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octobre - Page 3

  • Revue de presse BD (205)

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    + "Au début je craignais pour la vie de mes enfants, aujourd'hui je me dis que la mort aurait été un sort moins terrible que les épreuves qu'ils traversent maintenant" ; ainsi s'exprime une mère de famille de cinq enfants, retranchée dans la ville de Madaya en Syrie, non loin de Damas. Son témoignage (via un blog) a été transposé en BD, produit par l'éditeur Marvel, puis diffusé gratuitement par la chaîne de télé américaine "Abc News" (propriété du consortium Disney). La famine, la peur des bombardements et des snipers, le deuil, sont le lot quotidien des habitants de Madaya.

    Bien sûr il s'agit là de propagande puisque les Etats-Unis sont engagés dans cette guerre aux côtés des opposants au régime de Bachar-el-Assad, naguère accueilli en grande pompe dans toutes les grandes capitales occidentales ; ce témoignage est néanmoins poignant et l'impuissance des organisations de paix internationales criante.

    L'illustrateur croate Dalibor Talajic a lui-même connu la sanglante guerre civile yougoslave.

    + La Cité de la BD d'Angoulême annonce une prochaine exposition dans ses murs, consacrée à "Charlie-Hebdo", la laïcité et la liberté d'expression : "À la demande de la DRAC, et en partenariat avec le réseau Canopé (réseau de création et d’accompagnement pédagogiques dépendant de l’éducation nationale), la Cité revient aujourd’hui sur ces questions à travers une nouvelle exposition consistant en une série de vingt panneaux didactiques richement illustrés.(...)" Cette formulation indique une volonté institutionnelle de transformer la caricature en art officiel. C'est une situation orwellienne, car cela revient à purger la caricature de son caractère satirique et en faire un instrument de propagande des valeurs républicaines laïques.

    Bien sûr il y a des caricaturistes d'obédience républicaine, comme il y a des humoristes catholiques (le meilleur humoriste anglais du XXe siècle -E. Waugh-, l'était), mais la presse et les auteurs satiriques français ont peu contribué au culte républicain dans l'ensemble, sachant que la République est avant tout un ordre social et judiciaire reposant sur les forces de police et l'armée.

    + La dessinatrice Tanx a publié récemment "Des croûtes aux coins des yeux", recueil de strips publiés régulièrement sur son blog-BD (éd. "6 Pieds sous terre"). Cette sorte d'autoportrait sans concession évoque les BD "underground" de l'Américain Robert Crumb, à un (ou deux) détails près : Tanxxx est aussi féministe que Crumb est misogyne. Par chance Tanx n'adopte pas un ton trop militant et sa BD n'est pas excessivement moralisatrice (même les hommes peuvent la lire).

    Tanxxx s'efforce d'être une artiste ou une artisane (?) indépendante, ce qui n'est pas une sinécure ; elle a ainsi stoïquement refusé la médaille que la ministre de la Culture souhaitait lui décerner en récompense de bons et loyaux services rendus à la cause du féminisme & de la BD.

    Le punk est peut-être mort, mais pas encore Tanxxx.

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    Caricature de Marianne allaitant un CRS-goret, extraite du blog de Tanxxx

     

  • Revue de presse BD (204)

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    + Difficile d'échapper à Tintin en ce moment ; quelques dessins originaux de Hergé datant des années 1940 -des cartes de voeux- ont été mis en vente aux enchères. La carte ci-dessus montrant Tintin se rendant à la messe de minuit est un des rares exemples où Tintin "assume son catholicisme". On sait que Hergé reçut une éducation catholique, avant de travailler au "XXe Siècle" sous les ordres de l'abbé Wallez, ecclésiastique féru des méthodes modernes de propagande ; cependant Hergé s'éloigna peu à peu au cours de sa carrière des principes qu'on lui avait inculqués dans sa jeunesse. Par ailleurs on sait l'influence sur Hergé du scoutisme, qui enseigne à ses jeunes adeptes le respect de la nature.

    Les influences diverses et contradictions de Hergé ont déteint sur ses BD.

    + Classé parmi les auteurs dessinant "à la manière de Hergé", le scénariste et dessinateur de BD Ted Benoît est décédé fin septembre. Ted Benoît (Thierry Benoît à l'état civil) était peu connu du grand public, travaillant surtout pour la publicité, avant de reprendre en 1996 la série à succès "Blake et Mortimer" créée par Edgar Jacobs. Pour justifier cette reprise, T. Benoît affirmait : "Contrairement à Hergé, dont l'oeuvre est une “comédie humaine” très personnelle qui, sans lui, n'aurait aucun sens, Jacobs appartient à la grande tradition feuilletonesque. (...)"

