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Revue de presse BD (175)

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+ Tout ce tintouin féministe autour du festival d'Angoulême pour finalement remettre le Grand prix du festival... à Hermann Huppen ("Comanche", "Bernard Prince", "Jérémiah"...), dessinateur à la réputation de vieux bougon réac, dont les BD sont peuplées de femmes sexy à moitié dénudées !

Le dessin nerveux et vivant de Hermann "sauve" des scénarios plutôt indigents. Les dessinateurs caractériels ont plutôt intérêt à être aussi de bons scénaristes. Un petit bémol tout de même à propos du machisme d'Hermann : son personnage de Comanche est une cow-girl qui mène à la trique une bande de garçons vachers ; en matière de tempérament et d'indépendance, Comanche n'a pas grand-chose à envier aux "femens" russes.

+ Morris, Goscinny, Jijé : les auteurs de l'âge d'or de la BD se moquaient déjà en leur temps des sociologues et philosophes qui glosaient sur la BD. Les vannes ne sont sans doute pas près de se refermer ; ainsi sur "France-Culture", "radio marchand de sable", un certain Tristan Garcia s'efforçait dernièrement (27 janvier) de ne pas donner de réponse aux questions simples suivantes : 1/Pourquoi la BD franco-belge est faite pour les garçons ? Autant se demander pourquoi le foot féminin est peu développé.

2/et pourquoi la BD franco-belge n'est pas sexuellement explicite ? Réponse : l'aventure est une façon de sublimer la sexualité ; le coït proprement dit ou les attouchements sexuels ne constituent pas un sujet littéraire d'une manière générale (par chance la littérature s'élève un peu au-dessus de la biologie et de la médecine).

Les héros de la mythologie grecque sont confrontés pour leur part à la sexualité, de façon plus ou moins symbolique. Mais la mythologie ne vise pas (seulement) à divertir les enfants comme "Tintin & Milou" ; de plus, si la mythologie grecque n'évite pas la sexualité, elle la rapproche du néant et de la mort dans diverses fables. Loin d'être un motif d'accomplissement du héros, la sexualité représente souvent un obstacle (Les Sirènes, Circé...), de sorte que la mythologie antique n'est pas un récit d'aventure, comme souvent les BD.

C'est donc exactement l'inverse de ce que prétend Tristan Garcia qui est vrai : il y a une connotation sexuelle dans "Tintin" et les romans d'aventure en général (rien n'est plus connoté sexuellement que la littérature puritaine) ; c'est ce qui fait de la BD belge une sous-littérature le plus souvent. L'indigence des scénarios de Hermann évoquée plus haut vient justement de ce que leur connotation sexuelle est un peu trop évidente.

+ Le 43e FIBD consacre une expo. à "L'Art de Morris", à l'occasion des 70 ans de Lucky-Luke ; Zébra vous propose de réviser votre Morris à l'aide d'un petit quiz ; l'hebdo gratuit publicitaire "A Nous Paris" a interviewé Stéphane Beaujean, commissaire de l'expo. ; extraits : "Nous le savons aujourd'hui, la reconnaissance artistique passe par la reconnaissance des musées et du marché de l'art qui vous donne une cote et confirme votre valeur" [?] ; "Nous avons pu obtenir les planches en noir et blanc, mais beaucoup d'autres, en couleurs, sont restées hors de notre portée. Un mystère entoure encore son oeuvre." "(...) Autant dire que je craignais un refus. Mais sa veuve et ses nièces ont accepté de faire une entorse aux volontés de Morris pour monter l'expo. Elles ont compris que l'époque avait changé, que les réticences de Morris venaient d'un autre temps [moins mercantile ?]"

+ Consécutivement à la lecture du bouquin consacré par Denis Robert à "Charlie-Hebdo", "Mohicans", un blogueur (Frédéric Chambe) a rédigé un billet intitulé : "Mon adieu à Charlie" ; l'inflexion éditoriale de "Charlie-Hebdo" sous la direction de Philippe Val est intéressante à noter, car elle explique en partie pourquoi "Charlie-Hebdo" est devenu un symbole national, alors qu'il fut conçu à l'origine comme un symbole ANTInational.

En revanche il est injuste d'attaquer Cabu et Val sur le point de l'argent et des bénéfices engrangés par "Charlie-Hebdo". Tandis que la presse et les journalistes sont "arrosés" par les industriels et les partis politiques à qui ils servent de porte-voix, Cabu et Val étaient de rares exemples de journalistes indépendants. Peut-on reprocher à Cabu, qui a commencé de travailler tôt, et n'a jamais cessé de travailler d'arrache-pied, d'avoir accumulé un pécule ? De même la fidélité de Cabu à P. Val n'a rien d'une mystérieuse naïveté. Il faut pour faire vivre une petite entreprise de presse indépendante des qualités que Cabu n'avait pas, et il était reconnaissant à P. Val de jouer ce rôle de gérant.

