulement d'identification à la mère, mais aussi de désappropriation d'une culture de la famille." Ne visant pas l'originalité, mais une sorte de philosophie naturelle, Nietzsche aurait sans doute récusé toute analyse médicale de son art, à l'instar d'Artaud (défendant Van Gogh) ou du critique littéraire juif Karl Kraus, acharné dès son émergence à démolir la théorie de Freud à l'aide de mots d'esprits ironiques.

    Il n'est pas moins vrai que certains marginaux, déshérités ou pauvres, font preuve d'une force de caractère hors du commun, qui semble défier les lois de la nature, et par conséquent de l'art. Bascoulard était surnommé "le Diogène d'Avaricum".

    + "18-Les Nouvelles", semestriel gratuit distribué aux habitants du 18e arr. de Paris n'est pas seulement dédié à la vie économique, sociale et gastronomique de ce quartier, mais comporte aussi quelques rubriques culturelles. Le dernier numéro paru revient ainsi sur la carrière de l'illustrateur Francisque Poulbot, dont l'article affirme d'emblée que les créations ont été plagiées dans le monde entier, et qu'elles ont joué un rôle décisif dans l'histoire du dessin et l'histoire tout court. Il est fait ici allusion au rôle de propagandiste et de soutien moral des civils joué par les dessins de Poulbot, qui représente les gosses déshérités, et parfois affamés, avec des mines néanmoins réjouies et remplies de confiance. Le patriotisme de Poulbot constitue un revirement, puisque ce dessinateur contribua avant guerre à des journaux satiriques et/ou anarchistes. L'article explique que l'artiste a changé son fusil d'épaule en raison de la proximité des canons allemands à longue portée, cette menace ayant pour effet de resserrer les liens de la population. Rien de tel en somme qu'une bonne guerre pour restaurer la solidarité entre Français, plus enclins à l'individualisme en temps de paix. F. Poulbot s'est éteint avenue Junot en 1946, après avoir contribué aux "bonnes oeuvres" et ouvert un dispensaire pour les enfants nécessiteux de la Butte. Sa tombe est au cimetière de Montmartre.

    Le critique d'art britannique E. Gombrich n'aimait rien tant que mettre les pieds dans le plat et contredire les grandes doctrines esthétiques à la mode, aussi bien les doctrines conservatrices que modernistes. A propos des estampes d'Hokusai (encore exposées au Grand-Palais), il fit bien sûr la remarque de leur influence décisive sur les impressionnistes en général et Manet en particulier. Ceux-ci trouvèrent dans cette façon de composer et de dessiner, radicalement différente des canons du XIXe siècle, un point de départ à leur nouvelle manière. Mais, s'écartant de la tradition japonaise, et méprisé pour cette raison par les amateurs d'art de ce pays, cet art de l'estampe, complète Gombrich, empruntait lui-même au XVIIIe siècle européen et sa production d'images imprimées, sur des thèmes souvent triviaux. Cela explique peut-être l'engouement des artistes et du public français pour l'art d'Hokusai, même si l'exotisme joue aussi un rôle.

    "Aussi intimidant cela soit-il pour un artiste en herbe de dessiner des inconnus dans le plus simple appareil, c'est un exercice fondamental pour apprendre à bien dessiner. C'est essentiel. Quand on maîtrise la forme du corps humain, jusqu'à son asymétrie, la difficulté des proportions et la subtilité de l'éclairage, alors on peut comprendre et dessiner n'importe quoi. C'est pourquoi cela représente la part principale d'un bon enseignement artistique. C'est aussi, je pense, bon pour l'esprit." Ainsi plaide Richard Johnson dans le "Washington Post" pour l'apprentissage du dessin d'après le modèle vivant. Il exécute pour sa part des dessins pour illustrer des reportages dans ce quotidienOn connaît quelques exemples d'excellents dessinateurs qui ont pu s'affranchir de cette méthode, comme Daumier, bénéficiant d'une excellente mémoire visuelle et qui a recopié avec acharnement les dessins d'artistes confirmés avant de le devenir lui-même. R. Johnson exagère le côté intimidant qu'il y a à dessiner des personnes nues ; seule une disgrâce quasi-cadavérique peut éventuellement être gênante ; bien des situations de la vie quotidienne sont plus intimidantes. Cependant la pudeur est souvent invoquée en France pour restreindre l'accès des cours de dessins aux personnes majeures, en raison de l'ingérence excessive de l'administration dans une matière dont elle ignore à peu près tout. Cette pudibonderie prête évidemment à sourire quand on sait les dommages collatéraux de la "culture numérique" sur ses adeptes les plus frénétiques.