    C'est inexact ; Hergé s'est efforcé de faire passer "Tintin" pour une oeuvre "personnelle", mais on sait grâce aux témoignages de proches collaborateurs que Hergé a subi diverses influences très nettes, tant sur le plan du dessin que du scénario. Hergé a beaucoup travaillé à polir ses BD, les redessinant méticuleusement, ce qui donne une impression d'homogénéité trompeuse.

    + Le dessinateur Charlie Schlingo était aux antipodes de Hergé, du moins pour ce qui est de la notoriété. Ironiquement, Frédéric Potet, le spécialiste de la BD au "Monde" parle de "ligne crade" pour qualifier le style de Schlingo. C'est un peu exagéré, car Schlingo était aussi très influencé par le savoir-faire américain en matière de BD.

    + Dans une interview donnée mi-septembre à Médiapart, la caricaturiste Coco affirme ne pas avoir changé sa manière de dessiner depuis le massacre de ses confrères de "Charlie-Hebdo". On lit dans cette interview une pique contre Plantu, ainsi que quelques déclarations un peu chauvines : "Je crois que beaucoup de pays nous envient la laïcité" (rien ne prouve que l'on comprend à l'étranger ce que certains Français appellent "laïcité", thème de longs prêches aussi ennuyeux qu'édifiants).

    Mais la remarque la plus intéressante est le point de vue de Coco selon lequel la caricature ne doit pas dépasser les limites assignées par la loi (et par conséquent la police, en charge de l'exécution des lois). Les caricaturistes seraient donc, en France, les seules personnes respectueuses des lois ? Que penserait-on d'un caricaturiste britannique qui dirait : - Je suis prêt à me moquer de tout, sauf de la reine. Ou encore d'un caricaturiste marocain qui dirait : - On peut rire de tout... dans les limites assignées par la charia.

    + La "Une" de "Libération" aujourd'hui nous montre l'ex-président et actuel candidat N. Sarkozy dans le costume d'Astérix, le personnage de Goscinny et Uderzo, escorté d'Eric Zemmour en Idéfix. R. Goscinny avait un certain nombre de points communs avec N. Sarkozy ; on se souvient d'ailleurs que Anne Goscinny a fait récemment partie d'un comité de soutien au président déchu. Jean-Marie Le Pen est surnommé dans son camp "le menhir", ce qui rappelle un autre personnage d'Uderzo.

    "Libération" titre sur l'effort de la droite pour "refaire l'histoire". Mais la droite et Eric Zemmour ne font en cela qu'imiter les idéologues de gauche, qui ont produit et continuent de produire leur propre version du roman national. Que l'on songe, par exemple, à l'extraordinaire opération de blanchiment du terrorisme révolutionnaire par les intellectuels de gauche au cours de la seconde moitié du XXe siècle : cette entreprise négationniste était indispensable pour fonder la mythomanie du "progrès social". Un autre moyen de mesurer à quel point la gauche baigne dans la fiction, c'est de mesurer la distance qui la sépare de Marx (conscient dès le début de l'hypocrisie des "Droits de l'Homme").

    La question est de savoir pourquoi la droite éprouve actuellement à son tour le besoin de produire une version cultuelle de l'histoire de France, au niveau de la bande-dessinée pour les gosses ? La réponse est simple : parce que la gauche se ramène désormais à un point de vue intellectuel et élitiste. Les élites intellectuelles sont fascinées par des fictions et des mécanismes encore plus abstraits, telles que les institutions technocratiques européennes, qui fonctionneraient parfaitement bien si l'homme était un robot.

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  • Revue de presse BD (162)

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    + La petite souris de Plantu et son auteur bénéficient d'une tribune de premier plan, à savoir la "Une" du "Monde". Dans "Souris et tais-toi", à paraître en novembre prochain, Plantu aborde la question de l'autocensure et du "politiquement correct" croissants. On sait que Plantu ne fait pas l'unanimité au sein des dessinateurs de presse, pour diverses raisons (de son vivant, Cabu n'hésitait pas à l'égratigner). La meilleure raison est que Plantu officie au "Monde", quotidien pas très sérieux d'un point de vue satirique.

