Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

ça et là

  • La Tournée***

    En Angleterre comme dans nul autre pays - pas même la France -, la littérature est une religion à part entière,webzine,bd,gratuit,fanzine,bande-dessinée,zébra,critique,la tournée,ça et là,andi watson,jerome k jerome,evelyn waugh qui résiste encore un peu au cinéma grâce à quelques libraires compétents.

    "La Tournée" d'Andi Watson nous entraîne dans les parages exotiques de la littérature. La séance de dédicace, organisée par le libraire pour doper les ventes, permet aux fidèles de communier avec l'auteur en repartant avec une relique. A partir de ce point de départ, Andi Watson étire le fil d'une intrigue et embobine le lecteur avec.

    Une BD sur le rapport du lecteur à l'auteur ou à la lecture : le lecteur lit-il pour se perdre ou pour trouver son chemin ?...

    Quoi qu'il en soit, le sujet est traité avec un humour typiquement anglais, que les amateurs des romans de Jerome K. Jerome ("Trois hommes dans un bateau") apprécieront. La référence d'A. Watson à Evelyn Waugh, maître de l'humour noir anglais, est justifiée par le soin particulier apporté aux dialogues, domaine où Waugh passe pour un orfèvre (cf. "Vile Bodies").

    Le trait, comme le ton, est subtil - dommage que le lettrage ne soit pas fait à la main, se plaindra l'amateur de belles lettres.

    Une BD sur la fragilité de l'existence humaine et des hautes pyramides.

    La Tournée, par Andi Watson (traduit de l'anglais), éd. "ça et là", 2019.

  • Mon ami Dahmer***

    Les monstres ont le don de fasciner. Cette fascination touche tous les milieux sociaux. Non seulement webzine,bd,gratuit,zébra,fanzine,kritik,critique,backderf,mon ami dahmer,jeffrey dahmer,cannibale de milwaukee,psychiatrie,sociopathe,nietzsche,profiler,bourgoin,ça et làla presse dite « de caniveau » et le cinéma n’hésitent pas à faire leur miel des affaires criminelles les plus sordides, exploitant ainsi l’érotisme de la violence, mais aussi, dans des milieux plus raffinés, des ouvrages plus ou moins érudits véhiculent la passion pour les grands monstres de l’histoire: Napoléon, Staline, le marquis de Sade, etc., qui ont dominé la société de leur temps en violant ses codes (Précisons tout de même que les meurtres réels du marquis de Sade ont été accomplis dans le cadre légal, militaire, et que sur le plan civil il n’a commis qu’un attentat à la pudeur sur la personne d’une prostituée, lourdement sanctionné. L’activité de tortionnaire de Sade relève du fantasme sexuel, excité probablement par la frustration due à un long embastillement.)

    Les monstres historiques sont blanchis par la démonstration de leur fécondité politique (démonstration fallacieuse dans le cas de Napoléon, par exemple) ; mais on pourrait aussi déduire, concernant l’assassin «de droit commun», une forme d'utilité, sur le plan moral ; il fait figure de repoussoir ou de démon.

    Le point de vue social moderne présente donc ce paradoxe de définir une norme et des limites en principe infranchissables, tout en cautionnant une culture largement fondée sur la fascination macabre de personnages capables de s’affranchir des lois auxquelles le commun des mortels se soumet – des «surhommes» en quelque sorte, non pas au sens donné par Nietzsche à ce terme, mais au sens moderne. Il paraît intéressant de noter ici que le point de vue moderne tend nécessairement à considérer la morale de Nietzsche comme celle d’un sociopathe, c’est-à-dire d’un aliéné si l’on se réfère aux dernières nomenclatures psychiatriques, ce qui explique que le satanisme de Nietzsche n’est pas pris au sérieux par les analystes, et que les études savantes de son œuvre ont souvent un aspect clinique.

    Tel est le cas de cette bande-dessinée de l’américain Derf Backderf, qui traite du cas de Jeffrey Dahmer (1960-1994), surnommé «le cannibale de Milwaukee» pour avoir assassiné près d’une vingtaine d’hommes en leur faisant subir un certain nombre de sévices ante et post-mortem. Derf Backderf évite de tomber au niveau du «porno-chic» à la manière de David Lynch ou Quentin Tarantino, pour tenter, si ce n’est de comprendre, du moins de décrire froidement la dérive de J. Dahmer. Pas d’usage cynique de la part de Backderf d’une imagerie érotico-sadique du type de celle qui attire les voyeurs comme une flaque de sang attire les mouches ; le succès de cette BD, traduite en français et préfacée par l’inévitable «profiler» S. Bourgoin, tient à ce que l’auteur fut un condisciple du tueur en série, ignorant l’appétit meurtrier de son pote de lycée, dont l’alcoolisme précoce et invétéré lui avait paru banal, et qui ne découvrit son activité meurtrière que lorsque Dahmer finit par être appréhendé tardivement par la police.

