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février - Page 3

  • Revue de presse BD (221)

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    Les auteurs de BD caricaturés par O. Duhamel pour le quotidien publicitaire "20 Minutes".

    + Lors du festival d'Angoulême, la presse française tente de se donner des couleurs en faisant illustrer ses pages par des auteurs de BD. Proche parent du dessinateur de presse, le bédéaste ne maîtrise cependant pas toujours l'art du dessin de presse, dont les règles de composition diffèrent. Rares sont les auteurs qui, comme Cabu ou Willem, sont à l'aise dans les deux genres.

    Le quotidien "bobo" "Libération" (Quentin Girard) a reproché au jury d'Angoulême (composé de nombreux auteurs professionnels) un choix "conservateur" pour son Grand Prix, cette année (Cosey) comme l'année dernière (Hermann) ; la Une de "Libé" était illustrée pour l'occasion par un auteur de manga à la mode.

    La chaîne "TF1" a beaucoup contribué à l'essor des mangas en France en achetant à la fin des années 80 pléthore de dessins-animés nippons à bas prix pour remplir une grille de programmes destinés aux enfants, dont on sait la vocation principalement publicitaire. Les éditeurs de BD franco-belge ont surfé ensuite sur ce "phénomène de société". La grosse ficelle de "l'ouverture culturelle" est usée jusqu'à la corde.

    + "Prix Charlie Schlingo" 2017, le caricaturiste Gab ("Zélium") jette sur le festival dans ce dessin webzine,bd,gratuit,fanzine,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,février,2017,actualité,festival angoulême,cosey,hermann,quentin girard,libération,manga,tf1,dessins-animés,nippon,bédéaste,charlie schlingo,gab,charlie-hebdo,guillaume erner,jean-edern hallier,idiot international,bruno duhamel,20 minutes(ci-contre) un regard plus prosaïque ; le festival repose en effet sur le rituel incontournable des dédicaces.

    + Plus confidentiel que le Grand prix, le prix du fanzine 2017 a été attribué au fanzine "Biscoto", qui vise (en principe) un public d'enfants. Jean-Christophe Menu a décrit dans "Fluide-Glacial" (juin 2014) les modalités de ce petit concours underground qu'il qualifie "d'institution la plus pérenne du festival".

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    + Dans "Charlie-Hebdo" de la semaine dernière (25 janvier), le chroniqueur Guillaume Erner, également employé par "France-Inter", s'en prend violemment à feu Jean-Edern Hallier, fantasque rédacteur en chef de "L'Idiot international" et ennemi juré de François Mitterrand (sur lequel un documentaire a récemment été diffusé) : "Pour le dire brièvement, Hallier était à la fois un salaud et un mauvais écrivain." Tout en reprochant à Hallier son style polémique, G. Erner ne se gêne pas pour en user contre lui. "Salaud" par rapport à qui ? "Mauvais écrivain" par rapport à qui ? Après Siné et Dieudonné, Jean-Edern Hallier se fait traiter d'antisémite dans les pages de "Charlie-Hebdo" ; pourtant les Juifs de France n'ont pas été déportés par des polémistes, mais par la police républicaine laïque au service de l'appareil d'Etat.

    + "Charlie" publie en outre un manifeste féministe d'Elisabeth Badinter ; celle-ci ywebzine,bd,gratuit,fanzine,bande-dessinée,revue,presse,hebdomadaire,février,2017,actualité,festival angoulême,cosey,hermann,quentin girard,libération,manga,tf1,dessins-animés,nippon,bédéaste,charlie schlingo,gab,charlie-hebdo,guillaume erner,jean-edern hallier,idiot international,élisabeth badinter,vuillemin,anti-islamisme défend le point de vue (contestable) selon lequel l'islamisme serait avant tout une affaire d'hommes, et l'anti-islamisme une affaire de femme, avant de s'en prendre au "féminisme communautariste" (?). Mais on s'amuse surtout de voir le manifeste d'E. Badinter illustré par Vuillemin, dont le style contraste nettement avec celui d'Elisabeth Badinder. Il est vrai que, chez Vuillemin, les hommes et les femmes sont également moches.