    La censure est en Occident surtout officieuse et indirecte. A. Huxley faisait remarquer que la "liberté sexuelle" ou la "liberté de jouir" devient la seule liberté dans les pays capitalistes ; en effet, rien n'est plus "politiquement correct" que la pornographie aujourd'hui. La quantité astronomique d'ouvrages parus et paraissant est aussi une cause de censure indirecte. L'exégèse universitaire est encore un autre moyen, qui consiste à amoindrir la portée de certains philosophes subversifs ; sur le plan politique, la liberté consiste principalement dans l'interdiction de l'opinion adverse.

    + Frédéric Potet, spécialiste de la BD au "Monde", conclut un "papier" d'une pleine page consacré au collectionneur Jean-Arnold Schoofs (24 oct.) par ces mots : "L'âge de l'angélisme est loin en bande-dessinée, définitivement". Le collectionneur qui cachait à sa femme qu'il dépensait leurs économies en planches de BD et dessins originaux, et à qui ses enfants en voulaient de dilapider le patrimoine familial, vient de vendre aux enchères une bonne partie de sa collection chez Sotheby's.

    + "Le Papyrus de César", dernier album d'Astérix, tiré à deux millions d'ex. a envahi les étals des libraires. C'est encore Frédéric Potet qui, dans "Le Monde" (23 oct.) décrit en détail la fabrication de cette "poule aux oeufs d'or" éditoriale. Il semble que ce n'est pas une mince affaire pour les repreneurs de la série, Conrad et Ferri, de satisfaire aux exigences du service marketing des éds Albert-René, d'Uderzo et de la fille de René Goscinny qui supervisent l'album. A certaines déclarations des auteurs, on devine qu'ils en ont déjà ras-le-casque.

    + Un nouvel accrochage a été décidé pour fêter les trente ans du Musée Picasso, installé dans l'hôtel Salé. Celui-ci renferme la plus importante collection d'oeuvres signées du pape incontesté de l'art moderne. Le ticket d'entrée, assez cher (autour de 10 euros), fait oublier que Picasso fut un pape communiste. Dans une ambiance un peu feutrée, on peut admirer une variété d'oeuvres un peu monotone : à la fois Picasso explore des sujets (le paysage n'est pas son point fort) et des techniques différentes (il a un tempérament de sculpteur), mais on reconnaît sa "patte" (de minotaure). Le culte de la personnalité est plus net que dans des musées consacrés à plusieurs artistes. Laurent Le Bon, chargé de la nouvelle disposition, explique d'ailleurs que Picasso soignait et contrôlait son image dans la presse ; à l'instar de certains politiciens, il fut son propre thuriféraire. On peut y voir une disposition d'esprit macabre et féminine, non seulement la vitalité et la fécondité dont tout le monde parle.

    "On n'a pas un Picasso sacralisé, même s'il y a énormément de chefs-d'oeuvre", indique Laurent Bon de la manière la plus ambiguë qui soit, c'est-à-dire trahissant cette nouvelle forme de sacralité contenue dans l'art moderne, qui n'ose pas dire son nom mais qui est bel et bien présente.

    + Après onze numéros, la revue de bande-dessinée "Aaarg !" distribuée en librairie doit s'interrompre, faute de trésorerie. Son rédacteur en chef Pierrick Starsky avouait déjà récemment avoir été contraint de revoir la rémunération des contributeurs à la baisse. "Aaarg !" devrait se métamorphoser en magazine mensuel et inclure quelques pages "d'actualité". René Goscinny avait réagi ainsi à la concurrence de "Charlie-Hebdo", créant dans "Pilote" des pages d'actualité.

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  • Revue de presse BD (161)

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    + Un architecte en chef des monuments historiques, Philippe Villeneuve, a pris l'étonnante initiative d'orner la Tour de La Lanterne à La Rochelle de deux gargouilles à l'effigie de Cabu et Wolinski lors des travaux de rénovation ; deux femmes nues encadrant le faciès grimaçant de Wolinski est censé souligner la ressemblance. Pourtant on avait cru comprendre d'après Cabu que le diable, c'était Sarkozy ou Le Pen !?

    + Plus vivant Wolinski, ainsi que les piliers de "Charlie-Hebdo-Hara-Kiri", Cavanna et Choron, dans cette archive filmée datant de 1972. Wolinski et Cavanna expliquent ce qui différencie leur art du militantisme. En vieillissant, "Charlie-Hebdo" deviendra de plus en plus militant.

