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clément oubrerie - Page 2

  • Revue de presse (17)

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    + Avant qu'il ne s'intensifie, le tourisme était l'apanage des seuls aristocrates en mal d'exotisme ; ils lancèrent donc logiquement la mode des carnets de voyage au XIXe siècle, afin de noter leurs souvenirs ou préparer des toiles plus sophistiquées. Les auteurs de BD perpétuent aujourd'hui ce genre, et le magazine "Télérama" propose les vidéos de présentation de huit d'entre eux (Clément Oubrerie, Christophe Blain, Bastien Dubois, notamment, fournissent des conseils techniques utiles).

    Jacques Ferrandez, conscient du lien entre les carnets de voyage et le passé colonial, entend se démarquer de l'idéologie colonialiste arrogante vis-à-vis des populations indigènes. Si je peux me permettre, c'est un peu plus compliqué que ça : d'abord la propagande colonialiste n'était pas seulement arrogante ; elle se devait aussi d'idéaliser les colonies afin de faciliter le peuplement par des colons européens ; c'est ce qu'elle fit suivant le coup publicitaire classique de l'érotisme (façon "sea, sex & sun" et les bananes de Joséphine Baker). En outre, le colonialisme ne se traduit pas seulement par des discours arrogants teintés de racisme, mais par une exploitation bien réelle des ressources des pays conquis. Et, de ce point de vue là, on ne peut pas dire que les choses ont beaucoup changé depuis le XIXe siècle.

    + Plus banalement ou modestement que les carnets de voyage, certains auteurs de BD en cette rentrée nous racontent.. leurs vacances d'été. Ainsi de "La Vie de Vertron", qui se tire pas mal de cet exercice de style.

    + Kate Beaton a reçu plusieurs "Harvey awards" au récent festival de Baltimore, dont celui du "meilleur blog BD". Petit extrait.

    + Une étude statistique récente du cabinet So!Use, consacrée à la lecture à l'aide de supports numériques, semble indiquer que les lecteurs de BD sont, de tous les types de lecteurs, les plus attachés aux versions imprimées.

    + Enfin, l'auteur de cette chronique prie ses lecteurs de bien vouloir l'excuser de faire étalage ici d'un coup de coeur personnel en indiquant une petite vidéo qui l'a littéralement bluffé, voire décillé, puisqu'il croyait impossible, jusqu'ici, le mariage de la BD et de l'art contemporain - et puis non, en fait, il suffisait d'y penser.

    + Le fil des précédentes revues de presse. Voilà, c'est tout pour cette fois.

    Z.

  • Pablo (T.1 Max Jacob)***

    (Critique parue dans Zébra n°2)

               L’exercice de la biographie en bande-dessinée est un des plus difficiles. On compte à ce jour peu de réussites. Parfois citées en exemple, les biographies du Belge Joseph Gillain, quoi que fort bien dessinées, ont le défaut de n’être que des hagiographies. Ainsi dans son récit de la vie du fondateur du mouvement scout, le général britannique Baden-Powell (ouvrage de commande), J. Gillain, alias Jijé, omit-il de mentionner l’invention des camps de concentration de prisonniers civils par l’état-major britannique, dont Baden-Powell faisait partie, lors de la guerre coloniale des Boers en Afrique du Sud (opposant les Britanniques aux colons hollandais) (1899-1902).

     

                L’Américain Edouard Sorel est un cas beaucoup plus rare, qui n’a pas hésité dans ses « Vies Littéraires » dessinées (trad. française Denoël Graphic, 2006) à lever le voile sur quelques icônes des arts et lettres modernes, habituellement drapées des plus hautes vertus par les autorités culturelles (Tolstoï, Proust, Jung, Sartre, Brecht, notamment)… avec la conséquence qu’on imagine de faire scandale dans le Landerneau des lettres new yorkais (E. Sorel prouve au passage que les Yankees ne sont pas tous aussi politiquement corrects que l’on dit généralement en France).

                La bio. de Picasso, par J. Birmant et C. Oubrerie, se situe à peu près entre les deux, l’hagiographie selon Gillain, et le réalisme de Sorel. Plus près sans doute de ce dernier, y compris pour le dessin, assez agréablement relâché.pablo,picasso,birmant,clément oubrerie,fanzine,zébra,bd,bande-dessinée,critique,biographie,fanzine,edward sorel,jijé,joseph gillain

                Picasso ne suscite le plus souvent que des réactions d’idolâtrie débile, ou au contraire des insultes gratuites (sans arguments), comme ce fut le cas récemment de la part du romancier M. Houellebecq dans son dernier « best-seller ». Seulement esquissé, le portrait de Picasso est, dans cette bande-dessinée, plus équilibré.

                Heureusement le milieu artistique n’est pas épargné : peintres, modèles, marchands et collectionneurs, réunis comme larrons en foire. Je regrette l’insistance sur la romance de Pablo avec Fernande Olivier et ses préliminaires. Plus pittoresques sont en effet les aventures du groupe de peintres dont Picasso faisait partie. Max Jacob, notamment, n’est pas raté ! Toute l’innocente dévotion que le poète breton vouait au style hyper-viril de Pablo est même poussée jusqu’à la caricature, ce qui vaut encore mieux que l’hagiographie ou les bons sentiments.

               
    pablo,picasso,birmant,clément oubrerie,fanzine,zébra,bd,bande-dessinée,critique,biographie,fanzine,edward sorel,jijé,joseph gillainComme l’Education nationale s’avoue elle-même impuissante à enseigner les rudiments de l’histoire de l’art, cette bande-dessinée pourra pallier cette lacune et servir d’introduction à Picasso. Quelques scènes salaces ne troubleront pas nos « chères têtes blondes », vu la banalisation par la télévision des scènes de cabaret et danseuses à demi-nues, depuis que Picasso et son pote Casagemas débarquèrent à Paris, en 1900, n'en croyant pas leurs yeux de l'audace des danseuses de « French-Cancan ».           
                                                                                                                                                                                                                                                                                                              Zébra

    (Julie Birmant & Clément Oubrerie, Dargaud, mars 2012, 17 euros)