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six pieds sous terre

  • La Petite Couronne***

    "Pauvre banlieue parisienne, paillasson devant la ville où chacun s'essuie les pieds, crache un bon coup, passe, quiwebzine,bd,zébra,fanzine,gratuit,bande-dessinée,critique,petite couronne,gilles rochier,six pieds sous terre,louis-ferdinand céline,banlieue pense à elle ?", écrivait Louis-Ferdinand Céline en 1944 ("Bezons à travers les âges").

    Désormais c'est tout le contraire, la banlieue est continuellement sous le feu des projecteurs ; elle est devenue le principal prétexte de l'agitation médiatique, sous couvert de débattre de "questions de société".

    Comme dans le crime de "L'Orient-Express", on peut dire que tous les partis politiques sans exception trempent ou ont trempé dans cette démagogie. La théorie du complot de l'islam radical, façon Eric Zemmour ou Caroline Fourest, doit presque tout à l'instrumentalisation précédente de la banlieue par la presse de gauche. Zemmour ne paraît "vrai" que dans la mesure où la propagande précédente consistait dans une présentation truquée de la réalité.

    Si son existence est donc désormais reconnue, la banlieue demeure parfaitement inconnue ou presque, au-delà du périphérique. C'est tout le mérite de Gilles Rochier de la montrer telle qu'elle est dans "La Petite Couronne", en soulignant de façon humoristique le décalage entre les préoccupations de ceux, jeunes ou plus âgés, qui vivent en banlieue, et tout le cinoche de gauche ou de droite.

    Cette dimension satirique en fait le meilleur album* de G. Rochier, déjà récompensé auparavant (2012) pour "Ta Mère la Pute", tableau sans fard (ni citrouilles grimaçantes) de la banlieue.

    On sent une légère amertume dans l'humour de celui qui n'a pas fui la banlieue, mais voit le trafic de drogue et ses effets se répandre... la drogue, qui agit sur les corps comme l'idéologie sur les esprits.

    "Petite Couronne", par Gilles Rochier, éds 6 Pieds-sous-terre, 2017.

  • Hypocondrie(s)***

    Dans cet album, l’humoriste Terreur graphique dévoile l’arrière-plan clinique de son art; comme le titre fanzine,bd,webzine,gratuit,bande-dessinée,critique,terreur graphique,kritik,six pieds sous terre,hypocondrie,humour,freud,karl kraus,viennois,proust,médecineet le pseudo l’indiquent : l’hypocondrie.

    Les sentiments sont une réaction chimique hormonale, nous dit la science, autrement dit un réflexe psychologique induit; se peut-il qu’il en soit de même pour la BD ou l'art ? Que ledit Terreur graphique, par exemple, cherche à compenser par l'humour un simple déficit de testostérone, hormone qui, si on la lui injectait, le transformerait en un artiste plus proche de Wolinski ou DSK ?

    Anarchiste, je tiens les opinions politiques, et non seulement l’amour, pour le fruit de banales impulsions chimiques (déficit de testostérone chez l’homme de gauche, excédent chez la femme de droite).

    Mais voilà que je m’égare, et que je parle de moi comme si j’étais une femme. Mieux vaut que je vous raconte cette anecdote probante, à propos de mon pote Stéphane. Bon, Stef ne tombait jamais amoureux, ce qui est le lot commun des hommes en bonne santé physique et mentale; ajouté à ça une belle prestance et des soins du corps réguliers, il n’en fallait pas plus pour que Stéphane soit couvert de gonzesses, parmi lesquelles sa bonhommie naturelle m’incitait à piocher (la jalousie est aussi un signe clinique de faiblesse).

    Donc mon pote Stéphane dut déménager bientôt, car dans les villes de province, les gros bourrins ont parfois des arguments massue pour défendre la vertu de leurs mères, de leurs sœurs ou de leurs filles.

    Quelques années plus tard, je retrouvai Stéphane: un cancer des testicules avait eu raison de son tempérament indépendant: il était tombé amoureux d’une fille rousse, hélas non moins mélancolique que la plupart de ses semblables, et qui allait le priver durablement de la compagnie joyeuse des hommes qu’il aimait tant, quelques années auparavant. Manque de pot car les rousses -là encore c’est chimique-, ont généralement un tempérament de feu (J’ai rompu définitivement avec Stéphane, de peur de découvrir qu’il avait contracté la fausse compassion caractéristique des gens de gauche, et non du seul DSK.)

    C’est un vieux truc qu’on attribue à tort au Dr Freud: savoir lire dans l’œuvre d’un artiste sa "ligne de vie"; plusieurs milliers d’années avant J.-C., en réalité, on savait déjà faire ça. Ce peut être insupportable, du point de vue de l’artiste, surtout s’il est immodeste. Contemporain et ennemi de Freud, Karl Kraus ne supportait pas ce traitement. De même DSK n’est sans doute pas près d’admettre qu’il pense avec sa bite, ce qui est assez fréquent chez les économistes, et explique qu’ils voient partout la croissance, même quand elle n’est pas au rendez-vous. Avocat de DSK, j’aurais plaidé la déformation professionnelle (du pantalon). Mais laissons-là ce tricard, qui n'a pas su prendre auprès de BHL de bonnes leçons de démocratie.