    + Le site de partage de fichiers Issuu.com permet non seulement de lire les anciens n° de Zébra gratuitement, mais également d'autres fanzines de BD roumains, espagnols ou britanniques, ainsi que quelques anciens numéros de magazines vendus en kiosque comme ce "Fluide Glacial" spécial "Rolling-Stones", avec une petite chronique en prime signée Frémion sur l'humoriste André François. Le fanzine de BD "Flûtiste" (cinq n° parus), à l'initiative de quelques élèves de l'école Olivier de Serres, y met aussi ses anciens numéros en ligne, comme ce n°3 "spécial bizness".

  • Blaise (opus 2)****

    Le comique cht’i Dany Boon prônait récemment lors d’une conférence de presse un humour proche dewebzine,bd,gratuit,zébra,fanzine,bande-dessinée,critique,kritik,blaise,opus 2,dimitri planchon,fluide glacial,françois hollande,cht'i,dany boon,éthique,humoriste,rhétorique,baudelaire,satan,diabolique l’amour. Ah, l’amour : des alcôves présidentielles jusqu’au Restau du cœur, en passant par les conférences internationales de paix, il est partout ! Qu’est-ce qu’on ne ferait pas sans l’amour…

    Et si l’humour n’était pas plutôt diabolique ? La démonstration de Baudelaire en ce sens est non seulement plus convaincante, mais plus intéressante. Surtout quand on la rapproche de l’adage selon lequel « le rire est le propre de l’homme ». On peut ainsi en déduire une création de l’homme par Satan, déduction somme toute assez logique pour qui étudie attentivement le comportement humain.

    « Diabolique » peut se traduire par « irréligieux », voire « athée ». Et c’est là où je voulais en venir : l’humour de Dimitri Planchon est irréligieux à souhait, il ne ménage pas la morale dominante. Vous avez des valeurs ? Pas seulement des valeurs en banque, mais des valeurs éthiques ? Le sens du travail administratif bien fait, du devoir scolaire, de la fraternité ; vous admirez les dernières créations du génie humain, ou encore le progrès de la politesse vis-à-vis des noirs, des femmes, des handicapés, et de tous les opprimés de la terre, sans oublier les juifs ? Oui ? Eh bien il y a des chances pour que vous soyez délicieusement choqués par l’humour de Planchon, qui n’a même pas pitié des adolescents, dont la complicité avec toute cette religion d’amour à toutes les sauces (c’est le cas de le dire) remonte pourtant à moins loin.

    «Délicieusement», car souvent lorsque le diable paraît, le dévot ou la dévote se pâme. Il y a en nous, dans ce petit tas de culpabilité servile que chacun de nous trimballe et que les philosophes baptisent pompeusement « éthique », en même temps le désir que ce petit tas soit violé ou bousculé, dérangé par l’humour ; ça se traduit en général par le fait que, du point de vue social, le plus religieux, les assassins, les dictateurs, les artistes, les aventuriers, bref tous ceux qui n’hésitent pas à transgresser la loi, sont beaucoup plus fascinants que les gens normaux. A force d’être normal, François Hollande finissait par être suspect dans son palais de l’Elysée ; en changeant de femme chaque année, il devient une sorte de super-héros.

    C’est grâce à des humoristes comme Planchon que les peuples germaniques, qui ne connaissent que les dures lois de la rhétorique ou de l’algèbre, nous envient. Voilà pourquoi la France est la mieux ou la moins mal parée pour affronter la crise : parce qu'elle a des humoristes, tandis que les pays étrangers n'ont que des solutions allemandes à la crise.

    C’est du moins toujours ce que je dis à des étrangers ou des provinciaux qui veulent comprendre la France : lisez « Fluide Glacial » (où Planchon publie).

     

    Blaise, opus 2, Dimitri Planchon, Glénat, 2010.