    + "La Revue dessinée", qui propose des reportages en BD sur des sujets d'actualité ou de société, vient de s'adosser au gros éditeur Delcourt, qui fait son entrée dans le capital de cette petite publication.

    Par ailleurs le même éditeur de BD, Delcourt, vient de s'associer avec les éditions du Seuil afin de publier des adaptations d'ouvrages de sociologie en BD.

    +Le trophée Presse-Citron (école Estienne/BNF) du dessin de presse a dévoilé l'affiche de son édition 2017. Deux prix sont remis à des caricaturistes, l'un dans la catégorie "étudiants", l'autre dans la catégorie "professionnels". Pour participer, il faut envoyer ses dessins avant le 1er mars. Le prix étudiant est décerné par un jury de dessinateurs professionnels et le prix professionnel par un jury d'étudiants de l'école Estienne.

    Peu après avoir remporté le 1er prix en 2016, l'Enigmatique LB qui contribue bénévolement au fanzine "Zébra", s'est vu proposer de dessiner régulièrement pour "Siné-Mensuel".

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  • Revue de presse BD (179)

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    + Le nouveau directeur de "Charlie-Hebdo", Riss, lance un "prix littéraire" ouvert aux 12-22 ans, doté de quelques milliers d'euros. Sujet de l'exercice : "Et si on remplaçait le bac par..." ; les copies sont à rendre avant le 20 avril prochain.  Riss ne dit pas si le jury tiendra conte de la réform de l'ortograf (vieille lune déjà sujet de plaisanterie chez Alphonse Allais).

    + Martin Veyron ("Bernard Lermite") sort de la satire sociale, son domaine de prédilection, pour publier l'adaptation d'une fable méconnue de Tolstoï, "Ce qu'il faut de terre à l'homme" (ou : "Le Moujik Pakhom"). Si l'adaptation d'oeuvres littéraires n'est pas chose nouvelle en bande-dessinée, la mode bat son plein en ce moment, pour le meilleur et pour le pire ; nous signalions récemment la bonne adaptation de "Don Quichotte" par Rob Davis.

    Au magazine d'obédience catholique "La Vie" (21 janvier), M. Veyron a donné des détails sur ce travail d'adaptation : "Depuis des décennies, j'avais envie de traiter de façon contemporaine les exagérations du progrès, qui n'est plus perçu comme une chose bénéfique. Un constat dû à la surproductivité, à la fois dans l'agriculture et dans l'industrie, qui apporte plus de poison que de bonheur. (...)" "Exagération du progrès" est une litote délicate pour traduire le recul. Et le choix de Tolstoï par M. Veyron peut surprendre ; en effet, le romancier russe, qui fit fortune avec sa plume, était de surcroît un aristocrate, propriétaire terrien persuadé du bienfait de la réforme agraire et du partage des terres : appliquée par le pouvoir soviétique avec une main de fer, au nom du progrès, la réforme agraire fit des millions de victimes.

    On note cette contradiction dans les propos de M. Veyron, qui déclare : "Je suis donc resté très fidèle à l'oeuvre originale", mais un peu plus loin ajoute : "Le diable est présent dans sa nouvelle. Je l'ai évacué, car je pense que le mal est en l'homme, qui n'a nul besoin de démons extérieurs pour ne pas faire le bien..." Le problème de la fidélité de l'adaptation est posé ici ; en effet, ôter le diable des romans de Balzac ou des poèmes de Baudelaire, par exemple, reviendrait à les trahir. Le préjugé ou la mentalité moderne peuvent être choqués par la façon de croire le diable une puissance extérieure à l'homme, qui le dépasse, mais à quoi bon, dans ce cas, se prévaloir d'un auteur qui pense différemment en apposant son nom sur la couverture ? C'est une pratique condamnable du point de vue de la critique littéraire, quasiment une forme de censure.