    De plus on peut voir une altercation entre Choron et Siné, ce dernier reprochant à "Hara-Kiri" de ne pas se mêler de politique. - Les gauchistes sont des fumiers ! suggère Choron pour légender un dessin ; - Ne compte pas sur moi pour écrire un truc pareil ! réplique Siné. La subversion de la subversion par la gauche, jusqu'à en faire un code vestimentaire bobo imposé par la gauche à la droite.

    + Interwievé par le site "Actuabd" pour sa BD sur L.-F. Céline (avec les frères Brizzi, chez Futuropolis), l'acteur Christophe Malavoy donne les raisons qui l'ont poussé à adapter son idée en BD plutôt qu'au cinéma :

    - Ce film que vous vouliez réaliser est tombé à l'eau ?

    Cette production cinématographique est un gros investissement sur un sujet qui demeure délicat pour beaucoup." Autrement dit, la censure n'est pas aussi stricte en BD qu'elle l'est au cinéma.

    + La revue "Saison", produite par le site belge "Grandpapier" livre son dernier opus n°6 (faute de temps, les rédacteurs ont décidé de jeter l'éponge) ; "Saison" sélectionne les meilleurs chapitres de BD publiés gratuitement sur le site "Grandpapier". On peut lire par exemple "Les Portes de l'Enfer", par Helkarava, une sorte de version "hipster" de "L'Enfer" de Dante.

     

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    Planche extraite de "Les Portes de l'Enfer" par Helkarava (Saison n°6)

  • Revue de presse BD (160)

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    + Robert Crumb, le pape de la BD underground américaine est toujours en verve, comme l'atteste une interview donnée récemment à "The Observer" (14 oct-anglais), intitulée "Robert Crumb vous déteste" ;. Il y est beaucoup question de ses fantasmes sexuels et de ses rapports compliqués avec les femmes, mais pas que. Extraits :

    - (...) Un jour en janvier 1967, je me suis tiré à San-Francisco sans le dire à ma femme, laissant tomber mon boulot dans le commerce des cartes de voeux. La culture hippie de Haight-Ashbury [quartier de SF] où tout à commencé pour moi, c'était plein de types ne foutant rien de la journée et attendant que les femmes leur ramènent de la nourriture. La "gonzesse" devait leur procurer un foyer, leur cuisiner des petits plats, et même payer le loyer. C'était pas mal décalqué des moeurs patriarcales de nos ancêtres, sauf que nos ancêtres chassaient, eux, la plupart du temps. "L'amour libre" voulait dire le sexe et la nourriture gratuits pour les mecs. C'est sûr, les femmes aimaient ça aussi, elles faisaient beaucoup l'amour, mais ensuite elles se mettaient au service des hommes. Et même dans les groupes militants de gauche, les femmes étaient toujours reléguées au secrétariat ou aux petits boulots. On était tous sous LSD, donc ça a pris quelques années avant que la fumée ne se dissipe et que les femmes se rendent compte qu'elles avaient passé un contrat de dupes avec leur branleur de mâle hippie. Les types qui dans ces années-là surent se mettre en avant étaient tous des escrocs, des gourous qui disaient "peace and love" du bout des lèvres et ne pensaient qu'à baiser toutes leurs disciples en adoration. Timothy Leary était comme ça. Un charlatan fini. (...)"

    - Avez-vous déjà pensé au suicide ?

    - Oui. La dernière fois que j'en étais proche, c'était en 1986. J'étais au sommet de ma célébrité. La BBC est venue à la maison faire un reportage sur moi et on m'a rendu hommage à ce festival, en France, le festival international de BD d'Angoulême. Tout ça a contribué à ma célébrité. J'avais besoin d'argent, donc j'ai accepté l'offre de la BBC. Ils ont investi ma maison avec leurs caméras, leurs projecteurs et toute leur merde - c'était atroce. Ensuite je me suis rendu à ce gros festival en France, dont j'étais la vedette. Ils ont fabriqué une tête géante à mon effigie, que les badauds pouvaient traverser. Toutes mes BD étaient affichées dans cette tête géante. Une vraie torture. Il y a avait des journalistes, des photographes partout. J'étais dégoûté par cette vie. (...)

    - Le suicide de Charles [frère aîné de Robert] vous a-t-il bouleversé ?

