La naissance de la pluie: extrait de la suite de l'abécédaire de Lola, à paraitre dans ZEBRA numéro 3
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F comme Fanzine
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Zébra n°3
Je n'ai eu l'occasion d'en parler qu'à quelques-uns. Alors je profite du blog pour informer tout le monde. Ceux qui le souhaitent peuvent se joindre à l'équipe qui a décidé d'adapter un conte en bd pour Zébra n°3, à raison de 2-3 planches chacun.Je propose un conte de Villiers de l'Isle-Adam, "Le Navigateur solitaire" (d'où l'illustration ci-contre). Le choix du conte n'est pas définitif, ni l'équipe. Donc ceux qui souhaitent participer peuvent me réclamer le conte par e-mail, et/ou en proposer un autre.FrançoisAh, et puis j'ai ajouté un petit extrait de la présentation du fanzine parisien "Les Loups", datant du début du siècle dernier, et qui consacra sa couverture à Villiers de l'Isle-Adam."Donc, voici : "LES LOUPS" Journal d'Action d'Art à 0 fr. 10.En effet, voici sortir de la forêt de la Misère et s'avancer par la plaine et les chemins creux de la Littérature, la horde des "Loups". "LES LOUPS" ce sont tous les vrais poètes, tous les écrivains sincères, tous les purs artistes, tous les chemineaux du Rêve, car nous faisons appel à tous les déshérités de tous les Arts : ils n'auront qu'à justifier de leur talent pour être admis parmi nous.Puisque les grands journaux et les revues ne sont pour la plupart que des murailles d'annonces, de réclames politiques, littéraires, artistiques et autres, vendues au centimètre carré, au plus offrant et dernier enchérisseur, "LES LOUPS" Journal d'Action d'Art à 0 fr. 10 offrira à la jeunesse française une TRIBUNE LIBRE, où les écrivains, dignes de ce nom, pourront exposer les idées les plus audacieuses. Les déshérités, les écrivains et les artistes traqués et écrasés par la vie trouveront chez nous un refuge moral, des gens de plume qui ne se vendent pas et qui sont prêts à batailler pour toutes les nobles causes. (...)"(A. Belval-Delahaye) -
Alexandre Pompidou***
(Critique BD à paraître dans Zébra n°2)
Lard Moderne
Cornette-Frissen-Witko : ce trio belge nous sert une tranche de vie bien assaisonnée avec ce premier tome des aventures d’Alexandre Pompidou, sobrement intitulé « Lard Moderne », inspiré du milieu des artistes en herbe ou, comme on dit aujourd’hui, « fraîchement diplômés ».
Alexandre Pompidou, à peine muni de son certificat, décroché à l’Ecole des Arts Majeurs et attestant de sa maîtrise des principales notions de l’esthétique contemporaine, à commencer par : «Mieux vaut battre le fer tant qu’il est chaud !», déploie toute son ingéniosité à essayer de convaincre Adonias Solomon Aurochs-Lascaux, galeriste réputé, de tout miser sur lui. Car, hélas pour Alexandre, la réputation de la famille Pompidou n’est pas établie dans l’art, mais dans la... boucherie.
Comme on dit, « dans l’art, tout est bon ! » : le seul « hic », c’est que Pompidou n’a aucun talent ; il n’est même pas doué pour se vendre, et il va multiplier les gaffes…
Vu le blaze de leur héros, ça sent la vendetta belge à plein nez, cette histoire. Peut-être la double vengeance ? D’abord contre le Français Baudelaire, jadis critique d’art, qui insulta les Belges et les traita de « peuple de négociants et de boutiquiers ». Ensuite, il ne serait pas étonnant que Cornette, Frissen et Witko soient eux-mêmes passés par l’Ecole des Arts Majeurs, comme le réalisme des situations comiques dont ils s'inspirent semble l'indiquer... avant de se reconvertir dans la BD ; pour pouvoir manger ou par amour de l'art ?
Zébra
(Cornette-Frissen-Witko, Ed. du Lombard, mars 2012, 12 euros)
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Ta Mère la pute***
(Critique parue dans Zébra n°1)
La dominante grise de l’album donne le ton. Ca tombe bien, la cité c’est principalement gris.
Gillou passe son enfance dans une cité et traine dans les rues (Ile-de-France, années 70). Gillou est sensible et poli, mais ça, il vaut mieux qu’il le garde pour lui.
Le foot, les copains, les resquilles de piles à l’épicerie, les virées dans la forêt. Jusque-là rien de bien inquiétant. Tout ça pourrait se passer n’importe où.