    + En matière de récupération, la palme revient à la chroniqueuse radio et télé Natacha Polony ; celle-ci copréside un "comité Orwell", qui s'est réuni pour la première fois en janvier 2016. Quel rapport y a-t-il entre cette journaliste, à qui le sobriquet de "Zemmour light" va comme un gant, et l'essayiste marxiste anglais George Orwell ? Les références politiques de N. Polony sont de Gaulle, la République française, les valeurs laïques, J.-P. Chevènement, toutes très éloignées de la critique du totalitarisme d'Orwell, qui n'épargne pas le fonctionnement de l'Etat moderne et sa culture mystique. Du point de vue marxiste, la culture laïque est une religion d'Etat, et l'institution républicaine ne fait que reproduire le fonctionnement de l'Eglise romaine.

    De façon plus caractéristique encore, on a pu entendre Natacha Polony vanter, à l'instar de Jean-Pierre Chevènement, les mérites de l'enseignement du "roman national". C'est une façon de présenter le mensonge national et le blanchiment des valeurs républicaines de façon positive, très éloignée de l'action de dire la vérité, présentée comme un acte révolutionnaire par Orwell, "en ces temps d'imposture universelle".

    + La dessinatrice Lisa Mandel a fait une petite incursion dans la "jungle de Calais", bidonville peuplé d'immigrés prêts à tout pour passer en Angleterre, mais coincés sur une bande de côte française. Accompagnée par la sociologue Yasmine Bouagga, Lisa Mandel a recueilli les témoignages de quelques-uns de ces immigrés et les publie sur un blog-BD estampillé "Le Monde" ; l'état de ses prisons en dit plus long sur l'état d'une société qu'un long essai de sociologie, de même la "jungle de Calais" est une verrue sur le nez du projet d'unité européenne, devenue un peu trop voyante. Le contraste est assez saisissant entre le reportage de Lisa Mandel, qui a le don de prêter vie aux réfugiés, et les pubs "bling-bling" diffusées par "Le Monde", pour tel ou tel parfum ou vêtement de luxe. Le luxe des uns n'a-t-il pas pour rançon la misère des autres ?

    + Le tampographe Sardon donne régulièrement des nouvelles de sa fabrique de tampons en caoutchouc humoristiques sise "rue du Repos" à Paris (XIXe), mal nommée en ce qui le concerne puisque la vulcanisation ne va pas sans un minimum d'efforts. Vincent Sardon écrivait donc dernièrement (novembre 2015) : "(...) On dirait qu'il n'y a plus que des artistes dans cette ville de merde, tu peux chercher en vain pendant mille ans un type capable de réparer un peu proprement un grille-pain, mais si tu vas boire un café au coin de la rue tu verras passer en dix minutes trois vidéastes, une chorégraphe pour enfants, un designer chauve et cinq écrivains expérimentaux en lecture chez Verticales, et qui cherchent tous les quelques mètres carrés esprit Loft qui les séparent, croient-ils, de la félicité absolue."

    + On trouve en kiosque depuis quelque temps un nouveau journal satirique, simplement baptisé "Satire-Hebdo". Sur son blog dédié au dessin de presse, François Forcadell émet des réserves à propos de ce journal mystérieux, dépourvu d'ours, et dont aucun article n'est signé (un certain Frédéric Truskolaski le financerait, selon F. Forcadell). Il est vrai que, sur le plan rédactionnel, "Satire-Hebdo" est un peu creux ou bâclé ; son rédacteur développe des idées, disons "de centre-gauche", qui ne méritent guère le qualificatif de "satirique". "Contre le PSG", "pour Jean Rochefort contre Rachida Dati", "pour Juppé contre Sarkozy", "pour Jacqueline Sauvage contre le code pénal", "pour Bowie contre Justine Bieber", etc. Mais "Charlie-Hebdo" lui-même ressemble de plus en plus à "Libération", et de moins en moins à un journal satirique. "Satire-Hebdo" a quand même le mérite de faire découvrir au grand public des caricaturistes moins connus que Riss et Coco, comme Glon ou Frizou, principaux contributeurs de "Satire-Hebdo""Charlie-Hebdo" de son côté donne l'impression d'avoir du mal à recruter de nouveaux talents, puisqu'il a dû embaucher successivement Pétillon et Vuillemin, deux vieux briscards du dessin de presse.