    Karl Kraus est assez malin pour piger que disséquer l'art fait courir le risque de le désacraliser. Un prodédé hyper-dangereux pour l’élite dirigeante, dont le pouvoir réside en grande partie de l'art sacré et de son effet de sidération. Jamais clergé n’a tenu à distance le peuple sans faire usage de la culture. Plus exactement, il s’agit pour Freud et ses adeptes, en l’espèce, de placer la médecine au-dessus des autres arts, et de faire mordre ainsi à Karl Kraus la poussière. Un duel entre la médecine et la poésie, entre deux cafés viennois, dont Freud sort vainqueur uniquement parce que son temps lui donne raison, et que les médecins aussi sont de grands sorciers. Quel hypocondriaque me contredira sur ce point ?

    Pour vous prouver que je ne m’éloigne pas du sujet, c'est-à-dire de la terreur, de la maladie d’amour et de l’art: prenez 100 femmes aujourd’hui - combien, sur ces 100 femmes, choisiront le poète plutôt que le médecin ?

    C’est en tant que Français que je me suis intéressé au bouquin de Terreur graphique, je dois dire, car il mélange deux ingrédients totalement opposés; le premier, l’hypocondrie, est le plus éloigné du tempérament français. On a plus confiance dans ce pays dans la viticulture que dans la médecine, ce qui explique en général la bonne santé des habitants, leur besoin limité de sentiments compensatoires. La plupart des Français que je connais n'hésitent pas à tutoyer Dionysos, et à lui filer des grandes claques dans le dos.

    Le second ingrédient, par ailleurs, que le Français situe bien au-dessus des rodomontades politiques, c'est l'humour, qui permet aux citoyens Français qui l’ont appris en dehors de l’école, de traiter avec un brin de condescendance leurs députés (voire avec le mépris le plus complet, pour quelques types à l'hilarité facile que je connais) ; ces dignes représentants le comprennent bien, qui sont pour la plupart eux-mêmes de joyeux drilles, dès que la sainte Inquisition des caméras a tourné le dos. Si tous les Français bénéficiaient du même régime de santé que leurs députés, c'en serait fini de la démocratie et du capitalisme.

    Ce ne sont pas seulement les peuples intelligents qui sont difficiles à gouverner, mais aussi ceux qui ont de l’humour. Je ne parle pas bien sûr ici du rire gras thérapeutique, belge ou allemand, mais du rire qui proclame: «Le roi est nu.», ou : «L’art contemporain, comme tous les trucs spéculatifs, ne vaut pas tripette.» «Le cinéma est le seul office religieux où les pauvres versent la même aumône que les riches.» ; ce genre de rire-là. Par conséquent, un rire qui part presque toujours du peuple, ou au moins d’une volonté de se désolidariser des élites cartésiennes, car le respect des choses sociales vient toujours "d'en-haut".

    D’ailleurs l’humour résiste à la psychanalyse. Même un Viennois comme Kraus le sait, et pourtant dieu sait que les Autrichiens sont archaïques ! Kraus réplique systématiquement par l’humour aux tentatives de Freud de l’enfermer dans un graphique de santé. Contrairement à la politique ou à l’amour, l’humour échappe à l’analyse chimique ou psychologique. C’est l’aspect le moins puéril dans la BD, qui ne manque pas d’humoristes de talent. C'est aussi ce qui indique d’ailleurs que la BD peut parfois s’élever au-dessus de la musique, parfaitement horizontale comme la médecine. Hypocondriaques, lâchez vos casques !

    L’humour est certainement le meilleur moyen de combattre l’hypocondrie qui affecte Terreur graphique (et toute forme de terreur en général, à commencer par la terreur étatique), et qui risque de gâcher son talent d’artiste. Les sentiments sont, avec la peur, la première raison de s’enrôler dans l’armée ou la police, non d'exercer sa verve humoristique en direction des tyrans oedipiens, afin de retourner la terreur à l'envoyeur.

    Hypocondrie(s), éd. 6 Pieds sous terre, février 2013

    (Dr Zombi – leloublan@gmx.fr – cabinet ouvert sans interruption)

  • Revue de presse (4)

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    1. Boulet met sur son blog les croquis du Festival de Cannes que "France-Inter" lui a commandés : ça change des photos officielles (mai 2012).

    2. Pourquoi et comment les strips de BD ont disparu des journaux français, selon Olivier Mimran (répercuté par F. Forcadell) (mai 2012)

    3. Les insultes sont parfois mieux choisies que les compliments : ainsi, Nine Antico est élevée au rang de "Florence Foresti de la bande-dessinée" par Nantes-actu. N'ayant jamais lu Nine Antico, j'ignore si c'est mérité.

    4. "Six-pieds-sous-terre", ex-fanzine devenu maison d'édition, comme Glénat auparavant (en moins grosse), et dont l'emblème est un platipus, fête ses vingt ans. En même temps, six pieds sous terre pendant vingt ans, vaudrait peut-être mieux les achever que de leur souhaiter leur anniversaire, non ?

    5. Enfin, une revue de presse internationale dessinée, avec des dessins albanais, turc, allemands (mai 2012).

    Voilà, c'est tout pour cette fois.