Mais, peu à peu, les anecdotes se font plus violentes, l’auteur tisse le drame. Le titre « TMLP » (Ta mère la pute) résume la chute de la dignité. Sur fond de chômage, d’ennui, de prostitution et de minorités mal acceptés, le terrain de jeu se transforme en ghetto.
Gilles Rochier n’est pas complaisant. Il ne cherche pas non plus à faire pleurer dans les chaumières. Les dialogues crus et l’ironie allègent ce qui pourrait être vraiment glauque : « Malgré tout ça, on vivait heureux, pas riches, pas beaux, mais heureux. »
Le dessin acéré et les cadrages inattendus sont au service de l’histoire, juste et implacable.
En somme, Rochier évoque les prémices des problèmes actuels qui n’ont fait que s’amplifier, les seringues ont remplacé les règlements de compte. Jusqu’à la chute, où l’auteur retourne dans la cité qu’il a quittée pour une autre cité…
La boucle est bouclée.
Zébra
(Gilles Rochier, Ed. 6 pieds sous terre, 16 euros)
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La Guerre d'Alan***
(Critique BD parue dans Zébra n°1)
Emmanuel Guibert raconte en bd les souvenirs de guerre d’un certain Alan Cope, obscur bidasse au sein d’un régiment de blindés yankee.
« Drôle de guerre », vu qu’Alan débarque en 1945 en pleine débâcle des Schleus : du coup les Yankees s’enfoncent comme dans du beurre, à qui arrivera le plus vite à Berlin, des Soviets ou de l’Oncle Sam.
Détail amusant, on dirait que Guibert dessine avec du plomb, comme un vitrier, ce qui pour une histoire de trouffions et de canons tombe plutôt bien.
Un type ordinaire, Alan, jeune engagé inexpérimenté. C’est ce qui fait l’intérêt du récit ; car le jeu de la guerre et du hasard, cette espèce de gigantesque partie de poker à l’échelle de l’Europe dans laquelle Alan se retrouve embringué, tout ce ziggourat machiavélique va finir par le questionner.
Comme quoi les types ordinaires sont parfois moins cons que les héros, qui vont à la guerre se faire dégommer sans se douter de rien, quasi sans raison, pour la beauté du geste alors qu’il n’y a personne pour le filmer.
Tout ça a déjà été dit par d’autres anciens combattants, y compris le silencieux encouragement au sacrifice de parents restés à l’arrière, qui fait frémir. Soit. Disons que le mérite d’Alan, c’est de n’avoir pas eu besoin de se prendre des tonnes d’acier au coin de la gueule, ni vu le champ d’honneur parsemé de cadavres, de nous faire sentir la mort avec son confident-illustrateur Guibert « à l’économie ».
Zébra
(L’Association, 2009, 300 p., 38 euros)
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Pense-bête
Une fausse pub pour la rubrique de René. Et puis un chemin de fer au format pdf pour la séance de brainstorming de ce soir. Pensez aussi à apporter votre contribution de 28 balles, pour éviter aux braves volontaires qui s'occuperont de faire imprimer le fanzine de devoir avancer les ronds.
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Pour en finir avec le cinéma**
Certains n'imaginent même pas qu'on puisse dénigrer le cinéma, qui fait presque aujourd'hui figure d'art sacré. Pourtant, tous les arts y sont déjà passés ! Fameuse, par exemple, la critique du théâtre par J.-J. Rousseau, l’utopie des Lumières passant par l’éducation du peuple, contrecarrée par le divertissement.
On suit Blutch depuis quelques années ; son effort pour hisser la bande-dessinée au rang d'art majeur, alors qu'elle bénéficie d'une reconnaissance bien moindre que le cinéma, est sans doute la clef de lecture de son dernier opus.
A l'arrière-plan, il y a le bras de fer entre un auteur de BD et le cinéma. La passion de Blutch pour le cinéma n'est d'ailleurs pas nouvelle, même si elle se rapproche de plus en plus du dégoût du cinéphile pour sa madeleine de Proust.
Blutch fait ainsi allusion au côté macabre du cinéma, insiste sur le maniérisme et la vanité des acteurs de cinéma.
Moins comique que son excellente série brocardant la vanité des artistes, parue dans "Fluide Glacial" ("Blotch"), mais moins abstrait que le titre "Vitesse moderne" (qui tourne aussi autour du même sujet), "Pour en finir avec le cinéma" plaira sans doute paradoxalement plutôt aux cinéphiles... les moins susceptibles.
Zébra
("Pour en finir avec le cinéma", Dargaud, 2011, 20 euros ; "Vitesse Moderne", 2010 ; "Blotch", Fluide-Glacial Audie, 2009)