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    Caricature de Glon parue dans "Satire-Hebdo"

    + Le trait élégant et minimaliste de feu Saul Steinberg, dessinateur de presse et illustrateur américain ("New-Yorker") a fait des émules de ce côté-ci de l'Atlantique ; le site américain "Artsy" nous informe de la mise en ligne d'une nouvelle page web dédiée à cet artiste, où l'on peut admirer notamment un peu plus d'une trentaine de ses dessins.

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    "Six Terroristes", dessin colorié par Saul Steinberg, 1971.

     

  • Revue de presse BD (178)

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    Dessin de Damien Glez paru dans le "Journal du Jeudi" (Ouagadougou).

    + L'entreprise actuelle de réhabilitation de "Tintin" passe par plusieurs canaux. De manière significative, on voit quelques intellectuels tenter de faire passer l'oeuvre de Hergé pour ce qu'elle n'est pas, à savoir une oeuvre d'art "populaire" ou une mythologie.

    Le populisme et la culture de masse ont rendu difficile la définition de "l'art populaire". On peut exclure "Tintin" de l'art populaire, dans la mesure où il émane de la bourgeoisie belge, et tient un discours pédagogique, fait pour persuader les enfants des bienfaits de la civilisation belge. Hergé s'est approprié peu à peu "Tintin", au fil des albums ; la série vire à l'auto-justification assez creuse, dès lors que Hergé finit par se lasser des valeurs de son milieu, sans toutefois parvenir à se débarrasser de "Tintin" (comme Franquin s'était débarrassé de "Spirou").

    Il est inexact de dire que "Tintin" est une littérature dépourvue de caractère sexuel, comme probablement toute littérature "de genre", en particulier celle destinée aux enfants ; la sexualité, dans "Tintin", est sublimée, ainsi qu'elle l'est dans la littérature ou l'art puritain. La littérature libertine, à caractère explicitement sexuel, a d'une certaine façon plus de recul sur la sexualité que la littérature de Hergé ou la Comtesse de Ségur, son équivalent pour les petites filles. A contrario la culture populaire tourne habituellement le motif sexuel en dérision.

    Amaury Hauchard a rédigé récemment dans "Le Monde" un article sur la réception de "Tintin" au Congo. Celui-là s'avère ambigu puisqu'il montre que les Congolais-Zaïrois, en général, apprécient les aventures de "Tintin au Congo" et n'y voient pas le racisme fustigé par certains ; mais, dans le même temps, l'article explique que "Tintin" a été propagé par le régime dictatorial du maréchal Mobutu. La culture occidentale est donc véhiculée par la dictature au Zaïre et en Afrique ; Riad Sattouf explique même dans "L'Arabe du Futur" (avec un culot invraisemblable), que c'est le cas des valeurs laïques et républicaines.

    L'angle du "racisme", c'est-à-dire de la moraline judéo-chrétienne, est sans doute le pire angle pour critiquer Tintin. Celui-ci occulte que la propagande coloniale, à laquelle "Tintin" participa, présente aussi les populations indigènes colonisées sous un jour favorable, et non seulement péjoratif, afin de mieux convaincre des bienfaits de la colonisation. L'éloge des troupes coloniales composées d'indigènes est parfaitement antiraciste, mais c'est une façon de prolonger sournoisement la propagande colonialiste.

    + On relie un peu vite l'attentat contre "Charlie-Hebdo" en 2015, à la seule "Une" du n°712 de cet hebdomadaire mettant en scène Mahomet, dessinée par Cabu et pensée par Philippe Val. Neuf ans séparent ces deux événements. On peut penser que la répétition des charges de "Charlie-Hebdo" contre les "intégristes musulmans", qui ne furent pas toutes humoristiques, a joué un rôle dans la décision de prendre l'hebdomadaire satirique pour cible.