Commentaires

  • Je ne reproche pas à Cabu et Val d'avoir gagné de l'argent. C'est la manière dont ils l'ont fait qui est exécrable. En particulier, Cabu s'est avili en trompant ses plus vieux "amis", à commencer par Cavanna, pilier du premier Charlie Hebdo. Il y a de l'hypocrisie à afficher des idéaux, quand dans la réalité on se comporte de cette manière.
    Cordialement.

  • @Frédéric Chambe : Je précise tout d'abord que je n'ai pas lu le livre de Denis Robert, mais seulement vos deux échos (cf. lien dans la revue de presse n°175).
    - Je suis moi-même un détracteur de Philippe Val et Charb, à qui je reproche d'avoir fait d'un journal subversif une publication politiquement correcte (se moquer des mahométans ou de Dieudonné n'est guère risqué en France) ; en revanche je ne crois ni à la naïveté de Cabu ou qu'il ait été hypnotisé par Philippe Val (selon D. Robert), ni à l'abus de confiance de Cavanna. Sans doute ce dernier a pu être déçu, ne pas se reconnaître complètement dans la seconde version de "Charlie-Hebdo", mais il y a participé.
    Pour mieux comprendre, quel idéal Cabu affichait-il selon vous ? L'idéalisme ou la religion n'est guère compatible avec la satire, et je ne vois pas bien ce que vous voulez dire par là ?

  • A ce stade, il serait bon que vous lisiez le livre de D. Robert, que je crois scrupuleusement honnête sur le fond, comme il l'a été dans son enquête sur Clearstream. Quant à l'idéal de Cabu, bien malin qui ... Ce que je crois pourtant pouvoir dire, c'est que cet idéal, non théorisé par lui, était un rejet viscéral de tout ce qui est institutionnel, à commencer par tout ce qui permet à des individus peu sympathiques et un peu bornés d'exercer, sur quelque échelon qu'ils soient montés, un pouvoir. Moins d'anarchisme que d'individualisme radical. Un frondeur par nature, si vous voulez, qui rejette l'autorité par principe. Est-ce que ça fait un idéal ? Peut-être pas. Je laisse la naïveté de Cabu à la plume de D. Robert. A mon avis, se pencher sur les étapes successives du parcours de Philippe Val (de l'amuseur au directeur, je pense a Willem, qui a déserté les conférences de rédaction à partir du jour où Philippe Val les a dirigées) pourrait éventuellement apporter une lumière sur leur relation. A noter que Cabu a suivi le tandem "Font et Val" pendant longtemps (affiches, pochettes de disques).

  • Justement, tout le problème est là selon moi, dans cet idéal indéfinissable de Cabu. Car le discours laïc est typiquement un discours institutionnel et autoritaire ; la République est un régime parmi les plus autoritaires que la France ait connu (on le constate à ses effectifs militaires, policiers et enseignants pléthoriques) ; or Cabu semblait adhérer aux valeurs républicaines et laïques professées ouvertement par son ami P. Val et un certain nombre de ses confrères (dont Charb), alors même que ces valeurs furent la cible de "Mai 68", dont Cabu se réclamait aussi par ailleurs, ce qui est parfaitement incohérent.
    Cabu a toujours fait valoir le pragmatisme de son ami P. Val, sa capacité à gérer une petite entreprise de presse, et je crois que de ce point de vue il lui était reconnaissant.

  • Je ne comprends pas "le discours laïc est typiquement un discours institutionnel et autoritaire". Je ne comprends pas "la République est un régime parmi les plus autoritaires que la France ait connu(s)". Je ne comprends pas "les valeurs républicaines et laïques" comme "cibles de Mai 68". Je me permets de voir dans vos "arguments" une organisation pour le moins confuse. J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop de ne plus vous répondre.

  • - Vous ne comprenez donc pas, Frédéric Chambe, que l'on se moque à l'étranger d'une France qui prétend défendre la liberté d'expression, et qui dans le même temps a les arsenaux militaires parmi les plus importants du monde, les effectifs de police et d'espionnage les plus importants du monde, le corps enseignant le plus volumineux de la terre... d'une France dont les autorités gouvernementales se saisissent du premier prétexte pour décréter l'état d'urgence ?

    - Vous ne comprenez donc pas que ce fameux slogan de "Mai 68", dont Cabu se réclamait, "CRS = SS", est un slogan radicalement antirépublicain, et par voie de conséquence antilaïc ?

    - Il a manqué à Cabu la cohérence d'un Gustave Jossot qui mettait sur le même plan l'autorité ecclésiastique et l'autorité laïque républicaine dans ses dessins satiriques. Il y a une manière de se prosterner devant la République, quels que soient ses crimes (et le diable sait qu'ils sont nombreux), qui n'est pas sans rappeler la façon dont les catholiques romains concevaient ou conçoivent pour le peu qu'il reste en France leur Eglise pure et vierge, en dépit de la collaboration de son clergé à des entreprises aussi sinistres que la première colonisation (avant que celle-ci ne soit justifiée par des valeurs laïques et républicaines), ou les guerres de religion auparavant, la bénédiction de princes guerriers, etc.

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