    - Non, ça m'a soulagé. C'était un personnage sombre et tragique. La dernière fois que je l'ai vu, il m'a dit : - Si je n'arrive pas à m'en sortir, je me tuerai. C'était aussi un écrivain fascinant et intéressant. Un grand auteur de BD quand il était jeune, mais il a cessé ensuite de s'intéresser à la BD. Il était très fier de mon succès car j'étais un peu comme son élève.

    - Il y a plein de gens en Amérique qui vivent dans leur lit comme Charles [frère aîné de Robert] ; c'est un truc américain. Il y a plein de gens comme ça, des hommes et des femmes. Il était gay, n'est-ce pas ?

    - Il n'a jamais eu de relation sexuelle. Il aimait les hommes jeunes. C'est en effet un truc américain - cet isolement extrême, cette aliénation, cette solitude. (...)"

    - Mon travail a eu un vaste audience parce que j'ai usé d'une manière très traditionnelle de dessiner pour dire quelque chose d'assez personnel et délirant. (...) Donc j'étais parfaitement conscient d'essayer de toucher un lectorat avec mon travail, de ce qu'il fallait faire et ne pas faire pour que ce soit lisible, pour que ça reste distrayant.

    - C'est très commercial comme procédé pour un auteur de BD underground...

    - Mais il ne s'agissait pas de commerce. C'était une question de communication. J'utilisais mes compétences en BD traditionnelle pour faire part de mes expériences personnelles. La BD était un genre que j'avais adoré toute ma vie. Et c'était la seule manière que je connaissais d'entrer en contact avec l'espèce humaine.

    + La dernière "Université de la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme" qui s'est tenue début octobre proposait des interventions d'humoristes : Jul, Ranson, Halévêque, etc., sur le thème : "Faites l'humour, pas la haine". François Forcadell fait remarquer sur son blog que c'est plutôt gonflé de la part de la Licra et Me Jakubovicz, car ils sont à l'origine de l'éclatement de "Charlie-Hebdo" en deux clans rivaux, la Ligue ayant intenté un procès à Siné pour antisémitisme, qui divisa durablement le petit milieu des humoristes et dessinateurs de presse.

    Plus généralement, il faut dire que c'est la politisation croissante de la presse qui a accru les divisions entre artistes. De plus, l'intérêt pour la caricature d'institutions en charge de défendre la morale publique : Licra ou autre ligue de vertu, Education nationale, tel haut fonctionnaire affecté à la Commission européenne, etc., a un côté "orwellien" ; afin de préciser l'adjectif, citons donc Orwell : "Les intellectuels sont portés au totalitarisme bien plus que les gens ordinaires."

    + Rançon du succès, les auteurs de BD sont à leur tour victimes d'escrocs et de faussaires, après les artistes modernes du XIXe et XXe siècles. Sur son blog, l'auteur de BD Li-An ("Boule de Suif") a même créé une petite galerie pour éviter aux collectionneurs de Moebius de se faire arnaquer. On peut voir que les faux exposés sont assez grossiers.

    Plus inspiré ou plus vicieux (au choix), l'artiste britannique Damien Hirst, avait investi sciemment une partie de sa fortune dans de faux Picasso vendus sur e-Bay, afin de doper leur cote pour perturber les collectionneurs et illustrer ainsi le caractère aléatoire du fétichisme (si j'ai bien compris le propos de D. Hirst).

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    Dessin vendu comme une oeuvre originale de Moebius sur le site de vente aux enchères E-Bay.com

  • Revue de presse BD (159)

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    Le client sérieux, par E. Degas

    + Le musée d'Orsay consacre une exposition à la place des "femmes vénales" dans la peinture du XIXe (jusqu'au 17 janvier). La distinction entre "modèle" et "prostituée" n'est alors pas nette, et la mode naturaliste fit que certains peintres choisirent de peindre leurs modèles "dans leur jus", plutôt que de les idéaliser.

    Le quotidien démocrate-chrétien "La Croix" (Sabine Gignoux) déplore certains aspects racoleurs de l'expo. Mais, après tout, le racolage n'est-il pas un aspect essentiel de l'art désormais ? Cependant il est à la fois ambigu et abusif d'attribuer aux prostituées un rôle actif dans la "révolution de l'art moderne". Si la beauté, disons au sens antique du terme, a été dévaluée au profit du "charme", les modèles des peintres n'en sont pas directement responsables. On pourrait citer le cas de peintres qui ont préféré souligner la laideur et le côté sordide de la vie bourgeoise bien rangée (Degas, Valloton). La pornographie occupe désormais dans la culture occidentale une place prépondérante, et les peintres du XIXe n'ont pas contribué à cette libéralisation de l'esclavage. Baudelaire souhaitait que les peintres traitent de la prostitution afin d'illustrer la sauvagerie de la civilisation.