    Quoi qu'il en soit, le reportage intitulé "Charlie 712, histoire d'une couverture", où la rédaction du journal finit de composer le désormais fameux n°712, fourmille de détails intéressants ; en effet on y apprend pelle-mêle : - que Luz fut réticent à rebondir sur les caricatures du prophète publiées par la presse danoise ; - que Charb était absent (en vacances) lors de l'élaboration de ce n° crucial ; - que Philippe Val se croit "chimiquement pur" (sic) sur le plan éthique (ce qui n'est pas loin d'une forme de fondamentalisme religieux), et investi d'une mission assez nébuleuse, distincte de la satire ; - que Caroline Fourest faisait office d'experte sur les questions religieuses auprès de "Charlie-Hebdo", à peu près la seule femme à prendre la parole dans ce milieu viril ; - que le risque de représailles violentes fut évoqué, certes avec ironie, mais évoqué tout de même ; - que le soutien du ministre de l'Intérieur N. Sarkozy aux caricaturistes ne dérange pas plus que ça des dessinateurs en principe dévoués à faire entendre une voix discordante des rengaines politiques ; - que Wolinski était plus drôle dans la vie que dans ses dessins, et Cabu l'inverse.

    Avec le recul, ce reportage fait paraître le "Charlie-Hebdo" de P. Val une sorte de troufion innocent, la fleur au fusil, embringué dans une guerre à l'échelle mondiale entre l'Occident et ceux qui le haïssent, et dépassé par le choc des propagandes croisées. Ce n'est sans doute pas la première fois qu'un humoriste se retrouve transformé en soldat de première ligne, comme pris dans l'angle mort de son esprit satirique. A aucun moment, ni Philippe Val ni ses dessinateurs ne semblent s'apercevoir du ridicule de cette prétention à la "pureté éthique".

    + L'école Estienne (Paris XIIIe) et la BNF organisent cette année encore le "trophée "Presse Citron" du dessin de presse. Il est possible de concourir jusqu'au 15 mars dans deux catégories, "étudiants" et "professionnels", en envoyant quelques dessins aux organisateurs. Le trophée avait été remis l'année dernière en présence de nombreux dessinateurs de presse réunis sous protection policière.

    Il n'est pas inutile de rappeler ici que les industriels et patrons français s'efforcent d'étouffer la caricature et le dessin de presse depuis la Libération ; ceux-ci doivent en effet surtout leur persistance à de rares titres de presse indépendants, puisque la plupart des titres de la presse française relèvent de la double tutelle de l'Etat et de quelques industriels. Comme le déclin du dessin de presse et de la presse française coïncident, on comprend qu'il ne s'agit pas d'un "effet de mode" comme certains font croire, mais d'une volonté de censure sournoise et efficace.

    + Le site "Iconovox" propose le téléchargement gratuit du "Pire de l'année 2015" en caricatures, à savoir les meilleures caricatures de Cambon, Soulcié, Berth, Deligne... pour ne citer que quelques-uns des "poulains" de François Forcadell.

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    Dessin de Michel Cambon (pour Urtikan.net)

  • Revue de presse BD (177)

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    Le "rêve européen", vu de l'étranger, par le caricaturiste Ali Dilem.

    + Encore une tentative de mettre le dessin de presse au service de la propagande européenne. Nous avions déjà cité dans cette revue de presse (n°138) l'effort du technocrate européen Thierry Vissol il y a un an, et de Guillaume Doizy ("Caricatures & Caricature"); Nicolas Vadot récidive avec l'exposition "Ceci n'est pas l'Europe! - 120 caricatures d'actualité", dont ce caricaturiste belge est commissaire (ainsi que vice-président de l'asso. "Cartooning for peace"). N. Vadot se livre à un plaidoyer vibrant pour l'Europe sur le site "Caricatures & Caricature" ; arrêtons-nous sur un seul point : l'Europe aurait un but pacifique, selon N. Vadot, qui présente cette assertion comme une "vérité". Pourtant il n'y a pas besoin d'avoir un esprit satirique très développé pour observer que le principal mobile de la construction européenne, suivant un modèle technocratique, est d'ordre économique - celui-là même qui a conduit les nations européennes à s'affronter dans des guerres totales au XXe siècle pour le partage des ressources coloniales et de territoires à la mesure de leur expansion industrielle. Quelle meilleure preuve que la crise actuelle ? Celle-ci montre que, quand le capitalisme vacille, l'idée européenne chancelle et les leaders populistes n'ont aucun mal à discréditer cette entreprise titanesque. La propagande européenne n'est donc qu'une des facettes de la propagande capitaliste, relevant du pari sur l'avenir le moins scientifique qui soit.