  • Revue de presse BD (68)

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    Caricature tirée du blog "Politburo", par Pochep ("Mauvais Esprit" & "Fluide Glacial")

    + Le 9e Festiblog a lieu ce week-end dans le IIIe arr. de Paris (28-29 sept.), sur le thème des jeux vidéos. Il est parrainé par les blogueurs-BD Leslie Plée & Bastien Vivès. Programme complet sur le site du festival. Parfois décrié par la corporation, le Festiblog connaît un succès grandissant et peut se targuer d'apporter à la BD française du sang neuf. L'éditeur Lewis Trondheim, ainsi, n'a pas hésité à puiser dans ce vivier pour sa nouvelle revue "Papier" (sic). Le Festiblog finira-t-il par détrôner le festival d'Angoulême ?

    + Une initiative prête à sourire, celle d'un des parrains du Festiblog, le site "lesdedidaces.com", moteur de recherche qui permet de traquer les praticiens de ce type d'exercice rituel, à mi-chemin entre le vaudou et la guérison des écrouelles. A l'ère glaciale de l'art numérique, les chasseurs de dédicaces sont presque les derniers humanoïdes à accorder de la valeur à un petit dessin.

    + A Paris (XVIIIe arr.), le vendredi 27 sept. de 20h00 à 22h00, l'équipe du fanzine "Rien à Voir" propose un show de performances autour de la BD (à l'association Art-exprim).

    + La mémoire de René Goscinny vient d'être honorée à Varsovie (Goscinny était d'une famille juive polonaise) ; en présence de sa fille, presque aussi incontournable et inconsolable que la veuve Hergé, un buste en bronze a été dévoilé, comme on peut le voir sur cette petite vidéo (pas très BD, le buste).

    + Le regain d'intérêt pour les cours de morphologie d'après le modèle vivant (ils furent institués sous Louis XV dans les villes de province afin d'y détecter les jeunes dessinateurs les plus habiles), s'explique notamment par le besoin des concepteurs de jeux vidéos en morphologistes, capables de créer des personnages modélisables en 3D. Ce professeur a trouvé une façon plutôt originale de faire cours.

    + La sortie du nouvel album du nouveau groupe de Bertrand Cantat (Détroit) a été déprogrammée. Elle devait intervenir lors de la "Journée internationale de la violence faite aux femmes" (25 novembre). Ainsi le marketing et le féminisme font bon ménage.

    + Le dessin de la semaine est une planche de Grégoire Carlé, pour un projet en cours (Philoctète) :

     

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  • Interview Jérôme Anfré

    Jérôme Anfré régale les lecteurs de son blog GRANDS MOMENTS (depuis 2011) de strips fanzine,bd,bande-dessinée,zébra,illustration,webzine,blog,interview,jérôme anfré,caricature,grands moments,mauvais esprit,animalier,benjamin rabier,dessin,tablette graphique,fluide glacial,psikopat,numérique,brigitte bardot,lewis trondheim,quentin blake,james,boris mirroird’humour absurde à base d’animaux, triturés dans tous les sens (Brigitte Bardot ne serait pas forcément d’accord).

    Depuis quelques mois, il contribue en outre à un tout nouveau webzine hebdo, MAUVAIS ESPRIT, avec une vingtaine d’autres humoristes. Le ton de "Mauvais Esprit" évoque celui de "Fluide Glacial" ou "Psikopat", mais l’aventure d’un magazine de BD numérique, en revanche, c’est du neuf. A suivre de près, donc...

    Jérôme Anfré a accepté de répondre à quelques questions pour Zébra :

    Zombi : Avez-vous été influencé par un dessinateur animalier en particulier au départ, comme Benjamin Rabier, Quentin Blake, ou autre, qui vous aurait donné envie de dessiner ?

    Jérôme Anfré : Déjà, il faut préciser que je ne fais pas uniquement de l'animalier. Et sinon, je n'ai pas vraiment un dessinateur fétiche pour les animaux. Lewis Trondheim m'avait pas mal impressionné à l'époque mais ça n'a pas été une influence déterminante.

    Z. : Si vous deviez vous représenter sous les traits d'une bestiole, comme Lewis Trondheim en vautour, laquelle choisiriez-vous ?

    J.A. : Ours ? Chat ? je suis pas très original sur ces questions.

    Z. : Vous allez me trouver opportuniste, mais… un strip à base de zèbre, ça ne vous titille pas ?

    J.A. : J'ai fait quelque chose avec un gnou, on se rapproche... Le problème du zèbre est qu'il faut arriver à le dessiner de manière convaincante sans trop s'embrouiller avec les rayures.