    Les épisodes de violence meurtrière qui éclatent assez régulièrement sur les campus américains expliquent sans doute aussi le succès de « Mon ami Dahmer », vu le déni de responsabilité des autorités politiques et morales face à ces événements ; un déni de responsabilité qui passe par la mise en cause hypocrite du commerce des armes à feu, qui reviendrait à peu près à inculper les automobiles dans le cas de la violence de la routière. Backderf tranche quelque peu avec cette tartufferie. Sans doute d’abord parce qu’il se sent coupable de n’avoir rien fait pour essayer de soulager Dahmer des affres préliminaires à son passage à l’acte. Mais le cadre bucolique où se déroula leur enfance et leur adolescence lui paraissait complètement à l'opposé du faubourg sinistre où évolua Jack l’Eventreur. Jeffrey Dahmer avait bien une mère épileptique, et les rapports entre ses parents étaient conflictuels, mais l’auteur note que les cas de mères au foyer dépressives étaient nombreux dans les années soixante-dix.

    Backderf se dédouane en arguant qu’il n’était alors qu’un lycéen lambda, préoccupé surtout par les filles et somme toute trop jeune et imbécile pour se douter de quoi que ce soit, ou pouvoir rompre l’isolement de Dahmer et l’aider à vaincre ses démons. Certaines habitudes et comportements burlesques de Dahmer en faisaient une sorte de mascotte, avec un fan-club dans son bahut, présidé par Backderf. Cette forme d’intérêt malsain pour sa personne ne déplaisait pas à Dahmer, comme il était le seul intérêt qu’on lui manifestait. Backderf est moins indulgent avec le système scolaire, qu’il accuse de laxisme pour n’avoir pas décelé l’alcoolisme de l’élève Dahmer, manifeste pour tout le monde sauf ses parents et le corps enseignant. L’auteur pose cette question, en forme d’accusation : - Mais où étaient les adultes ?

    Jeffrey Damer a fini tabassé à mort en prison, où règne sans doute la justice la plus naturelle. Un psy un peu plus subtil que la moyenne indique qu’on peut peut-être soigner les troubles mentaux, dans certains cas, mais non les guérir complètement, le problème de la condition humaine demeurant insoluble par l’abord psychiatrique. La société fournit des moyens plus ou moins utiles pour vivre, mais non de but véritable ; cela peut contribuer à rendre certains ados plus exigeants «sociopathes».

    Mon ami Dahmer, Derf Backderf, éd. "ça et là", 2013.

  • L'Exilé du Kalevala***

    fanzine,zébra,bd,ville ranta,kalevala,exilé,ça et la,finlande,impressionniste

    Ville Ranta a le mérite des peintres impressionnistes, celui de nous faire ressentir le paysage ou le climat qu'il peint. Ici l'action se situe en Finlande, sous une bonne couche de neige, au milieu des forêts et du froid, là où personne en principe ne choisira de vivre, à moins d'un dégoût profond de la société et des hommes.

    Les vieux routiers de la BD on coutume de dire qu'elle est plus une affaire de récit que de dessin. Ville Ranta fait exception à la règle : son dessin, entre le croquis sur le vif et la manière expressive de Roald Dahl, est la meilleure part de son art, adapté aux sujets païens.

    Quant à l'intrigue, elle est secondaire. Ranta brode autour de la bio d'Elias Lönnrot (1802-1884), médecin de campagne et poète. Celui-ci est connu pour avoir compilé la culture populaire de son pays dans le chant unique du Kalevala, la rendant plus accessible, suivant une mode en vigueur au XIXe s. dans presque tous les pays, mais en réalité il ne se passe pas grand-chose d'autre que l'éternel retour des amours ancillaires, des corvées d'abattage du bois et des cuites monumentales. Les authentiques paysans peuvent s'abstenir de lire cette BD, qui ne leur apprendra rien ; les zombies dans le gaz et la tiédeur des villes apprécieront le dépaysement.

    "L'exilé du Kalevala", par Ville Ranta, 2010, éds. ça et là
     
    Z.
     
    - J'en profite pour donner l'adresse du blog de Ville Ranta