    On peut bien sûr se moquer des détracteurs de l'Europe, les caricaturer (l'Europe n'a certes pas inventé la bureaucratie, qui existait avant elle), cependant l'Europe se prête mieux à la satire, à commencer par son mépris des principes démocratiques, alors même que le mot "démocratie" est sur les lèvres de tous les dirigeants européens.

    "L'idéal européen" n'est pas sans évoquer deux fanatismes religieux modernes, cousins germains : la démocratie-chrétienne et le stalinisme. Chez A. de Tocqueville, l'espoir de progrès placé dans "la démocratie en Amérique" est tempéré par une bonne dose de scepticisme ; Tocqueville se demande ainsi comment l'Amérique pourra s'affranchir du mobile mercantile qui fut la première cause des Etats-Unis.

    + La dernière "Une" de "Charlie-Hebdo" (signée Coco), brocardant le pro-fête Cyril Hanouna, animateur d'une émission quotidienne à succès, "Touche pas à mon poste", dédiée aux "enfants de la télé " ("Direct 8"), a déclenché une controverse dans les médias et sur les réseaux sociaux. On peut y voir une reprise par "Charlie-Hebdo" de la critique de la "société du spectacle" ou du consumérisme. Michel Onfray s'en est pris lui aussi récemment à l'animateur de télé, l'accusant d'être une cause du djihadisme. Cyril Hanouna avait répliqué en accusant Michel Onfray d'islamophobie ; il a préféré répondre à "Charlie-Hebdo" sur le ton de l'humour. On pointe un peu facilement le populisme du doigt, en ce domaine comme en d'autres ; il n'est jamais que le produit d'un élitisme dévoyé.

    + Le dessinateur finlandais Ville Ranta veut devenir français, au-delà de l'aspect purement policier de la nationalité, parce que la France est le pays des caricaturistes. Il décrit dans son blog dessiné le processus de cette métamorphose incertaine. En effet il n'est pas si aisé pour les Français eux-mêmes de savoir qui ils sont. Il leur faut parfois voyager à l'étranger pour le découvrir. Un précédent peut nous éclairer, celui du philosophe F. Nietzsche, qui répudia sa culture et ses origines allemandes pour "devenir Français ou Italien", admiratif de la faculté de jouir de ces deux peuples, qu'il n'accorde pas aux Allemands, plus féminins et tourmentés, ayant le goût des choses macabres, tristes et romantiques - on dirait "gothiques" aujourd'hui. F. Nietzsche définit les Français et les Italiens comme étant réactionnaires, et les Allemands modernes. Le poète Baudelaire, au contraire, bien que Français, exprima son dégoût des Français, qu'il trouvait trop "voltairiens", ce qualificatif décrivant un manque de spiritualité.

    La "liberté d'expression" est-elle un principe français ? Les Français sont sans doute trop pragmatiques pour croire la liberté possible sur le plan politique. En revanche les Français sont plus individualistes que d'autres peuples, et acceptent moins bien que l'Etat ou ses représentants leur disent ce qu'il faut penser.

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    La Tour Montparnasse, croquis tiré du blog de Ville Ranta. 

  • Février 2016 - n°39

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    Le n°39 du mois de février vient de paraître (4 p. dont les meilleurs dessins du mois + 1 p. revue de presse BD.)