    Z. : Je suppose que vos dédicaces cartonnent auprès des enfants, non ?

    J.A. : Pour l'instant, les seules dédicaces que j'ai pu faire étaient pour mes deux livres, qui n'ont pas beaucoup de rapport avec le blog, donc difficile de juger.

    Z. : Question technique : dessinez-vous entièrement à la tablette graphique ? Et combien de temps vous prend environ un de vos strips pour "Grands Moments" ?

    J.A. : J'ai mis beaucoup de temps à trouver un outil plus ou moins satisfaisant. Pour l'instant, et pour le blog, c'est de l'encrage tout bête à la plume sergent-major. La tablette graphique n'intervient "que" pour la mise en couleur.

    Pour une histoire de "Grands Moments", le temps d'exécution est assez fluctuant, et dépend surtout du temps que met l'idée à se former ; ça prend normalement 3 jours à y penser, mais ça peut être bien plus si je cale. Je peux faire des trucs à côté ou pas. Une fois l'histoire plus ou moins formée dans ma tête, ça prend à peu près 2 jours pour dessiner, encrer et mettre en couleur.

    Z. : A propos de "Mauvais Esprit" : est-ce un simple collectif d’auteurs, ou bien y a-t-il une volonté rédactionnelle derrière ? Par exemple, avez-vous des conférences de rédaction et un minimum de directives, ou bien c’est une organisation souple qui vous laisse carte blanche ?

    J.A. : ça se passe surtout par mails... Je reçois les mails collectifs réguliers (pour mettre en place des bonus ou des numéros spéciaux, par exemple) et de mon côté j'envoie mes pages par mail à James et Boris Mirroir.

    Z. : Qu’est-ce qui vous a décidé à participer à "Mauvais Esprit" ?

    J.A. : James m'a contacté, et c'était une opportunité pour participer à une aventure avec des gens que j'estime, voir ce que ça donne, grappiller un peu de sous si possible.

    Z. : J’ai le sentiment que le lecteur d’un blog gratuit n’est pas seulement incité à le lire parce qu’il fait une économie de cette façon, mais qu’on sort du rapport de consommation habituel. Partagez-vous cette impression ?

    J.A. : Je pense surtout que l'intérêt du blog est d'établir un rapport direct entre auteur et lecteurs, avec des réactions rapides qui peuvent permettre de se rendre facilement compte du ratage d'un gag par exemple. Cette intimité recèle aussi son effet pervers puisqu'on peut aussi s'enfermer dans cette proximité, s'entourer de lecteurs fans, alors qu'un éditeur peut apporter idéalement un regard plus critique et constructif.

    Z. : Y a-t-il un seuil, c’est-à-dire un nombre d’abonnés, que "Mauvais Esprit" doit atteindre pour justifier sa raison d’être ? Ou bien le simple fait d’être regroupés dans un collectif est profitable aux contributeurs ?

    J.A. : Il y a un seuil de rentabilité, mais je ne le connais pas ; il faudrait demander aux fondateurs. Je sais que pour l'instant, ce seuil n'est pas atteint.

    Z. : De toutes les tentatives de webzine analogues en cours, "Mauvais Esprit" me semble la plus astucieuse, même si je suis étonné que l’option de la gratuité n’ait pas été retenue, en misant sur des retombées indirectes. Vous avez déjà touché vos premières royalties ?

    J.A. : Il y a des contenus gratuits* pour attirer les lecteurs, mais l'idée de base est quand même de voir si on peut faire de la BD numérique payante, explorer de nouveaux modes de diffusion et de création. Il y a une certaine crise de la bande dessinée en librairie, ça justifie de se demander si d'autres usages sont possibles et si d'autres lecteurs existent.

    Z. : Avez-vous d’autres projets en cours que "Mauvais Esprit" et "Grands Moments" ?

    J.A. : Il y a des projets top secrets, mais pas assez. J'aimerais bosser plus.

    Z. : Merci !

    *Plusieurs n° du webzine de BD "Mauvais Esprit" sont consultables gratuitement et permettent de se faire une idée sur le style et le ton de cette publication hebdomadaire, à laquelle on peut ensuite s'abonner suivant des formules très souples - au mois pour 2 €, par exemple (offre spéciale -50% jusqu'à demain).

    **Caricature de Jérôme Anfré, monté sur un gnou à la manière d'Anfré, par Zombi.

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