    + Après une interruption, le Festiblog revient le week-end prochain à Paris. Ce festival créé en 2005 permet aux blogueurs-BD de rencontrer leurs fans, plus ou moins jeunes, lors de séances de dédicaces qui font le succès de ce type d'événement. Dans l'intervalle, le Festiblog a été rebaptisé "We Do BD" ; ça semble presque un contresens, puisque le phénomène est très franco-français ; la liste des blogueurs-BD en dédicace en témoigne.

    Parmi eux, Laurel a récolté onze fois les 10.000 euros qu'elle réclamait sur Ulule.com (site de financement participatif) afin de pouvoir publier le récit de son expatriation en Californie. L'auteur a déclaré que le surplus servirait "à améliorer la qualité du papier et de la couverture de son album". Il est probable que l'édition traditionnelle, en crise plus ou moins larvée depuis des années, soit affectée par ces nouveaux modes de financement "directs" des auteurs.

    + Les amateurs de caricatures ne doivent surtout pas manquer, sur le site Gallica (Bnf), l'expo de 69 "portraits sans concession" dessinés et mis en couleurs par le portraitiste Lagneau (1590-1666). "Portrait sans concession" est, certes, un euphémisme pour dire "caricature", mais elle permet de rappeler que l'aptitude à saisir la psychologie et l'expression caractéristique du modèle rendent la frontière entre caricature et portrait incertaine. Auteur d'un mémorable "portrait sans concession" de la reine Marie-Antoinette, J.-L. David était également un portraitiste de grand talent.

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    Portrait d'homme et sa gourde, par Lagneau

  • Revue de presse BD (158)

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    + Le romantique marin globe-trotter Corto Maltese est de retour, dans un nouvel album intitulé "Sous le Soleil de Minuit". Canalès et Pellejero, "repreneurs" de la célèbre série de Hugo Pratt se montrent scrupuleusement fidèle à l'original ; en effet, ils ont repris jusqu'au découpage des planches de H. Pratt. Ils ne se sont pas risqué sur le terrain de l'ésotérisme, dont H. Pratt était féru, au point qu'une exposition dédiée à Corto Maltese fut organisée par un musée de la franc-maçonnerie en 2012.

    + Entreprise plus originale, l'adaptation en BD de Louis-Ferdinand Céline, personnage un peu plus sulfureux que Corto Maltese ("La Cavale du Dr Destouches") ; plus exactement de la fuite en Allemagne de Céline, qu'il narra dans "Nord" et "D'un Château l'Autre" ; l'acteur Christophe Malavoy s'est inspiré pour son scénario de ces chroniques historiques ; après F. Luchini et M.-E. Nabe, entre autres, C. Malavoye se fait l'avocat de l'écrivain maudit. Les frères Paul et Gaëtan Brizzi signent là leur première bande-dessinée, mais ne sont pas exactement novices car ils ont travaillé auparavant sur des dessins-animés. Leur dessin "burlesque" est fait pour coller au plus près du style de Céline, dont Malavoy rappelle qu'il apprécia les dessins animés et les BD de Paul Mac-Orlan.

    + Alors que la Coupe du monde de rugby bat son plein, le dernier n° du mensuel humoristique "Fluide-Glacial" publie opportunément un (bon) numéro spécial consacré à "ce sport de tapettes".

    Plus sérieusement, on constate que les publications satiriques populaires sont les dernières à oser se moquer des jeux du cirque. Le temps semble révolu où les intellectuels exerçaient leur esprit critique contre la "société du spectacle", pour reprendre l'expression de Guy Debord - ou encore à la "culture de masse", pour citer Hannah Arendt, stigmatisant ses effets pernicieux. "Est-il de l'essence même de la vérité d'être impuissante, et de l'essence même du pouvoir d'être trompeur ?" s'interroge par exemple Arendt dans "La Crise de la Culture" ; comment ne pas voir dans les jeux du cirque, version "coupe du monde de rugby 2015", une tromperie manifeste mise en oeuvre par le pouvoir ?

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    Bio de H. Arendt en BD (chez Naïve)