    Pour nous soutenir en vous abonnant (22 euros/11 n°), écrire à zebralefanzine@gmail.com

  • Revue de presse BD (176)

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    Illustration de couverture par Rémy Mattei

    + Le fanzine lyonnais "Laurence 666" a reçu le prix du fanzine (alias "BD alternative") au récent festival-off d'Angoulême. Un ami luthérien me souffle : - Vu le titre, c'est sûrement un fanzine catholique. Le nombre 666, "de la bête", est un nombre mythique et énigmatique que le lecteur de l'évangile (apocalypse : XIII, 18) est incité à déchiffrer. Certains on pensé qu'il désignait Néron, le pape (les luthériens), Napoléon, Hitler, etc. D'autres, au contraire, qu'il ne désigne pas un individu en particulier, mais, de façon générique, la nature de l'antéchrist dont l'avènement marque la fin des temps.

    + Le quotidien "20 Minutes" explique dans un petit reportage que le développement de nouvelles technologies, dont internet, n'a pas entraîné la disparition des petits journaux amateurs, dits fanzines. Cela dit les fanzines de BD, comme la grosse presse, sont concurrencés par internet. Il n'y a plus de fanzine BD aujourd'hui, tirant et vendant plusieurs milliers d'exemplaires comme dans les années 80 (fanzine "PLG").

    + La ministre de la Culture Fleur Pellerin n'a toujours pas le temps de lire apparemment (et son entourage non plus) ; en effet, à l'issue du récent festival de la BD d'Angoulême, elle a décidé de faire chevalier des arts et lettres une brochette d'auteurs de BD, dont une majorité de femmes, parmi lesquels le franco-syrien Riad Sattouf : or ce dernier explique dans sa BD, "L'Arabe du Futur", succès de librairie, que les dictatures arabe (Syrie-Hafez el Assad) et d'Afrique (Libye-Kadhafi) s'efforçaient d'imiter le modèle républicain français laïc. La BD de Riad Sattouf contredit donc le propos officiel en vogue sur la république française, modèle de liberté.

    + Plusieurs auteures ont refusé d'accepter cette "médaille en chocolat" (Tanxxx, Julie Maroh, Aurélie Neyret et Chloé Cruchaudet) et exprimé sur leurs blogs respectifs leur mécontentement de servir d'alibi féministe à un gouvernement que sa politique économique et sociale a coupé d'une partie de son électorat idéaliste.

    + Tandis que les représentants de l'appareil d'Etat brandissent le drapeau de la liberté d'expression d'un côté, ils font passer des mesures d'exception visant à la réduire d'autre part. Mardi 2 février, le Sénat a renforcé une disposition gouvernementale visant à condamner pénalement la simple lecture (!) de sites internet faisant l'apologie du terrorisme. L'ineptie de ce décret, sans doute inapplicable, fait penser à la prohibition de la littérature communiste ou marxiste aux Etats-Unis.

    A ce propos il faut dire que la censure indirecte a prouvé au cours des dernières siècles qu'elle était beaucoup plus efficace que la censure directe, qui a le don d'exciter la curiosité, en particulier des plus jeunes. Le moyen de censure le plus efficace aujourd'hui est sans doute le divertissement. L'essayiste britannique G. Orwell, récupéré aujourd'hui par les esprits les plus conventionnels (Natacha Polony), a souligné à quel point l'argument démocratique pouvait servir de paravent au totalitarisme ("La Ferme des Animaux") ; on retrouve cet argument démocratique dans la limite de l'ordre public que certains prétendent assigner à la liberté d'expression. Enfin, puisqu'il est question du "terrorisme", rappelons que la République française repose culturellement, à l'instar d'autres régimes totalitaires, sur l'apologie de la terreur révolutionnaire.

    Nous proposons dans Zébra cette semaine une critique du recueil de dessins et affiches de Mai 68 paru chez Michel Lafon (2008) ; cet album commenté par les dessinateurs de "Hara-Kiri" montre que les revendications des rebelles de Mai 68 sont toujours d'actualité.

    + Le caricaturiste et auteur de BD Maëster ("Soeur Marie-Thérèse des Batignolles") a subi récemment un accident vasculaire cérébral. Hémiplégique, il peut néanmoins dessiner de nouveau et donne des nouvelles à ses lecteurs sur son blog depuis son centre de rééducation.

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    Autocaricature de Maëster après l'AVC.

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